Étudiants en soins infirmiers en uniformes blancs assis en salle de classe, observant une présentation sur un écran lors d'un cours de simulation numérique
Éducation

Formation des infirmières : ce qui change à la rentrée 2026

Depuis septembre 2026, la formation infirmière passe à cinq domaines d'enseignement, 180 ECTS, 66 semaines de stage et une délivrance du diplôme par l'université. Le nombre de places ouvertes, lui, reste discuté : 5 500 places supplémentaires annoncées au niveau national par l'État, mais des réductions évoquées par les régions et les syndicats.

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Depuis septembre 2026, les étudiants qui entrent en première année d'IFSI suivent un cursus profondément remanié. Le vrai sujet de cette rentrée tient à un paradoxe : la formation devient plus exigeante, plus longue sur le plan clinique et plus encadrée par l'université, alors même que les 5 500 places supplémentaires annoncées par l'État au niveau national se heurtent, sur le terrain, à des réductions de capacités discutées d'une région à l'autre.

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Étudiants en soins infirmiers en uniformes blancs assis en salle de classe, observant une présentation sur un écran lors d'un cours de simulation numérique - (source)

Un nouveau socle : cinq domaines au lieu des unités numérotées

Le cadre juridique se construit en deux temps. La loi du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier a ouvert la refonte du métier ; le décret n° 2026-130 et l'arrêté du 20 février 2026, publiés au Journal officiel le 25 février, réforment la formation conduisant au diplôme d'État. Ces dispositions s'appliquent aux étudiants qui débutent la première année à compter du 1er septembre 2026. Les promotions déjà engagées terminent leur cursus sous le référentiel de 2009 : il n'y a pas de bascule en cours de route.

Concrètement, pour une nouvelle inscription, l'architecture change :

  • les unités d'enseignement numérotées (2.1, 3.1...) disparaissent au profit de cinq domaines, de A à E, eux-mêmes découpés en sous-domaines lettrés (UE A.1, UE B.1...) ;
  • la formation reste de trois ans et conserve le grade licence, soit 180 ECTS : 114 ECTS d'enseignements théoriques, dont 28 ECTS de "cadre de consolidation", et 66 ECTS d'enseignement clinique ;
  • le temps clinique passe à 66 semaines de stage, contre 60 auparavant, réparties en 12 semaines en première année, 26 en deuxième et 28 en troisième (une semaine de 35 heures vaut 1 ECTS) ;
  • le volume global est porté aux alentours de 4 600 heures : l'OPCO Santé annonce 4 620 heures, dont 2 310 heures de formation clinique, contre environ 4 200 heures sous l'ancien référentiel.

Ce n'est pas un simple changement de nomenclature. L'arrêté définit des objectifs pédagogiques de simulation par niveau, fait de la lecture critique de la littérature scientifique une compétence attendue dès le premier cycle, introduit la santé environnementale dans la formation initiale et prévoit une évaluation formalisée du tutorat par les étudiants.

L'universitarisation, le vrai changement de fond

Moins visible que les nouveaux intitulés d'UE, le décret opère un transfert institutionnel : la délivrance du diplôme d'État passe des préfets de région aux universités accréditées. Les régions, elles, restent autorisantes et financières des instituts et fixent les capacités d'accueil.

L'objectif affiché est de faire de la formation infirmière un cursus universitaire à part entière, mieux adossé à la recherche en soins. C'est aussi là que se joue la difficulté : la maquette devient plus lourde, les terrains de stage doivent être plus nombreux et plus encadrés, et le calendrier de bascule a été serré. Selon une chronologie reconstituée par le site Caducée, l'examen des projets de décret et d'arrêté a d'abord été reporté le 11 décembre 2025 par le Conseil national d'évaluation des normes (CNEN) ; les motifs attribués à ce report - un impact anticipé sur les compétences des régions et l'absence de garanties financières - sont rapportés par Santé Mentale, citée par Caducée. Puis, début janvier 2026, Caducée cite Hospimedia selon lequel les régions auraient obtenu "la garantie d'une compensation par l'État", après quoi le CNEN aurait donné son feu vert. Ces éléments relèvent de la reconstitution par la presse professionnelle, et non de documents officiels consultés directement.

