Aya Nakamura lors de la cérémonie Les Flammes, vêtue d'une robe blanche à dos nu et les cheveux bleus.
Musique

Booba vs Aya Nakamura : le clash qui révèle les fractures du rap français

Booba attaque violemment Aya Nakamura, l'accusant de médiocrité et de silence politique. Entre sexisme, racisme et triomphe au Stade de France, ce clash révèle les fractures du rap français.

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Le 15 septembre 2024, Booba accorde une interview au Parisien qui fait l'effet d’une bombe dans le paysage musical français. Le rappeur de 47 ans, figure tutélaire du rap hexagonal, y dézingue Aya Nakamura avec une violence verbale rare. « Je ne la supporte pas », « hautaine », « surcotée », « niveau sixième » : les mots choisis ne sont pas anodins. Ils touchent au talent, à la légitimité et à l’attitude de la chanteuse la plus écoutée de la francophonie. Mais cette attaque n’est que le premier acte d’une escalade qui, deux ans plus tard, prend un tour nettement plus sombre. Entre sexisme, racisme ordinaire et triomphe au Stade de France, ce clash dépasse de loin la simple querelle d’artistes.

Aya Nakamura lors de la cérémonie Les Flammes, vêtue d'une robe blanche à dos nu et les cheveux bleus.
Aya Nakamura lors de la cérémonie Les Flammes, vêtue d'une robe blanche à dos nu et les cheveux bleus. — (source)

« Niveau sixième » : la déclaration qui a tout déclenché

L’interview se déroule en marge du festival Golden Coast à Dijon, le premier festival 100 % rap français. L’événement a rassemblé 52 000 festivaliers sur deux jours avec une cinquantaine d’artistes. Booba en est la tête d’affiche et en profite pour accorder l’une de ses rares interviews de l’été 2024. Le ton est donné dès les premières minutes : le Duc de Boulogne n’est pas venu pour faire de la promotion, mais pour régler des comptes.

Dans cette même interview, il s’en prend également à Zola, Koba Lad, et accuse Gims et Dadju de plagiat. Mais c’est son passage sur Aya Nakamura qui retient l’attention. Les mots sont précis, chirurgicaux. Booba ne se contente pas d’une critique artistique : il attaque la personne, son caractère et son intelligence.

Aya Nakamura en portrait, cheveux longs et haut à strass.
Aya Nakamura en portrait, cheveux longs et haut à strass. — (source)

« Je ne la supporte pas » : le poids des mots

« Je ne la supporte pas. J’ai eu le malheur d’essayer de discuter avec elle. Je la trouve hautaine, surcotée, elle a des hits mais sur l’écriture, c’est niveau sixième. Et encore un sixième qui redouble. » Les phrases sont rapportées par Voici et reprises en boucle sur les réseaux sociaux.

Aya Nakamura, cheveux bleus, en portrait studio sur fond rouge.
Aya Nakamura, cheveux bleus, en portrait studio sur fond rouge. — (source)

Ce qui frappe dans cette déclaration, c’est la dimension profondément blessante du propos. En attaquant le « niveau sixième » de l’écriture, Booba touche à la légitimité même d’Aya Nakamura en tant qu’artiste. Il suggère que ses succès ne reposent pas sur un vrai talent d’autrice, mais sur autre chose — sans doute son image, son charisme ou une forme de chance. Le qualificatif « hautaine » ajoute une couche personnelle : Booba affirme avoir tenté une discussion privée avec elle, qui se serait mal passée. Il ne donne pas de détails, mais laisse entendre que la chanteuse l’aurait mal reçu.

L’attaque sur le niveau d’écriture est d’autant plus cinglante qu’elle vient d’un rappeur reconnu pour son travail sur la langue. Booba a construit sa légende sur des textes ciselés, des jeux de mots et un flow reconnaissable entre mille. En comparant Aya Nakamura à une élève de sixième, il ne critique pas seulement un morceau ou un album : il remet en cause l’ensemble de son travail d’autrice. Le site 20 Minutes a largement relayé ces propos, soulignant la violence inédite de l’attaque.

Booba, tête d’affiche et pourfendeur

Pour comprendre le poids de cette attaque, il faut replacer Booba dans son écosystème. À 47 ans, Élie Yaffa est l’un des rares artistes du rap français à avoir traversé les époques sans perdre son influence. Depuis ses débuts avec Lunatic dans les années 1990 jusqu’à ses albums solo qui se sont vendus par millions, il s’est construit une stature d’intouchable. Mais il s’est aussi auto-proclamé « conscience du rap », un rôle qui consiste à dénoncer les dérives du milieu.

