Vue large de l'hémicycle du Sénat au palais du Luxembourg, avec boiseries sculptées, statues blanches en hauteur et sénateurs assis sur les rangées courbes rouges face à la tribune centrale
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Loi contre l'entrisme islamiste votée au Sénat : ce que les juristes reprochent au texte

Le Sénat a adopté le 5 mai en première lecture la proposition de loi contre l'entrisme islamiste. Les juristes critiquent surtout le délit d'atteinte aux principes de la République, jugé imprécis et fondé sur l'intention prêtée, et le gel administratif des avoirs possible sans condamnation pénale. Le texte renforce aussi le contrôle du préfet sur la création des lieux de culte. L'examen à l'Assemblée reste à venir et l'avis du Conseil d'État n'était pas publié début mai.

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Le Sénat a adopté mardi 5 mai, en première lecture, la proposition de loi "visant à lutter contre l'entrisme islamiste en France", déposée en mars par Bruno Retailleau, par 208 voix pour, 124 contre et 13 abstentions. Le texte prévoit de nouveaux outils administratifs et pénaux face aux stratégies d'influence. Mais sa rédaction inquiète une partie du monde juridique, qui y voit des risques concrets pour les libertés publiques.

Vue large de l'hémicycle du Sénat au palais du Luxembourg, avec boiseries sculptées, statues blanches en hauteur et sénateurs assis sur les rangées courbes rouges face à la tribune centrale
Vue large de l'hémicycle du Sénat au palais du Luxembourg, avec boiseries sculptées, statues blanches en hauteur et sénateurs assis sur les rangées courbes rouges face à la tribune centrale - (source)

Un nouveau délit à la définition contestée

Le coeur du débat porte sur le "délit d'atteinte aux principes de la République". Il vise le fait d'oeuvrer, par tout moyen et de manière concertée, au sein d'un organisme ou d'un groupement de fait, pour le conduire à prendre des décisions ou à adopter des pratiques contraires aux règles légalement édictées, dans le but de porter gravement atteinte aux principes énoncés à l'article 1er de la Constitution. La peine prévue est de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.

La critique porte sur la portée et la prévisibilité de cette définition. La rapporteure du texte au Sénat reconnaît elle-même la difficulté, sur senat.fr : interprétée au maximum, la rédaction initiale conduirait à pénaliser l'action de mouvances contestataires mais respectueuses des principes de la République, par exemple des entités régionalistes.

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris ajoute un autre grief, dans une analyse publiée sur le site de la Grande Mosquée de Paris : le délit ne se constituerait pas seulement par un acte, mais par le but prêté à cet acte. Or, souligne-t-il, un but est une chose intérieure, qui s'établit moins par des preuves que par une interprétation. Cela poserait un problème au regard du principe de prévisibilité de la loi pénale, qui ne sanctionne pas les intentions.

Sur le fond, la doctrine rappelle une limite classique : en principe, la liberté de pensée ne permet pas d'ériger une idéologie, aussi perturbatrice soit-elle, en délit d'opinion.

Le gel des avoirs au centre des critiques

L'autre point de friction majeur est l'article 6 sur le gel des avoirs. Dans une tribune collective, plus de cinquante avocats, magistrats et juristes le décrivent comme un grave danger pour les libertés publiques.

Selon eux, la gravité vient de la nature du mécanisme : il s'agirait d'une mesure de police administrative, à la discrétion des ministres, qui pourrait être décidée même en l'absence de condamnation pénale par un tribunal. Un dispositif de ce type, habituellement réservé au terrorisme ou au narcotrafic, pourrait selon les signataires toucher des citoyens ordinaires, des associations ou des médias.

Ce décalage entre l'objectif affiché - lutter contre l'entrisme islamiste - et le champ d'application possible nourrit, selon les auteurs de la tribune, la crainte d'un détournement.

Lieux de culte : un contrôle renforcé du préfet

Le texte modifie aussi le régime des lieux de culte. La création ou toute extension d'une construction ou d'une installation destinée à l'exercice d'un culte serait subordonnée à un avis conforme du préfet, alors qu'aujourd'hui un simple avis, issu de la loi de 2021, suffit.