Damien Sarméo, du syndicat FNESI, a salué le déblocage des textes tout en jugeant le "calendrier très serré pour les universités", en relevant que la charge de travail est conséquente alors qu'aucune ressource supplémentaire n'est prévue, et en estimant que cette charge accrue "devrait être compensée par les régions".

De nouvelles portes d'entrée vers le métier

La réforme n'allonge pas seulement le cursus : elle l'ouvre. Le titre consacré aux dispenses de l'arrêté (articles 18 à 21) prévoit plusieurs passerelles, toutes conditionnées à l'avis d'une commission d'admission :

  • les titulaires du diplôme d'État d'aide-soignant peuvent entrer directement en deuxième année, à trois conditions cumulatives : au moins trois ans d'exercice sur les cinq dernières années, sélection par la formation professionnelle continue et validation d'un parcours spécifique de trois mois ;
  • les étudiants inscrits dans une formation d'auxiliaire médical de niveau 6 peuvent accéder à la première ou la deuxième année ;
  • les étudiants ayant validé leur première année de PASS ou de LAS mais ne poursuivant pas en médecine, maïeutique, pharmacie ou odontologie peuvent accéder à la deuxième année, avec un parcours spécifique fixé par le directeur de l'IFSI, après avis de la commission d'admission, et validé par le président d'université ;
  • ceux qui ont validé une deuxième ou une troisième année de médecine, maïeutique, pharmacie ou odontologie peuvent entrer en deuxième année, après avis de la commission d'admission.

Les dispenses d'unités d'enseignement ou de stages ne sont jamais automatiques : elles se décident au cas par cas, sur dossier, au regard des acquis déjà validés. C'est la logique universitaire des crédits ECTS appliquée à un diplôme qui, jusqu'ici, fonctionnait de manière plus fermée.

La promesse nationale de 5 500 places, et les chiffres qui ne concordent pas

C'est ici que la rentrée 2026 devient plus incertaine. Le 29 janvier 2026, le gouvernement a annoncé une enveloppe nationale de 215 millions d'euros permettant l'ouverture de 5 500 places supplémentaires en IFSI dès la rentrée. Dans sa réponse à la question écrite du député Fabrice Roussel, publiée le 25 août 2026, le ministère de la Santé annonce un premier versement de 50 % des 215 M€ prévu en mai 2026, puis 25 % en juin 2026, et s'engage à poursuivre en 2027 le financement des places effectivement ouvertes à la rentrée 2026 ; cet engagement devra se traduire dans le projet de loi de finances pour 2027. Il s'agit d'un calendrier annoncé par le gouvernement, et non d'un versement déjà constaté. La même réponse - qui porte sur les capacités en Pays de la Loire - indique qu'"il manque 3000 places d'IFSI par rapport au protocole d'accord signé en 2022 entre l'État et les régions". Le texte ne précise pas si ce "manque" de places est national ou régional, et la portée exacte de l'écart par rapport au protocole de 2022 n'est pas établie par la réponse elle-même.

De l'autre côté, les régions et les syndicats parlent plutôt de réduction. Dans le Grand Est, l'Est Républicain évoquait une suppression de 652 places envisagée pour la rentrée, en invoquant un désengagement de l'État de 24 millions d'euros ; le syndicat SNPI, dans le même temps, parlait de 829 places dans la région et, à l'échelle nationale, d'une baisse de 15 à 30 % des capacités par rapport à l'effort engagé depuis 2019.

Ces chiffres ne se contredisent pas nécessairement : ils ne mesurent probablement pas la même chose. Un chiffre peut porter sur des places financées, un autre sur des places administrativement autorisées ; l'un peut être une hypothèse de travail avant arbitrage, l'autre une estimation consolidée ; une baisse globale peut aussi masquer des redéploiements entre sites. Faute de méthode de calcul publiée, la matière reste non tranchée, et c'est précisément ce qu'il faudra suivre dans les prochaines semaines.

Clara Schmitt, également de la FNESI, a résumé le conflit en disant que "les régions utilisent les étudiants infirmiers comme monnaie d'échange". La FNESI avance par ailleurs un écart de financement de l'ordre de 7 500 euros par étudiant quand la formation est financée par les régions, contre 12 500 euros quand elle est portée par l'université. Ce sont des ordres de grandeur revendiqués, dont le périmètre exact n'est pas établi, mais ils posent la question de fond : qui paie une formation plus exigeante ?

