Le reboot du DC Universe porté par James Gunn et Peter Safran reposait sur une ambition claire : ne pas se contenter de ressusciter Superman, Batman et Wonder Woman, mais transformer des personnages secondaires de l'édifice DC en véritables piliers de franchises. Supergirl, sorti en 2026, devait en être la preuve de concept. Il en est devenu le contre-exemple.

Un film conçu pour prouver une stratégie
Lorsque James Gunn et Peter Safran ont dévoilé en janvier 2023 le plan sur huit à dix ans du nouveau DC Studios, l'idée centrale était nette. Plutôt que de "gaver" les spectateurs avec les mêmes héros emblématiques, le studio comptait bâtir des propriétés secondaires en diamants. Le modèle invoqué était celui de Marvel, qui avait su élever des figures comme Black Panther ou Ant-Man au rang de succès planétaires.
Supergirl s'inscrivait exactement dans cette logique. Le film met en scène une version de Kara Zor-El bien différente de celle que le public avait pu voir précédemment. James Gunn lui-même a décrit le projet comme "un grand film épique de science-fiction" explorant une facette plus sombre de l'héroïne. Porté par Milly Alcock dans le rôle-titre et une distribution incluant Matthias Schoenaerts, David Krumholtz et Jason Momoa, le film avait tous les ingrédients pour montrer qu'un univers étendu pouvait fonctionner autour de visages nouveaux.
L'ambition d'une version plus sombre et exigeante
Le pari audacieux du film tenait dans son ton. Là où les précédentes itérations cinématographiques de Supergirl s'adressaient à un public large, souvent familial, cette version parcourt la galaxie dans ce qui a été décrit comme une quête de vengeance sanglante. L'ambition était de séduire un public adulte et exigeant, capable d'accueillir une héroïne kryptonienne plus complexe, moins manichéenne.
Ce choix créatif avait du sens dans le cadre d'un univers cinématographique qui se voulait différenciant du MCU par son audace tonale. Mais il portait aussi un risque : celui de perdre une partie du public familier du personnage sans nécessairement convaincre les nouveaux spectateurs.
Un accueil critique mitigé et un box office en chute libre
La réception de Supergirl a révélé la fragilité de l'entreprise. Les critiques ont pointé des similitudes appuyées avec Les Gardiens de la Galaxie et Mad Max, reprochant au film un manque d'originalité dans son traitement malgré ses prétentions à renouveler le genre. L'impression qui se dégage est celle d'un projet qui a tenté d'assembler des codes appartenant à d'autres franchises sans toujours parvenir à les transformer en identité propre.
Côté public, le verdict a été plus clément que celui de la presse spécialisée, avec un accueil globalement positif du film, qualifié de "hautement divertissant et visuellement captivant". Milly Alcock a quant à elle été saluée, sa présence étant citée comme un élément positif majeur donnant au film toute sa raison d'être. Le contraste entre le charisme de l'actrice principale et les difficultés globales du film rappelle une leçon récurrente du cinéma de super-héros : le talent d'un interprète ne suffit pas à porter une franchise sur ses épaules.
Les conséquences commerciales ont été brutales. La sortie en vidéo à la demande a été programmée pour le 28 juillet 2026, moins d'un mois seulement après la sortie en salles. Un tel délai est un indicateur sans ambiguïté de l'effondrement de la fréquentation en salle. Le film a été l'un des plus gros échecs financiers de l'année, avec des pertes estimées à 125 millions de dollars.
Ce que l'échec révèle des limites du modèle
L'échec de Supergirl ne pose pas seulement un problème de recettes. Il interroge la stratégie même du DC Universe. Si le plan initial reposait sur l'idée de transformer des personnages secondaires en attractions majeures, le flop de Supergirl montre que cette approche ne fonctionne pas automatiquement, même portée par un producteur de la stature de James Gunn.
Plusieurs facteurs expliquent ce dérapage. Le choix d'un ton sombre et violent pour un personnage historiquement associé à l'espoir et à la lumière peut créer un décalage avec les attentes du public. Les comparaisons constantes avec des films plus établis - les Gardiens de la Galaxie de Gunn lui-même ou la saga Mad Max - ont sans doute donné l'impression d'un produit dérivé plutôt que d'une création originale. Et la concurrence estivale n'a pas épargné le film dans un paysage de blockbusters surpeuplé.
Le message pour DC Studios est troublant : construire un univers autour de héros méconnus exige non seulement une vision créative forte, mais aussi une connectivité émotionnelle immédiate avec le public. Marvel y est parvenu des années durant parce qu'il avait construit ce lien progressivement, film après film. Le DC Universe, dans sa phase de lancement, n'a pas ce luxe.
Vers un avenir incertain
Malgré l'ampleur du revers, Peter Safran a publiquement affiché sa confiance dans la stratégie du DC Universe, confirmant la poursuite des projets en cours. Le reboot ne s'arrêtera probablement pas sur ce seul échec. Mais la marge de manoeuvre se réduit. Chaque prochain film devra prouver que l'univers a une raison d'être au-delà du simple rapprochement de propriétés DC sous une même bannière.
Les leçons de Supergirl sont nombreuses et sévères. Un film ne suffit pas à faire émerger une propriété majeure. Le ton ne peut pas être simplement "plus sombre" pour se différencier, il doit être juste pour le personnage et l'histoire racontée. Et surtout, la confiance du public ne se décrète pas en conférence de presse - elle se construit sur des films qui tiennent leurs promesses.
Les prochains jalons du DC Universe, dont un projet de suite pour Superman confirmé dans le planning du studio, auront à coeur de tirer ces enseignements. Car si Supergirl n'a pas réussi là où les films DC avaient déjà échoué, c'est peut-être parce que le problème n'a jamais été le personnage. Il a toujours été la promesse elle-même.