En janvier 2026, Donut Lab dévoilait au CES de Las Vegas une batterie à état solide aux caractéristiques si extraordinaires qu'elle promettait de pulvériser toutes les limites de la technologie actuelle. Cinq mois plus tard, un doctorant spécialiste des batteries a méthodiquement démonté ces affirmations, révélant une supercherie technologique qui implique des centaines d'investisseurs, un laboratoire d'essais finlandais et un fournisseur allemand aux brevets pour le moins surprenants. Voici l'histoire complète de l'une des plus retentissantes affaires de la tech européenne.

La promesse qui défiait les lois de la chimie
Le décor est planté en janvier 2026 à Las Vegas. Donut Lab, la spin-off finlandaise de Verge Motorcycles, monte sur scène et dévoile ce qu'elle présente comme la première batterie à état solide « prête pour la production de masse au Q1 2026 ». Les chiffres annoncés donnent le vertige : 400 Wh/kg de densité énergétique, 100 000 cycles de charge, une recharge complète en cinq minutes, une plage de fonctionnement de -30 °C à 100 °C, le tout sans lithium ni cobalt. Pour couronner le tout, le prix serait inférieur à celui des batteries lithium-ion classiques.
Ces paramètres semblent tout droit sortis d'un roman de science-fiction. Aucune chimie connue ne peut simultanément offrir une densité aussi élevée, une charge aussi rapide et une durée de vie aussi longue. Pourtant, la communication de Donut Lab est habile. La société annonce un partenariat avec VTT, le centre de recherche technique finlandais, et publie des résultats de tests en février et mars 2026. Le timing est parfait : le 1er avril, jour où certains médias s'interrogent sur un possible poisson d'avril, les résultats tombent, semant le doute entre canular et véritable avancée.
400 Wh/kg, 100 000 cycles, recharge en 5 minutes : le tableau de chasse parfait
Le communiqué de presse de Donut Lab est un modèle de communication technologique. Chaque chiffre est choisi pour frapper l'imaginaire : 400 Wh/kg, c'est presque le double des meilleures batteries lithium-ion actuelles. 100 000 cycles, c'est une durée de vie qui dépasse largement celle d'un véhicule. Cinq minutes de recharge, c'est le temps d'un arrêt aux toilettes sur autoroute.
La vidéo de démonstration, reprise par Vroom.be, montre une cellule qui semble fonctionner dans des conditions extrêmes. Le problème, c'est que ces trois paramètres sont physiquement incompatibles. Une batterie très dense énergétiquement chauffe énormément lors d'une charge rapide, ce qui dégrade ses cycles. Une batterie qui tient 100 000 cycles doit être chargée lentement pour préserver ses électrodes. Les chiffres de Donut Lab violent le triangle d'incompatibilité fondamental de l'électrochimie.
La rhétorique marketing parle de « révolution finlandaise », d'une « avancée nordique » qui placerait l'Europe en tête de la course à la batterie. Mais les standards scientifiques, eux, crient au scandale. Dès janvier 2026, des experts pointent du doigt l'absence de données brutes et le refus de Donut Lab de partager ses protocoles de test.
Un essai VTT pour donner le change : les tests « indépendants » qui ont lancé la rumeur
Le 23 février 2026, VTT publie un premier rapport de test : la batterie Donut Lab atteint 80 % de charge en cinq minutes. Le 2 mars, un second test montre une tenue à 100 °C sans dégradation majeure. Ces résultats, présentés comme indépendants, valident en apparence les promesses de Donut Lab.
Nous avons déjà analysé en détail cet essai VTT et ses implications dans un article précédent. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que VTT a testé ce que Donut Lab lui a donné. Le centre finlandais n'a pas fabriqué la cellule, il a simplement vérifié ses performances dans des conditions contrôlées. Si Donut Lab a fourni une cellule lithium-ion standard en prétendant qu'il s'agissait d'une batterie solide, VTT a testé… une cellule lithium-ion standard.
Dès le 1er avril, le média québécois Roulez Électrique posait la question qui fâche : « Poisson d'avril ou coup de marketing ? » L'article, disponible sur roulezelectrique.com, soulignait le timing trop parfait et l'absence de prototype fonctionnel visible. Mais dans l'euphorie générale, ces voix critiques sont restées marginales.
