Maquette du châssis électrique GM avec batterie Ultium en exposition.
Actualités

Batterie LMR : GM mise 900 M$ sur un centre secret pour sauver l'électrique

GM investit 900 M$ dans un centre secret au Michigan pour produire sa batterie LMR, une chimie sans cobalt qui promet 400 miles d'autonomie et un coût divisé par deux.

As-tu aimé cet article ?

Batterie LMR : GM mise 900 M$ sur un centre secret pour sauver l'électrique

General Motors joue son avenir électrique sur une chimie de batterie encore méconnue du grand public : la lithium-manganèse-riche (LMR). Pour la transformer en produit de série, le constructeur américain a investi 900 millions de dollars dans un bâtiment de 500 000 pieds carrés perché au cœur du Michigan. Ce centre, baptisé Ancker-Johnson, est bien plus qu'un laboratoire : c'est le maillon qui décidera si GM peut réellement concurrencer Tesla et les géants chinois d'ici 2028.

Concept de berline électrique Chevrolet dévoilé par GM
Concept de berline électrique Chevrolet dévoilé par GM — (source)

Le centre Ancker-Johnson : le hangar de 500 000 pieds carrés qui vaut 900 millions de dollars

Au nord de Détroit, le campus du Global Technical Center de Warren s'étend sur des centaines d'hectares. Conçu à l'origine par l'architecte Eero Saarinen dans les années 1950, ce site est le cerveau de General Motors depuis des décennies. C'est ici que les ingénieurs ont mis au point la transmission Hydra-Matic, les moteurs à injection directe, et aujourd'hui la batterie qui doit sauver la transition électrique du constructeur.

Chantier de l'usine Ultium CAM, étape clé pour la filière batterie de GM
Chantier de l'usine Ultium CAM, étape clé pour la filière batterie de GM — (source)

Le nouveau venu s'appelle officiellement Ancker-Johnson Battery Cell Development Center (BCDC). Un nom technique pour un bâtiment qui ressemble à un hangar d'aéroport : 500 000 pieds carrés — l'équivalent de neuf terrains de football américain — remplis de machines de production à l'échelle semi-industrielle. L'exclusivité TechCrunch publiée le 5 juin 2026 révèle que le centre est déjà opérationnel depuis plusieurs mois et qu'il a produit ses 300 premières grandes cellules LMR pour validation.

500 000 pieds carrés pour combler le gouffre entre R&D et production

Le problème classique de l'industrie automobile, c'est le fossé entre le laboratoire et l'usine. Un prototype fonctionne dans des conditions idéales. Passer à des millions d'unités sans défauts, c'est une autre histoire. GM possède déjà le Wallace Battery Cell Innovation Center, juste à côté, où les chercheurs fabriquent des cellules à l'unité. Mais entre une cellule unique et une ligne de production tournant 24 heures sur 24, il manquait une étape.

Des ingénieurs de GM assemblant une batterie sans fil en laboratoire.
Des ingénieurs de GM assemblant une batterie sans fil en laboratoire. — (source)

Le BCDC comble exactement ce vide. Il peut produire des centaines de cellules prismatiques dans des conditions qui imitent une gigafactory, sans arrêter la production réelle. Les ingénieurs y testent les paramètres de fabrication, la qualité des soudures, la gestion thermique, le tout à une échelle suffisante pour détecter les problèmes avant qu'ils ne coûtent des millions dans une usine tournant à plein régime. L'objectif annoncé : réduire d'un an le cycle de développement des nouvelles chimies de batterie.

Le communiqué officiel de GM précise que le centre, combiné au Wallace Innovation Center voisin, représente un investissement total de 900 millions de dollars. Les 300 cellules LMR déjà produites ont accumulé plus de 1,5 million de miles de tests en conditions réelles et simulées.

