Le vendredi 17 avril 2026, à l'université Paris Cité, la ministre de la Santé Stéphanie Rist et le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste ont annoncé la disparition du PASS et de la LAS. À la rentrée 2027, les deux voies d'accès aux filières dites MMOPK (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie, kinésithérapie) laisseront place à une première année unique, harmonisée au niveau national et structurée en trois blocs d'enseignement, après une concertation lancée le 20 octobre 2025.

Précision de méthode : ce dispositif est, à ce jour, une annonce gouvernementale. Les documents publiés par les ministères et par le site Service Public décrivent l'architecture générale ; les arbitrages de détail - seuils, maquettes, libellé exact du voeu Parcoursup, montants engagés - relèvent de textes d'application qui n'ont pas été publiés. Ce qui suit décrit donc une architecture annoncée, pas un règlement en vigueur.
Le numerus clausus est mort, le barrage est resté
La question revient dans presque toutes les conversations entre lycéens et parents : qu'est-ce que la fin du numerus clausus a réellement changé ? Elle mérite d'être replacée dans le temps. Le numerus clausus national a été supprimé par la loi ORE de 2019, et le PASS et la LAS sont entrés en vigueur à la rentrée 2020. Cette bataille-là est déjà ancienne. Ce qui est nouveau, c'est qu'une deuxième réforme enterre, sept ans plus tard, le système censé avoir réglé le problème.
Car le filtre n'a jamais disparu : il s'est déplacé. Les places ouvertes en deuxième année ne sont plus fixées par un chiffre national, mais par les capacités d'accueil arrêtées université par université, filière par filière, en lien avec les agences régionales de santé. Le résultat est arithmétique : le nombre de candidats peut augmenter sans que le nombre de places bouge. Selon Le Parisien, la licence PASS a été, pour la rentrée 2025-2026, la formation la plus demandée sur Parcoursup, avec plus de 840 000 voeux. Aucune annonce d'avril 2026 ne promet davantage de places en deuxième année.
C'est le point que les familles comprennent souvent trop tard : changer le nom de la voie d'accès ne change pas le rapport entre candidats et sièges. Ce rapport décide de tout.
PASS ou LAS : deux portes, un même guichet
Le système actuel repose sur un principe unique décliné en deux formats. Le PASS est une année majoritairement consacrée à la santé, avec une mineure dans une autre discipline. La LAS est une licence classique - droit, biologie, psychologie, STAPS, économie - assortie d'une option santé. Dans les deux cas, l'étudiant doit valider sa mineure ou sa licence pour pouvoir se présenter aux épreuves d'admission, et il ne redouble pas : en cas d'échec, il continue dans sa discipline de repli.
Deux critiques ont nourri la réforme. La première est l'illisibilité : chaque université a bricolé son organisation, les règles de passage varient d'un campus à l'autre, et le choix de la mineure devient une décision stratégique posée à dix-sept ans. La seconde est humaine. Philippe Baptiste le reconnaît sans détour dans le communiqué ministériel : le dispositif "a apporté des avancées réelles - moins de redoublements inutiles, une plus grande diversité des profils - mais il a aussi engendré une complexité devenue insupportable pour les étudiants et leurs familles". La réforme de 2019 avait déjà été critiquée de l'intérieur et épinglée par la Cour des comptes ; c'est cette contradiction - des avancées réelles, une complexité insupportable - que la nouvelle mouture prétend trancher.
Ce que l'annonce d'avril 2026 change concrètement
Trois éléments structurent le nouveau dispositif, tels qu'ils ont été présentés.
Une première année unique, en trois blocs. Tous les étudiants suivront le même programme, harmonisé au niveau national, avec au moins un bloc santé et un bloc disciplinaire. L'objectif affiché : qu'un étudiant qui échoue aux épreuves d'admission ait malgré tout validé une année de licence cohérente, réutilisable ailleurs.
Deux tentatives au lieu d'une. Fin de l'interdiction de retenter sa chance. Le classement ne reposera plus seulement sur les partiels, mais sur l'ensemble du parcours académique, avec une validation obligatoire du bloc santé et du bloc disciplinaire, à 10/20 minimum chacun. C'est la mesure la plus symbolique de l'annonce, et probablement la plus lourde de conséquences.
Un voeu Parcoursup au lieu d'une liste éclatée. Le millefeuille des voeux PASS et LAS sera remplacé par un voeu principal - provisoirement intitulé "Réforme de la première année" - complété d'un sous-voeu disciplinaire désignant la matière de repli en cas d'échec. S'y ajoutent des passerelles d'accès hors Parcoursup et une expérimentation : des places réservées, dans un cadre optionnel et limité, pour les candidats visant exclusivement la pharmacie. Les étudiants entrés en septembre 2026 passeront, eux, par une année de transition.
Deux chances, mais pas deux fois plus de places
La réforme mérite ici d'être lue froidement. Offrir une seconde tentative est une bonne nouvelle individuelle : elle supprime la loterie d'une session de partiels, réduit la pression psychologique qui poussait certains candidats vers des facultés étrangères, et rend le système plus supportable pour des étudiants de dix-huit ans.
Mais collectivement, le calcul s'inverse si les capacités d'accueil restent constantes. Deux tentatives pour un même nombre de sièges, c'est une file d'attente qui s'allonge : les recalés de la première vague restent dans le circuit et concourent à nouveau, tandis que les nouveaux bacheliers arrivent. À moins que les places augmentent, la sélection ne s'adoucit pas - elle se répartit autrement, et probablement plus tard. C'est une hypothèse de lecture, pas un chiffre officiel : aucune évaluation de ce type n'a été publiée avec l'annonce.
Le seuil de 10/20 minimum dans chacun des deux blocs est l'autre point à surveiller. Il empêche de sacrifier entièrement le disciplinaire pour tout miser sur la santé, ce qui protège le diplôme de repli. Il crée aussi un plancher éliminatoire supplémentaire. Un étudiant brillant en santé mais coulé en droit ou en biologie ne serait pas classé. La générosité apparente du dispositif a donc sa contrepartie.
ATS : le sigle qui n'a rien à voir
Le sigle ATS revient parfois dans les conversations des familles, cité à côté de PASS et LAS comme s'il s'agissait d'une troisième voie. Aucun des documents officiels consultés sur la réforme ne le mentionne comme voie d'accès aux études de santé. La classe ATS - adaptation technicien supérieur - est une prépa d'un an réservée aux titulaires de BTS ou de BUT qui visent une école d'ingénieurs ou de management. Elle ne mène pas aux études de médecine, de pharmacie ou de kinésithérapie. Si le sigle apparaît dans ces échanges, c'est vraisemblablement par confusion avec les "prépas santé" privées, qui vendent un accompagnement à la préparation des épreuves et n'ont aucune existence réglementaire dans le dispositif d'admission.
Cette confusion n'est pas anodine. Elle indique où se déplace le marché de l'angoisse : chaque réforme crée sa propre strate de préparation payante, et la capacité à s'offrir une année de préparation en plus reste très inégalement répartie. Un système plus lisible ne supprime pas cette asymétrie ; il peut même la rendre plus visible.
Qui paie cette troisième réforme
Le coût de cette réforme n'est pas seulement budgétaire, même s'il l'est d'abord. Refondre une première année au niveau national, c'est concevoir de nouvelles maquettes, de nouveaux enseignements et de nouveaux modes d'évaluation dans chaque faculté, avec des heures d'enseignement à trouver. Selon Le Parisien, les doyens avaient alerté, dans les semaines précédentes, sur une réforme jugée trop rapide et sans moyens ; le gouvernement promet des financements dédiés à la "transformation pédagogique", sans qu'aucun montant ait été rendu public.
Il y a aussi le coût pour les familles, moins visible et plus lourd : une année d'université consommée sans débouché en santé se transforme en année de licence à recycler, parfois en réorientation, parfois en renoncement. C'est précisément ce que le bloc disciplinaire et le sous-voeu sont censés amortir - à condition que la discipline de repli soit réellement choisie et non subie, et que l'université concernée ait les places correspondantes.
Et il y a l'enjeu de politique publique qui commande tout le reste : le nombre de professionnels de santé formés. Le filtre des capacités d'accueil n'est pas seulement un instrument de sélection, c'est un instrument de pilotage des effectifs, tributaire des budgets des universités, des terrains de stage et des capacités hospitalières. Trois régimes d'accès successifs - PACES, PASS/LAS, licence unique - sans réforme d'ampleur du nombre de places, cela ressemble à une rénovation répétée de la porte d'entrée d'un bâtiment dont on n'agrandit pas les étages.
Ce qui reste à trancher
Trois questions décideront de la réalité du dispositif, et aucune n'a de réponse publiée à ce jour.
La première est le texte d'application. Un décret peut encore modifier le seuil de 10/20, le poids respectif du bloc santé et du bloc disciplinaire, ou le libellé du voeu Parcoursup. La campagne Parcoursup 2027 étant la première pleinement concernée, les lycéens qui entreront en terminale en septembre 2026 doivent surveiller la publication des textes plus que les communiqués.
La deuxième est le financement. Une transformation pédagogique promise sans montant n'est pas une transformation financée.
La troisième est la cohérence avec les filières à concours propres. L'accès aux instituts de formation en masso-kinésithérapie (IFMK) passe, depuis 2020, par la voie universitaire ; la nouvelle licence santé doit en devenir l'unique porte en 2027. Reste à savoir si les quotas d'entrée en IFMK suivront la même logique que les capacités d'accueil des facultés de médecine.
Sauf annonce contraire sur les places, la réforme de 2027 donne une seconde chance et un filet de sécurité, pas un accès plus facile. Le nombre de sièges dans l'université et la filière du candidat reste le paramètre décisif, bien plus que le nom de la voie inscrite sur la fiche Parcoursup.