La vidéo de démonstration qui en disait long
Donut Lab avait diffusé une vidéo montrant sa batterie en action, reprise par plusieurs médias spécialisés. On y voyait une cellule résister à des températures extrêmes et se recharger en un temps record. Mais un détail troublait les observateurs attentifs : aucun véhicule réel n'était présenté. La batterie était testée sur un banc d'essai, dans des conditions que Donut Lab contrôlait entièrement. Pas de moto Verge TS Pro roulant avec cette batterie. Pas de démonstration en conditions réelles. Juste une cellule qui brillait sous les projecteurs.
1 300 investisseurs et une valorisation à 1,25 milliard
L'affaire Donut Lab n'est pas qu'une histoire de technologie. C'est aussi, et peut-être surtout, une histoire d'argent. Car derrière les promesses de batterie miracle se cache un mécanisme économique bien rodé : le hype cycle des startups « propres ».
Donut Lab a levé environ 25 millions de dollars auprès de plus de 1 300 investisseurs, dont 900 détenaient 50 actions ou moins, pour des mises allant de 3 000 à 23 000 dollars par personne. Ce sont des petits porteurs, souvent des passionnés de motos électriques ou des investisseurs séduits par le récit de la révolution verte. La promesse du CEO ? Un retour sur investissement multiplié par dix en 12 à 18 mois.
Après le CES 2026, la valorisation de Donut Lab a grimpé jusqu'à 1,25 milliard de dollars. Les fondateurs, dont Tommi Lehtimäki, ont vu leur patrimoine s'envoler sur le papier. Mais cette valorisation reposait sur des promesses, pas sur des produits.
Le pari des 10x en 18 mois : comment Donut Lab a attiré des petits porteurs
La promesse d'un « retour sur investissement multiplié par 10 en 12 à 18 mois » est un classique des startups en phase de hype. Elle joue sur la peur de manquer une opportunité, le fameux FOMO (Fear Of Missing Out). Dans l'univers des technologies propres, où chaque annonce promet de sauver la planète, cette mécanique est particulièrement efficace.
Generation-NT a comparé Donut Lab à Theranos, la célèbre start-up américaine qui prétendait révolutionner les analyses sanguines. Même mécanique : des promesses technologiques impossibles, un fondateur charismatique, des tests « indépendants » qui s'avèrent truqués, et des investisseurs qui perdent tout. L'article de Generation-NT souligne que les similitudes sont frappantes, jusqu'au refus de partager les données brutes.
La psychologie du FOMO est d'autant plus puissante que les investisseurs particuliers n'ont pas les moyens techniques de vérifier la solidité d'une innovation. Comment un médecin ou un enseignant peut-il évaluer la véracité d'une courbe de charge à 12C ? Il fait confiance aux « experts » présentés par la startup.
Des tests VTT à la multiplication par 10 : les ressorts économiques d'une annonce prématurée
Pourquoi annoncer une batterie solide qui n'existe pas ? La réponse est économique. D'abord, pour signer des précommandes. Verge Motorcycles, la maison mère, avait besoin de rassurer ses actionnaires et de montrer que sa future TS Pro aurait une autonomie et une durée de vie exceptionnelles. Ensuite, pour attirer les subventions européennes. L'Union européenne a massivement investi dans la recherche sur les batteries, et une startup finlandaise promettant une percée technologique était bien placée pour obtenir des fonds.
Enfin, pour gonfler la valorisation avant une éventuelle introduction en bourse ou un rachat. Les fondateurs pouvaient encaisser leurs parts avant que la réalité ne rattrape la fiction. C'est le schéma classique du pump and dump technologique.
Le profil des investisseurs : des passionnés plutôt que des fonds
Un détail frappe dans la levée de fonds de Donut Lab : la majorité des investisseurs sont des particuliers, pas des fonds institutionnels. Sur les 1 300 investisseurs, 900 détenaient 50 actions ou moins, pour des montants compris entre 3 000 et 23 000 dollars. Ces chiffres, rapportés par Electrek et d'autres médias, dessinent le portrait d'une communauté de passionnés de motos électriques et de technologies vertes, séduits par le discours de Tommi Lehtimäki.