Concrètement, à compter de la saisine du maire ou du président de l'établissement public de coopération intercommunale, le préfet aurait un mois pour s'opposer au projet s'il existe des raisons sérieuses de penser qu'il constituerait une menace d'une gravité particulière pour la sécurité et l'ordre publics. Un avis défavorable serait précédé d'une procédure contradictoire.

Un texte défendu au nom de la menace

Au Sénat, les défenseurs du texte jugent la proposition nécessaire, selon des écrits publiés sur senat.fr. Ils invoquent l'intensité de la menace entriste et des mesures réclamées de longue date par les administrations, les services de renseignement et les élus locaux, qu'ils présentent comme largement démunis face à l'emprise islamiste sur certains territoires.

Le palais du Luxembourg, siège du Sénat à Paris, avec sa façade illuminée et la fontaine se reflétant dans l'eau calme du Grand Bassin sous un ciel au coucher du soleil
Le palais du Luxembourg, siège du Sénat à Paris, avec sa façade illuminée et la fontaine se reflétant dans l'eau calme du Grand Bassin sous un ciel au coucher du soleil - (source)

En parallèle, le projet gouvernemental porté par Laurent Nuñez, en examen au Conseil d'État début mai 2026, suit une autre voie. Il prévoit un huitième motif de dissolution associative pour entrisme, visant les structures qui s'affranchissent des règles communes légalement établies pour faire prévaloir des principes, religieux ou autres, incompatibles avec les valeurs et les principes de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Il comprend aussi le gel des avoirs, l'interdiction d'activité de structures basées à l'étranger et le retrait rapide de livres haineux, avec une application revendiquée à tous les séparatismes, y compris l'ultradroite.

Reste l'examen à l'Assemblée nationale. L'avis du Conseil d'État n'était pas publié début mai, et plusieurs garanties - périmètre exact du délit, conditions du gel des avoirs, contrôle du juge - restent à trancher.

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Questions fréquentes

Quand le Sénat a voté la loi anti-entrisme ?

Le Sénat l'a adoptée mardi 5 mai en première lecture par 208 voix pour, 124 contre et 13 abstentions.

Qu'est-ce que le délit d'atteinte à la République ?

Il vise le fait d'oeuvrer, par tout moyen et de manière concertée au sein d'un organisme ou groupement de fait, pour le conduire à des décisions contraires aux règles légales afin de porter gravement atteinte à l'article 1er de la Constitution. Peine prévue : 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

Pourquoi le gel des avoirs fait débat ?

Plus de cinquante avocats, magistrats et juristes le décrivent comme un grave danger pour les libertés publiques : mesure de police administrative décidée par les ministres même sans condamnation pénale, habituellement réservée au terrorisme ou au narcotrafic, qui pourrait toucher citoyens, associations ou médias.

Quel contrôle du préfet sur les lieux de culte ?

La création ou l'extension d'un lieu de culte serait soumise à un avis conforme du préfet, contre un simple avis aujourd'hui. Le préfet aurait un mois pour s'opposer en cas de menace d'une gravité particulière pour la sécurité et l'ordre publics, après procédure contradictoire.

Sources

  1. Proposition de loi, n° 2752 - 17e législature - Assemblée nationale · assemblee-nationale.fr
  2. La proposition de loi visant à lutter contre l'entrisme islamiste adoptée par le Sénat · banquedesterritoires.fr
  3. Loi sur « l'entrisme », quatorzième du nom | Le Club de Mediapart · blogs.mediapart.fr
  4. L’entrisme islamiste” : ou comment fabriquer une loi liberticide sur du vent. | Le Club · blogs.mediapart.fr
  5. Loi anti-entrisme islamiste : plus de cinquante avocats et magistrats alertent sur un article 6 qui pourrait viser toute opposition politique · breizh-info.com
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Maxime Delbot @green-pulse

Ingénieur environnement à Grenoble et militant écolo discret, je suis l'actualité climatique et les transitions au quotidien. Je teste tout : vélo, compost, sobriété numérique. Je préfère les solutions concrètes aux grands discours catastrophistes.

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