Skyler Gisondo, interprète de Jimmy Olsen, assis dans un fauteuil de bureau et tenant un journal, avec des écrans d’ordinateur en arrière-plan.
Séries

"The People v. Gorilla Grodd" : ce que le spin-off de "Superman" dit vraiment du DCU

Le tournage de "The People v. Gorilla Grodd", faux documentaire judiciaire en huit épisodes avec Jimmy Olsen, est terminé, sans date de diffusion annoncée. Ce spin-off de "Superman" n'est pas présenté par DC Studios comme un virage stratégique : aucun budget n'a été publié et aucune déclaration officielle ne l'établit, même si son format resserré contraste avec la perte attendue d'environ 100 millions de dollars sur "Supergirl".

As-tu aimé cet article ?

Huit épisodes d'une trentaine de minutes, un gorille télépathe jugé pour le meurtre de son père, et un photographe du Daily Planet reconverti en journaliste de true crime. Le tournage de "The People v. Gorilla Grodd" est terminé, Skyler Gisondo l'a confirmé ces derniers jours. Aucune date de diffusion n'a été annoncée. Derrière la plaisanterie de potache, il y a un format, un coût et un calendrier - et c'est là que la série devient intéressante.

Skyler Gisondo, interprète de Jimmy Olsen, assis dans un fauteuil de bureau et tenant un journal, avec des écrans d’ordinateur en arrière-plan.
Skyler Gisondo, interprète de Jimmy Olsen, assis dans un fauteuil de bureau et tenant un journal, avec des écrans d’ordinateur en arrière-plan. - (source)

Un faux documentaire judiciaire, pas une série de super-héros

HBO Max a passé une commande directe de huit épisodes, portée par DC Studios et Warner Bros. Television. Le titre : "The People v. Gorilla Grodd". Les showrunners sont Dan Perrault et Tony Yacenda, les créateurs d'"American Vandal", le faux documentaire Netflix sur des lycéens accusés d'avoir taggé des voitures. Tony Yacenda réalise l'intégralité des épisodes. James Gunn et Peter Safran sont producteurs exécutifs.

Le pitch emprunte au true crime : Gorilla Grodd, roi de Gorilla City, doté d'une intelligence supérieure et de pouvoirs psychiques, a été condamné pour le meurtre de son père. Jimmy Olsen (Skyler Gisondo, déjà dans "Superman") rouvre le dossier et se demande si le singe n'a pas été condamné à tort. Jimmy Tatro incarne l'accusé. Autour d'eux, la rédaction du Daily Planet vue dans le film revient en bloc : Beck Bennett en Steve Lombard, Mikaela Hoover en Cat Grant, Wendell Pierce en Perry White. La distribution s'étoffe de Mary Holland, Eduardo Franco, Arian Moayed, Andrew Leeds et Tim Baltz.

Gunn a présenté le projet comme la première incursion de DC Studios dans le genre du true crime. Selon la presse française, Clark Kent et Lois Lane n'y apparaîtraient pas - l'information reste à confirmer à la diffusion, mais elle dit l'essentiel : ce spin-off est conçu pour tenir sans Superman.

C'est aussi, sur le papier, ce que DC Studios a commandé de plus éloigné du blockbuster super-héroïque : un décor de salle d'audience, des talking heads, un comédien en costume de gorille plutôt qu'un budget d'effets visuels. Un détail n'est pas anodin : quand Entertainment Weekly l'avait interrogé sur les singes intelligents entourant Lex Luthor dans "Superman", Gunn avait répondu qu'il ne s'agissait pas d'un singe mais d'un grand singe, et qu'il avait d'autres plans pour Gorilla Grodd.

Une commande plus ancienne que le fiasco

Il faut résister à la lecture réflexe qui ferait naître la série du flop de "Supergirl". Dans son message d'annonce, Gunn a précisé que "The People v. Gorilla Grodd" faisait partie, comme "Lanterns", des séries qu'il avait présentées avec Safran à Warner Bros. Discovery avant même leur arrivée à la tête de DC Studios. Autrement dit, le projet précède la débâcle et n'en est pas une réponse.

Ce qui a changé, en revanche, c'est le contexte dans lequel il va sortir - et il est brutal.

