Vue d'un amphithéâtre de l'institut de formation en soins infirmiers de Chalon-sur-Saône : deux intervenants debout face aux étudiants de première année assis qui applaudissent lors de la rentrée 2022
Éducation

IFSI après le bac : le concours est supprimé pour les bacheliers, la sélection passe par le dossier et les voeux

Depuis la rentrée 2019, les bacheliers n'entrent plus en IFSI par un concours : l'admission se fait sur dossier via Parcoursup, sans écrit ni oral. Le bulletin, le projet de formation motivé et la liste d'instituts cochés pèsent sur la candidature ; cinq regroupements peuvent être demandés, avec des sous-voeux illimités à l'intérieur de chacun. La formation professionnelle continue reste, elle, un véritable concours, réservé aux candidats ayant au moins trois ans de cotisation.

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Annales du "concours infirmier", prépas aux épreuves écrites, entraînements à l'entretien : une bonne partie de ce qui se vend aujourd'hui aux lycéens qui veulent devenir infirmiers ne correspond plus à grand-chose. Depuis la rentrée 2019, les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) recrutent par Parcoursup, sur dossier. Pas d'écrit, pas d'oral, pas de note éliminatoire. Ce qui décide, c'est un bulletin scolaire, un projet de formation motivé de 4 500 caractères et, beaucoup plus qu'on ne le dit, la liste d'instituts cochés.

Vue d'un amphithéâtre de l'institut de formation en soins infirmiers de Chalon-sur-Saône : deux intervenants debout face aux étudiants de première année assis qui applaudissent lors de la rentrée 2022
Vue d'un amphithéâtre de l'institut de formation en soins infirmiers de Chalon-sur-Saône : deux intervenants debout face aux étudiants de première année assis qui applaudissent lors de la rentrée 2022 - (source)

Le paradoxe de cette filière tient en quelques chiffres. En 2025, 1,44 million de candidatures ont visé 30 617 places en IFSI. Le taux d'accès médian y est pourtant de 41 %, avec des écarts de 11 % à 73 % selon l'institut. Et malgré cette affluence, des places restent vacantes, tandis que plusieurs régions suppriment des places de formation pour raisons budgétaires. Comprendre ce triangle, c'est comprendre ce qui se joue entre janvier et septembre.

Un concours supprimé, un mot qui refuse de mourir

La bascule est documentée, y compris par la représentation nationale. À la question écrite n° 2071, l'Assemblée nationale rappelle que "le concours d'entrée est remplacé par une sélection après inscription via la plateforme Parcoursup, pour les candidats titulaires du baccalauréat". Les IFSI sont entrés sur la plateforme à la rentrée 2019 ; certains sites continuent d'écrire 2020, ce qui entretient la confusion, mais le principe est stable depuis sept ans.

Concrètement, un bachelier dépose un dossier : bulletins de première et de terminale, fiche Avenir remplie par le lycée, rubrique activités et centres d'intérêt, projet de formation motivé. Un test d'auto-positionnement est obligatoire pour confirmer un voeu en IFSI, mais il n'est ni transmis aux instituts ni pris en compte dans le classement - c'est un outil d'information, pas une épreuve. Aucun bac n'est imposé : général, technologique ou professionnel, tous ouvrent le droit de candidater, même si le bac ST2S et les spécialités scientifiques préparent mieux au contenu.

Le mot "concours" survit pour deux raisons. La première est commerciale : un concours suppose une préparation payante, un dossier beaucoup moins. La seconde est réglementaire, et elle est réelle. La voie de la formation professionnelle continue reste, elle, un véritable concours : épreuves écrites et entretien, notes sur 20, note inférieure à 8 éliminatoire, inscription directe auprès de l'institut. Elle est réservée aux candidats justifiant d'au moins trois ans de cotisation à un régime de protection sociale, et une partie des places de chaque IFSI leur est réservée. Ce n'est donc pas la voie du lycéen. Mais c'est celle de l'aide-soignant en poste, et c'est une information stratégique pour qui envisage un détour.

Autrement dit : un lycéen qui bûche des annales d'épreuves écrites se trompe de combat. Le temps investi serait mieux employé dans son troisième trimestre de première et dans sa liste de voeux.

Ce que la commission lit vraiment

Il n'existe pas de moyenne minimale nationale. Chaque regroupement d'IFSI publie ses propres critères et leur poids. Il met aussi en ligne un document massivement sous-utilisé : le rapport d'examen des voeux de la session précédente, qui détaille le profil des candidats admis, les critères réellement appliqués et la manière dont les spécialités du bac ont été prises en compte. C'est la seule source qui dise, institut par institut, ce qui fait la différence.