Sa liste de cibles est longue : Magali Berdah, qu’il accuse de cyberharcèlement et qu’il traque depuis des années ; Kylian Mbappé, qu’il a critiqué pour son attitude ; JoeyStarr, avec qui il a échangé des piques ; La Fouine, Kaaris, Maes, et bien d’autres. Chaque clash lui permet de rester dans l’actualité et de maintenir son aura de « méchant » du rap. L’attaque contre Aya Nakamura s’inscrit donc dans une stratégie médiatique bien rodée : choisir une cible suffisamment populaire pour faire parler, et utiliser des mots suffisamment forts pour créer une polémique.

Le festival Golden Coast, premier du genre à être exclusivement consacré au rap français, offrait une tribune idéale. Booba en était la tête d’affiche, et il a utilisé cette exposition pour envoyer des piques dans toutes les directions. Zola, Koba Lad, Gims, Dadju : personne n’a été épargné. Mais c’est Aya Nakamura qui a pris le plus cher, sans doute parce qu’elle représente, aux yeux de Booba, tout ce qu’il rejette dans le rap commercial.

Le contexte du festival Golden Coast

Le Parisien rapporte que le festival a rassemblé 52 000 festivaliers sur deux jours, avec une cinquantaine d’artistes. Booba y était la tête d’affiche et a accordé l’une de ses rares interviews de l’été 2024. Le rappeur a profité de cette tribune pour exposer ses vues sur l’état du rap français, qu’il juge en déclin. « Je suis un des rares qui osent encore dire ce qu’ils pensent », a-t-il déclaré, justifiant ainsi ses attaques multiples.

Ce contexte est important : Booba ne s’est pas contenté de critiquer Aya Nakamura. Il a livré un véritable réquisitoire contre le rap commercial, accusant plusieurs artistes de manquer d’authenticité et de talent. La chanteuse de « Djadja » n’était que la cible la plus visible d’une offensive plus large.

« Elle ne se prononce jamais sur rien » : le reproche qui tombe à faux

Dans la même interview, Booba ajoute une accusation qui semble, à première vue, plus politique. « Elle fait la star, mais elle ne fait rien avancer. Elle ne se prononce jamais sur rien. Elle qui a été attaquée par des racistes, on l’a entendue ? », lance-t-il. Le sous-entendu est clair : Aya Nakamura, victime d’attaques racistes après l’annonce de sa participation aux JO de Paris 2024, n’aurait pas pris la parole pour se défendre ou pour dénoncer ces attaques.

Aya Nakamura en robe grise et broche dorée, fond blanc.
Aya Nakamura en robe grise et broche dorée, fond blanc. — (source)

Mais ce reproche est contredit par les faits. De manière assez flagrante.

Le silence que l’on prête à Aya : une instrumentalisation

En juillet 2024, dans l’entre-deux-tours des élections législatives, Aya Nakamura a bel et bien pris la parole. Sur ses réseaux sociaux, elle a appelé à voter contre l’extrême droite, un geste politique fort pour une artiste qui cultive habituellement une certaine discrétion sur ces sujets. Hiphopcorner.fr rapporte cette prise de position et souligne la contradiction de Booba : comment peut-il affirmer qu’elle ne se prononce jamais, alors qu’elle l’a fait, et sur un sujet qui la concerne directement ?

On peut y voir une instrumentalisation. Booba a besoin, pour que son attaque fonctionne, de présenter Aya Nakamura comme une artiste lâche, qui encaisse les coups sans réagir. Mais la réalité est tout autre. La chanteuse a non seulement répondu aux attaques racistes, mais elle l’a fait au moment le plus symbolique : celui où le pays choisissait entre le front républicain et l’extrême droite.

Le timing de l’interview de Booba n’est pas anodin non plus. Elle a lieu le 15 septembre 2024, soit deux mois après la prise de parole d’Aya Nakamura. Booba ne pouvait pas l’ignorer. Soit il a choisi délibérément de ne pas en tenir compte, soit il considère que cette prise de position ne compte pas, parce qu’elle ne correspond pas à ce qu’il attendait d’elle. Dans les deux cas, son accusation repose sur une omission volontaire.

Des JO à l’édito d’Isabelle Saporta : la mécanique du dénigrement

Pour bien comprendre le contexte, il faut revenir à la polémique des JO de Paris 2024. Quand le nom d’Aya Nakamura a été évoqué pour interpréter « La Vie en Rose » d’Édith Piaf lors de la cérémonie d’ouverture, une vague de haine raciste s’est déchaînée sur les réseaux sociaux. On lui reprochait de ne pas être « assez française », de ne pas mériter cet honneur, de représenter une culture qui ne serait pas la « vraie » culture française.

Isabelle Saporta, dans son éditorial sur RTL le 18 septembre 2024, résume parfaitement la situation : « En France, on a toujours eu un petit problème avec la réussite. Alors quand c’est une femme qui réussit, que cette femme est noire et qu’elle n’est pas née en France, c’est le festival. »

Booba, en répétant ce schéma d’attaque, s’inscrit malgré lui dans ce même « festival ». Il utilise les mêmes ressorts que ceux qui ont harcelé Aya Nakamura pendant des mois : le dénigrement de sa légitimité, l’accusation de ne pas être à sa place, le soupçon permanent sur son talent. Pire encore : en exigeant d’elle une prise de parole politique qu’il n’exige pas des autres rappeurs, il déplace le curseur et lui impose une charge supplémentaire.

La réponse d’Aya Nakamura aux attaques racistes

La chanteuse a brillé lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024, chantant « La Vie en Rose » en robe dorée, entourée de la Garde républicaine. Cette performance a marqué un tournant dans sa carrière, après avoir été la cible d’attaques racistes lorsque son nom a été évoqué pour cet honneur. Beaucoup auraient renoncé à chanter, se seraient planqués pour laisser passer l’orage. Pas elle. Elle ne s’est pas démontée et a ébloui le monde entier.

Cette résilience, c’est précisément ce que Booba choisit d’ignorer. En accusant Aya Nakamura de ne pas s’être exprimée, il nie la réalité de sa prise de parole politique et de sa réponse artistique aux attaques. C’est une forme de gaslighting qui vise à la décrédibiliser.

« Vieille nymphomane » : le tournant sexiste de l’escalade

Si l’interview de septembre 2024 était déjà violente, les attaques de mai 2026 marquent un basculement inquiétant. À l’occasion des concerts d’Aya Nakamura au Stade de France, Booba publie sur Instagram des stories aux termes particulièrement crus.

Le timing n’est pas un hasard. Le 7 mai 2026, Aya Nakamura sort le single « Sexy Nana » avec La Rvfleuze, qui devient numéro 1 du Top Singles la semaine du 15 au 21 mai. Elle s’apprête à entrer dans l’histoire en devenant la première artiste féminine à remplir le Stade de France trois soirs de suite. Booba choisit ce moment pour frapper.

Des stories au vitriol : la preuve par l’écran

« Aya Nakamura, ça pue sa mère. C’est une vieille nymphomane qui s’est tapé tout le rap français… du Hakimi, du Niska, du producteur de Niska… » Les mots sont rapportés par Closermag.fr et Urbanhit.fr.

Ces stories ne se contentent pas d’insulter Aya Nakamura. Elles dévoilent également des messages privés échangés entre les deux artistes sur Instagram. Booba ajoute ainsi une dimension intrusive et personnelle à son attaque, comme s’il voulait prouver qu’il a eu un accès privilégié à la vie privée de la chanteuse. Le message est clair : il ne s’agit plus seulement de critiquer son art, mais de la réduire à sa sexualité, de la salir.

La dimension sexiste des propos est frappante. « Vieille nymphomane », « s’est tapé tout le rap français » : ces termes relèvent du slut-shaming le plus pur. Booba utilise la vie sexuelle supposée d’Aya Nakamura comme une arme, en la présentant comme une preuve de sa médiocrité. Le fait qu’il dévoile des messages privés ajoute une couche de violation de l’intimité.

Slut-shaming et misogynie dans le rap : la RTBF donne l’alerte

La RTBF, dans un article du 20 mai 2026 intitulé « Aya Nakamura ou quand (enfin) le 'slut-shaming' ne prend plus », analyse ce phénomène. Le slut-shaming — la pratique qui consiste à stigmatiser une femme pour sa vie sexuelle supposée — est une arme classique dans le rap français. De nombreuses artistes féminines en ont été victimes, mais Aya Nakamura semble être une cible privilégiée.

Ce qui est frappant, c’est que contrairement à d’autres, elle n’a pas répondu sur le même ton. Pas de clash, pas d’insulte en retour. Elle a choisi le silence, ou plutôt la réponse par l’action : ses concerts au Stade de France. Cette stratégie déstabilise ses détracteurs, qui s’attendent à une guerre ouverte. En refusant de jouer le jeu, elle les prive de la réaction qu’ils espèrent.

L’article de la RTBF souligne que le slut-shaming a longtemps été toléré, voire normalisé, dans le milieu du rap. Les artistes féminines étaient régulièrement réduites à leur apparence ou à leur vie sexuelle, sans que cela ne suscite d’indignation particulière. Mais les temps changent. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer ces pratiques, et le public ne les cautionne plus aussi facilement.

La stratégie commerciale critiquée par Booba

Selon Gentsu, Booba a également critiqué Aya Nakamura pour sa stratégie commerciale autour des concerts au Stade de France, l’accusant de « triche commerciale » car les fans devaient acheter son album pour accéder à la prévente. Il a aussi dévoilé des messages privés échangés avec elle sur Instagram, ajoutant une dimension personnelle au clash.

Cette critique commerciale s’ajoute aux attaques personnelles et sexistes, formant un tableau complet de dénigrement. Booba semble vouloir attaquer Aya Nakamura sur tous les fronts : artistique, politique, personnel et commercial.

« Reine du Stade de France » : quand le triomphe répond aux attaques

Les 29, 30 et 31 mai 2026, Aya Nakamura donne trois concerts au Stade de France. 70 000 personnes par soir, soit 210 000 spectateurs au total — certains médias évoquent même 240 000 billets vendus, un record pour une artiste féminine.

Aya Nakamura au photocall des Flammes, cheveux bleus, fond orange.
Aya Nakamura au photocall des Flammes, cheveux bleus, fond orange. — (source)

Ce triomphe est la réponse la plus cinglante aux attaques de Booba. Pendant qu’il insulte sur Instagram, elle remplit le plus grand stade de France. Le public est avec elle, et les critiques sont unanimes.

L’entrée en hélicoptère : un geste de souveraine

Le concert débute par une entrée spectaculaire. Le Monde raconte : « À 20 h 40, un plan aérien de Paris est affiché sur le fond de la scène, dévoilant la tour Eiffel, le quartier de La Défense… Les cheveux blonds et le visage d’Aya Nakamura apparaissent progressivement à l’intérieur du cockpit et, dans un zoom arrière rapide, on voit l’hélicoptère filer vers le Stade de France. »

L’hélicoptère porte son nom, écrit en lettres blanches. Il fait deux passages au-dessus du stade, sous les applaudissements, avant d’atterrir. La chanteuse en descend, marche au milieu d’une haie de danseurs en uniforme de fanfare militaire, tel un chef d’État. Ce choix artistique n’est pas anodin. Il affirme une stature d’artiste majeure, à l’égal des plus grands. — Johnny Hallyday, qui avait lui aussi atterri en hélicoptère au Stade de France en septembre 2000.

Le public retient son souffle. Pendant deux minutes, le Stade de France vit au rythme de cette mise en scène. Le Monde souligne que « le public a cru dur comme fer à un atterrissage comme Johnny Hallyday ». La comparaison est osée, mais elle est justifiée : Aya Nakamura vient de rejoindre le club très fermé des artistes capables de remplir trois soirs le plus grand stade de France.

240 000 billets : le plébiscite du public

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Trois soirs, 70 000 places par soir, des billets vendus en quelques heures. Le public chante chaque mot, les larmes coulent, l’émotion est palpable. Les critiques sont élogieuses : on salue sa présence scénique, sa voix, sa capacité à tenir un stade pendant près de trois heures.

Ce succès commercial est aussi une réponse à l’accusation de « triche commerciale » que Booba avait lancée. Il reprochait à Aya Nakamura d’obliger les fans à acheter son album pour accéder à la prévente des billets. Mais le public n’a pas semblé s’en offusquer, et les concerts se sont déroulés à guichets fermés.

