La saison 2026 a déjà brûlé plus de terrain que n'importe quelle année complète des vingt dernières. Au 31 juillet, environ 119 000 hectares ont été consumés en France, soit près de deux fois la superficie moyenne annuelle sur la période 2006-2025 (138 242 ha). Le record précédent, établi en 2022, était de 66 300 hectares. Les feux ont démarré dès février, une précocité inédite, et se sont multipliés avec une intensité sans précédent : 311 départs de feu le 22 juillet contre 75 en moyenne à cette date. Le bilan humain est lourd : quatre pompiers sont morts dans le Var, au moins 129 ont été intoxicés et plus de 80 blessés en juillet seul.

Les zones touchées ne se limitent plus aux forêts du sud-ouest. La Gironde, les Landes et le Var sont durement touchés, mais des incendies inhabituels ont éclaté en Ille-et-Vilaine, dans le Pas-de-Calais et en Île-de-France, avec plus de 2 000 ha brûlés à Fontainebleau.
Comment lire les cartes de feux en temps réel ?
Les cartes interactives qui visualisent les incendies combinent trois sources de données distinctes, chacune avec ses forces et ses limites.
Les trois sources de données principales
La première source est satellitaire. Le système NASA FIRMS utilise les capteurs MODIS et VIIRS pour détecter des anomalies de chaleur avec une résolution de 375 mètres à 1 kilomètre. Les données sont mises à jour toutes les trois heures environ. Cette surveillance est précise mais ne montre pas des flammes : elle identifie des points de température anormale.
La deuxième source est officielle. Le système européen EFFIS, géré par Copernicus, fournit les périmètres des incendies et calcule les surfaces brûlées. En France, Météo-France publie depuis juin 2023 une « Météo des forêts » avec une carte quotidienne par département, codée en vert, jaune, orange et rouge selon le danger.
La troisième source est participative. La plateforme feuxdeforet.fr, créée par une association basée à Ille-sur-Têt avec une dizaine de bénévoles, permet aux citoyens de signaler un départ de feu via une application mobile. Ces signalements sont modérés avant publication.

Les limites techniques des cartes et les écarts de chiffres
Les cartes satellites présentent des risques d'erreur. Les faux positifs peuvent provenir de centrales électriques, de panneaux solaires ou de sites industriels dont la chaleur est détectée à tort comme un incendie. Les faux négatifs surviennent lorsque des nuages bloquent la vue du satellite, lorsque les feux restent sous le seuil de détection ou en raison du décalage entre les passages des satellites.
Le système européen EFFIS ne recense que les incendies d'au moins 30 hectares, ce qui explique des écarts avec les chiffres officiels français qui comptabilisent aussi les petits feux. Les surfaces brûlées présentées par les médias viennent souvent des relevés satellites EFFIS, avec un décalage dans la publication des cumuls.
Causes humaines et rôle du changement climatique
90 % des feux de forêt en France sont d'origine humaine, selon les données du Service de la Donnée et des Études Statistiques (SDES) citées par Géorisques. La foudre reste la seule cause naturelle. Dans 70 % des cas, les incendies résultent de gestes du quotidien : un barbecue mal éteint, un mégot jeté, une échappée de feu lors d'un écobuage.
Le changement climatique ne cause pas les feux mais crée les conditions qui les rendent plus probables et plus intenses. La sécheresse et les canicules assèchent la végétation, transformant les forêts en combustibles prêts à s'enflammer. L'incendie de Gironde en 2026 a été rendu deux fois plus probable par le changement climatique, selon une étude citée par TF1 Info.

Agir face aux feux : alerte, signalement et prévention
Les numéros d'alerte et les plateformes citoyennes
En cas de feu, les numéros à appeler sont le 112 (numéro européen d'urgence), le 18 (pompiers) et le 114 par SMS pour les personnes malentendantes. La plateforme feuxdeforet.fr permet de signaler un départ de feu directement depuis un smartphone, alimentant les bases de données de surveillance.
Connaître les restrictions et les gestes de prévention
Le site Previfeux propose des cartes interactives éditées par les préfectures, indiquant les zones soumises à des restrictions d'accès et de végétation. Le débroussaillement est obligatoire dans les zones à risque : 90 % des maisons détruites par le feu n'étaient pas ou mal débroussaillées. En neuf cas sur dix, les feux de forêt sont évitables.
Les gestes de prévention restent simples : rester sur les chemins balisés, respecter les interdictions d'accès, organiser les barbecues loin de la végétation et ne jamais jeter de mégots. Ces réflexes, adoptés par tous, constituent la première ligne de défense contre des incendies dont l'ampleur ne cesse de croître.