Il fallait que ça marche. Après le relatif succès de Superman, le DCU de James Gunn et Peter Safran avait besoin que Supergirl confirme la dynamique. Ce n'est pas arrivé. Loin s'en faut.

Une suite logique... qui tourne au cauchemar commercial
En tant que deuxième volet du DCU - cette nouvelle univers cinématographique lancée sous la bannière Chapter One: Gods and Monsters - Supergirl portait un poids stratégique énorme. Le film, réalisé par Craig Gillespie sur un scénario d'Ana Nogueira, met en scène Milly Alcock dans le rôle de Kara Zor-El, aux côtés de Matthias Schoenaerts, Eve Ridley, David Krumholtz, Emily Beecham, David Corenswet et Jason Momoa. Côté production, c'est le duo Safran-Gunn qui supervise.
Sorti le 26 juin 2026 aux États-Unis après une avant-première brooklynaise le 22 juin, le film avait tout d'un pilier de franchise. Le problème, c'est que les piliers qui s'effondrent emportent souvent le reste de la structure.

Les chiffres d'un désastre
Parlons des pertes. Supergirl a rapporté 126,4 millions de dollars au box-office mondial. Un chiffre qui pourrait sembler correct en apparence... sauf qu'il faut le regarder à l'aune d'un budget de production compris entre 170 et 186 millions de dollars. Ajoutez à cela les coûts de marketing - rarement inférieurs à 50 ou 80 millions pour un blockbuster de cette envergure - et le déficit s'annonce considérable. Même sans chiffrage final officiel, on est face à un box-office bomb au sens pur du terme.
La chute a été particulièrement brutale dès la deuxième semaine, signe que le bouche-à-oreille n'a pas joué en sa faveur. Après deux semaines d'exploitation, le film ne cumulait que 100,5 millions de dollars à l'échelle mondiale. Pour un projet DC Studios, c'est un signal d'alarme sonore.
En France, le même scénario - accéléré
Sur le territoire français, Supergirl est sorti le 1er juillet et a attiré 105 000 spectateurs dès sa première journée. Un chiffre qui se compare défavorablement aux 133 384 entrées de Superman lors de son propre premier jour. L'écart n'est pas catastrophique en soi, mais il illustre un manque de conversion du public potentiel.
Ce qui l'est vraiment, c'est ce qui a suivi. Le film est passé en SVOD le 28 juillet, soit à peine quatre semaines après sa sortie en salles. Une fenêtre théâtrale d'une brièveté quasiment inédite pour un film de ce budget. En temps normal, les studios protègent farouchement leurs exclusivités cinéma pendant au moins 45 à 75 jours. Ici, Warner Bros. a visiblement estimé que prolonger l'exploitation en salles ne servait à rien. Le message est clair : l'abandon a été rapide et sans ambiguïté.
Ce que ça révèle sur la stratégie du DCU
Le DCU de James Gunn avait promis une approche différente : des films auteuristes, des personnages profonds, une cohérence narrative forte. Avec Superman, la première pierre avait paru solide. Mais un univers cinématographique ne repose pas sur un seul film. Il repose sur la capacité à faire venir le public pour les personnages secondaires, les crossover et les arcs narratifs à long terme.
C'est exactement là que Supergirl pose problème. Si le public ne suit pas Kara Zor-El - un personnage pourtant lié directement à Superman et déjà introduit dans l'imaginaire collectif - comment le DCU pourra-t-il convaincre de sortir en salle pour des créneaux encore plus audacieux ? Le problème n'est pas Milly Alcock, ni la direction artistique de Craig Gillespie. Le problème est systémique : il y a un déficit de confiance entre le public et la promesse du nouveau DCU.

Spoiler-free, mais parlons quand même du fond
Sans entrer dans les détails de l'intrigue - promis, pas de spoilers ici - force est de constater que les critiques mêlées des professionnels n'ont pas aidé. Un film de super-héros peut survivre à des avis mitigés s'il séduit le grand public (Aquaman en est la preuve). Mais quand critiques et public cocardent, il n'y a plus de filet de sécurité.
Le test crucial
C'est là que le mot "crucial" du titre prend tout son sens. Le DCU est encore à un stade où chaque sortie façonne la perception du public. Avec un échec commercial aussi net sur son deuxième volet, James Gunn et Peter Safran se retrouvent face à une question existentielle : le public est-il prêt à suivre un univers DC qui ne repose plus uniquement sur Batman et Superman ?
Les indices de ce flop pourraient être multiples. Peut-être que le positionnement marketing n'a pas fonctionné. Peut-être que l'épuisement des super-héros est réel, même pour les nouveaux venus. Peut-être que le public exige des preuves de cohérence narrative avant de s'engager financièrement.
Ce qui est certain, c'est que la date SVOD ultra-rapide - comme le notait un observateur, "jamais vu une date arriver si vite" - envoie un signal désastreux à la fois aux investisseurs et aux spectateurs. Un film qu'on retire aussi vite des salles, c'est un film dont le studio lui-même n'a plus foi.
Et maintenant ?
Le DCU n'est pas mort pour autant. Mais la route qui menait à une crédibilité durable vient de subir un séisme. James Gunn dispose encore de plusieurs projets dans le pipeline, et la qualité narrative reste son argument principal. Or, dans l'industrie du cinéma, la qualité seule ne suffit pas - il faut aussi que le public vienne voir ce qu'on lui propose.
Supergirl n'était pas censée être le film pivot du DCU. Elle l'est devenue malgré elle, et le verdict du box-office ne laisse guère de place à l'optimisme. Le véritable enjeu, désormais, c'est de savoir si le DCU saura convaincre un public de croire en ses personnages moins emblématiques - ou si, comme avant lui, l'univers DC finira par se rétracter autour de ses seules zones de confort.