Dans le laboratoire où Ford tente de percer le code des VE bon marché
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Laboratoire secret de Ford : un VE à 20 000 dollars pour contrer les chinois

Découvrez comment le laboratoire secret de Ford à Long Beach, avec 350 ingénieurs, développe une plateforme UEV à 20 000 dollars pour concurrencer les chinois, en optimisant chaque détail des batteries LFP et du megacasting, et les défis pour...

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Dans le laboratoire où Ford tente de percer le code des VE bon marché
Dans le laboratoire où Ford tente de percer le code des VE bon marché — dave_7 from Canada / CC BY 2.0 / (source)

Au sud de Los Angeles, dans un bâtiment centenaire qui servait à produire la Ford Model A dans les années 1920, une équipe de 350 ingénieurs travaille sur ce que le PDG Jim Farley appelle « la plus grande bataille de ma carrière ». L'objectif est simple : créer un véhicule électrique abordable, capable de rivaliser avec les modèles chinois qui envahissent le marché européen. Pour les jeunes conducteurs français, dont 84 % achètent des voitures d'occasion et seulement 1 % optent pour l'électrique selon une enquête menée en 2026, l'enjeu est de taille. Ford peut-il vraiment casser les codes du prix et rendre le VE accessible à ceux qui débutent dans la vie active ?

Ford Motor Company ranked most iconic American company in new survey | Fox  Business
Ford Motor Company ranked most iconic American company in new survey | Fox Business — (source)

Un laboratoire pas comme les autres

Le Ford Electric Vehicle Development Center, installé à Long Beach, n'a rien d'un centre de R&D classique. L'entreprise parle ouvertement de « skunkworks », un terme emprunté au programme secret de Lockheed Martin pendant la Seconde Guerre mondiale. Ici, pas de comités interminables ni de processus bureaucratiques. Les équipes peuvent prototyper, tester et itérer en quelques semaines, là où les méthodes traditionnelles exigent des mois.

Le site s'étend sur 270 000 pieds carrés répartis dans deux bâtiments près de l'aéroport de Long Beach. Un troisième espace de test de 150 000 pieds carrés est en construction. L'ancien bâtiment, construit il y a un siècle pour assembler la Model A, a été entièrement réaménagé. Les murs portent encore les traces de l'histoire industrielle américaine, mais l'intérieur ressemble davantage à un laboratoire de pointe qu'à une chaîne de montage. Une chambre de test permet de simuler des températures allant de -40°F à 150°F, soit l'équivalent de -40°C à 65°C.

Une équipe venue d'ailleurs

La composition de l'équipe en dit long sur l'ambition du projet. Doug Field, ancien vice-président senior d'Apple et ex-directeur de l'ingénierie chez Tesla, a fondé ce laboratoire vers 2022. Il a recruté des talents issus de Tesla bien sûr, mais aussi de l'aérospatiale, de la défense et même de startups californiennes. L'idée était de mélanger les cultures : la rigueur industrielle de Ford, la rapidité d'exécution de Tesla et l'approche design d'Apple.

Field a quitté Ford de façon inattendue le 15 avril 2026. Alan Clarke, un ancien ingénieur de Tesla qui a passé 12 ans et demi chez le constructeur californien et qui a notamment travaillé sur le Model Y, a repris la direction des projets avancés. La transition semble s'être faite en douceur, Jim Farley continuant de saluer publiquement le travail de Field. Les équipes initiales comptaient moins de cent personnes dans un bureau à Irvine, en Californie, avant de déménager à Long Beach.

La plateforme UEV : le cœur du réacteur

1968 Ford Fairlane 500 Fastback
1968 Ford Fairlane 500 Fastback — dave_7 from Lethbridge, Canada / CC BY 2.0 / (source)

Le projet central de ce laboratoire s'appelle l'Universal Electric Vehicle, ou UEV. Il ne s'agit pas d'un modèle unique, mais d'une plateforme modulaire capable d'accueillir plusieurs types de véhicules : une citadine compacte, un petit SUV, peut-être même un pick-up urbain. L'idée est de mutualiser les coûts de développement et de production pour atteindre un prix de vente autour de 20 000 dollars, soit environ 18 500 euros au taux actuel.

Pour y parvenir, Ford doit résoudre une équation complexe. La batterie représente environ 40 % du coût total d'un véhicule électrique et 25 % de son poids. Réduire le prix sans sacrifier l'autonomie est le défi numéro un.

Des batteries LFP moins chères

La solution passe par les batteries lithium-fer-phosphate (LFP). Cette technologie, déjà utilisée par Tesla sur ses Model 3 et Model Y d'entrée de gamme, coûte environ 30 % moins cher que les batteries lithium-ion classiques. Elle offre une densité énergétique légèrement inférieure, mais une durée de vie plus longue et une meilleure sécurité thermique.

Ford travaille avec plusieurs fournisseurs asiatiques pour sécuriser sa production de cellules LFP. L'objectif est d'atteindre une autonomie d'environ 350 à 400 kilomètres sur le cycle WLTP, ce qui serait suffisant pour 95 % des trajets quotidiens des jeunes conducteurs. La plupart des déplacements en France ne dépassent pas 50 kilomètres par jour, comme le rappellent les données de l'INSEE sur la mobilité.

L'obsession du gramme et du centime

Ce qui frappe quand on écoute les ingénieurs de Ford, c'est l'attention portée aux moindres détails. Chaque millimètre, chaque gramme est optimisé pour réduire le coût. Les exemples sont édifiants :

Une augmentation d'un millimètre de la hauteur du toit entraîne 1,30 dollar de coût de batterie supplémentaire et une perte de 0,088 kilomètre d'autonomie. Un boîtier de rétroviseur réduit de 20 % permet de gagner 2,5 kilomètres d'autonomie. L'optimisation des turbulences sous le véhicule ajoute 7,2 kilomètres. Ces gains peuvent sembler dérisoires pris isolément, mais cumulés, ils permettent soit de réduire la taille de la batterie, soit d'augmenter l'autonomie sans surcoût.

Download Ford Motor Company Logo in SVG Vector or PNG File Format -  Logo.wine
Download Ford Motor Company Logo in SVG Vector or PNG File Format - Logo.wine — (source)

Ford a également adopté le megacasting, une technique de moulage qui consiste à fondre d'un seul bloc de grandes pièces de la carrosserie. Le Ford Maverick, un petit pick-up thermique, compte 146 pièces structurelles. Le futur véhicule électrique de la plateforme UEV n'en aura que deux. Moins de pièces signifie moins de soudures, moins de contrôles qualité, moins de main-d'œuvre et donc un coût de production réduit de façon significative.

Le marché français : un public difficile à convaincre

Pour comprendre si la stratégie de Ford a une chance en France, il faut regarder les chiffres. Une enquête menée en 2026 auprès de 537 jeunes conducteurs français dresse un tableau sans appel. 84 % des jeunes achètent des voitures d'occasion. 46 % roulent dans des véhicules de plus de dix ans. Seulement 1 % ont choisi l'électrique, et 1,2 % l'hybride.

Les modèles les plus populaires sont la Renault Clio, la Peugeot 206, la Ford Fiesta et la Volkswagen Polo. Toutes des citadines compactes, essence ou diesel, qui se négocient entre 2 000 et 8 000 euros sur le marché de l'occasion. Le budget est le premier critère d'achat, loin devant l'écologie ou la technologie. 54 % des jeunes financent eux-mêmes leur achat, 17 % reçoivent une aide familiale, 28 % contractent un prêt et seulement 1 % optent pour une location avec option d'achat.

Le bonus écologique peut-il faire la différence ?

Le gouvernement français propose un bonus écologique pour l'achat d'un véhicule électrique neuf, sous conditions de ressources et de prix. En 2026, le montant maximum est de 4 000 euros pour les ménages les plus modestes, mais il est dégressif. Pour un véhicule à 20 000 euros, le bonus pourrait atteindre 3 000 euros, ramenant le prix net à 17 000 euros. C'est encore deux à trois fois plus cher qu'une Clio d'occasion, mais l'écart se réduit.

Les jeunes conducteurs doivent aussi prendre en compte le coût d'usage. L'électricité est moins chère que l'essence ou le diesel, surtout si l'on recharge à domicile. L'entretien est plus simple : pas de vidange, pas d'embrayage, moins de pièces d'usure. Sur cinq ans, un VE peut revenir 30 à 40 % moins cher qu'un véhicule thermique équivalent.

Les freins psychologiques

Reste le problème de la recharge. Les jeunes qui vivent en appartement n'ont pas toujours accès à une prise. Les infrastructures de recharge en copropriété progressent, mais lentement. Un rapport du ministère de l'Intérieur de juillet 2022, consacré à la protection incendie dans les parkings, montre que le déploiement des bornes dans les immeubles collectifs est freiné par des contraintes techniques et réglementaires. La situation s'est améliorée depuis, mais le chemin est long.

Il y a aussi la crainte de la panne sèche, même si les autonomies modernes dépassent largement les besoins quotidiens. Et puis l'image : pour beaucoup de jeunes, une voiture électrique reste un produit de riche, un objet technologique réservé à ceux qui ont les moyens de s'offrir une Tesla ou une BMW i3.

La concurrence chinoise : MG, BYD et Dacia déjà en place

Ford n'arrive pas sur un terrain vierge. Les constructeurs chinois ont déjà investi le segment des VE abordables en Europe. MG, filiale du géant SAIC, propose la MG4 à partir d'environ 23 000 euros en France. BYD, le leader mondial de l'électrique, commercialise la Dolphin à un prix similaire. Dacia, filiale de Renault, vend la Spring à partir de 16 990 euros, même si son autonomie limitée (230 km) et ses performances modestes en font davantage une voiture de ville qu'un véhicule polyvalent.

La domination chinoise sur le marché de l'électrique s'explique par une maîtrise complète de la chaîne de valeur. Les batteries, le moteur, l'électronique : tout est produit en interne, souvent à des coûts imbattables. Les constructeurs occidentaux, eux, dépendent encore de fournisseurs externes pour une partie de leurs composants.

La riposte de Ford

Pour rattraper son retard, Ford mise sur deux atouts : la reconnaissance de la marque et le réseau de distribution. En France, Ford est un constructeur historique, présent dans toutes les régions avec des concessionnaires qui connaissent le marché local. Les jeunes conducteurs ont grandi avec la Ford Fiesta et la Focus. La marque bénéficie d'une image de robustesse et de simplicité.

Le laboratoire de Long Beach travaille aussi sur l'intégration verticale. Ford veut produire ses propres moteurs électriques et assembler ses batteries dans ses usines européennes, peut-être à Cologne ou à Valence. Cela permettrait de réduire les coûts logistiques et de contourner les droits de douane qui frappent les véhicules importés de Chine.

Le calendrier : quand verra-t-on ce VE en France ?

Les premières rumeurs datent de 2024, quand Ford a annoncé préparer un petit SUV électrique pour fin 2026, avec un prix de départ autour de 25 000 dollars. Le projet a depuis évolué. La plateforme UEV pourrait donner naissance à plusieurs modèles, dont une citadine compacte plus accessible.

Le calendrier précis reste flou. Les sources internes évoquent une présentation du premier modèle fin 2027 ou début 2028, avec une commercialisation en Europe en 2028. Cela semble loin, mais dans l'industrie automobile, un cycle de développement de quatre à cinq ans est normal. Ford a déjà réduit ce délai grâce aux méthodes agiles du laboratoire de Long Beach.

Les défis techniques restants

Plusieurs obstacles doivent encore être surmontés. Le premier est la production en volume. Passer du prototype à la série, c'est multiplier les contraintes : qualité constante, délais d'approvisionnement, formation des équipes. Ford a appris de ses erreurs avec le Mustang Mach-E et le F-150 Lightning, dont les lancements ont été marqués par des problèmes de production.

Le deuxième défi est la rentabilité. Vendre un VE à 20 000 euros, c'est accepter des marges très faibles, voire nulles au début. Ford peut compenser par les volumes et par la vente de services connectés (mise à jour logicielle, assurance, financement). Mais l'équilibre économique est fragile.

Le troisième défi, spécifique à l'Europe, est la réglementation. Les normes de sécurité, les émissions, le recyclage des batteries : chaque pays ajoute ses propres contraintes. Ford doit concevoir un véhicule qui puisse être vendu dans trente pays sans modification majeure.

Conclusion : un pari risqué mais nécessaire

Le laboratoire secret de Long Beach incarne la tentative de Ford de sauver sa place sur le marché automobile de demain. Face à la pression des constructeurs chinois et à la baisse des prix imposée par Tesla, le constructeur américain n'a pas le choix : il doit produire un véhicule électrique abordable, ou disparaître du segment des voitures grand public.

Pour les jeunes conducteurs français, l'arrivée d'un Ford à moins de 20 000 euros serait une bonne nouvelle. Elle élargirait l'offre et mettrait la pression sur les concurrents pour baisser leurs prix. Mais il ne faut pas s'attendre à une révolution immédiate. Le marché de l'occasion restera dominant pour les années à venir, et l'électrique ne séduira les jeunes que si le prix d'achat, l'autonomie et l'accès à la recharge deviennent réellement compétitifs.

Ford a montré par le passé qu'il savait innover. Le Model T, la Mustang, la Fiesta : chaque génération a su répondre aux besoins de son époque. Reste à savoir si la plateforme UEV sera le Model T de l'électrique, ou un énième projet avorté. La réponse se dessinera dans les laboratoires de Long Beach, entre les murs centenaires où l'on construisait déjà des voitures pour le peuple il y a cent ans.

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Questions fréquentes

Ford prépare-t-il un VE à 20 000 dollars ?

Oui, Ford développe une plateforme modulaire appelée UEV (Universal Electric Vehicle) dans un laboratoire secret à Long Beach. L'objectif est d'atteindre un prix de vente d'environ 20 000 dollars (18 500 euros) pour rivaliser avec les constructeurs chinois.

Quelle batterie pour le futur Ford abordable ?

Ford utilise des batteries lithium-fer-phosphate (LFP), qui coûtent environ 30 % moins cher que les batteries lithium-ion classiques. Elles offrent une autonomie de 350 à 400 kilomètres sur le cycle WLTP, suffisante pour 95 % des trajets quotidiens des jeunes conducteurs.

Quand sortira le petit SUV électrique Ford ?

Selon les sources internes, le premier modèle issu de la plateforme UEV pourrait être présenté fin 2027 ou début 2028, avec une commercialisation en Europe prévue en 2028. Le calendrier reste toutefois flou.

Quels concurrents pour le Ford électrique à 20 000 € ?

Les principaux concurrents sont la MG4 (à partir de 23 000 euros), la BYD Dolphin (prix similaire) et la Dacia Spring (à partir de 16 990 euros). Les constructeurs chinois dominent déjà le segment des VE abordables en Europe.

Sources

  1. caranddriver.com · caranddriver.com
  2. challenges.fr · challenges.fr
  3. cnbc.com · cnbc.com
  4. [PDF] EVs for everyone? · eta-publications.lbl.gov
  5. guideautoweb.com · guideautoweb.com
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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