Façade austère d'un palais de justice français avec des colonnes de pierre et un drapeau tricolore flottant au vent, ciel gris menaçant
Monde

Affaire Doualemn : un juge accuse les services de renseignement d'instrumentaliser la justice

Un juge de Montpellier accuse les services de renseignement français d'avoir instrumentalisé la justice pour cibler l'influenceur algérien Doualemn, un agent d'entretien de 60 ans devenu otage des tensions diplomatiques entre Paris et Alger.

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Le 11 mai 2026, au sein de la cour d’appel de Montpellier, une question inattendue a brisé le rythme habituel des débats. Charles Bénarès, magistrat instructeur, s’est tourné vers les avocats de l’accusation et a demandé : « Ne pensez-vous pas que l’on a tenté d’instrumentaliser la justice ? » Cette interrogation, rapportée par plusieurs médias dont Le Monde, visait directement les services intérieurs français, accusés d’avoir manipulé le système judiciaire pour cibler un influenceur algérien. Boualem Nâaman, connu sous le pseudonyme « Doualemn », se retrouve au cœur d’une affaire qui dépasse largement son cas personnel.

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L’affaire Doualemn : du TikTok à la cour d’appel

Boualem Nâaman a 60 ans. Père de deux enfants et grand-père, il a travaillé pendant quinze ans comme agent d’entretien dans l’Hérault. Rien dans son parcours ne le destinait à devenir un symbole des tensions franco-algériennes. Son seul lien avec la notoriété : un compte TikTok où il postait des vidéos sous le nom « Doualemn ».

En mars 2025, le tribunal correctionnel de Montpellier l’a condamné à cinq mois de prison avec sursis pour « incitation à la violence ». Dans une vidéo, il avait appelé à « tuer » et « faire souffrir » un opposant au régime algérien. Une condamnation légère, mais dont les conséquences ont été dévastatrices pour cet homme.

Depuis le verdict, Boualem Nâaman a perdu son titre de séjour. Il n’a plus le droit de travailler. En juin 2025, il a tenté de mettre fin à ses jours et a été hospitalisé en psychiatrie. « Je suis un otage, je n’ai rien à voir avec la politique », a-t-il déclaré lors de l’audience d’appel du 11 mai 2026, selon France 3 Régions.

Son avocat a dénoncé « l’acharnement » de Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, qui aurait « utilisé le ministère comme un cheval de bataille pour gagner la présidence des Républicains ». La défense a plaidé que son client était une « victime collatérale » des tensions diplomatiques entre Paris et Alger.

Les accusations du juge contre les services intérieurs

Le juge Charles Bénarès ne s’est pas contenté de poser une question rhétorique. Selon le site algérien Echorouk Online, il a explicitement accusé les services de renseignement français d’avoir orchestré une manipulation judiciaire contre des activistes algériens.

Son raisonnement repose sur un détail procédural troublant. Pourquoi le maire de Montpellier et le préfet de l’Hérault ont-ils tous deux signalé Boualem Nâaman aux autorités judiciaires ? Cette double dénonciation, pour un simple agent d’entretien de 60 ans, a éveillé les soupçons du magistrat.

Le juge a suggéré que les services intérieurs auraient instrumentalisé le système judiciaire pour servir des objectifs politiques. En ciblant des influenceurs algériens sur le sol français, ils auraient cherché à envoyer un message à Alger tout en donnant une apparence de légalité à leurs actions.

Ces accusations sont graves. Elles impliquent que des fonctionnaires auraient contourné les procédures normales pour fabriquer des affaires pénales. La question posée par le juge Bénarès ouvre une brèche dans le récit officiel, celui d’une justice indépendante agissant de sa propre initiative.

La crise diplomatique franco-algérienne en toile de fond

Pour comprendre l’affaire Doualemn, il faut remonter plusieurs mois en arrière. En janvier 2025, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, tente d’expulser Boualem Nâaman vers l’Algérie. L’opération échoue : Alger refuse l’entrée de l’influenceur sur son territoire et le renvoie en France.