Kurt Kelty, l'ex-Tesla qui pilote la transition

À la tête de cette stratégie, on trouve Kurt Kelty. Recruté par GM en 2024, cet ingénieur a passé des années chez Tesla comme responsable des batteries. Il a aussi travaillé chez Panasonic dans les années 1990, à l'époque où les premières cellules lithium-ion destinées à l'automobile voyaient le jour. Son arrivée chez GM a marqué un changement d'approche : priorité à la montée en échelle rapide, pas de temps perdu en recherches trop théoriques.

Kelty ne cache pas son enthousiasme pour la chimie LMR. Dans l'article TechCrunch, il la qualifie de « bread and butter » — le pain quotidien — de la marque. Une formule qui en dit long sur le rôle central que cette batterie est censée jouer dans la gamme GM des années à venir. Son expérience chez Tesla lui a appris que le passage du laboratoire à la série est semé d'embûches : problèmes de fournisseurs, défauts de fabrication, rendements insuffisants. Le BCDC est conçu pour éviter ces pièges.

Maquette du châssis électrique GM avec batterie Ultium en exposition.
Maquette du châssis électrique GM avec batterie Ultium en exposition. — (source)

Betsey Ancker-Johnson : une physicienne pionnière au nom du centre

Le bâtiment porte le nom de Betsey Ancker-Johnson, une physicienne qui a travaillé chez GM dans les années 1970. À une époque où les femmes scientifiques étaient rares dans l'industrie automobile, elle a contribué à la recherche sur les matériaux et les semi-conducteurs. Ce choix symbolique ancre le projet dans la tradition d'innovation scientifique du constructeur, rappelant que GM a déjà été un leader dans la science des matériaux bien avant l'ère électrique.

Comment la batterie LMR fait imploser le coût des véhicules électriques

Pour comprendre pourquoi GM investit 900 millions de dollars dans un seul bâtiment, il faut plonger dans la chimie de la batterie LMR. Lithium-manganèse-riche : trois mots qui résument une rupture technologique majeure par rapport aux batteries actuelles, qu'il s'agisse des NMC (nickel-manganèse-cobalt) ou des LFP (lithium-fer-phosphate).

La promesse est simple : une batterie qui coûte beaucoup moins cher à produire, qui offre une autonomie supérieure à 400 miles (645 km), et qui utilise des matériaux moins problématiques géopolitiquement. Si elle tient ses promesses, la LMR pourrait faire baisser le prix des véhicules électriques de plusieurs milliers de dollars, les rendant accessibles à un public beaucoup plus large.

Du lithium, du manganèse, et presque pas de cobalt : la recette LMR

La composition exacte de la cathode LMR est la suivante : 60 à 70 % de manganèse, 30 à 40 % de nickel, et 0 à 2 % de cobalt. Comparez cela avec une batterie NMC typique, qui contient environ 20 % de cobalt, ou même avec les premières générations de batteries Ultium de GM, qui en contenaient encore une part significative.

Plateforme de batterie Ultium exposée dans un salon automobile.
Plateforme de batterie Ultium exposée dans un salon automobile. — (source)

Le cobalt est le problème numéro un de l'industrie des batteries. Son extraction est concentrée en République démocratique du Congo, où les conditions de travail sont souvent déplorables, et son prix est volatil. En le réduisant à moins de 2 %, GM s'affranchit d'une dépendance stratégique coûteuse et controversée. Le manganèse, lui, est abondant et beaucoup moins cher.

GM revendique plus de 50 brevets sur cette chimie spécifique. Selon les estimations de l'analyste Sam Abuelsamid, cité par CNBC, le coût du pack LMR pourrait tomber à 80-90 dollars par kilowattheure, contre 125 dollars ou plus pour les actuelles batteries Ultium. Sur un véhicule comme le Silverado EV, équipé d'un pack de 200 kWh, l'économie atteindrait environ 6 000 dollars par véhicule.

Cellules prismatiques : 50 % de pièces en moins dans le pack

La chimie n'est pas le seul changement. Les cellules LMR adoptent un format prismatique — des boîtes rigides — au lieu des cellules en poche (pouch) utilisées dans les précédentes batteries Ultium. Ce choix technique a des conséquences majeures sur l'assemblage.

Une cellule prismatique est plus facile à empiler, à refroidir et à connecter. GM affirme que le nombre de pièces dans le pack diminue de 50 %. Moins de connecteurs, moins de modules intermédiaires, moins de circuits de refroidissement. Cela simplifie la fabrication, réduit les coûts, et améliore la densité énergétique volumétrique — la quantité d'énergie stockée dans un volume donné.

Le passage au format prismatique permet aussi d'automatiser davantage la production. Les cellules peuvent être manipulées par des robots sans risque de déformation, contrairement aux cellules en poche qui nécessitent une manutention plus délicate. C'est un avantage significatif pour la montée en échelle.

400 miles d'autonomie : le nouveau standard pour les pick-up

GM promet plus de 400 miles d'autonomie selon le cycle EPA (l'équivalent américain du WLTP européen) sur ses gros véhicules comme le Silverado EV et le GMC Sierra EV. Pour le marché américain, où le pick-up est roi, cette autonomie est un argument décisif. Les conducteurs de pick-up parcourent souvent de longues distances, transportent des charges lourdes, et n'acceptent pas de compromis sur l'autonomie.

Selon The Verge, la LMR offre un tiers d'autonomie supplémentaire par rapport au LFP à coût quasi identique. Le LFP, popularisé par Tesla et BYD, est moins cher mais plafonne en densité énergétique. La LMR combine le meilleur des deux mondes : un coût proche du LFP et une densité proche du NMC.

Pour les modèles plus compacts, comme la Chevrolet Equinox EV ou la Blazer EV, l'autonomie pourrait atteindre 350 miles (560 km), ce qui les rendrait compétitifs face aux offres de Tesla et Hyundai.

Plan industriel de GM : de Warren à Spring Hill pour la production de la LMR

Le BCDC n'est pas une île. Il s'insère dans une chaîne de production qui court du Michigan au Tennessee, en passant par l'Ohio. Le centre de Warren valide les cellules et les procédés de fabrication. Une fois la technologie au point, le savoir-faire est transféré vers les gigafactories Ultium Cells.

Cette verticalisation est une stratégie délibérée de GM. Plutôt que de dépendre de fournisseurs externes pour chaque nouvelle chimie, le constructeur internalise une partie critique de la chaîne de valeur. Le BCDC est le maillon central de cette architecture.

Le BCDC, maillon central d'une chaîne d'approvisionnement internalisée

GM produit déjà des cellules via Ultium Cells, sa coentreprise avec LG Energy Solution, dans des usines à Lordstown (Ohio), Spring Hill (Tennessee) et Lansing (Michigan). Mais ces gigafactories sont optimisées pour une chimie spécifique — actuellement la NMC — et les modifier coûte cher et prend du temps.

Le BCDC permet de tester en continu les nouvelles chimies sans interrompre la production des gigafactories. Les ingénieurs y mettent au point les paramètres de fabrication, les cycles de charge, les protocoles de sécurité. Une fois la LMR validée, les lignes de Spring Hill seront réoutillées pour produire les nouvelles cellules prismatiques. Le transfert devrait prendre plusieurs mois, mais le BCDC garantit que la transition se fasse sans accroc.

Cette approche contraste avec celle de certains concurrents. Lucid Motors, par exemple, a récemment suspendu ses prévisions de production, comme nous l'expliquions dans un article précédent. GM mise sur une intégration verticale pour éviter ce genre de déconvenues.

L'objectif des 80-90 $/kWh : un prix de revient inédit pour un constructeur américain

BloombergNEF estimait le coût moyen des packs de batteries à 115 dollars par kilowattheure en 2024. Avec la LMR, GM viserait 80 à 90 dollars, soit une baisse de 20 à 30 % par rapport à la moyenne du marché. C'est un niveau que seul Tesla a approché jusqu'à présent, grâce à ses cellules 4680 et à ses volumes de production massifs.