Ces petits porteurs n'avaient pas accès aux données techniques, ni les compétences pour les analyser. Ils ont investi sur la foi d'une promesse et d'une valorisation qui semblait ne pouvoir que monter. Aujourd'hui, leur investissement est au mieux gelé, au pire perdu.
Ziroth brise le mythe : comment un doctorant a démonté les tests de Donut Lab
Le 8 juin 2026, une vidéo de 45 minutes fait l'effet d'une bombe dans la communauté des batteries. Son auteur : Ziroth, de son vrai nom Ryan Inis, doctorant spécialiste des batteries à état solide et vulgarisateur scientifique sur YouTube. Sa méthode est implacable.
Ziroth télécharge les données brutes des tests VTT, celles que Donut Lab a refusé de partager avec les journalistes mais que le centre finlandais a publiées. Il analyse les courbes de tension, calcule la dilatation des cellules, compare les résultats avec les standards de l'industrie. Son verdict tombe, net et sans appel : la cellule testée n'est pas une batterie à état solide. C'est une cellule lithium-ion NCM classique.
Les courbes de tension qui ne mentent pas : du sodium-ion au lithium-ion classique
Le premier indice, le plus flagrant, concerne la tension à 50 % de charge. La cellule testée par VTT se situe à 3,7-3,8 volts à ce niveau de charge. Or, une batterie sodium-ion à état solide ne dépasse pas 3,5 volts. Les ions sodium, plus gros que les ions lithium, ne peuvent pas atteindre les mêmes potentiels électrochimiques.
Ce seul chiffre suffit à invalider toute la promesse de Donut Lab. La courbe de tension est celle d'une cellule NCM (nickel-cobalt-manganèse), la chimie lithium-ion la plus courante dans les véhicules électriques actuels. Ziroth a publié les graphiques superposés : la courbe de Donut Lab colle parfaitement à celle d'une cellule lithium-ion standard.

Deuxième preuve : la dilatation des cellules. Les batteries lithium-ion gonflent légèrement pendant la charge à cause de l'insertion des ions dans le graphite de l'anode. Ce phénomène, appelé « kink », se produit entre 50 et 70 % de charge. Les batteries sodium-ion, qui utilisent du carbone dur au lieu du graphite, ne présentent pas ce kink. La cellule de Donut Lab présente ce kink. Conclusion : l'anode est en graphite, ce qui signifie que la batterie est une lithium-ion classique.
Enfin, Ziroth recalcule la densité énergétique réelle à partir des données de test. Résultat : environ 298 Wh/kg, soit 25 % de moins que les 400 Wh/kg annoncés. C'est un bon chiffre pour une lithium-ion, mais ce n'est pas la révolution promise.
Un réseau de 20 experts indépendants : les coulisses de la contre-expertise
Ziroth n'a pas travaillé seul. Il a partagé ses données avec un réseau de plus de 20 experts indépendants issus d'instituts reconnus : l'université de Seinäjoki en Finlande, l'institut Fraunhofer en Allemagne, et même des chercheurs de CATL, le géant chinois des batteries. Le consensus est immédiat et unanime.
Ce qui rend cette contre-expertise si puissante, c'est qu'elle émane de sources multiples et concurrentes. Fraunhofer et CATL ne sont pas des alliés naturels. Le fait qu'ils tombent d'accord sur la nature frauduleuse des tests de Donut Lab est un signal fort.
La méthodologie de Ziroth est transparente : données ouvertes, protocoles reproductibles, révision par les pairs en ligne. C'est exactement ce que Donut Lab a refusé de faire. L'opposition entre les deux approches est totale : d'un côté, une startup qui promet tout sans rien montrer ; de l'autre, un chercheur qui montre tout sans rien promettre.
Les accusations de Lauri Peltola : plainte pénale et documents internes
L'enquête de Ziroth a été renforcée par un coup de tonnerre judiciaire. En avril 2026, Lauri Peltola, ancien directeur commercial (CCO) de Nordic Nano, le partenaire manufacturier de Donut Lab, a déposé une plainte pénale à Helsinki. Le journal Helsingin Sanomat a révélé l'existence de cette plainte, qui accuse Donut Lab d'avoir sciemment trompé le public sur la densité énergétique, la durabilité et la capacité de production de sa batterie.