Les critères cités par les instituts tournent autour de trois familles : la régularité du parcours scolaire, la cohérence du projet et les qualités attendues dans le métier (rigueur, travail en équipe, écoute). Dans les faits, pour un bachelier au dossier régulier, ce sont les bulletins qui font le travail. Pour un profil atypique - bac technologique, réorientation, parcours en dents de scie - le projet motivé porte l'essentiel de la démonstration, parce qu'il est la seule pièce qui explique ce que le bulletin ne montre pas.

Un point de calendrier utile : la campagne 2027 s'ouvre en janvier. En 2026, à titre de repère, la formulation des voeux s'étendait du 19 janvier au 12 mars à 23 h 59, et la confirmation du dossier était possible jusqu'au 1er avril. Aucun avantage n'est donné à ceux qui vont vite, et les formations n'ont pas connaissance des autres voeux du candidat.

Cinq regroupements, des sous-voeux illimités : la règle que peu de candidats exploitent

C'est ici que se gagne ou se perd une candidature, et la mécanique est contre-intuitive. Un candidat dispose de 10 voeux au total. Pour les IFSI, il est limité à 5 voeux - un par regroupement d'instituts, organisé à l'échelle d'une académie ou d'une université. Mais à l'intérieur d'un regroupement, le nombre de sous-voeux n'est pas limité et n'entre pas dans le plafond de 20 sous-voeux qui s'applique aux autres formations. La documentation officielle de Parcoursup est explicite : pour les IFSI, l'orthoptie, l'audioprothèse et l'orthophonie, la limite est de 5 voeux par catégorie, les sous-voeux n'étant pas décomptés.

Traduction pratique : cocher dix instituts dans un même regroupement ne coûte rien en voeux. N'en cocher que deux par contrainte géographique ou budgétaire divise les chances sans rien économiser en voeux. C'est exactement l'arbitrage décrit par Eléa Faucillon, dont le parcours est raconté par Le Figaro Étudiant : huit ans de candidatures, dont sept limitées aux deux IFSI d'Amiens "pour des raisons financières", avant une admission dans trois instituts en un mois l'année où elle a élargi à huit villes.

Ce témoignage est un cas individuel, pas une statistique. Il illustre néanmoins les deux forces qui structurent réellement l'admission : le coût du logement détermine la carte des voeux, et les désistements ouvrent des places tardives. Encore faut-il avoir coché l'institut qui se libère.

"47 candidats par place" : le chiffre qui décourage et qui trompe

Le ratio le plus repris de la filière - 1,44 million de candidatures pour 30 617 places en 2025, soit 47 candidatures par place - mesure la demande, pas une difficulté individuelle. Un même candidat postule à des dizaines d'IFSI via les sous-voeux, ce qui gonfle mécaniquement le numérateur.

La mesure pertinente est le taux d'accès, défini officiellement par Parcoursup comme la part des candidats ayant, en phase principale, un rang leur permettant de recevoir une proposition d'admission. Sur les 339 instituts analysés dans les données open data Parcoursup de la session 2025, la médiane est de 41 %, la fourchette va de 11 % à 73 %. L'exemple le plus parlant : l'antenne de Saint-Gaudens de l'IFSI du CHU de Toulouse a reçu 7 249 candidatures pour 17 places, soit 426 candidatures par place - le record de France - et admet pourtant 29 % de ses candidats, un taux inférieur à la médiane mais très au-dessus du plancher de 11 %.

La géographie pèse lourd dans ces écarts. Quatre des dix IFSI les plus demandés sont dans les Bouches-du-Rhône (Salon-de-Provence, Marseille, Martigues, Arles), et le rapport candidatures/places en Provence-Alpes-Côte d'Azur est plus de trois fois supérieur à celui de la Normandie. Les petites antennes rurales des grands CHU concentrent la demande parce que des milliers de candidats les ajoutent en voeu "au cas où", à côté du site principal.

Il n'y a donc pas de seuil national, pas de concours de notes : il y a des files d'attente locales, dont la longueur dépend de l'offre de places alentour et de l'attractivité du territoire. C'est une donnée que le candidat peut travailler, en comparant les taux d'accès plutôt que les ratios de candidatures. Pour la mécanique générale de la plateforme, voir notre guide consacré à la stratégie de voeux Parcoursup.

Une filière saturée qui n'arrive pas à remplir ses places

C'est le second paradoxe, et il est plus solide qu'il n'y paraît. En 2023, le diplôme d'État infirmier était la formation la plus demandée de Parcoursup - plus de 1,3 million de voeux pour 29 287 places - et, selon les données du ministère de l'Enseignement supérieur citées par L'Étudiant, moins d'un candidat sur dix ayant reçu une proposition d'admission dans l'IFSI visé l'acceptait définitivement. À comparer aux 17 % de la psychomotricité, 18 % de l'orthophonie, 46 % de l'architecture et 59 % des IEP. Environ 100 places sont restées vacantes cette année-là.

L'Étudiant en tire l'hypothèse d'une "voie de secours" : la moitié des voeux IFSI viennent d'étudiants en réorientation ou en reconversion, dont des étudiants de PASS et de L.AS qui, après avoir visé médecine, assurent leurs arrières - alors que seuls 5 % des PASS/L.AS non admis en filière médicale finissent réellement en IFSI, soit environ 1 700 étudiants en 2021.

Cette lecture est plausible mais partielle. Avec des sous-voeux illimités, un candidat admis dans dix instituts n'en accepte qu'un : le taux d'acceptation par institut est donc bas par construction, sans que cela prouve un désamour. Les deux explications coexistent probablement : une part de voeux de sécurité, et une part de candidats qui arbitrent simplement entre plusieurs IFSI. Le décrochage, lui, est documenté indépendamment : environ 3 000 étudiants quittaient la formation en première année en 2021, trois fois plus qu'une décennie auparavant, souvent après le premier stage.

Conséquence pratique pour un candidat sérieux : une liste d'attente n'est pas un refus, et les propositions peuvent tomber jusqu'à la rentrée, parfois après. Le cas d'Eléa - admise à Saint-Quentin trois jours avant la rentrée, puis à Beauvais, puis à Amiens après trois semaines d'attente - relève de l'anecdote, mais le mécanisme, lui, est structurel.

Les places : annonces nationales, coupes régionales

Le volume de places n'est pas un droit ouvert : c'est une ligne budgétaire, financée par l'État et les régions, doublée d'une capacité d'encadrement - formateurs, terrains de stage, maîtres de stage. C'est là que le bât blesse, et les signaux de l'année sont contradictoires.

D'un côté, le ministère de la Santé a annoncé plus de 5 000 places supplémentaires en IFSI pour 2026, la presse évoquant environ 5 500 places et une enveloppe de 215 millions d'euros inscrite au budget 2026. Ce sont des annonces, reprises sans vérification indépendante de leur mise en oeuvre : à traiter comme telles, pas comme un fait acquis.

De l'autre, plusieurs régions ont réduit la voilure. Le Grand Est a annoncé la suppression de 652 places, dont 182 à l'IFSI de Thann ; d'autres régions ont retiré les places dites "Ségur", créées après 2019 avec un financement limité dans le temps ; en Bretagne et Pays de la Loire, environ 350 places de première année étaient menacées pour la rentrée 2026, selon Ouest-France. Le Sénat a de son côté alerté sur la suppression possible de 829 places créées depuis 2019.

La logique est simple à reconstituer : les places "Ségur" ont été financées pour une durée déterminée. Quand le financement n'est pas reconduit, la place ferme - indépendamment du nombre de candidats. Le goulot d'étranglement de la filière n'est donc pas la demande, qui est abondante, mais la capacité de formation et son financement. Un IFSI ne peut pas admettre plus d'étudiants qu'il n'a de stages à leur proposer, et un stage non encadré ne forme personne.

Le plan d'action, concrètement

  1. Lire le rapport d'examen des voeux de chaque IFSI visé avant de formuler le moindre voeu. C'est public, c'est sur la fiche formation, et c'est la seule information qui décrive les admis de l'an dernier.
  2. Utiliser les cinq regroupements et cocher, dans chacun, tous les instituts où l'on pourrait réellement vivre : logement, trajet, budget. Un sous-voeu ne coûte rien, un déménagement coûte tout.
  3. Comparer les taux d'accès, pas les ratios candidatures/places. Un institut à 60 % d'accès vaut mieux qu'un institut à 12 % dont le ratio nourrit l'anxiété.
  4. Soigner le projet de formation motivé (4 500 caractères) : origine de l'intérêt pour le métier, expériences concrètes, connaissance du cursus. Éviter la lettre générique, qui ne résiste pas à la lecture comparée.
  5. Ne pas acheter de préparation aux épreuves écrites pour un concours qui n'existe pas pour les bacheliers.
  6. Si le refus tombe : garder ses voeux en attente jusqu'au bout, et se renseigner sur la voie aide-soignant, qui reste un vrai concours mais ouvre, après trois ans de cotisation, l'accès au concours de la formation professionnelle continue.