Concept du futur SUV électrique Cadillac par GM
Concept du futur SUV électrique Cadillac par GM — (source)

L'analyste Sam Abuelsamid, interrogé par CNBC, juge l'objectif atteignable, à condition que le BCDC tienne ses promesses de montée en échelle. Le risque, c'est que les problèmes de fabrication réduisent les rendements et fassent grimper les coûts. C'est exactement le genre de difficulté que le centre de Warren est censé anticiper.

GM a déjà démontré sa capacité à réduire les coûts : l'année dernière, le constructeur a annoncé une baisse de 60 dollars par kilowattheure sur ses packs existants, grâce à des optimisations de production. La LMR devrait amplifier cette tendance.

2028 : pourquoi cette échéance est à la fois une promesse et un risque

GM prévoit les premiers véhicules de série équipés de batteries LMR pour l'année-modèle 2028. Ce calendrier, confirmé par plusieurs sources dont TechCrunch, laisse peu de marge en cas de problème.

Le manganèse de haute pureté nécessaire à la fabrication des cathodes LMR n'est pas produit en quantités massives aujourd'hui. La Chine contrôle plus de 90 % de la production de manganèse électrolytique, le grade requis pour les batteries. GM devra sécuriser ses approvisionnements, soit par des contrats long terme avec des producteurs sud-africains ou australiens, soit par des investissements dans de nouvelles capacités de raffinage.

Le BCDC doit impérativement livrer les protocoles de fabrication à temps. Si les tests révèlent des problèmes de dégradation des cellules, de gonflement ou de sécurité, le calendrier pourrait glisser. Mary Barra, la PDG de GM, a fixé l'objectif 2035 pour la fin des ventes de véhicules thermiques. Chaque année de retard dans la LMR rapproche dangereusement cette échéance.

Face à Tesla et aux Chinois : la guerre du manganèse dans les batteries

Avec la LMR, GM ne produit pas seulement une nouvelle chimie : il tente de s'affranchir des deux dépendances stratégiques qui plombent l'industrie — le cobalt et le nickel. Le manganèse devient ainsi le champ de bataille d'une nouvelle guerre des batteries.

Cette compétition ne se limite pas aux États-Unis. En Europe, des constructeurs comme Renault et Stellantis observent de près les développements de GM, tout en préparant leurs propres réponses.

LMR vs LFP vs NMC : les trois grandes familles en compétition

Le tableau ci-dessous résume les principales différences entre les trois grandes familles de batteries lithium-ion qui dominent le marché :

Chimie Densité énergétique Coût estimé ($/kWh) Dépendance au cobalt Autonomie typique
NMC (nickel-manganèse-cobalt) Élevée (250-300 Wh/kg) 120-140 Forte (10-20 %) 300-400 miles
LFP (lithium-fer-phosphate) Moyenne (150-200 Wh/kg) 80-100 Aucune 200-300 miles
LMR (lithium-manganèse-riche) Élevée (240-280 Wh/kg) 80-90 Très faible (0-2 %) 350-450 miles

Le LFP domine sur le coût mais plafonne en autonomie. Le NMC offre la meilleure densité mais dépend du cobalt. La LMR se positionne à l'intersection : un coût proche du LFP et une densité proche du NMC. GM espère que son format prismatique lui donnera un avantage supplémentaire en termes de simplicité d'assemblage et de coût de pack.

Dépendance aux minéraux : le manganèse, alternative moins sensible ?

Le manganèse est abondant dans la croûte terrestre. Les principales réserves se trouvent en Afrique du Sud, en Australie, au Gabon et au Brésil. Contrairement au cobalt (dont 70 % vient de RDC) ou au nickel (dont la Russie et l'Indonésie sont des acteurs majeurs), le manganèse est moins sujet aux tensions géopolitiques.

Mais il y a un hic. Le manganèse de qualité batterie — appelé manganèse électrolytique — nécessite un processus de raffinage spécifique que la Chine maîtrise à plus de 90 %. En cas de tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, GM pourrait se retrouver en difficulté. Le constructeur devra donc sécuriser ses approvisionnements, soit en développant des capacités de raffinage en Amérique du Nord, soit en signant des partenariats avec des producteurs alternatifs.