La réaction de Retailleau est cinglante. « L’Algérie cherche à humilier la France », déclare-t-il sur BFMTV le 10 janvier 2025. « Nous avons atteint un seuil extrêmement inquiétant. » Il annonce une réponse graduée : réduction des visas, remise en cause de l’aide au développement (131,79 millions d’euros via l’Agence française de développement), et durcissement de la politique d’expulsion.

Les relations entre Paris et Alger se dégradent rapidement. En mars 2025, selon Le Monde, l’Algérie rejette une liste d’environ 60 ressortissants sous le coup d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) que Retailleau avait soumise. Alger déclare « rejeter catégoriquement les menaces et l’intimidation, ainsi que les injonctions, ultimatums et tout langage de confrontation ».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, seules 500 expulsions vers l’Algérie ont eu lieu fin octobre, contre 1 400 l’année précédente. La crise diplomatique a paralysé les procédures d’éloignement.

L’influenceur comme pion sur l’échiquier politique

Boualem Nâaman le répète à chaque audience : « Je me trouve dans une affaire qui est devenue politique. » Il n’a pas tort. Son cas s’inscrit dans une escalade où chaque camp utilise les individus comme des symboles.

Du côté français, l’affaire Doualemn permet au gouvernement de montrer sa fermeté envers Alger. En poursuivant un influenceur qui appelle à la violence contre des opposants algériens, Paris envoie un message clair : la France ne tolérera pas sur son sol les discours haineux, même lorsqu’ils visent des ressortissants d’un autre pays.

Du côté algérien, le refus d’accueillir Doualemn et la dénonciation des « menaces » françaises renforcent le discours nationaliste. Alger se pose en défenseur de ses ressortissants face à ce qu’elle présente comme une agression française.

Entre les deux, un homme de 60 ans, agent d’entretien, a perdu son travail, son logement et sa santé mentale. « Je suis un otage », répète-t-il. Son avocat dénonce une instrumentalisation à double sens : « Retailleau a utilisé le ministère de l’Intérieur comme un cheval de bataille pour gagner la présidence des Républicains. »

Homme âgé d'environ 60 ans assis seul sur un banc dans un couloir sombre de commissariat, vêtements modestes, mains croisées sur les genoux, éclairage froid au néon
Homme âgé d'environ 60 ans assis seul sur un banc dans un couloir sombre de commissariat, vêtements modestes, mains croisées sur les genoux, éclairage froid au néon

Les zones grises de l’enquête

Plusieurs éléments de l’affaire restent troubles. Le premier concerne le signalement initial. Pourquoi le maire de Montpellier et le préfet de l’Hérault ont-ils tous deux alerté la justice sur les vidéos de Doualemn ? Une simple coïncidence ou une coordination orchestrée depuis Paris ?

Le deuxième point obscur touche au rôle exact des services de renseignement. Le juge Bénarès n’a pas fourni de preuves tangibles de leur implication. Mais sa question, posée publiquement lors d’une audience, suggère qu’il dispose d’éléments suffisamment solides pour douter de la régularité de la procédure.

Troisième zone grise : la temporalité. L’affaire Doualemn éclate en janvier 2025, au moment où les tensions diplomatiques avec l’Algérie atteignent leur paroxysme. Retailleau cherche à durcir sa politique migratoire. L’influenceur algérien devient le symbole parfait de cette ligne dure.

Enfin, le cas Doualemn n’est pas isolé. D’autres influenceurs algériens ont été visés par des procédures similaires. Le juge Bénarès aurait évoqué une « série d’affaires » où les services intérieurs auraient tenté d’instrumentaliser la justice contre des activistes algériens. Une accusation qui, si elle se vérifiait, impliquerait une politique systématique plutôt qu’une initiative isolée.

Le changement de cap avec Laurent Nuñez

En novembre 2025, Laurent Nuñez succède à Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur. Le changement de ton est immédiat. Dans un entretien à Libération le 1er novembre 2025, Nuñez prend ses distances avec la « méthode brutale » de son prédécesseur.

