Le cancer du poumon tue 30 900 personnes par an en France, ce qui en fait la première cause de mortalité par cancer. Dans 73 % des cas, il est découvert à un stade avancé, quand les options thérapeutiques sont limitées. Le taux de survie nette à 5 ans n'est que de 20 %.

Pour changer cette donne, un programme pilote de dépistage précoce, baptisé IMPULSION, a démarré en mai 2026. Il est gratuit, financé par l'État, et vise à tester l'organisation d'un futur dépistage national. Son succès dépendra de la participation de 20 000 volontaires.
Qui peut participer au dépistage IMPULSION ?
Le programme s'adresse à une population précise : les personnes de 50 à 74 ans, fumeuses ou ex-fumeuses ayant arrêté depuis moins de 15 ans. Cette sélection vise les individus présentant un risque élevé de développer un cancer du poumon.
Le programme est actuellement déployé dans cinq régions pilotes :
- Île-de-France
- Hauts-de-France
- Pays de la Loire
- Provence-Alpes-Côte d'Azur
- Auvergne-Rhône-Alpes
Dans chaque région, entre 5 et 15 centres de radiologie habilités ouvriront progressivement pour réaliser les scanners.
Comment fonctionne le parcours de dépistage ?
Le parcours est simple et entièrement pris en charge. Le scanner thoracique à faible dose, l'examen de dépistage, est remboursé à 100 % par l'Assurance maladie, sans avance de frais.
Deux voies d'accès existent pour les volontaires. La première est médicale : le médecin traitant identifie les patients éligibles et les oriente vers un « médecin investigateur ». Ce dernier vérifie l'éligibilité et procède à l'inscription. La deuxième voie est directe : toute personne peut contacter le centre d'appel national au 34 33 ou se connecter au site du programme. Elle répond alors à un questionnaire préalable à une consultation d'inclusion.
Une fois inscrit, le participant réalise deux scanners à un an d'intervalle, puis tous les deux ans. En complément, une aide au sevrage tabagique est systématiquement proposée aux fumeurs. L'absence d'arrêt du tabac ne conditionne pas la participation. Si une anomalie est détectée, des examens complémentaires sont réalisés pour confirmer ou infirmer le diagnostic.
Pourquoi ce dépistage arrive-t-il si tardivement en France ?
La France n'avait pas encore de dépistage organisé pour le cancer du poumon. En 2016, la Haute Autorité de santé (HAS) avait conclu que les conditions d'efficacité et de sécurité n'étaient pas réunies. L'organisation d'un dépistage à grande échelle posait trop de questions non résolues.

Depuis, les données scientifiques ont évolué. La HAS a révisé son avis en 2024. Elle reconnaît désormais que le dépistage par scanner à faible dose réduit la mortalité spécifique. Cependant, elle maintient que l'état des connaissances est encore incomplet pour un déploiement systématique. C'est pourquoi elle recommande la réalisation d'un programme pilote en vie réelle, comme IMPULSION, pour documenter les conditions optimales de mise en œuvre.
Quels bénéfices et quels risques pour le dépistage ?
Les bénéfices du dépistage sont documentés. Les études internationales montrent qu'il réduit la mortalité spécifique d'environ 20 à 25 %. Une modélisation française publiée dans The Lancet estime que le dépistage pourrait éviter environ 13 000 décès par cancer du poumon en France sur 5 ans. Combiner le dépistage et l'arrêt du tabac permet de réduire de 38 % le risque de décès.
Le dépistage comporte toutefois des risques. La principale limite est le faux positif : un résultat anormal qui nécessite des examens complémentaires mais qui ne correspond finalement pas à un cancer. Cela entraîne une anxiété inutile et des procédures invasives. Le risque de surdiagnostic, c'est-à-dire la détection de cancers qui n'auraient jamais évolué, est également présent. Une revue Cochrane a estimé ce risque à 18 %. Enfin, le scanner expose à une faible dose d'irradiation, dont l'impact cumulé sur plusieurs années doit être évalué.
Un coût public pour un essai à l'issue incertaine
Le programme IMPULSION est financé par l'Institut national du cancer (INCa) à hauteur de 6 millions d'euros. La Direction générale de la santé et les Agences régionales de santé participent également au financement des coordinations régionales.
Cet investissement public a un objectif précis : évaluer la faisabilité d'un dépistage national. Le programme doit déterminer le taux de détection, analyser les contraintes organisationnelles et évaluer l'efficience du dispositif. Si les résultats sont concluants, le projet pourrait servir de modèle pour un déploiement à grande échelle, à l'horizon 2030.
L'enjeu est de taille. Le cancer du poumon est en progression chez les femmes, qui entrent plus tardivement dans le tabagisme. Un dépistage organisé pourrait changer la trajectoire de mortalité de cette maladie. Mais la généralisation n'est pas acquise. Le pilote doit d'abord prouver qu'il est possible de déployer un tel programme de manière efficace et équitable sur tout le territoire.