Le concert dure deux heures cinquante minutes. Aya Nakamura enchaîne ses plus grands tubes — « Djadja », « Pookie », « Copines », « Jolie Nana », « Sexy Nana » — et offre à son public un show digne des plus grandes stars internationales. Les lumières, les danseurs, les changements de costumes : tout est pensé pour impressionner. Et ça marche.

Le symbole générationnel

Ce triomphe au Stade de France est aussi un symbole générationnel. Aya Nakamura, née à Bamako au Mali, arrivée en France à l’âge de 2 ans, représente une génération de jeunes Français issus de l’immigration qui se reconnaissent dans son parcours. Son succès au Stade de France est une revanche sur ceux qui ont douté d’elle, sur ceux qui l’ont attaquée, sur ceux qui ont tenté de la réduire à ses origines ou à son genre.

Le Monde titre : « Aya Nakamura, de retour sur scène, s’impose en reine du Stade de France ». Ce titre n’est pas exagéré. Elle est devenue, ce soir-là, la reine incontestée de la scène musicale française.

Aya, Booba et les paradoxes du rap français

Au-delà du clash, cette affaire révèle des tensions profondes dans le rap français. La place des femmes, le racisme ordinaire, la difficulté d’accepter le succès quand il ne correspond pas aux codes traditionnels : tous ces sujets sont mis sur la table.

Femme, noire et « pas née en France » : le triple stigmate selon Saporta

Isabelle Saporta, dans son éditorial sur RTL, met le doigt sur un point essentiel. « En France, on a toujours eu un petit problème avec la réussite. Alors quand c’est une femme qui réussit, que cette femme est noire et qu’elle n’est pas née en France, c’est le festival. »

Ces trois caractéristiques — être une femme, être noire, être née à l’étranger (Aya Nakamura est née à Bamako, au Mali) — expliquent en grande partie pourquoi elle concentre autant de haine. Elle cumule les stigmates qui, dans l’imaginaire collectif, la rendent « illégitime » à occuper la place qu’elle occupe. Chaque attaque de Booba, qu’elle soit sur son écriture ou sur sa vie sexuelle, réactive ce même schéma : on cherche à la remettre à sa place.

Le rap français est né dans les banlieues, porté par des artistes issus de l’immigration qui racontaient leur quotidien et leurs difficultés. Mais ce rap-là a souvent été un milieu masculin, voire machiste. Les femmes y ont toujours eu une place difficile, et les rares qui ont réussi — Diam's, Keny Arkana, Shay — ont dû batailler ferme pour se faire accepter. Aya Nakamura, avec son succès planétaire et sa musique pop-urbaine, bouscule encore plus les codes.

La question du positionnement politique : un deux poids deux mesures

L’accusation de Booba sur le silence politique d’Aya Nakamura mérite d’être interrogée plus avant. Pourquoi exiger d’elle une prise de position sur le racisme, alors que lui-même n’est pas connu pour des engagements politiques forts ? Booba n’a jamais appelé à voter contre l’extrême droite, n’a jamais dénoncé le racisme systémique avec la même vigueur qu’il dénonce les « influvoleurs ».

La chronologie des faits montre d’ailleurs qu’Aya Nakamura a bien parlé, en juillet 2024, pour se positionner contre le RN. Booba a-t-il choisi d’ignorer cette prise de parole parce qu’elle ne servait pas son récit ? Ou parce qu’il attendait d’elle une déclaration plus personnelle, plus intime, sur les attaques qu’elle a subies ? Dans les deux cas, l’exigence est déplacée. On ne demande pas à Booba de s’exprimer sur chaque polémique qui le touche, alors pourquoi l’exiger d’elle ?

Cette question révèle une forme d’hypocrisie dans le milieu du rap. Les artistes masculins peuvent se contenter de faire de la musique sans être interrogés sur leurs positions politiques. Mais dès qu’une femme, noire de surcroît, rencontre le succès, on lui demande de prendre position, de s’engager, de représenter. C’est une charge supplémentaire qui pèse sur ses épaules, et que Booba, en l’accusant de ne pas en faire assez, aggrave encore.

L’évolution du public face au slut-shaming

L’analyse de la RTBF souligne un point important : le public ne cautionne plus le slut-shaming comme avant. Les attaques de Booba contre Aya Nakamura ont suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, et de nombreux comptes ont relayé l’information pour dénoncer ces propos sexistes.