« Ceux qui font croire aux Français que l’affrontement et la méthode brutale sont la seule solution se trompent », déclare-t-il. « Ça ne marche pas. » Il constate que « le canal est complètement coupé avec l’Algérie » à cause de l’approche de Retailleau.

Nuñez prône une diplomatie plus pragmatique. Il reconnaît que les résultats obtenus par la méthode dure sont médiocres : seulement 500 expulsions vers l’Algérie en dix mois, contre 1 400 l’année précédente. La fermeté affichée n’a pas produit les effets escomptés.

Ce changement de cap interroge sur la continuité des pratiques. Si le juge Bénarès a raison et que les services intérieurs ont effectivement instrumentalisé la justice, la nomination de Nuñez pourrait marquer une rupture. Mais les procédures en cours, comme celle de Doualemn, continuent leur chemin judiciaire.

Une affaire qui dépasse le cas Doualemn

Le verdict de l’appel est attendu pour le 2 juillet 2026. Quelle que soit la décision, l’affaire Doualemn a déjà produit ses effets. Elle a révélé les failles d’un système où la justice peut être perçue comme un instrument politique.

Pour Boualem Nâaman, l’issue est incertaine. Même acquitté, il lui faudra reconstruire une vie brisée. Sans titre de séjour, sans emploi, marqué par une tentative de suicide, il devra convaincre l’administration de lui redonner une chance.

Pour les relations franco-algériennes, l’affaire laisse des traces. La confiance est rompue. Alger considère que Paris a utilisé des méthodes coercitives. Paris estime que l’Algérie a cherché à humilier la France en refusant les expulsions.

Pour la justice française, enfin, l’affaire Doualemn pose une question fondamentale : jusqu’où l’indépendance judiciaire est-elle respectée lorsque les intérêts politiques s’en mêlent ? Le juge Bénarès a ouvert une brèche. Reste à savoir si d’autres magistrats suivront son exemple en enquêtant sur les pratiques des services intérieurs.

Conclusion

L’affaire Doualemn illustre les dérives possibles lorsque la justice devient un outil de politique étrangère. Un juge montpelliérain accuse les services de renseignement d’avoir manipulé les procédures pour cibler un influenceur algérien. Un homme de 60 ans, agent d’entretien, a perdu son travail, son titre de séjour et sa santé mentale dans l’engrenage. Les tensions diplomatiques entre Paris et Alger, attisées par la méthode brutale de Bruno Retailleau, ont transformé un simple TikToker en symbole. Le changement de cap opéré par Laurent Nuñez laisse espérer une désescalade, mais les procédures judiciaires suivent leur cours. Le verdict du 2 juillet 2026 dira si la justice parvient à se défaire des pressions politiques. En attendant, l’affaire Doualemn restera comme un cas d’école des dangers de l’instrumentalisation judiciaire.

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Questions fréquentes

Qui est Doualemn dans l'affaire ?

Boualem Nâaman, alias Doualemn, est un agent d'entretien de 60 ans condamné pour incitation à la violence sur TikTok. Il a perdu son titre de séjour et tenté de se suicider.

Pourquoi le juge accuse-t-il les renseignements ?

Le juge Charles Bénarès soupçonne les services intérieurs d'avoir orchestré une manipulation judiciaire. Il pointe une double dénonciation du maire et du préfet pour un simple agent d'entretien.

Quel rôle a joué Bruno Retailleau ?

Bruno Retailleau, alors ministre de l'Intérieur, a tenté d'expulser Doualemn vers l'Algérie en janvier 2025. L'avocat de l'influenceur l'accuse d'avoir utilisé l'affaire comme un cheval de bataille politique.

Quand le verdict de l'appel est-il attendu ?

Le verdict de la cour d'appel de Montpellier est attendu pour le 2 juillet 2026. L'audience du 11 mai 2026 a vu le juge accuser les services de renseignement d'instrumentalisation.

Sources

  1. bfmtv.com · bfmtv.com
  2. echoroukonline.com · echoroukonline.com
  3. france3-regions.franceinfo.fr · france3-regions.franceinfo.fr
  4. lemonde.fr · lemonde.fr
  5. lemonde.fr · lemonde.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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