Incendie ravageant une forêt dans l'Aude, avec des flammes et une épaisse fumée.
Environnement

Incendies : la Fondation de France et la Fondation du patrimoine lancent des appels aux dons en faveur des forêts

Face aux 30 000 hectares brûlés en 2025, la Fondation du patrimoine et la Fondation de France lancent des appels aux dons pour restaurer les forêts.

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Alors que les flammes ravagent des milliers d’hectares chaque été, deux grandes fondations françaises se mobilisent pour sauver ce qui peut l’être. La Fondation du patrimoine et la Fondation de France ont lancé des appels aux dons pour financer la restauration des forêts sinistrées. Entre urgence climatique et questions de transparence, ces collectes soulèvent des attentes immenses mais aussi des interrogations légitimes sur leur efficacité réelle. 

Incendie ravageant une forêt dans l'Aude, avec des flammes et une épaisse fumée.
Incendie ravageant une forêt dans l'Aude, avec des flammes et une épaisse fumée. — (source)

L’été 2025 a brûlé 30 000 hectares : le décor de l’urgence

Les chiffres donnent le vertige. Selon le bilan de l’Office national des forêts, près de 15 000 départs de feu ont été recensés en France en 2025, touchant 30 000 hectares de forêts et autres végétations. Parmi eux, 1 800 feux de forêt ont été comptabilisés. Ces surfaces représentent près de trois fois la moyenne observée entre 2006 et 2024.

L’Union européenne confirme l’ampleur inédite du phénomène. Sur le continent, plus d’un million d’hectares ont brûlé en 2025, ce qui en fait la saison d’incendies la plus dévastatrice jamais enregistrée. En France, environ 35 700 hectares de végétation ont été détruits, dont près de 20 000 hectares de forêt. Ces données, issues de la Représentation en France de la Commission européenne, illustrent un changement d’échelle qui n’est plus marginal.

La Fondation du patrimoine, en réponse à cette situation, a ouvert un appel aux dons intitulé « Incendies : sauvons la forêt française ». L’objectif est clair : financer la restauration des habitats naturels et la préservation des espèces menacées par les flammes. La Fondation de France, de son côté, mobilise ses fonds spécialisés pour agir sur le long terme.

Canicule et sécheresse : un cocktail explosif qui a mis les forêts à genoux

L’été 2025 a été marqué par deux épisodes caniculaires et une sécheresse prolongée. Ces conditions extrêmes ont créé un terrain propice aux départs de feu. Les sols asséchés, la végétation desséchée et les vents violents ont transformé les massifs forestiers en poudrières. L’ONF rapporte que les 30 000 hectares brûlés incluent à la fois des forêts, des landes et des zones de maquis, preuve que le phénomène ne se limite plus aux seules surfaces boisées.

Les conséquences ne sont pas seulement écologiques. Les incendies menacent directement les populations locales, les infrastructures et le cadre de vie de milliers de Français. La perte de biodiversité, l’érosion des sols et l’instabilité des terrains brûlés aggravent les risques d’inondations et de glissements de terrain lors des pluies suivantes. C’est tout un écosystème qui se trouve fragilisé.

Des incendies de l’Ariège aux Pyrénées-Orientales : la géographie du feu en expansion

Depuis le 1er juillet 2026, la Fondation du patrimoine liste des départs de feu dans plusieurs départements : l’Ariège, l’Aude, la Drôme, le Gard, la Haute-Loire, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales. Le danger gagne des massifs réputés plus humides, comme ceux de la Haute-Loire, traditionnellement épargnés par les grands incendies. 

Vue aérienne d'un incendie de forêt dévastant des zones rurales.
Vue aérienne d'un incendie de forêt dévastant des zones rurales. — (source)

Un chiffre clé permet de comprendre l’origine du problème : 90 % des feux de forêt sont d’origine humaine, selon le Fonds pour la Forêt Méditerranéenne de la Fondation de France. Qu’il s’agisse de négligences (mégots, barbecues, travaux agricoles) ou d’actes malveillants, la responsabilité humaine est écrasante. La carte des incendies en cours dans le Sud, que vous pouvez consulter sur notre visualisation interactive, montre une extension géographique qui dépasse largement le pourtour méditerranéen.

Fondation du patrimoine, Fondation de France : qui fait quoi exactement pour la forêt ?

Face à l’urgence, le réflexe du don est compréhensible. Mais à qui confier son argent ? Les deux fondations n’ont ni le même objet social ni la même méthode. Les distinguer permet de faire un choix éclairé.