Cette évolution est significative. Pendant longtemps, les artistes féminines du rap étaient régulièrement victimes de ce type d’attaques sans que cela ne provoque de réactions particulières. Aujourd’hui, les choses changent. Le public est plus sensible à ces questions, et les artistes qui utilisent ces armes risquent de se retrouver isolés.

Aya Nakamura, en refusant de répondre sur le même ton, a peut-être gagné la bataille de l’opinion. En se concentrant sur sa musique et ses concerts, elle a montré qu’elle était au-dessus de ces attaques. Et le public du Stade de France, en remplissant les gradins soir après soir, a envoyé un message clair : il est avec elle.

Conclusion : un clash symptôme d’une époque qui change

Le clash entre Booba et Aya Nakamura dépasse largement le cadre d’une simple rivalité artistique. Il cristallise des questions de légitimité, de genre, de race et de réussite dans le rap français. Aya Nakamura, par son triomphe au Stade de France et sa résilience face aux attaques, semble avoir remporté la bataille auprès du public. Mais le rap continue de se débattre avec ses contradictions.

Booba reste une figure influente, mais ses attaques apparaissent de plus en plus en décalage avec un public qui ne cautionne plus le slut-shaming et le racisme. Les 240 000 spectateurs du Stade de France ont envoyé un message clair : ils sont avec Aya Nakamura, malgré les insultes, malgré les polémiques. L’affaire n’est peut-être pas close — Booba n'est pas du genre à lâcher prise — mais les positions sont claires. D'un côté, une artiste qui construit son succès pierre par pierre, sans se laisser déstabiliser. De l'autre, un rappeur qui, à force de vouloir rester la « conscience du rap », finit par incarner tout ce que le rap a de plus réactionnaire.

Cette affaire interroge les valeurs du rap français d’aujourd’hui. Peut-on encore se revendiquer de la contestation quand on s’attaque à une femme noire issue de l’immigration qui a réussi ? Le rap, né dans les banlieues pour donner une voix aux invisibles, peut-il encore prétendre à ce rôle quand ses figures les plus influentes utilisent les mêmes armes que ceux qu’ils prétendent combattre ? Les réponses à ces questions dessineront l’avenir du genre.

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Questions fréquentes

Pourquoi Booba attaque-t-il Aya Nakamura ?

Booba a critiqué Aya Nakamura dans une interview au Parisien en septembre 2024, la traitant de « hautaine », « surcotée » et de « niveau sixième » en écriture. Il l'accuse également de ne pas se prononcer sur des sujets politiques, bien qu'elle ait appelé à voter contre l'extrême droite en juillet 2024.

Quels propos sexistes Booba a-t-il tenus ?

En mai 2026, Booba a publié des stories Instagram où il traite Aya Nakamura de « vieille nymphomane » et l'accuse de s'être « tapé tout le rap français ». Ces propos relèvent du slut-shaming et ont suscité une vague d'indignation, le public ne cautionnant plus ce type d'attaques.

Aya Nakamura a-t-elle rempli le Stade de France ?

Oui, les 29, 30 et 31 mai 2026, elle a donné trois concerts au Stade de France, attirant 210 000 à 240 000 spectateurs. Son entrée en hélicoptère et son show de près de trois heures ont été salués comme un triomphe, répondant aux attaques de Booba.

Quelles sont les fractures du rap français révélées ?

Ce clash révèle des tensions sur la place des femmes, le racisme ordinaire et la difficulté d'accepter le succès d'une artiste noire née à l'étranger. Isabelle Saporta souligne qu'en France, on a un problème avec la réussite d'une femme noire et immigrée, ce que Booba incarne malgré lui.

Sources

  1. Booba s'en prend vertement à Aya Nakamura - 20 Minutes · 20minutes.fr
  2. closermag.fr · closermag.fr
  3. fr.news.yahoo.com · fr.news.yahoo.com
  4. Booba allume Aya Nakamura suite à ses propos lors d'une interview · gentsu.fr
  5. gentsu.fr · gentsu.fr
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Emma Chabot @style-hunter

Mode, beauté, bien-être – je partage mes découvertes avec authenticité. Pas de partenariats cachés ici, que des vraies recommandations. Graphiste freelance à Lyon, je privilégie les marques éthiques et le DIY. Mon dressing est un savant mélange de friperies et de pièces durables. Je crois qu'on peut être stylée sans détruire la planète. Et si je peux t'aider à trouver ton style, c'est encore mieux.

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