Le trou de cent millions

"Supergirl", deuxième film du DCU, a ouvert à environ 38 millions de dollars en Amérique du Nord et 68 millions dans le monde, pour un budget de production estimé à 170 millions avant marketing. Variety a titré, fin juin, sur une perte attendue de l'ordre de 100 millions de dollars. Le Guardian en a tiré une question plus large : les univers cinématographiques reposaient sur l'idée que les personnages secondaires comptaient parce qu'ils menaient à quelque chose de plus grand ; quand le public décroche, c'est toute la mécanique qui se grippe.

Le 6 août, lors de la présentation des résultats trimestriels, David Zaslav, patron de Warner Bros. Discovery, a balayé l'échec en vantant l'avancement de "Man of Tomorrow" - la suite de "Superman", datée au 9 juillet 2027 - et le travail de Gunn. Numerama a justement rappelé que le même homme avait qualifié "The Flash" de chef-d'oeuvre absolu quelques semaines avant l'un des plus grands bides de l'histoire du genre. La communication d'un studio n'est pas une prévision.

Deux nuances empêchent pourtant de conclure trop vite. D'une part, plusieurs titres ont rapporté que "Supergirl" avait trouvé sur HBO Max une audience que les salles lui avaient refusée - une performance en streaming ne compense pas une perte de 100 millions, mais elle indique que le personnage n'est pas rejeté en soi. D'autre part, le cinéma et le streaming ne répondent pas aux mêmes contraintes : on ne demande pas à un abonné HBO Max de sortir de chez lui et de payer un billet en plus.

Le calcul : huit fois trente minutes contre 170 millions

C'est ici que l'interprétation devient utile, à condition de ne pas la confondre avec les faits. Aucun budget de "The People v. Gorilla Grodd" n'a été publié, et aucune déclaration de DC Studios ne présente la série comme un virage stratégique. On ne peut donc pas affirmer que le studio bascule vers la télévision low cost. On peut constater que sa structure de production y ressemble, et que le contexte rend ce modèle plus séduisant qu'avant.

Un faux documentaire de huit épisodes de trente minutes, avec des décors repris du film, une équipe créative rodée au format et un comédien principal dont le personnage n'exige ni costume ni cascade, devrait coûter une fraction d'un long-métrage à 170 millions. Pour un groupe qui doit absorber l'échec d'un film et financer des blockbusters à venir, l'arbitrage est simple : le risque est contenu, l'exposition de marque reste réelle, et la perte maximale ne met pas en danger le reste du calendrier.

Reste la contrepartie, souvent oubliée dans ce raisonnement. Une série pas chère n'est pas gratuite : elle consomme des créneaux de production, un budget marketing, l'attention de Gunn - qui doit par ailleurs boucler "Man of Tomorrow" - et surtout une part de la crédibilité de la marque. Si la plaisanterie tombe à plat, DC Studios aura dépensé de l'argent et du temps pour rappeler au public que son univers télévisé est incertain. Le succès de "Lanterns" montre que la formule peut fonctionner ; l'annulation, peu avant, de deux projets télévisés consacrés à Amanda Waller et à Wonder Woman montre que la porte n'est pas ouverte à tout.

Skydance entre dans la pièce

Le facteur décisif n'est peut-être ni Gunn ni Grodd, mais le propriétaire. Le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, bouclé le 6 octobre pour environ 110 milliards de dollars après une bataille juridique et l'opposition de douze États américains, a donné naissance à un groupe simplement baptisé Skydance. La presse américaine a été constante sur un point : l'entité hérite d'une dette lourde, et ses dirigeants ont évoqué des réductions de coûts dès les premières communications internes.

Dans ce cadre, une série déjà tournée, bon marché et identifiable est un actif confortable. Un pari à 170 millions l'est beaucoup moins. Cela ne signifie pas que le DCU va se replier sur des procès de gorilles : "Man of Tomorrow" reste la priorité absolue, et le crédit de Gunn tient encore au succès de "Superman" en 2025 et à celui de "The Penguin". Mais la marge d'erreur s'est réduite, et les projets "intermédiaires" - ceux qui ne sont ni Superman ni Batman - seront jugés à l'aune de ce qu'ils coûtent autant qu'à celle de ce qu'ils rapportent. Un article du Guardian a formulé une hypothèse voisine : quelques films de Superman et de Batman, plus des dérivés moins chers, en attendant que la confiance revienne.