La Fondation du patrimoine, un acteur historique des forêts de proximité

Créée par la loi du 2 juillet 1996, la Fondation du patrimoine est un organisme privé indépendant reconnu d’utilité publique. Son cœur de mission est la sauvegarde et la valorisation du patrimoine français de proximité. Depuis 2009, elle a intégré un volet naturel via son programme « Patrimoine naturel et biodiversité », qui a déjà soutenu 240 projets, dont 31 sélectionnés en 2024.

Son appel « Incendies : sauvons la forêt française », lancé en juillet 2026, est directement adossé à ce programme. La Fondation travaille main dans la main avec Fransylva, l’association des propriétaires forestiers privés, pour financer des actions de terrain immédiates : création de mares, coupe-feu, plantations. L’angle est celui du patrimoine local et de la réparation concrète. Les fonds recueillis serviront à soutenir des projets portés par l’ONF, des collectivités ou des propriétaires privés.

En 2024, la Fondation du patrimoine a collecté 102,7 millions d’euros (hors Notre-Dame), en hausse de 45 % par rapport à 2023. Les dons représentaient 26,8 millions d’euros, soit une augmentation de 28 %. Plus de 1 000 bénévoles ont été mobilisés, et 2 320 projets ont été sauvés sur l’année.

La Fondation de France, entre forêt méditerranéenne et filière bois d’avenir

La Fondation de France adopte une approche plus structurelle. Elle abrite le Fonds pour la Forêt Méditerranéenne, créé en 1989, qui finance la prévention, la sensibilisation et l’information. Ses partenaires incluent la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Entente interdépartementale contre l’incendie et la Caisse d’Épargne Provence Alpes Corse.

Elle porte également la Fondation France Bois Forêt pour notre Patrimoine, qui vise à valoriser la ressource forestière française dans la restauration du bâti. L’objectif est de créer un cercle vertueux économique : une forêt gérée durablement produit du bois de qualité, qui sert à restaurer le patrimoine bâti. Depuis sa création en avril 2019, cette fondation a accompagné 303 projets de reboisement. L’angle ici est celui de la filière et de la prévention à long terme.

Planter un kilomètre de ripisylve ou créer une mare à 15 000 € : ces projets que votre don rend concrets

Les dons ne sont pas une abstraction. Derrière chaque euro collecté se cache un projet précis, avec des coûts réels. Comprendre ces chiffres permet de visualiser l’impact concret de sa contribution.

Reboiser un hectare coûte entre 2 310 € et 4 290 € : la dure réalité des coûts forestiers

Deux pompiers observent un incendie de forêt dévastateur la nuit.
Deux pompiers observent un incendie de forêt dévastateur la nuit. — (source)

Selon les données fournies par Fransylva, le coût de plantation à l’hectare (hors préparation du sol) varie considérablement selon la protection contre le gibier. Avec une protection contre les lapins, le coût s’élève à 2 310 € par hectare. Avec une protection contre les chevreuils, il grimpe à 4 290 €. La moyenne observée par les coopératives forestières atteint 3 661 € par hectare. L’Union agricole estime le coût total du reboisement à 2 800 € par hectare HT, incluant plants, protections et plantation.

Ces chiffres montrent que le reboisement est une opération lourde et coûteuse, bien loin de l’image du simple « clic pour planter un arbre ». Quelques centaines d’euros de dons financent une parcelle, pas une forêt entière. La transparence sur ces coûts est essentielle pour que le donateur comprenne l’échelle réelle des besoins.

89 000 € collectés en 2022 : retour sur les premiers résultats concrets de l’appel historique

Après les incendies de 2022, qui avaient brûlé 62 000 hectares, la Fondation du patrimoine et Fransylva avaient lancé un premier appel intitulé « Sauvons les forêts françaises ». Selon Forestopic, cette collecte a rapporté 89 000 € auprès de 694 donateurs. À quoi cet argent a-t-il servi ?

Il a financé des équipements de Défense des Forêts Contre l’Incendie (DFCI) : coupe-feu, réserves d’eau. Il a aussi permis la réhabilitation de zones brûlées, la création de mares forestières (15 000 € l’unité) et des plantations en bordure de cours d’eau (10 000 € par kilomètre). Ces réalisations prouvent que même une collecte modeste a un impact local tangible. L’appel 2026 reprend ce modèle en l’amplifiant, avec des objectifs plus ambitieux.

Frais de gestion et label Don en Confiance : enquête sur la transparence des fondations

La générosité mérite d’être éclairée. Avant de donner, il est légitime de s’interroger sur la destination exacte de son argent et sur les garanties offertes par les organismes collecteurs.

Fondation du patrimoine : des frais de gestion (5 à 6 %) clairement affichés

La Fondation du patrimoine communique ouvertement sur ses frais. Ils s’élèvent à 6 % pour les projets publics et associatifs, et à 5 % pour les projets portés par des propriétaires privés. La fondation s’engage à reverser intégralement le montant net de ces frais aux porteurs de projets.

Ce taux est considéré comme vertueux dans le secteur. Il signifie que pour chaque don de 100 €, entre 94 et 95 € partent directement sur le terrain. C’est un argument de transparence fort qui rassure le donateur sur l’utilisation immédiate de son argent.

Fondation de France : les failles du contrôle des dons pointées par la Cour des comptes

La Fondation de France présente une image moins favorable. Un audit de septembre 2021 de la Cour des comptes a révélé plusieurs lacunes. La certification « Don en Confiance » n’était plus demandée après 2015. L’audit a identifié un suivi inadéquat des fonds affectés (fondations abritées), une faible supervision interne et des conflits d’intérêts potentiels au sein de certains fonds. À cette époque, la Fondation de France gérait 2,3 milliards d’euros d’actifs.

Il faut préciser que ce rapport date de 2021 et que la Fondation de France a pu prendre des mesures correctives depuis. Mais cette information reste capitale pour un donateur soucieux de traçabilité. La vigilance est de mise.

Vérifier l’utilisation de son don : les trois réflexes à adopter avant de donner

Le label « Don en Confiance » est un organisme indépendant qui vérifie la bonne utilisation des dons. Ses quatre principes fondamentaux incluent le respect du donateur, la transparence, l’efficacité et l’intégrité. Selon le baromètre Viavoice/Don en Confiance 2024-2025, 69 % des Français font davantage confiance aux organismes labellisés. Cependant, 65 % des Français déclarent ne pas donner par manque de confiance.

Avant de donner, trois vérifications s’imposent. Vérifier la présence du label Don en Confiance sur le site de l’organisme. Consulter le dernier rapport d’activité et les comptes annuels, généralement disponibles en ligne. Regarder la part des frais de fonctionnement et de collecte dans les charges totales. Ces réflexes simples transforment un donateur impulsif en un donateur éclairé.

89 000 € de dons contre 30 000 hectares brûlés : les collectes privées face au mur financier

La confrontation des chiffres est brutale. D’un côté, 89 000 € collectés en 2022 pour les forêts. De l’autre, 30 000 hectares brûlés en 2025. L’écart donne la mesure du défi.

Le budget des fondations face au coût réel des incendies pour la collectivité

Même si la Fondation du patrimoine a collecté 102,7 millions d’euros en 2024 (tous dons confondus, hors Notre-Dame), les 26,8 millions d’euros de dons libres restent une goutte d’eau comparés aux besoins estimés. Les incendies de 2025 ont coûté des centaines de millions d’euros à la collectivité : moyens aériens, pompiers, ONF, reboisements publics. Le don privé ne pourra jamais financer la totalité de la lutte et de la restauration.

La vague de chaleur de juillet 2026 pose la question des moyens réels de la France face à ces catastrophes. Les fondations ne peuvent pas se substituer à l’État, mais elles jouent un rôle complémentaire.

Dons privés vs argent public : une complémentarité indispensable sous tension

L’argent de l’État (ONF, DFCI, Sécurité civile) finance le cadre : surveillance, lutte contre les départs de feu, équipements lourds. Les fondations, elles, financent le « petit » sur-mesure : une mare spécifique pour la biodiversité locale, la plantation d’une essence rare sur une parcelle communale, la sensibilisation de proximité.

Le don ne peut pas se substituer à l’impôt, mais il permet une réactivité et un ciblage que la machine publique a du mal à atteindre. C’est le coup de pouce local dans une stratégie nationale. Sans les fondations, certains projets ne verraient jamais le jour. Avec elles, des actions concrètes émergent là où l’administration manque de flexibilité.

Faut-il privilégier la Fondation du patrimoine ou la Fondation de France ? Le guide pratique

Le lecteur arrive ici avec une question pratique : je donne, oui, mais à laquelle ? Voici les critères pour choisir.

Réparer l’urgence ou préparer l’avenir : choisir selon l’horizon du projet

Si vous voulez un impact immédiat et visible sur les dégâts de l’été 2026 (replanter une parcelle brûlée la semaine dernière, restaurer un coupe-feu avant la prochaine canicule), la Fondation du patrimoine (via son partenariat avec Fransylva) est la plus adaptée. Ses actions sont rapides, ciblées, et concernent des territoires précis.

Si vous pensez à long terme (prévention des feux en Méditerranée, entretien de la filière bois française pour décarboner la construction), la Fondation de France (Fonds Méditerranéen / France Bois Forêt) est plus pertinente. Son horizon est celui de la transformation structurelle, pas de l’urgence immédiate.

Biodiversité locale ou économie circulaire : choisir selon ses valeurs

Deuxième critère de choix. La Fondation du patrimoine agit pour le patrimoine naturel de proximité : une espèce de papillon, un marais, une forêt communale. Son discours est celui de la sauvegarde des écosystèmes. La Fondation de France, via la Fondation France Bois Forêt, met en avant le lien forêt-bâti : utiliser du bois français issu de forêts gérées durablement pour restaurer les toitures et charpentes.

C’est un argument d’économie circulaire et d’emploi local. Vous donnez pour la nature ou pour la filière ? Les deux sont louables, mais différentes. Le choix dépend de ce qui vous tient à cœur.

Conclusion : un geste concret, mais pas une solution miracle

Donner est utile. Les exemples concrets de mares, de plantations et de DFCI financés sont là pour le prouver. Chaque euro versé à la Fondation du patrimoine ou à la Fondation de France a un impact réel sur le terrain, même modeste. Les 89 000 € collectés en 2022 ont permis de restaurer des zones brûlées et de créer des infrastructures de protection.

Mais l’échelle des incendies dépasse largement la capacité des collectes privées. 30 000 hectares brûlés en 2025, 35 700 hectares de végétation en France selon l’UE : ces chiffres rappellent que le don est un complément citoyen indispensable, pas un substitut aux politiques publiques de prévention et d’adaptation climatique.

La vigilance sur la transparence reste de mise. Vérifiez la présence du label Don en Confiance, consultez les rapports d’activité, regardez les frais de gestion. Ces gestes simples font de vous un donateur éclairé.

Chaque arbre replanté, chaque mare creusée est un pas de plus vers la résilience de nos forêts. Mais la bataille est immense. Elle ne se gagnera pas seulement avec des dons, mais avec une prise de conscience collective et des politiques publiques à la hauteur des enjeux climatiques.

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Questions fréquentes

Qui collecte des dons pour les forêts brûlées ?

La Fondation du patrimoine et la Fondation de France ont lancé des appels aux dons pour financer la restauration des forêts sinistrées par les incendies de 2025 et 2026.

Combien coûte le reboisement d'un hectare ?

Selon Fransylva, le coût de plantation à l'hectare varie entre 2 310 € (avec protection contre les lapins) et 4 290 € (avec protection contre les chevreuils). La moyenne observée par les coopératives forestières atteint 3 661 € par hectare.

Quels sont les frais de gestion de la Fondation du patrimoine ?

La Fondation du patrimoine affiche des frais de gestion de 5 à 6 % selon le type de projet. Cela signifie que 94 à 95 € sur 100 € de dons partent directement sur le terrain.

Combien d'hectares ont brûlé en France en 2025 ?

Selon l'Office national des forêts, près de 30 000 hectares de forêts et autres végétations ont brûlé en France en 2025. L'Union européenne estime que 35 700 hectares de végétation ont été détruits, dont 20 000 hectares de forêt.

Faut-il donner à la Fondation du patrimoine ou à la Fondation de France ?

Le choix dépend de l'horizon visé : la Fondation du patrimoine finance des actions d'urgence immédiate (replantation, coupe-feu), tandis que la Fondation de France agit sur le long terme (prévention, filière bois).

Sources

  1. Incendies : sauvons la forêt française · fondation-patrimoine.org
  2. carenews.com · carenews.com
  3. ccomptes.fr · ccomptes.fr
  4. donenconfiance.org · donenconfiance.org
  5. fondation-patrimoine.org · fondation-patrimoine.org
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Hugo Lambot @fact-checker

Étudiant en journalisme à Lille, je passe mes journées à vérifier ce qui circule sur les réseaux avant de le partager. Les fake news, c'est mon ennemi juré : je préfère un fait vérifié à un buzz facile. Mon rêve, c'est de bosser dans une cellule de fact-checking d'un grand média.

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