La perte de forêts primaires tropicales a reculé de 36 % en 2025, tombant à 4,3 millions d'hectares. Cette baisse ne constitue pas une victoire climatique. Le niveau reste 46 % au-dessus de celui d'il y a dix ans, et les causes profondes de la déforestation persistent.

La baisse de 2025 en chiffres : une pause après un record d'incendies
En 2024, la perte de forêt primaire tropicale avait atteint un record de 6,7 millions d'hectares, soit une hausse de 80 % par rapport à 2023. Les incendies avaient brûlé cinq fois plus de forêt qu'en 2023, selon les données du laboratoire GLAD de l'université du Maryland publiées par Global Forest Watch (WRI). 2024 était l'année la plus chaude connue, avec des feux attisés par le changement climatique et El Niño.
L'année 2025 a vu un recul de 36 % de la perte totale. Le Monde a documenté ce double constat : un rythme encore vertigineux (plus de onze terrains de football par minute) mais un net ralentissement attribué à des politiques plus strictes, avec des pressions persistantes (agriculture, mines) et des incendies aggravés par la crise climatique qui menacent l'embellie.
Une partie de la baisse vient d'une année moins extrême pour les feux, après le pic de 2024. Les pertes non liées aux incendies ont reculé de 23 % et atteint leur plus bas niveau en dix ans. Matthew Hansen, directeur du laboratoire GLAD, rappelle qu'il faut de bonnes années de façon consistante pour protéger les forêts tropicales. Le suivi repose sur les satellites du laboratoire GLAD. D'autres initiatives, comme les satellites FireSat de Google, visent à améliorer la détection des incendies en pleine crise (Feux de forêt : les satellites FireSat de Google décollent en pleine crise).
Les moteurs structurels : l'agriculture domine toujours
L'expansion agricole reste le moteur structurel dominant. Au Brésil, 73 % de la perte de forêt primaire entre 2002 et 2025 provient de l'agriculture permanente, surtout le soja et l'élevage bovin. Le Monde note que les pressions de l'agriculture et de l'exploitation minière ne faiblissent pas.

Les tendances varient selon les pays. La Colombie a réduit ses pertes de 17 % en 2025. L'Indonésie et la Malaisie ont stabilisé ou diminué leurs pertes. En revanche, la République démocratique du Congo et la Bolivie restent à des niveaux élevés.
Politiques brésiliennes et REDD+ : des gains fragiles et contestés
Le Brésil affiche la plus forte baisse nationale : -42 % de perte de forêt primaire en 2025, avec un niveau de perte non liée aux feux jamais enregistré aussi bas. Cette évolution suit les politiques renforcées depuis 2023 sous Lula : relance du plan PPCDAm et hausse des sanctions de l'IBAMA (hausse de 81 % des notifications et de 63 % des amendes entre 2023-2025 par rapport à 2020-2022). Des expérimentations complémentaires, comme l'usage de l'IA en forêt amazonienne, testent de nouveaux outils de surveillance (L’IA peut-elle sauver la planète ? Le test grandeur nature en forêt amazonienne).
La fragilité apparaît au niveau local. Des États comme Rondônia, Maranhão et Mato Grosso ont retiré les incitations fiscales liées au moratoire du soja. Début 2026, de grands négociants ont annoncé leur retrait de cet accord. Des lois locales affaiblissent les protections environnementales.
Le mécanisme international REDD+ montre une efficacité disputée. Une évaluation mondiale publiée dans Conservation Biology par West et al. (Cambridge, 2023) estime que les projets REDD+ volontaires ont réduit la déforestation de 47 % (intervalle de confiance 95 % : 24-68) sur cinq ans, comparé à des zones appariées. Le Berkeley Carbon Trading Project répond que les méthodologies REDD+ surestiment les réductions d'émissions et que les politiques de sauvegarde sont traitées comme une simple guidance volontaire, produisant des crédits à faible bénéfice climatique.
Climat et biodiversité : l'objectif 2030 reste hors d'atteinte
Les forêts primaires tropicales stockent d'immenses quantités de carbone et abritent une biodiversité critique. Leur perte continue mine l'objectif mondial d'arrêter et d'inverser la déforestation d'ici 2030, pris dans la déclaration de Glasgow.
Le changement climatique alimente une menace croissante d'incendies. Depuis trois ans, les feux brûlent plus de deux fois plus de couvert arboré qu'il y a deux décennies. Les forêts ne se remettent pas toujours, surtout quand la conversion agricole suit le feu. Sans politiques durables et atténuation des incendies, la trajectoire 2030 reste hors de portée.