Ce que la série ne prouvera pas

Il faut être clair sur les limites. Une partie de la couverture anglophone a contesté l'étiquette même de "spin-off du DCU", en soulignant que la série se regarderait sans avoir vu le film. La distinction est peut-être moins juridique que commerciale : la continuité est assurée par le décor et les seconds rôles, pas par une intrigue qui préparerait "Man of Tomorrow". Rien ne confirme, à ce stade, que la série servira de rampe d'accès à un futur film.

Et il reste possible que la vraie explication soit la plus simple : Perrault et Yacenda ont fait une excellente série sur un lycée et des tags, Gunn aime Gorilla Grodd depuis des années, quelqu'un a eu l'idée de mélanger les deux, et le studio a dit oui parce que le risque était faible. Toute lecture stratégique de "The People v. Gorilla Grodd" repose sur cette part d'incertitude.

Le vrai test, de toute façon, n'est pas là. Il est en juillet 2027, avec "Man of Tomorrow". Si le film fonctionne, la série de Grodd restera ce qu'elle est probablement : une curiosité bien faite, pas chère, qui rappelle que le DCU peut produire autre chose que des types en cape. S'il échoue, aucun procès de gorille ne sauvera le calendrier - mais on saura au moins à quoi ressemble le format que le studio pouvait encore se permettre.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Le tournage de "The People v. Gorilla Grodd" est-il terminé, et la série a-t-elle une date de diffusion ?

Oui, Skyler Gisondo a confirmé ces derniers jours que le tournage était terminé. Aucune date de diffusion n'a été annoncée.

Que raconte "The People v. Gorilla Grodd" ?

HBO Max a commandé huit épisodes d'une trentaine de minutes, portés par DC Studios et Warner Bros. Television. Ce faux documentaire judiciaire suit Jimmy Olsen, qui rouvre le dossier de Gorilla Grodd, condamné pour le meurtre de son père, et se demande si le singe n'a pas été condamné à tort.

Ce spin-off marque-t-il un virage de DC Studios vers des séries moins chères ?

Aucun budget de la série n'a été publié et aucune déclaration de DC Studios ne la présente comme un virage stratégique. L'idée qu'elle corresponde à un format plus économique relève d'une interprétation, même si son format de huit épisodes d'une trentaine de minutes contraste avec le budget de production estimé à 170 millions de "Supergirl".

La série est-elle une réponse au flop de "Supergirl" ?

Non selon les éléments disponibles : James Gunn a précisé que "The People v. Gorilla Grodd" faisait partie, comme "Lanterns", des séries présentées avec Peter Safran à Warner Bros. Discovery avant leur arrivée à la tête de DC Studios. Le projet précède donc la débâcle de "Supergirl" ; son contexte de sortie, lui, a changé.

Peut-on dire que "The People v. Gorilla Grodd" est un spin-off du DCU ?

Une partie de la couverture anglophone a contesté cette étiquette, en soulignant que la série se regarderait sans avoir vu "Superman". La continuité serait assurée par le décor et les seconds rôles, pas par une intrigue qui préparerait "Man of Tomorrow" ; rien ne confirme, à ce stade, qu'elle serve de rampe d'accès à un futur film.

Sources

  1. Une série HBO Max fera de Jimmy Olsen un journaliste true crime · actualitte.com
  2. The People v. Gorilla Grodd : Une série détonante en 2027 · actuanews.fr
  3. Superman : le spin-off le plus inattendu de l'univers DC a déjà terminé son tournage ! - News Séries - AlloCiné · allocine.fr
  4. Paramount takes over Warner Bros in $110bn Hollywood merger · bbc.com
  5. Paramount-Warner Bros Discovery to become Skydance · broadbandtvnews.com
making-of
Sophie Alibot @making-of

Ce qui m'intéresse, ce n'est pas juste le film : c'est comment il a été fait. Monteuse vidéo freelance à Paris, je suis obsédée par les coulisses du cinéma. Les anecdotes de tournage, les cascades ratées, les acteurs qui ont failli avoir le rôle, les effets spéciaux avant/après – tout ça me passionne autant que le résultat final. Je crois que connaître la fabrication d'un film le rend encore plus magique.

59 articles 0 abonnés

Commentaires (5)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires