Le constat a été publié le 2 septembre 2026. D'après un nouveau rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement, le réchauffement planétaire va franchir 1,5 °C, sans doute au cours des prochaines années, ce qui exposerait le monde à des dangers climatiques croissants. Le même rapport affirme pourtant qu'un retour vers des températures plus basses reste possible dans le cadre des objectifs mondiaux de l'Accord de Paris.
Un budget carbone presque épuisé
L'Accord de Paris, adopté en 2015, a fixé un cap clair. Comme le rappelle la Convention des Nations unies sur les changements climatiques, "son objectif primordial est de maintenir l'augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels" et de poursuivre les efforts "pour limiter l'augmentation de la température à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels".
Dix ans plus tard, la comptabilité ne suit plus l'ambition. Le budget carbone restant pour 1,5 °C, soit 170 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, sera épuisé avant 2030 au rythme actuel des émissions. Pendant ce temps, les émissions fossiles devraient atteindre un record en 2025, en hausse de 1,1 %.

Il faut distinguer deux calendriers. En 2024, l'année la plus chaude jamais enregistrée, le seuil a été dépassé sur une année pour la première fois. Au sens de l'Accord de Paris, c'est-à-dire sur une période longue et non sur une seule année, ce seuil devrait probablement être franchi d'ici 2030. Autrement dit, rester sous 1,5 °C sans jamais le franchir n'est plus à portée de main.
Dépassement, pic puis déclin
Face à cette impasse, le rapport du PNUE intitulé "Limiter le dépassement" propose ce qu'il présente comme la meilleure option restante : une trajectoire en trois temps, dépassement, pic puis déclin, pour revenir sous 1,5 °C après l'avoir temporairement franchi.
Même dans ce chemin le plus favorable, le bilan reste lourd : "Le scénario le plus favorable prévoit que le réchauffement atteindra un pic de 1,8 °C au-dessus des niveaux préindustriels, soit au-delà de l'objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C fixé par l'Accord de Paris." Chaque fraction de degré compte, et chaque année passée au-dessus de 1,5 °C intensifie les risques.
Le retour reposerait sur des émissions nettes négatives, c'est-à-dire sur une élimination du dioxyde de carbone de l'atmosphère. Le PNUE pose une condition stricte : "L'élimination du dioxyde de carbone est nécessaire en complément, et non en substitution, de réductions soutenues des émissions de gaz à effet de serre." Il précise que ce recours ne sera crédible pour revenir sous 1,5 °C que si le pic de réchauffement reste nettement inférieur à 2 °C.
Sans baisse immédiate des émissions, y compris du méthane, aucun retour crédible n'est possible. Et l'efficacité à grande échelle de ces techniques d'élimination ne fait pas l'objet d'un consensus quantifié. Des scientifiques avertissent d'ailleurs que placer des attentes irréalistes dans de telles technologies "pourrait avoir des conséquences irréversiblement dommageables pour les générations futures", en décourageant l'atténuation rapide au profit d'une rustine modélisatrice.
Le rapport avertit aussi que la probabilité de franchir des points de bascule irréversibles augmente avec l'ampleur et la durée d'un réchauffement plus élevé. Il cite notamment "la déstabilisation des principales calottes glaciaires, de la dégradation de la forêt amazonienne et de la perturbation de la circulation méridienne de retournement de l'Atlantique". Plus le dépassement se prolonge, plus l'adaptation devient difficile, avec des limites probables.
Des étés qui pèsent sur les jeunes
Ce dépassement n'est plus une abstraction statistique. Après les canicules répétées de l'été 2026, une partie de la jeunesse exprime une éco-anxiété faite d'angoisse, d'impuissance et de colère.
Un témoignage recueilli cet été le dit ainsi : "Je suis pris de crises de larmes incontrôlées quand je pense que c'est certainement l'été le plus frais du reste de ma vie", confie un Parisien qui, éprouvé lors du troisième épisode caniculaire, a dû trouver en catastrophe un rendez-vous chez une psychologue. Derrière le chiffre de 1,5 °C, il y a l'idée d'un climat qui ne reviendra pas en arrière de leur vivant sans action massive.
D'où l'exigence rappelée par le PNUE : réduire vite, fortement et durablement, pour limiter la hauteur du pic et sa durée.