Peltola affirme avoir vu des communications internes montrant que Donut Lab savait que la technologie ne tenait pas ses promesses, mais a continué de les diffuser. Selon lui, la décision de mentir était délibérée et visait à maintenir la valorisation de l'entreprise.
Donut Lab a nié ces accusations, mais la plainte pénale est désormais entre les mains des autorités finlandaises. L'enquête est en cours.
Le verdict de l'industrie : « That battery doesn't exist in the world »
Si Ziroth a été le premier à démonter techniquement les tests de Donut Lab, il n'est pas le seul à avoir tiré la sonnette d'alarme. Dès janvier 2026, des poids lourds de l'industrie des batteries avaient exprimé leurs doutes. Leurs voix se sont transformées en un rouleau compresseur de réfutations.
Yang Hongxin (Svolt) qualifie l'entreprise de « scam »
Le 14 janvier 2026, soit moins d'une semaine après l'annonce du CES, Yang Hongxin, le PDG de Svolt Energy, l'un des plus grands fabricants chinois de batteries, a publié une déclaration cinglante : « That battery doesn't exist in the world ; all the parameters are contradictory. Any person with even a basic understanding of the technology would think it's a scam. »
Son argumentation est implacable. Il démontre que les trois paramètres clés de Donut Lab sont mathématiquement impossibles à réunir : 400 Wh/kg de densité énergétique, une charge en 12C (cinq minutes pour une charge complète) et 100 000 cycles de vie. Aucune chimie connue ne peut satisfaire ces trois exigences simultanément. C'est ce qu'on appelle le triangle d'incompatibilité.
Pour atteindre 400 Wh/kg, il faut des matériaux d'électrode très denses, qui chauffent énormément lors d'une charge rapide. Cette chaleur dégrade les électrodes et réduit la durée de vie à quelques milliers de cycles, pas 100 000. Inversement, pour tenir 100 000 cycles, il faut charger très lentement, ce qui exclut la recharge en cinq minutes. Les trois paramètres sont inconciliables.
CATL, Fraunhofer, Seinäjoki : le consensus silencieux devient clameur
Les experts de CATL, le leader mondial des batteries, ont également pris position. Ulderico Ulissi, un cadre de CATL, a qualifié les affirmations de Donut Lab de « clairement fausses ». Les chercheurs de l'institut Fraunhofer et de l'université de Seinäjoki ont confirmé que la cellule testée était une lithium-ion classique.
Ce consensus est rare. Dans le monde concurrentiel des batteries, où chaque entreprise garde jalousement ses secrets, voir Svolt, CATL, Fraunhofer et Seinäjoki s'accorder sur un point est un fait exceptionnel. Cela en dit long sur la gravité de l'affaire. Même les concurrents directs de Donut Lab, qui auraient pu profiter de son discrédit, ont préféré parler franchement plutôt que de laisser une fraude entacher la réputation de toute l'industrie.
L'investisseur finlandais qui compare Lehtimäki à un vendeur d'huile de serpent
Aki Pyysing, un investisseur finlandais bien connu dans l'écosystème tech d'Helsinki, n'a pas mâché ses mots. Il a qualifié Tommi Lehtimäki de « snake oil trader », une expression qui désigne les charlatans vendant des remèdes miracles. Cette comparaison, rapportée par Electrek et Wikipedia, vient d'un homme qui connaît bien le milieu des startups finlandaises. Quand un investisseur local utilise un tel langage, le signal est clair.
CT Coatings, l'énigme allemande
L'enquête de Ziroth ne s'est pas arrêtée aux tests de VTT. Il a remonté la chaîne d'approvisionnement jusqu'à CT Coatings, une entreprise allemande présentée comme le fournisseur de la technologie de batterie. Et là, le mystère s'épaissit.
Des brevets pour des classeurs et des triangles de signalisation
CT Coatings se présente comme un spécialiste de l'impression par sérigraphie (screen-printing). Ses brevets, consultables publiquement, concernent des dalles de pavage imprimées, des classeurs à anneaux et des triangles de signalisation routière. Rien, absolument rien, sur les batteries ou l'électrochimie.
Comment une entreprise dont la propriété intellectuelle est centrée sur des produits de papeterie et de signalisation routière a-t-elle pu promettre une batterie sodium-ion imprimée « révolutionnaire » ? La question est vertigineuse. Soit CT Coatings a menti à Donut Lab et Nordic Nano, soit ces derniers ont fermé les yeux sur l'absence de crédibilité technique de leur fournisseur.
Un fournisseur qui promettait une batterie imprimée et livre une cellule lithium-ion

Selon l'enquête de Ziroth, le mécanisme présumé de la fraude est le suivant : CT Coatings promet à Nordic Nano une batterie sodium-ion imprimée (screen-printed), une technologie qui existe dans les laboratoires mais qui n'a jamais été industrialisée. En réalité, CT Coatings livre une cellule lithium-ion standard enroulée, achetée sur le marché chinois et rebadgée.
Donut Lab aurait-il été victime de son propre fournisseur ? C'est la thèse défendue par l'entreprise. Mais la question de la complicité reste ouverte. Comment une équipe de 1 300 investisseurs et une valorisation à 1,25 milliard de dollars peuvent-elles reposer sur une technologie non vérifiée ? Le manque de due diligence est accablant.
Nordic Nano, le maillon faible de la chaîne
Entre Donut Lab et CT Coatings se trouve Nordic Nano, l'entreprise chargée de la fabrication des cellules. C'est Nordic Nano qui a reçu les fournitures de CT Coatings et qui les a transmises à VTT pour test. C'est aussi chez Nordic Nano que travaillait Lauri Peltola avant de déposer sa plainte.
Le rôle exact de Nordic Nano dans cette affaire reste flou. L'entreprise a-t-elle été complice de la fraude ? A-t-elle été bernée par CT Coatings ? Ou a-t-elle simplement exécuté les ordres de Donut Lab sans poser de questions ? Les enquêtes en cours devraient apporter des réponses.
Comment repérer la prochaine « batterie miracle » ?
L'affaire Donut Lab n'est pas un cas isolé. Les promesses de batteries miracles reviennent régulièrement, portées par des startups qui jouent sur l'espoir d'une révolution technologique. Pour les jeunes consommateurs et investisseurs, il est essentiel de savoir repérer les signaux d'alarme.
Le test des trois paramètres impossibles
Le premier réflexe à avoir face à une annonce de batterie révolutionnaire, c'est de vérifier le triangle d'incompatibilité. Une batterie peut être très dense énergétiquement (Wh/kg élevé) OU très rapide à charger (C-rate élevé) OU très durable (cycles élevés), mais pas les trois en même temps avec la technologie actuelle.
Si un communiqué de presse coche les trois cases, c'est un drapeau rouge immédiat. C'est exactement ce qu'a fait Donut Lab avec ses 400 Wh/kg, sa charge en 12C et ses 100 000 cycles. Aucune chimie connue, pas même les meilleures batteries à état solide en développement, ne peut satisfaire ces trois exigences.
Ziroth, fact-checker ou lanceur d'alerte ?
L'affaire Donut Lab illustre l'émergence d'un nouveau type d'acteur dans le paysage médiatique : le vulgarisateur scientifique-chercheur. Ziroth n'est pas un journaliste, c'est un doctorant spécialiste des batteries. Sa crédibilité repose sur sa compétence technique et sa méthode transparente.
Ces youtubeurs-chercheurs comblent le vide laissé par le journalisme scientifique généraliste, qui manque souvent de moyens pour vérifier des allégations techniques complexes. Leur méthodologie – données ouvertes, révision par les pairs en ligne, réplication des expériences – devient un standard de facto dans l'évaluation des innovations technologiques.
Pour les 16-24 ans, qui consomment majoritairement l'information sur YouTube et les réseaux sociaux, ces vulgarisateurs sont devenus des références. La vidéo de Ziroth a été vue des centaines de milliers de fois en quelques jours. Elle a fait plus pour décrédibiliser Donut Lab que des mois d'enquêtes journalistiques.
Les signaux d'alarme à connaître
Voici une checklist pratique pour évaluer la fiabilité d'une innovation technologique :
- Les données brutes sont-elles publiques ? Donut Lab a refusé de les partager. Ziroth a dû les obtenir via VTT. Si une entreprise refuse de montrer ses données, c'est suspect.
- Le nom du fournisseur est-il connu et crédible ? CT Coatings n'était pas connu dans le secteur des batteries. Ses brevets concernaient des dalles de pavage et des classeurs.
- Des experts indépendants confirment-ils ? Tous les experts consultés par Ziroth ont infirmé les affirmations de Donut Lab. Aucun expert indépendant crédible ne les a confirmées.
- Y a-t-il un prototype visible en conditions réelles ? Donut Lab n'a présenté qu'un test VTT sous conditions contrôlées, pas un prototype fonctionnel dans un véhicule réel.
- Le timing est-il trop parfait ? Le 1er avril, jour des poissons d'avril, a été choisi pour publier des résultats de test. Ce n'est pas une coïncidence.
Si la réponse à l'une de ces questions est non, la prudence est de mise.
L'impact sur la réputation de la tech finlandaise
En juin 2026, la situation de Donut Lab est catastrophique. Les autorités financières et pénales finlandaises enquêtent. La valorisation de l'entreprise s'est effondrée. Verge Motorcycles, qui devait équiper sa TS Pro de cette batterie miracle, se retrouve dans une position intenable.
La crédibilité de l'écosystème startup finlandais est en jeu. La Finlande, qui a bâti une réputation d'excellence technologique (Nokia, Rovio, Supercell), voit cette réputation ternie par l'affaire Donut Lab. Les investisseurs internationaux pourraient devenir plus méfiants envers les promesses venues d'Helsinki.
Les conséquences pour Verge Motorcycles
Verge Motorcycles, la maison mère de Donut Lab, est directement impactée. La TS Pro, sa moto électrique haut de gamme, devait être équipée de cette batterie miracle. Sans elle, le véhicule perd son principal argument commercial. Les précommandes, déjà nombreuses, pourraient être annulées en masse.
Verge a tenté de prendre ses distances avec Donut Lab, affirmant que la spin-off était indépendante. Mais les liens entre les deux entreprises sont trop étroits pour que cette séparation soit crédible. Le fondateur Tommi Lehtimäki est impliqué dans les deux structures.
Les enquêtes en cours : pénale et financière
Deux enquêtes sont en cours en Finlande. La première, pénale, fait suite à la plainte de Lauri Peltola. Elle porte sur des accusations de fraude et de tromperie. La seconde, financière, est menée par les autorités de régulation des marchés. Elle vise à déterminer si Donut Lab a violé les règles de transparence financière.
Les résultats de ces enquêtes pourraient prendre des mois, voire des années. Mais leur simple existence envoie un message fort : les autorités finlandaises prennent l'affaire au sérieux.
Conclusion
L'affaire Donut Lab est devenue un cas d'école. Elle montre comment une promesse technologique trop belle pour être vraie peut attirer des centaines d'investisseurs, faire grimper une valorisation à plus d'un milliard de dollars, et s'effondrer en quelques semaines sous le poids des preuves.
Les leçons sont claires. Pour les investisseurs : ne jamais se fier à un communiqué de presse sans données brutes vérifiables. Pour les consommateurs : se méfier des promesses qui défient les lois de la physique. Pour l'industrie : renforcer les mécanismes de vérification indépendante.
La vidéo de Ziroth, avec ses 20 experts internationaux et sa méthodologie transparente, a fait ce que les journalistes n'avaient pas réussi à faire : prouver la supercherie. C'est une victoire pour la science ouverte et la vérification par les pairs.
Mais l'affaire est loin d'être terminée. Les plaintes pénales suivent leur cours, et il est possible que des poursuites civiles soient engagées par les investisseurs lésés. La question de la complicité de CT Coatings et de Nordic Nano reste ouverte.
Dans la batterie comme ailleurs, il n'y a pas de miracle sans données brutes partagées. Le vrai progrès technologique existe – les batteries à état solide progressent réellement dans les laboratoires du monde entier – mais il ne ressemble jamais à un communiqué de presse parfait. Il se prouve cellule par cellule, donnée par donnée, année après année.