En France, transférer un embryon après une fécondation in vitro, c'est souvent avancer sans carte chromosomique complète. Le test qui lèverait ce flou, le DPI-A, est interdit. Il est pourtant courant en Espagne, en Belgique ou au Danemark. Le décalage entre une loi volontairement restrictive et des attentes croissantes de patients pose une question simple : jusqu'où dépister, et pour qui ?

Un accès réservé par la loi à des maladies graves et incurables
Le diagnostic préimplantatoire (DPI) est une technique encadrée, pratiquée à titre exceptionnel. Il n'est pas un test de confort ou un bilan de santé de l'embryon. La loi le réserve aux couples ou aux femmes non mariées qui présentent un risque avéré de transmettre à leur enfant une maladie génétique grave et incurable. Ce risque doit être confirmé par un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.
L'Agence de la biomédecine délivre les autorisations aux cinq centres de DPI français et agrée les praticiens. Elle assure le suivi et le contrôle de l'activité. Le principe est clair : seuls les embryons non porteurs de l'anomalie recherchée peuvent être proposés au transfert.
Ce cadre existe depuis 1994. Il n'a jamais visé un dépistage large. Le DPI est aussi un parcours médical lourd. Il impose une fécondation in vitro avec stimulation ovarienne, une ponction et une conservation des gamètes. Le prélèvement sur l'embryon, qui continue ensuite son développement, a lieu quelques jours après la fécondation, avant ou après une congélation.
Le DPI-A : un test chromosomique interdit en France
Au-delà des maladies monogéniques ciblées par le DPI classique, une autre technique existe. Le DPI-A (diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies, ou PGT-A) analyse les 24 paires de chromosomes de l'embryon. Il est réalisé au stade blastocyste, entre le cinquième et le sixième jour, après une biopsie de 5 à 8 cellules. Le but est de sélectionner pour le transfert les embryons chromosomiquement normaux.

Cette analyse est interdite en France. Elle est autorisée dans plusieurs pays européens. Selon l'association BAMP, qui milite pour sa légalisation, cette interdiction a une conséquence directe : en France, la qualité chromosomique des embryons n'est pas évaluée avant le transfert. Des embryons qui n'avaient aucune chance d'aboutir à une naissance vivante et en bonne santé sont parfois implantés. C'est ce décalage technique qui alimente la frustration de certains patients.
Les objections éthiques qui freinent l'élargissement
Le Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) a posé le cadre du débat dans un avis de 2022. Il reconnaît que l'eugénisme n'a plus besoin de coercition et peut s'exercer par des moyens techniques et incitatifs. Le comité met en garde contre un "eugénisme technologique et consensuel".
Cette crainte structure l'opposition à un élargissement du dépistage. L'association Alliance VITA partage cette analyse. Elle estime qu'élargir le DPI reviendrait à ouvrir la porte à une sélection plus large des embryons. La question centrale est celle des critères : quelles anomalies seraient jugées suffisamment graves pour justifier un dépistage ? Et qui déciderait du "tamis de la sélection" ?
C'est le cœur du débat français. Il ne porte pas sur la technique, mais sur la définition du seuil d'acceptabilité sociale et éthique d'une sélection embryonnaire.
Le recours à l'étranger et les questions en suspens
Faute de pouvoir accéder au DPI-A en France, des patients partent à l'étranger. Le site Fivfrance indique que des milliers de Françaises se rendent chaque année en Espagne, en Belgique, en Grèce ou au Danemark pour leur projet parental, notamment pour accéder au DPI-A. Ces chiffres ne sont pas des statistiques officielles, mais ils documentent un mouvement réel.
La France rembourse par la Sécurité sociale quatre tentatives de FIV/ICSI et six tentatives d'insémination artificielle avec sperme du conjoint. Ce remboursement ne couvre pas les dépenses engagées à l'étranger, ni les coûts spécifiques du DPI-A. Le choix de partir implique donc une charge financière supplémentaire pour les patients.

Le débat reste ouvert sur plusieurs fronts. L'évolution des techniques de dépistage pourrait modifier les termes de la question éthique. Le coût pour les patients et pour l'assurance maladie si le DPI-A venait à être autorisé reste à évaluer. L'arbitrage fondamental entre l'amélioration des chances de naissance d'un enfant en bonne santé et le risque d'une sélection embryonnaire plus large n'est pas tranché. La prochaine révision de la loi de bioéthique pourrait raviver ces questions, comme l'illustre aussi le débat public autour de la loi bioéthique 2028 : PMA, GPA, tests ADN, ce qui t'attend.