La situation rappelle celle des batteries solides, que nous avons analysée dans un article dédié. La dépendance aux matériaux critiques reste un défi majeur pour toute l'industrie.

Subventions américaines (IRA) vs normes européennes : le champ de bataille réglementaire

L'Inflation Reduction Act (IRA) adopté par les États-Unis en 2022 favorise les batteries produites en Amérique du Nord. Les véhicules équipés de cellules assemblées sur le territoire américain bénéficient de crédits d'impôt pouvant atteindre 7 500 dollars. Le BCDC, situé au Michigan, et les gigafactories Ultium Cells, implantées dans plusieurs États, sont éligibles à ces avantages.

C'est un avantage direct pour GM par rapport aux constructeurs chinois comme BYD ou CATL, qui doivent exporter leurs batteries et paient des droits de douane. Mais pour exporter vers l'Europe, GM devra se conformer au règlement européen sur l'empreinte carbone des batteries, qui exige une traçabilité complète des matériaux et un bilan carbone limité.

La LMR, avec moins de cobalt, pourrait mieux s'en sortir que le NMC sur ce plan. Le cobalt est souvent extrait dans des conditions énergivores et contestables. En réduisant sa part, GM améliore son profil environnemental et facilite la conformité aux normes européennes.

La batterie LMR arrivera-t-elle un jour dans les concessions françaises ?

Pour le public français, la question est légitime : cette batterie révolutionnaire, quand pourra-t-on l'acheter en Europe ? La réponse est complexe, car GM n'a plus de présence industrielle significative sur le Vieux Continent depuis la vente d'Opel à PSA en 2017.

Pourtant, la technologie LMR n'est pas l'apanage de GM. D'autres constructeurs, notamment européens, s'intéressent de près au manganèse.

GM Europe : une présence électrique en pointillé

Depuis la vente d'Opel, GM n'a plus de base industrielle en Europe. La marque vend quelques Cadillac Lyriq importées des États-Unis, mais en volumes très limités — quelques centaines d'unités par an, principalement en Suisse et en Allemagne. Une arrivée massive de la LMR en Europe dépendrait donc soit d'un retour en force de GM sur le continent (avec une nouvelle usine ou un partenariat), soit d'un accord de licence avec un constructeur local.

Pour l'instant, rien n'est annoncé. GM semble concentrer ses efforts sur le marché nord-américain, où les pick-up et les SUV électriques ont un potentiel de vente énorme. L'Europe, où les voitures sont plus petites et où les normes d'émissions sont plus strictes, n'est pas une priorité immédiate.

Renault et Stellantis misent aussi sur le manganèse

La Tribune rapportait en février 2026 que Renault et Stellantis s'intéressent de près au manganèse via leurs coentreprises ACC (Automotive Cells Company) et Verkor. La LMR n'est pas l'apanage de GM : d'autres chimies « manganese-rich » émergent dans les laboratoires du monde entier.

ACC, qui construit des gigafactories en France (Billy-Berclau Douvrin), en Allemagne et en Italie, travaille sur des cellules à forte teneur en manganèse. Verkor, soutenu par Renault, développe également des chimies alternatives. L'Europe pourrait donc bénéficier de batteries similaires à la LMR, mais avec un retard estimé de 2 à 3 ans par rapport à GM.

La question du recyclage se pose aussi. Comme nous l'évoquions dans un article sur la faillite d'Ascend Elements, la filière du recyclage des batteries est encore fragile. Si la LMR se généralise, il faudra adapter les procédés de recyclage au manganèse, qui n'est pas aussi bien maîtrisé que le cobalt ou le nickel.

Quel impact pour le jeune conducteur français : prix, autonomie et bornes

La baisse de coût promise par la LMR (80-90 dollars par kilowattheure) pourrait se traduire par des véhicules électriques grand public à moins de 25 000 euros d'ici 2029-2030. C'est un prix qui rendrait la voiture électrique accessible à une population beaucoup plus large, y compris les jeunes conducteurs.