Reste une donnée à garder en tête pour la rentrée 2026 : le diplôme a été refondu par l'arrêté du 20 février 2026 - six semestres, 180 crédits ECTS, 4 620 heures. Cela ne change rien aux conditions d'admission, mais cela change le contenu de ce dans quoi on s'engage. Le bon réflexe, face à une filière qui n'est ni un concours d'excellence ni une formalité, est de traiter la candidature pour ce qu'elle est : un dossier scolaire à soigner et une carte à dessiner.

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Questions fréquentes

Y a-t-il encore un concours pour entrer en IFSI après le bac ?

Non, pas pour les bacheliers. Depuis la rentrée 2019, l'admission en IFSI passe par Parcoursup et se fait sur dossier, sans écrit ni oral. La formation professionnelle continue reste un véritable concours, avec épreuves écrites et entretien, pour les candidats justifiant d'au moins trois ans de cotisation à un régime de protection sociale ; une partie des places leur est réservée.

Quels critères les IFSI examinent-ils sur Parcoursup ?

Chaque regroupement d'IFSI publie ses propres critères et leur poids ; il n'existe pas de moyenne minimale nationale. Le rapport d'examen des voeux de la session précédente, disponible sur la fiche formation, détaille les critères réellement appliqués. Les instituts citent la régularité du parcours scolaire, la cohérence du projet et des qualités attendues comme la rigueur, le travail en équipe et l'écoute. Pour un bachelier au dossier régulier, les bulletins font l'essentiel du travail ; pour un profil atypique, le projet de formation motivé porte l'essentiel de la démonstration.

Combien de voeux et de sous-voeux peut-on formuler pour les IFSI ?

Un candidat dispose de 10 voeux au total, dont 5 au maximum pour les IFSI, à raison d'un voeu par regroupement d'instituts. À l'intérieur d'un regroupement, le nombre de sous-voeux n'est pas limité et n'entre pas dans le plafond de 20 sous-voeux appliqué aux autres formations. Cocher plusieurs instituts d'un même regroupement ne consomme donc pas de voeu supplémentaire.

Le test d'auto-positionnement est-il pris en compte dans l'admission en IFSI ?

Non. Il est obligatoire pour confirmer un voeu en IFSI, mais il n'est ni transmis aux instituts ni pris en compte dans le classement des candidatures. C'est un outil d'information destiné à aider le candidat à confirmer, ou non, son intérêt pour la formation et le métier.

Que signifie être sur liste d'attente pour un IFSI ?

Une liste d'attente n'est pas un refus : le rang peut progresser à mesure que des candidats acceptent ou déclinent leurs propositions, et des places peuvent se libérer jusqu'à la rentrée, parfois après. Il faut garder ses voeux en attente jusqu'au bout. En cas de refus, la voie aide-soignant reste un concours et peut ouvrir, après trois ans de cotisation, l'accès au concours de la formation professionnelle continue.

Sources

  1. Parcoursup : Quelles sont ces filières post-bac très demandées qui ont besoin de places supplémentaires ? · 20minutes.fr
  2. Top 10 des écoles d'infirmier les plus demandées en 2026 · 20minutes.fr
  3. Plus de 10 000 candidats pour 100 places : quel IFSI décroche la 1ère place ? · 75secondes.fr
  4. Le gouvernement ouvre enfin l'accès à médecine depuis les bancs de l'IFSI ! · 75secondes.fr
  5. Instituts de formation d'infirmiers et d'aides-soignants - Aladom · aladom.fr
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Quentin Dubot @life-hacker

Je suis le roi de la débrouille. Tu veux économiser sur ton abonnement téléphone ? J'ai un hack. Ton appart est mal rangé ? J'ai un système. Originaire de Clermont-Ferrand, je travaille comme assistant administratif mais ma vraie vocation, c'est d'optimiser la vie des gens. Mes guides sont ultra-pratiques, étape par étape, avec toutes les astuces que j'ai testées moi-même. Le bon plan, c'est ma religion.

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