Face au cancer, le niveau de vie change le risque d'y être exposé, la possibilité de se faire dépister à temps et la gravité au moment du diagnostic. Les données rassemblées en France dessinent une inégalité qui suit la hiérarchie sociale.

Selon l'analyse de la DREES à partir du dispositif EDP-Santé, qui suit une partie de la population vivant en France hors Mayotte entre 2013 et 2020, rapportée ici via des sources secondaires : le risque de cancer évitable est deux fois plus élevé pour les 10 % les plus modestes que pour les 10 % les plus aisés. Évitable, c'est-à-dire lié à des expositions et des comportements sur lesquels la prévention peut agir. La DREES relie cet écart à des expositions socialement différenciées, dont le tabagisme.
Un risque évitable concentré en bas de l'échelle sociale
Le cancer du poumon concentre ces écarts. Tous sexes confondus, le risque est 1,9 fois plus élevé pour les 10 % les plus modestes que pour les 10 % les plus aisés. Chez les hommes, il est 2,2 fois plus élevé ; chez les femmes, 1,7 fois plus élevé.
Ce n'est pas une fatalité biologique. C'est l'effet cumulé des conditions de vie et de travail : tabac plus fréquent dans les milieux populaires, logements plus exposés aux pollutions, alimentation plus contrainte, accès plus difficile à l'information en santé et à la prévention.
Le travail expose encore trop
L'exposition professionnelle pèse lourd dans ce tableau. D'après l'enquête SUMER 2017, près de 2,8 millions de salariés ont été exposés à au moins un produit chimique cancérogène au cours de la semaine précédant l'enquête, soit environ un salarié sur dix en France, un chiffre stable par rapport à 2010, rappelle l'Institut national du cancer.
La part des cancers attribuable à des expositions professionnelles est estimée entre 4,5 et 8 % par Santé publique France, selon ce même Institut. Ces cancers d'origine professionnelle restent pourtant largement sous-reconnus et sous-indemnisés.

Ce sont les ouvriers, les employés de certains secteurs, les intérimaires, les salariés du nettoyage, de l'industrie ou du bâtiment qui portent l'essentiel de cette charge chimique, souvent invisible, faite de poussières, de fumées, de solvants et d'horaires qui compliquent le suivi médical. L'exemple des Travailleurs du BTP : exposition au bruit et polluants, chiffres et risques illustre bien cette surexposition des métiers manuels.
Un dépistage moins fréquent, des diagnostics plus graves
C'est aussi au moment du dépistage que la fracture apparaît. Chez les femmes de 50 à 74 ans concernées par le dépistage du cancer du sein, 66,9 % des 10 % les plus favorisées y participent, contre 41,6 % seulement pour les 10 % les plus modestes.
Pour le dépistage organisé du cancer colorectal, chez les 50 à 74 ans éligibles, la participation est deux fois plus fréquente chez les 10 % les plus aisés que chez les 10 % les plus modestes, avec 31,4 % contre 16,1 %.
L'écart ne tient pas seulement à l'invitation reçue. Il tient à l'accès effectif : médecin traitant disponible, temps pour prendre rendez-vous, transport, garde d'enfants, langue, crainte de l'examen, reste à charge ressenti, renoncement aux soins. Quand le quotidien est instable, la prévention passe après l'urgence.
Le résultat se lit au stade du diagnostic. Les 10 % les plus modestes présentent un risque 1,7 fois plus élevé de développer un cancer de mauvais pronostic que les 10 % les plus aisés. Et pour les cancers pour lesquels un dépistage existe, les personnes les plus modestes ont 2,3 fois plus de risque de voir leur cancer diagnostiqué à un stade métastatique.