Le rappeur Booba (Elie Yaffa) comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Paris le 25 mars 2027. Il est poursuivi pour cyberharcèlement contre Magali Berdah, fondatrice de Shauna Events. Deux autres personnes, Grégory Zaoui et une ancienne employée de Berdah, sont également renvoyées pour complicité. Les faits, survenus entre mai 2022 et juin 2025, concernent une campagne personnelle et une pression exercée sur l'entourage professionnel de la victime.

Les faits reprochés : harcèlement moral en ligne aggravé
L'accusation repose sur une campagne de harcèlement moral en ligne. Booba est accusé d'avoir envoyé au moins 487 messages à caractère injurieux ou menaçant sur les réseaux sociaux à Magali Berdah sur une période de trois ans. Au-delà des attaques directes, il aurait menacé les marques travaillant avec Shauna Events pour les pousser à rompre leurs collaborations.
Ces faits sont qualifiés de harcèlement moral en ligne aggravé, au titre des articles 222-33-2 et 222-33-2-2 du Code pénal. Cette qualification pénale, renforcée par le nombre de messages et l'atteinte alléguée à l'activité professionnelle, ouvre la voie à des peines pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende.
Un précédent majeur : le procès des "cyber-harceleurs en meute"
Cette affaire s'inscrit dans une séquence judiciaire entamée en mars 2024. Le même tribunal avait alors condamné 28 personnes pour cyberharcèlement en meute contre Magali Berdah, dans la plus grande affaire de ce type jugée en France. Les peines allaient de 4 à 18 mois de prison, avec 12 mois ferme pour la sanction la plus lourde, assorties d'interdictions de contact et de 54 000 euros de préjudice moral solidaire.
Le tribunal avait alors jugé que les faits "découlent des publications du rappeur". Cette décision a établi un principe de responsabilité indirecte, montrant comment une parole publique peut alimenter et déclencher des vagues de harcèlement. Le procès à venir de Booba teste une autre facette de ce phénomène : la responsabilité personnelle pour des messages envoyés depuis ses propres comptes.

Un antécédent personnel : la condamnation pour harcèlement contre un journaliste
Booba avait déjà fait l'objet d'une procédure pour des faits similaires. En 2025, il a été condamné à trois mois de prison avec sursis et 30 000 euros d'amende pour cyberharcèlement et injures discriminatoires envers le journaliste Tristan Mendès France. Les faits remontaient à 2018 et 2020.
Dans cette affaire, les magistrats avaient retenu l'intention de "faire taire" la journaliste. Cet antécédent personnel crée un précédent concernant l'interprétation des motivations derrière des attaques numériques répétées. Il pourrait influencer l'analyse des magistrats sur le caractère délibéré des actions reprochées dans l'affaire Berdah.
La tension juridique centrale : critique ou harcèlement ?
Ces trois procédures dessinent les contours d'un débat juridique et social essentiel. Comment la justice distingue-t-elle une critique polémique, même dure, d'un harcèlement systématique visant à détruire une personne et son entreprise ?
L'affaire de 2024 a montré comment les plateformes numériques servent de terrain à la mobilisation groupée et de source de preuves. L'affaire Berdah contre Booba met en lumière la responsabilité d'une personnalité publique disposant d'une large audience, qui utilise ses canaux directs pour des attaques ciblées.
Le rôle des réseaux sociaux est double : ils sont le vecteur des messages litigieux et l'archive qui permet d'établir la répétition et l'ampleur du phénomène. Le jugement du 25 mars 2027 enverra un signal sur la manière dont la justice évalue l'usage perçu comme abusif de cette tribune numérique.

Cette affaire s'inscrit dans un paysage de conflits médiatiques virulents, comme l'illustre une querelle passée de Magali Berdah Magali Berdah vs Iris Mittenaere : une querelle qui divise la France. Elle prolonge aussi une histoire de clashs publics impliquant Booba, révélateurs de fractures plus profondes Booba vs Aya Nakamura : le clash qui révèle les fractures du rap français. L'évolution du cadre légal pour protéger sans étouffer la critique sur les réseaux reste un enjeu que chaque grand procès fait avancer.