Trois réformes à ne pas confondre

Le débat serait plus clair si l'on séparait trois chantiers qui s'entrecroisent :

  1. La réforme du diplôme : référentiel, volumes, stages, universitarisation. C'est celle qui s'applique depuis septembre 2026.
  2. La réforme de l'exercice : loi du 27 juin 2025, décret du 24 décembre 2025 sur les activités avancées, puis quatre arrêtés du 26 juin 2026 précisant de nouveaux actes (électrocardiogramme, régression des plaies chroniques, vaccination, mobilisation des personnes), applicables à compter du 1er janvier 2027.
  3. La capacité de formation : quotas financés, répartition territoriale, équilibre des instituts.

Les trois se nourrissent. On attend davantage des infirmiers, on demande davantage aux IFSI, et l'on discute en même temps du nombre de places. Un diplôme qui prépare à des responsabilités élargies suppose des terrains d'exercice et des stages accueillants - or l'encadrement des stages repose sur des professionnels eux-mêmes confrontés à des tensions de recrutement.

Ce qu'il faut regarder maintenant

Pour les étudiants entrés en septembre 2026, le programme est fixé. Trois points, eux, restent ouverts et méritent d'être suivis sans préjugé : le nombre de places réellement ouvertes à la rentrée 2027, la traduction dans le projet de loi de finances pour 2027 de l'engagement de financement annoncé, et l'évaluation prévue en 2027 des dispositions élargissant l'accès au métier.

La réforme sera donc jugée moins sur son contenu - qui est fixé - que sur sa capacité à être financée et déployée de manière homogène.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qui change dans la formation infirmière à la rentrée 2026 ?

Les étudiants entrés en première année d'IFSI depuis septembre 2026 suivent un cursus remanié : les unités d'enseignement numérotées sont remplacées par cinq domaines de A à E, la formation garde trois ans et 180 ECTS, les stages passent à 66 semaines contre 60 auparavant, et le volume global atteint environ 4 600 heures. La délivrance du diplôme d'État passe des préfets de région aux universités accréditées.

La réforme concerne-t-elle les étudiants déjà en formation ?

Non. Les dispositions s'appliquent aux étudiants qui débutent la première année à compter du 1er septembre 2026. Les promotions déjà engagées terminent leur cursus sous le référentiel de 2009, sans bascule en cours de route.

Combien de places supplémentaires en IFSI sont annoncées pour 2026 ?

Le gouvernement a annoncé le 29 janvier 2026 une enveloppe nationale de 215 millions d'euros permettant l'ouverture de 5 500 places supplémentaires en IFSI dès la rentrée. Le ministère de la Santé annonce un premier versement de 50 % prévu en mai 2026 puis 25 % en juin 2026, et s'engage à poursuivre en 2027 le financement des places effectivement ouvertes : il s'agit d'un calendrier annoncé, non d'un versement constaté. La même réponse ministérielle, qui porte sur les capacités en Pays de la Loire, indique qu'il manque 3 000 places d'IFSI par rapport au protocole signé en 2022 entre l'État et les régions, sans préciser si ce manque est national ou régional.

Pourquoi les chiffres sur les places d'IFSI ne concordent-ils pas ?

Les régions et les syndicats évoquent des réductions (652 places envisagées dans le Grand Est selon l'Est Républicain, 829 selon le SNPI, ou 15 à 30 % des capacités au niveau national selon ce syndicat), tandis que l'État annonce des ouvertures. Ces chiffres ne mesurent probablement pas la même chose : places financées ou autorisées, hypothèses avant arbitrage ou estimations consolidées. Faute de méthode de calcul publiée, la question reste non tranchée.

Qui délivre désormais le diplôme d'État d'infirmier ?

Le décret transfère la délivrance du diplôme des préfets de région aux universités accréditées. Les régions restent autorisantes et financières des instituts et fixent les capacités d'accueil.

Sources

  1. Hôpital en crise : la France va devoir recruter 821 000 infirmiers d'ici 2050 · 75secondes.fr
  2. Nouveautés 2026 pour le diplôme d'État infirmier - Aide à domicile · aideadomicile-labranche.fr
  3. Arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d'Etat d'infirmier - ANFH · anfh.fr
  4. Enjeux du recrutement hospitalier en 2026 : 72% d'échecs · annonces-medicales.com
  5. Lois infirmier : ce qu'a (vraiment) changé la loi du 27 juin 2025 · appines.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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