Un carton défoncé, un écran fissuré, une vaisselle en miettes dans le paquet. Le réflexe est souvent le même : photographier, écrire au vendeur, attendre. C'est la bonne démarche, mais dans le mauvais ordre : les délais du transporteur se comptent en jours, alors que vos garanties courent, elles, sur deux ans.

Voici la conduite à tenir pour transformer un colis abîmé en remboursement.
Étape 1 : ne signez rien sans écrire vos réserves
C'est le point que tout le monde rate, et celui qui décide de la suite.
Au moment de la remise, en présence du livreur, vous devez émettre des réserves sur le bon d'émargement. Selon Chronopost, ces réserves doivent être "précises, complètes, datées et signées" et permettre de déterminer la nature de la marchandise sinistrée, le nombre d'objets concernés et l'ampleur du dommage.
Concrètement, sur le bordereau, notez quelque chose comme : "Colis extérieurement déchiré, angles écrasés, réserves émises le 11/10/2026", puis signez.
Chez La Poste, la procédure officielle est légèrement différente mais le principe est identique : si l'emballage est constaté détérioré à la livraison, vous demandez au facteur d'établir un constat de détérioration, puis vous contactez le service client en joignant une copie du document.
Pour un envoi remis en point relais, les réserves se font sur l'appareil du transporteur (le PDA) avant même de partir avec le colis.
L'astuce maline : si le livreur presse pour partir, écrivez quand même à la main la mention "dommage constaté" sur le bordereau avant de signer. Un simple "reçu" sans réserve, c'est la porte ouverte à un rejet de votre réclamation.
Étape 2 : filmez et photographiez comme si vous deviez plaider
La charge de la preuve vous incombe. Une photo floue prise trois jours plus tard ne prouve rien sur l'état du colis au moment de la remise.
La séquence à suivre :
- Photographiez le colis sous tous les angles, posé devant le livreur ou dans le point relais.
- Filmez l'ouverture : la caméra tourne, vous découpez le carton, vous sortez le produit abîmé. Cette vidéo horodatée vaut des mois de discussion.
- Gardez l'emballage, le calage et le scotch. Si le produit doit être expédié en expertise ou retourné au vendeur, c'est souvent l'emballage qui prouve l'agression subie en cours de route.
- Conservez l'étiquette de transport, la facture et le bon de livraison.

Astuce bonus : envoyez-vous les photos par mail ou par message à vous-même immédiatement. L'horodatage d'un envoi du jour convainc bien mieux qu'une galerie de photos modifiable.
Étape 3 : séquencez vos démarches - transporteur d'abord, vendeur ensuite
Premier tour : le transporteur
Vos réserves sur le bordereau sont le point de départ de votre réclamation auprès de la compagnie de transport. Les délais sont très courts et varient selon votre statut et les conditions applicables à l'envoi.
Avec Chronopost, tous les délais courent à compter de la date de livraison :
- Particulier : 14 jours (21 jours pour un envoi international), par téléphone auprès du service client.
- Professionnel en compte : 3 jours (21 jours international), via le formulaire en ligne accessible depuis l'espace client.
- Parcours 100 % digital Chronopost Pro : 3 jours (21 jours international), via le Livechat accessible sur le chatbot depuis l'espace client.
La Poste fonctionne avec son propre formulaire de réclamation, joint au constat de détérioration. Pour Colissimo, le délai de réclamation est fixé à 30 jours après l'envoi du colis : ce point de départ est la date de mise à l'envoi, pas la date de livraison. Comme l'acheminement peut durer plusieurs jours, le délai réel dont vous disposez après réception est donc plus court qu'il n'y paraît - et il n'est pas comparable aux délais Chronopost, eux calculés à compter de la livraison. Ne partez jamais du maximum théorique : vérifiez les conditions applicables à votre envoi au jour de la livraison.
Si la responsabilité du transporteur est établie, l'indemnisation porte sur la valeur d'origine de la marchandise ou le coût de sa réparation, sur présentation de justificatifs, dans la limite de la responsabilité contractuelle - souvent très inférieure au prix d'un colis de luxe. D'où l'intérêt des assurances facultatives proposées par certains transporteurs.
Second tour : le vendeur
Contactez ensuite le site marchand - Chronopost lui-même y invite explicitement. C'est souvent aussi le recours le plus rentable :
- Le vendeur professionnel est tenu par la garantie légale de conformité et par la garantie contre les vices cachés, cette dernière s'exerçant dans les 2 ans suivant la découverte du défaut (dans la limite de 20 ans après l'achat).
- La marchandise endommagée à la livraison doit être réexpédiée ou remplacée aux frais du vendeur.
- Le vendeur ne peut pas se défausser en invoquant la faute du transporteur : il peut seulement se retourner ensuite contre lui.
Formellement, la méthode la plus robuste pour faire jouer une garantie reste une lettre recommandée avec accusé de réception, accompagnée du bon de livraison et de la facture.
Le bon réflexe : les deux démarches sont indépendantes. Rien ne vous empêche d'ouvrir la réclamation transporteur et d'écrire au vendeur le même jour. Ne laissez jamais passer les 14 jours du transporteur en attendant une réponse du vendeur.
Étape 4 : adaptez la stratégie au type de dommage
Le scénario change selon ce que vous constatez.
Le carton est abîmé et le produit aussi, découvert à la livraison. Scénario classique : réserves, constat, photos, réclamation transporteur, puis vendeur. Vous êtes dans la fenêtre courte.

Le colis est intact dehors, le produit cassé dedans, découvert en ouvrant plus tard. Ici, vous n'avez pas pu émettre de réserves au livreur. Vos atouts sont alors ailleurs : la vidéo d'ouverture, l'emballage conservé, puis le recours contre le vendeur via les garanties légales. L'action en vices cachés court à partir de la découverte du défaut, ce qui vous laisse du temps - mais la preuve du vice vous incombe, d'où l'intérêt d'un devis, d'une attestation ou d'une expertise amiable.
Le produit ne correspond pas à la commande. Si vous constatez la non-conformité au moment de la remise, la consigne officielle est de refuser le colis et de mentionner la raison sur le bon de livraison : c'est le cas du mauvais article ou de la mauvaise référence, une situation différente d'un simple dommage. Pour un dommage constaté à la livraison, vous acceptez au contraire le colis en émettant des réserves écrites ; on ne refuse que si l'avarie est grave, car refuser vous priverait justement du bordereau signé qui fonde votre réclamation. Une fois une livraison non conforme acceptée, la procédure rallonge mais reste ouverte via les garanties légales.
Le vendeur refuse tout. Enchaînez : signalement via Signal Conso (DGCCRF), puis médiation ou conciliation, puis tribunal si le litige persiste. Le tribunal compétent dépend du montant en jeu.
Étape 5 : exigez le bon remboursement, pas un bon d'achat
Un vendeur qui propose un coupon de réduction de 10 % pour un produit cassé ne vous laisse pas le choix que la loi vous garantit. La garantie de conformité vous donne en effet la possibilité de choisir entre la réparation, le remplacement, la réduction du prix ou la résolution de la vente (remboursement intégral).
Trois règles à ne pas lâcher :
- Ne renvoyez rien sans accusé de réception ni preuve d'envoi. Un colis perdu pendant un retour est un second litige.
- Exigez un remboursement sur le moyen de paiement d'origine, pas un avoir, sauf à l'accepter en connaissance de cause.
- Notez chaque échange : date, canal, nom de l'interlocuteur, numéro de dossier. En cas d'escalade, c'est votre dossier qui parle à votre place.