L'autonomie de 400 miles (645 km) changerait aussi la donne. Les longs trajets entre Paris et Marseille, ou entre Lyon et Bordeaux, pourraient se faire sans recharge intermédiaire. Fini l'anxiété liée à l'autonomie, qui freine encore de nombreux acheteurs potentiels.

Reste le problème du réseau de bornes de recharge. En France, le déploiement des infrastructures avance, mais des zones rurales restent mal couvertes. Une batterie qui offre 645 km d'autonomie réduit la pression sur le réseau, mais ne le rend pas inutile. Les conducteurs auront toujours besoin de se recharger lors de longs trajets, et les bornes rapides (350 kW) devront être suffisamment nombreuses pour éviter les files d'attente.

Conclusion : le bâtiment, clé de voûte ou angle mort de la transition GM ?

Le Battery Cell Development Center Ancker-Johnson n'est pas un simple laboratoire. C'est le pivot industriel sur lequel repose toute la stratégie électrique de General Motors. Sans lui, la batterie LMR resterait une promesse de R&D, enfermée dans des prototypes de laboratoire. Avec lui, GM a les moyens de passer à l'échelle industrielle et de concurrencer Tesla sur le terrain des coûts et de l'autonomie.

Mais un bâtiment, même de 500 000 pieds carrés, ne fait pas tout. La réussite de la LMR dépendra de la capacité de GM à maîtriser la fabrication en série, à sécuriser ses approvisionnements en manganèse de haute pureté, et à respecter le calendrier serré de 2028. Chaque mois de retard dans la montée en échelle se traduit par des millions de dollars de pertes et un recul dans la course à l'électrification.

Le pari de 900 millions de dollars que GM a placé dans ce centre de Warren est donc à la fois un symbole d'ambition et un point de fragilité. S'il tient ses promesses, la LMR propulsera GM dans le trio de tête de l'électrique mondial, aux côtés de Tesla et BYD. S'il accumule les retards, la transition vers 2035 promise par Mary Barra s'éloignera un peu plus chaque jour.

Le bâtiment Ancker-Johnson est bien plus qu'une usine : c'est le test décisif de la capacité de GM à se réinventer pour l'ère électrique.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la batterie LMR ?

La batterie LMR (lithium-manganèse-riche) est une chimie développée par GM. Sa cathode contient 60 à 70 % de manganèse et moins de 2 % de cobalt, ce qui réduit les coûts et la dépendance géopolitique.

Combien GM investit dans le centre Ancker-Johnson ?

General Motors a investi 900 millions de dollars dans le Battery Cell Development Center Ancker-Johnson, un bâtiment de 500 000 pieds carrés dans le Michigan. Ce centre permet de produire des centaines de cellules LMR pour valider la fabrication avant la production en série.

Quelle autonomie promet la batterie LMR ?

GM promet plus de 400 miles (645 km) d'autonomie selon le cycle EPA sur ses gros véhicules comme le Silverado EV. Pour les modèles compacts, l'autonomie pourrait atteindre 350 miles (560 km).

Quand les véhicules LMR de GM arriveront-ils ?

GM prévoit les premiers véhicules de série équipés de batteries LMR pour l'année-modèle 2028. Ce calendrier serré dépend de la réussite des tests au centre Ancker-Johnson et de la sécurisation des approvisionnements en manganèse.

La batterie LMR arrivera-t-elle en Europe ?

GM n'a plus de présence industrielle significative en Europe depuis la vente d'Opel. Cependant, des constructeurs comme Renault et Stellantis travaillent sur des chimies similaires via leurs coentreprises, avec un retard estimé de 2 à 3 ans.

Sources

  1. Voiture électrique — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  2. self ·
  3. Ultium Cells EV Battery Plant - Center for American Progress · americanprogress.org
  4. cnbc.com · cnbc.com
  5. L’automobile du futur : quelle source d'énergie ? - Encyclopédie de l'énergie · encyclopedie-energie.org
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

1280 articles 1 abonnés

Commentaires (2)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires