Si tu as déjà actualisé Doctolib dix fois pour un généraliste ou attendu six mois pour un dermato, tu n'hallucines pas. L'accès aux soins est devenu un parcours du combattant pour une énorme partie du pays, et le Parlement hésite entre deux logiques : laisser faire avec des incitations, ou cadrer les installations.
Le constat : trois Français sur quatre en zone sous-dotée
Selon les derniers zonages cités par senat.fr, plus de 75 % des Français vivent aujourd'hui dans une zone caractérisée par une offre médicale insuffisante, avec des délais d'attente particulièrement élevés pour consulter un généraliste ou un spécialiste.

Pourquoi ça se creuse ? Le Sénat décrit, sur senat.fr, un effet de ciseau : depuis plusieurs décennies, la désertification médicale s'aggrave en raison d'une demande de soins accrue avec le vieillissement et la croissance de la population, et d'une offre de soins freinée par une démographie médicale atone.
En clair : plus de patients âgés et plus de monde tout court, face à trop peu de médecins disponibles là où il faut.
La proposition Garot : pas d'installation sans autorisation de l'ARS
Le texte en débat, c'est la proposition de loi Garot. Adoptée par l'Assemblée nationale en mai 2025, elle a fait, selon les travaux parlementaires, l'effet d'un coup de tonnerre, alors que la profession s'oppose très largement à ces mesures.
Le mécanisme est simple sur le papier. Comme l'explique senat.fr, il crée une autorisation d'installation des médecins, délivrée par l'ARS. En zone sous-dotée, l'autorisation est délivrée de droit pour toute nouvelle installation. Dans tous les autres cas, l'autorisation ne peut être accordée que dans l'hypothèse où elle fait suite à la cessation d'activité d'un praticien exerçant la même spécialité sur ce territoire.
Concrètement : en zone où il manque de médecins, feu vert automatique. En zone déjà bien dotée, installation uniquement en remplacement d'un médecin de la même spécialité qui part. C'est la fin du "je m'installe où je veux" pour rééquilibrer la carte.
Sur les réseaux, le débat se prolonge :
Examen suspendu au Sénat et contre-proposition
Le 11 juin 2026, le Sénat a débuté l'examen de la proposition de loi, indique senat.fr. Mais l'examen n'a pas pu aller à son terme dans le temps réservé au groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. Il a donc été suspendu et renvoyé à une séance ultérieure.
En attendant, la commission a déjà fait son choix : pas de régulation coercitive. Toujours selon senat.fr, afin de respecter la liberté d'installation des médecins tout en renforçant l'accès aux soins, les sénateurs ont remplacé la régulation coercitive du texte initial par une conditionnalité de l'installation des médecins généralistes en zone sur-dense à un engagement à exercer à temps partiel en zone sous-dense.
L'idée, reprise de la proposition de loi de Philippe Mouiller, est de permettre une installation en zone bien dotée à condition de consacrer une partie de son temps d'exercice à une zone sous-dense. Moins brutal que l'autorisation couperet, plus dans l'esprit "exercice partagé".
Autre mesure : la proposition de loi prévoit également de supprimer les pénalités financières appliquées aux patients dépourvus de médecin traitant, précise senat.fr, considérées comme une double peine dans les zones où l'accès aux soins est déjà dégradé. Cela signifie ne plus réduire le remboursement au motif qu'on n'a pas trouvé de médecin traitant alors qu'il n'y en a pas près de chez soi.
Les angles morts : remplacements, spécialités et contrôles
La liberté d'installation reste le point de friction. L'autorisation délivrée par l'ARS promet un rééquilibrage rapide, mais soulève des questions d'effets de bord : remplacements bloqués, spécialités déjà rares, attractivité des études de médecine. La conditionnalité défendue par les sénateurs propose un compromis, mais soulève la question de l'effectivité : qui contrôle le temps partiel en zone sous-dense, et pour quel impact réel sur les délais ?
Le texte doit revenir en séance au Sénat, puis poursuivre la navette avec l'Assemblée.