L’annonce a de quoi surprendre. Alors que l’Afghanistan reste associé dans l’imaginaire collectif à des décennies de conflits, de sécheresse et de paysages arides, la National Statistics and Information Authority (NSIA) afghane a publié un chiffre qui défie tous les clichés : la surface forestière du pays a augmenté de 35 % en quinze ans. Entre 2011 et 2025, ce sont 427 000 hectares supplémentaires qui sont venus s’ajouter au couvert végétal national, portant la superficie totale des forêts à environ 1,6 million d’hectares, soit 2,54 % du territoire. Comment un pays ravagé par des guerres successives a-t-il pu réaliser une telle performance environnementale ? La réponse est moins simple qu’il n’y paraît, et mêle satellites, micro-forêts plantées par des femmes, vergers de pistachiers… et conflits frontaliers.

Un bond de 35 % mesuré par satellite : le calcul qui interroge
Des chiffres bruts qui forcent l’attention
Les données publiées par la NSIA reposent sur une analyse par télédétection et imagerie satellite couvrant les années solaires 1390 à 1404 du calendrier afghan, soit la période 2011-2025. La progression est nette : la couverture forestière est passée de 1,17 million à environ 1,6 million d’hectares. Quand on ajoute les zones de broussailles et de maquis, la surface végétalisée totale atteint 3,3 millions d’hectares, soit 5,06 % du territoire national. Pour un pays dont 75 % du territoire est classé comme montagneux ou semi-désertique, la performance est notable.
Reste que ces chiffres proviennent d’une source unique : le gouvernement taliban lui-même. Si la méthodologie par satellite est techniquement robuste et reproductible, l’absence de vérification indépendante impose une certaine prudence. Les relevés satellitaires ne distinguent pas spontanément une forêt naturelle d’une plantation agricole dense, ni un boisement permanent d’une végétation saisonnière. La prudence est de mise, mais les données méritent d’être examinées.
Khost, Paktia, Badakhshan : les cinq provinces championnes du reboisement
Le classement provincial publié par la NSIA révèle une géographie très spécifique du reverdissement. En tête, la province de Nouristan arrive première avec 274 000 hectares de forêt, suivie de Kunar (253 000 ha), Badghis (180 000 ha), Paktia (170 000 ha) et Khost (127 000 ha). Ces provinces ont un point commun : elles sont toutes situées en zone frontalière, principalement le long de la ligne Durand qui sépare l’Afghanistan du Pakistan.
Ce sont aussi des territoires montagneux, historiquement marqués par les affrontements. Nouristan et Kunar, dans l’est du pays, ont été des bastions de la résistance antisoviétique dans les années 1980, puis des zones de combat intense entre les talibans et les forces de la coalition internationale. Paktia et Khost, plus au sud, sont aujourd’hui encore le théâtre d’affrontements réguliers entre les talibans afghans et l’armée pakistanaise. Cette coïncidence entre conflit et reboisement n’est pas anodine.
Comment mesurer une forêt quand on ne peut pas y mettre les pieds ?
L’utilisation de l’imagerie satellite pour le suivi forestier est une pratique courante dans le monde entier. La FAO, l’Union européenne et de nombreux instituts de recherche l’emploient pour cartographier l’évolution des forêts tropicales, boréales ou tempérées. En Afghanistan, où les déplacements sont dangereux et où l’accès à de nombreuses zones est interdit aux équipes de terrain, le satellite devient l’outil indispensable.
Le calendrier solaire afghan, qui commence le 21 mars, offre une continuité de mesure qui facilite les comparaisons sur le long terme. Les données couvrent l’ensemble des 34 provinces afghanes, y compris les régions les plus reculées du Pamir et de l’Hindu Kush. Mais cet outil a ses limites : un satellite ne peut pas distinguer un pin centenaire d’un jeune amandier, ni évaluer la densité réelle du sous-bois. La mesure est fiable à grande échelle, mais trompeuse à l’échelle locale.
Des micro-forêts Miyawaki aux vergers de pistachiers : qui a planté ?
32 micro-forêts de 25 m² : l’ambition du réseau Aga Khan dans 4 provinces
Le programme le mieux documenté de reforestation active en Afghanistan est porté par le Aga Khan Development Network (AKDN) via son initiative GROW. Lancé en 2022 dans quatre provinces — Badakhshan, Baghlan, Bamyan et Takhar —, ce projet a déjà permis la plantation de 32 micro-forêts exclusivement gérées par des femmes sur des terrains privés.
La méthode employée est celle du botaniste japonais Akira Miyawaki : des plantations extrêmement denses, jusqu’à 400 plants sur une surface de 25 à 50 mètres carrés, en utilisant uniquement des essences indigènes. Le principe est simple : en concentrant les arbres sur une petite surface et en les plantant en plusieurs strates (arbustes, arbres de taille moyenne, grands arbres), on obtient une croissance jusqu’à dix fois plus rapide qu’une plantation classique. Le taux de survie annoncé est de 91 %, un chiffre remarquable pour un pays où l’aridité et la sécheresse sont des contraintes permanentes.
Depuis 2017, l’AKDN a planté plus de 1 300 micro-forêts dans 11 pays, représentant 526 000 arbres. L’Afghanistan est l’un des terrains les plus difficiles, mais aussi l’un des plus prometteurs en termes d’impact social.
Haricots, noyers et mûriers blancs : le « menu » d’un reboisement comestible
Ce qui frappe dans le projet de l’AKDN, c’est le choix des espèces. On y trouve des haricots, des poiriers, des noyers, des mûriers blancs. Ce n’est pas une forêt « décorative » ou un boisement destiné à la production de bois d’œuvre. Les arbres sont sélectionnés pour leur valeur alimentaire et économique directe. Chaque micro-forêt doit nourrir la famille qui l’entretient.
Cette approche pragmatique répond à une réalité simple : dans un pays où une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté, un arbre qui ne rapporte rien est un arbre qui sera coupé pour faire du bois de chauffage. En revanche, un noyer ou un mûrier qui produit des fruits commercialisables ou consommables a toutes les chances d’être protégé. Le programme ne se contente pas de planter : il forme les femmes à l’entretien, à la récolte et à la transformation des produits. La forêt devient un outil de subsistance, pas un simple geste écologique.
Le rôle clé des femmes dans la gestion des micro-forêts
Les 32 micro-forêts afghanes sont exclusivement gérées par des femmes. Ce choix n’est pas anodin. Dans une société où les femmes rurales ont traditionnellement peu d’accès à la propriété foncière et aux ressources économiques, ces parcelles leur offrent un espace d’autonomie et de revenus. Les propriétaires terriennes s’engagent à entretenir la micro-forêt pendant au moins trois ans, en échange de la récolte future.
La formation dispensée par l’AKDN couvre la reconnaissance des maladies, les techniques d’irrigation économes en eau, et la protection des plants contre les animaux. Les femmes deviennent des expertes locales en reboisement, capables de transmettre leurs connaissances à d’autres villages. Ce modèle a un double effet : il reverdit les terres et renforce le statut économique des femmes dans des communautés où elles étaient souvent invisibles.
Pistachiers ou conifères ? Le satellite ne fait pas la différence
Verger ou forêt primaire ? Le biais statistique qui enflamme le débat
C’est ici que le bât blesse. La majorité des arbres plantés dans le cadre des projets de reboisement afghans sont des arbres fruitiers : amandiers, pistachiers, mûriers, noyers. Or, un satellite qui mesure la couverture végétale ne fait pas la différence entre une forêt primaire de pins et un verger d’amandiers planté en rangs serrés. Les deux apparaissent comme une surface boisée.
Cette distinction est cruciale en écologie. Une forêt naturelle abrite une biodiversité complexe, fixe le sol en profondeur, régule le cycle de l’eau et stocke du carbone sur le long terme. Un verger, même dense, est une monoculture agricole : il offre un habitat réduit, nécessite souvent de l’irrigation et peut être retourné en champ cultivé en quelques années. La question n’est pas de savoir si le chiffre de 35 % est « vrai » — techniquement, il l’est — mais de comprendre ce qu’il mesure vraiment.
Une renaissance économique déguisée en victoire écologique
Faut-il pour autant crier à la manipulation ? Pas nécessairement. Dans un pays comme l’Afghanistan, où les infrastructures de base manquent et où la sécurité alimentaire est précaire, l’arbre qui rapporte est le seul qui survit. Planter des conifères dans une zone où les gens coupent du bois pour se chauffer et cuisiner, c’est condamner la plantation à l’échec. Planter des arbres fruitiers, c’est créer une incitation économique à les protéger.
Ce n’est donc pas une « fausse » victoire écologique, mais une victoire déplacée : le reverdissement est réel, mais il est d’abord agricole. Les vergers d’amandiers et de pistachiers qui fleurissent dans les provinces de Badghis et de Nangarhar ne remplacent pas les forêts de cèdres et de chênes qui ont disparu depuis des décennies, mais ils offrent une alternative économique qui, à long terme, pourrait freiner la déforestation sauvage. L’écologie, en Afghanistan comme ailleurs, passe par le portefeuille.
Les forêts naturelles continuent de disparaître
Pendant que les satellites enregistrent une augmentation de la couverture végétale, les forêts naturelles afghanes continuent de rétrécir. Les genévriers du Badakhshan, les pins de l’Hindu Kush, les chênes du Nouristan : ces écosystèmes anciens sont irremplaçables. Leur disparition est un désastre écologique que les plantations d’arbres fruitiers ne compensent pas.
Les données de la NSIA ne distinguent pas les types de forêts. Un hectare de verger d’amandiers et un hectare de forêt de cèdres sont comptés de la même manière. Le chiffre de 35 % d’augmentation masque donc une réalité plus complexe : le pays gagne en surface boisée totale, mais perd en qualité écologique. Les défenseurs de l’environnement afghans le savent bien : la quantité ne fait pas la qualité.
400 000 arbres plantés… et des forêts qui continuent de brûler
Bois de chauffage et bûcherons illégaux : la machine à déforester tourne toujours
Le revers de la médaille, c’est que la déforestation ne s’est pas arrêtée. Selon les informations disponibles, des milliers d’hectares continuent d’être rasés chaque année, principalement pour deux raisons : le bois de chauffage et la construction. L’hiver afghan est rude, le gaz est cher et souvent indisponible dans les zones rurales. Pour des millions de familles, couper un arbre est la seule façon de se chauffer.
À cela s’ajoute le trafic illégal de bois vers le Pakistan, qui transite par les nombreux points de passage non contrôlés de la ligne Durand. Les bûcherons illégaux opèrent souvent de nuit, avec la complicité de gardes-frontières corrompus des deux côtés. Les essences les plus prisées — genévriers, pins, chênes — disparaissent à un rythme qui, localement, dépasse largement la capacité de régénération naturelle.
« Planter ne suffit pas » : l’impuissance des gardes forestiers face aux trafics
Un responsable environnemental cité dans les médias résume le problème en une phrase : « Planter des arbres ne suffit pas. Nous avons besoin d’une protection à long terme, pas seulement de projets à court terme. » Le gouvernement taliban a fait des déclarations favorables à l’environnement, mais ses moyens d’action sont extrêmement limités.
Les gardes forestiers sont peu nombreux, mal payés, et souvent armés de simples bâtons face à des trafiquants qui n’hésitent pas à utiliser la violence. La corruption aggrave la situation : certains responsables locaux ferment les yeux contre une commission sur le bois vendu. Résultat : une partie significative des arbres plantés dans le cadre des programmes de reforestation est coupée avant d’avoir atteint sa maturité. Le taux de survie de 91 % annoncé par l’AKDN est un exploit, mais il concerne des micro-forêts protégées, sur des terrains privés. Dans les forêts domaniales, le bilan est bien moins flatteur.
Les forêts, boucliers naturels contre l’érosion et les inondations
Les forêts afghanes ne sont pas qu’une question de paysage ou de bois de chauffage. Elles jouent un rôle crucial dans la régulation des sols et de l’eau. Dans un pays montagneux soumis à des précipitations irrégulières et à des sécheresses récurrentes, les arbres fixent les sols et préviennent les glissements de terrain. Ils ralentissent le ruissellement des eaux de pluie, rechargeant les nappes phréatiques et réduisant les risques d’inondations soudaines.
La déforestation aggrave donc les catastrophes naturelles. Les provinces du nord-est, comme Badakhshan et Takhar, ont connu des glissements de terrain meurtriers ces dernières années, en partie à cause de la disparition du couvert forestier sur les pentes. Protéger les forêts existantes est tout aussi important que d’en planter de nouvelles. Mais dans un pays ravagé par quarante ans de guerre, la priorité à court terme reste la survie quotidienne.
La ligne Durand : quand la guerre frontalière protège (parfois) les arbres
Khost et Paktia : pourquoi les zones de combat reverdissent le plus
Revenons au classement provincial. Les provinces qui affichent la plus forte progression de surface forestière — Khost, Paktia, Kunar — sont aussi les plus actives sur le plan militaire. Depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, les affrontements avec l’armée pakistanaise le long de la ligne Durand se sont intensifiés. Frappes aériennes, tirs d’artillerie, attaques de postes-frontières : la région est devenue une zone de guerre ouverte.
Ce contexte a un effet paradoxal sur la végétation. Les villages frontaliers se vident de leurs habitants, qui fuient les combats. Les bergers abandonnent leurs troupeaux, les bûcherons ne s’aventurent plus dans les zones trop exposées. Les arbres repoussent naturellement dans ces no man’s lands où l’activité humaine a quasiment disparu. La guerre, en chassant les hommes, offre un répit involontaire à la forêt.
Le conflit Pakistan-Afghanistan, un bouclier involontaire pour les arbres
L’ironie est saisissante. Alors que le gouvernement taliban peine à faire respecter les lois environnementales dans les zones pacifiées, ce sont les bombardements pakistanais qui protègent indirectement les arbres. Les frappes aériennes et les offensives talibanes créent des zones tampons où personne ne s’aventure, et où la régénération naturelle peut opérer sans entrave.
Sur la guerre Afghanistan-Pakistan, les tensions autour de la ligne Durand ne montrent aucun signe d’apaisement. Chaque nouvelle escalade vide un peu plus les campagnes frontalières, transformant des terres agricoles en friches, puis en forêts secondaires. C’est un équilibre extrêmement fragile : si le conflit s’arrêtait demain, le retour des populations et des bûcherons risquerait de réduire à néant ce gain forestier en quelques années. La paix, ironiquement, pourrait être plus dangereuse pour les arbres que la guerre.
L’escalade vers la guerre ouverte sur la ligne Durand n’est pas seulement une actualité militaire : c’est aussi, involontairement, un facteur écologique qu’il faut intégrer dans l’équation du reverdissement afghan.
Le coût humain du « répit » forestier
Si la guerre protège les arbres, elle détruit les vies humaines. Les provinces frontalières paient un lourd tribut : déplacements forcés, pertes civiles, destruction des infrastructures. Les familles qui fuient les combats laissent derrière elles leurs maisons, leurs champs et leurs troupeaux. Le reverdissement des zones de combat est un bénéfice écologique involontaire, mais il ne compense pas la souffrance des populations.
Les études sur le coût de la guerre en Afghanistan rappellent que le conflit a tué des dizaines de milliers de civils et déplacé des millions de personnes depuis 2001. Le paradoxe écologique de la ligne Durand ne doit pas faire oublier cette réalité : les arbres repoussent parce que les hommes meurent ou fuient. C’est une victoire amère pour la nature.
Taux de survie de 91 % : les dessous d’un « miracle » économique
91 % de survie des plants : le secret du financement international
Le chiffre de 91 % de survie des plants annoncé par l’AKDN mérite qu’on s’y attarde. Dans le domaine du reboisement, un taux de survie de 60 à 70 % est déjà considéré comme un succès. Atteindre 91 % dans un pays aride et instable relève presque de l’exploit.

Le secret de cette réussite tient à trois facteurs. D’abord, la méthode Miyawaki elle-même : en plantant très dense et en mélangeant les espèces, on recrée un microclimat qui protège les jeunes plants du vent et du soleil. Ensuite, la sélection rigoureuse des propriétaires terriens : l’AKDN ne plante que sur des terrains privés, où le propriétaire s’engage à entretenir la micro-forêt pendant au moins trois ans. Enfin, la formation des femmes qui gèrent ces parcelles : elles apprennent à reconnaître les maladies, à irriguer sans gaspiller l’eau, à protéger les plants des animaux.
Aide étrangère et bénévolat local : le cocktail fragile du succès
Mais ce modèle a un talon d’Achille : son financement. Le réseau Aga Khan mobilise des fonds privés et des subventions internationales. Depuis le départ des forces occidentales et la prise de pouvoir des talibans, la plupart des programmes de développement en Afghanistan ont vu leurs budgets réduits ou suspendus. Les bailleurs hésitent à financer des projets dans un pays gouverné par un régime non reconnu internationalement.
Si l’aide se tarit, que deviendront ces 32 micro-forêts ? Les femmes qui les entretiennent ne sont pas payées : elles bénéficient des fruits des arbres, mais n’ont pas de salaire. Leur motivation est donc directement liée à la productivité des parcelles. Si la sécheresse s’aggrave ou si le marché des fruits s’effondre, l’entretien deviendra une corvée plutôt qu’un investissement. Le « miracle » du taux de survie de 91 % repose sur une perfusion financière extérieure et sur l’engagement bénévole de femmes rurales. Les deux sont fragiles.
La dépendance aux financements internationaux, une épée de Damoclès
Les programmes de reboisement en Afghanistan dépendent très largement de l’aide internationale. L’USAID, l’Union européenne, les agences des Nations unies et les fondations privées comme l’AKDN sont les principaux financeurs. Or, la situation politique du pays rend ces financements incertains. Les sanctions internationales, la non-reconnaissance du régime taliban et les risques sécuritaires compliquent l’acheminement des fonds.
Les projets à long terme sont les plus vulnérables. Planter un arbre est rapide, mais le voir grandir prend des années. Les bailleurs préfèrent souvent financer des campagnes de plantation « visibles » plutôt que l’entretien de parcelles existantes. Pourtant, c’est l’entretien qui fait la différence entre un arbre qui survit et un arbre qui meurt. Le taux de survie de 91 % de l’AKDN est le résultat d’un suivi rigoureux sur plusieurs années, un luxe que peu de projets peuvent s’offrir.
Conclusion : un boom vert sous perfusion et sous les bombes
L’augmentation de 35 % de la couverture forestière afghane en quinze ans est une nouvelle encourageante, mais elle ne doit pas masquer les fragilités du modèle. Les 427 000 hectares gagnés sont en grande partie des vergers et des plantations agricoles, pas des forêts naturelles. La déforestation illégale continue de ronger les massifs anciens. Et le reverdissement des zones frontalières est autant le fruit de la guerre que de la volonté politique.
Pour que ce boom vert devienne durable, trois conditions doivent être réunies : un financement international stable pour les programmes de reboisement communautaire, une lutte efficace contre le trafic de bois, et une incitation économique pour que les populations protègent les arbres. L’exemple des micro-forêts de l’AKDN montre que c’est possible, mais à petite échelle. L’enjeu est désormais de passer du local au national, sans perdre en chemin la rigueur et l’engagement qui font le succès des projets pilotes.
La leçon la plus importante est peut-être celle-ci : l’arbre ne pousse durablement que si l’homme y a un intérêt immédiat. Les micro-forêts de l’AKDN fonctionnent parce qu’elles nourrissent les familles. Les vergers de pistachiers prospèrent parce que la pistache se vend cher sur les marchés de Kaboul et de Peshawar. En revanche, les forêts domaniales, que personne ne protège et dont personne ne tire de revenu direct, continuent de disparaître. L’Afghanistan a prouvé qu’il pouvait reverdir en pleine guerre. Reste à savoir s’il pourra le faire en paix.