La question revient à chaque rentrée : "À partir de quel quotient familial ai-je droit à une bourse ?" La réponse est brutale, mais simple : il n'y a pas de quotient familial dans le calcul. Ni division par des parts fiscales, ni abattement, ni barème progressif au sens de l'impôt sur le revenu. Le Crous compare un seul chiffre, le revenu brut global de la famille, à une grille de plafonds corrigée par des points de charge. C'est cette mécanique, combinée à des montants qui ne bougent plus, qui explique pourquoi le nombre de boursiers recule.

Le point de départ : le revenu brut global de 2024
Pour l'année universitaire 2026-2027, les revenus retenus sont ceux perçus en 2024, ceux de l'avis d'imposition 2025. La seule ligne qui compte est la ligne "revenu brut global" (RBG) de l'avis d'imposition - ou de non-imposition - des parents ou du tuteur légal.
Trois nuances changent tout :
- Si l'étudiant est marié ou pacsé, ou s'il a un enfant fiscalement à charge, ses seules ressources, ou celles du foyer fiscal auquel il est rattaché, peuvent être retenues.
- Dans des cas exceptionnels, les revenus de 2025, voire 2026, peuvent être pris en compte.
- Les ressources personnelles de l'étudiant ne sont prises en compte que s'il justifie de revenus réguliers équivalents au moins au montant annuel du Smic.
Le décalage de deux ans est volontaire : il évite d'intégrer des revenus d'une année en cours. Il a aussi un effet pervers - quand les salaires et le Smic montent avec l'inflation, les plafonds, eux, restent immobiles.
Les points de charge, c'est-à-dire la marge de manoeuvre
À côté du revenu, le Crous ajoute des points de charge. Ce sont eux qui font que deux familles au même revenu brut global n'obtiennent pas le même échelon.
Les principaux générateurs de points sont le nombre d'enfants à charge de la famille (chaque frère ou soeur fiscalement à charge ajoute des points), la distance entre le domicile familial et le lieu d'études, et le handicap - quatre points pour un étudiant reconnu par la CDAPH ou aidant de parents en situation de handicap.
Plus le nombre de points est élevé, plus le plafond de ressources applicable est élevé. C'est un système de seuils décalés, pas un coefficient multiplicateur : le plafond augmente pas à pas avec les points, et c'est le croisement revenu/points qui désigne l'échelon.
Les huit échelons et ce qu'ils donnent réellement
La bourse comprend huit échelons, de 0 bis à 7. Plus les ressources sont faibles et les points de charge nombreux, plus l'échelon est élevé.
- Les montants sont fixés par l'arrêté du 26 mars 2026 publié au Journal officiel du 10 avril 2026, avec un arrêté distinct pour les plafonds de ressources. Ce sont ces deux tableaux, et non des reprises tierces, qui font foi.
- La bourse est versée sur 10 mensualités, de septembre à juin, en principe avant le 5 de chaque mois. Une "bourse d'été" permet de toucher juillet et août dans certaines situations, notamment lorsque les parents résident en outre-mer ou à l'étranger.
- En Outre-mer, les montants annuels sont majorés de 300 €.
- L'échelon 0 ne donne lieu à aucun versement, mais l'étudiant reste boursier : il est exonéré de frais d'inscription et de CVEC. Quel que soit l'échelon, la bourse n'est pas imposable.
- On peut cumuler bourse et salaire, à condition de respecter l'assiduité aux cours et aux examens, ainsi que bourse et gratification de stage obligatoire.
Le détail chiffré par échelon n'a pas de sens hors de la grille officielle et de l'hypothèse de points de charge retenue. Le simulateur du réseau des Crous reste l'outil fiable pour transformer un avis d'imposition en montant estimé.
Le calendrier 2026-2027 est passé : préparer la suite
La campagne de dossier social étudiant (DSE) pour 2026-2027 s'est ouverte le 1er mars et s'est terminée le 31 mai 2026. Les notifications conditionnelles sont parvenues au plus tard en juillet ; la décision définitive intervient après justificatif d'inscription.
Ceux qui ont manqué la date, ou dont la situation a changé de manière importante et durable - mariage, divorce, décès, chômage, retraite, maladie dans la famille - peuvent demander l'étude de leur dossier en dehors des délais, en contactant le service du DSE de leur Crous. Une notification définitive moins favorable que la notification conditionnelle doit être motivée. Le recours reste possible : gracieux auprès du recteur d'académie, puis hiérarchique auprès du ministre, puis contentieux devant le tribunal administratif dans les deux mois suivant la notification.
Pour une rentrée normale, la prochaine fenêtre s'ouvrira le 1er mars 2027, sur les revenus 2025 (avis fiscal 2026).
Un point de vigilance, à vérifier directement auprès du Crous : Service-public indique que l'étudiant doit avoir moins de 28 ans "au 1er septembre de l'année des études" pour une première demande, tandis que la circulaire du 13 février 2026 parle d'un âge calculé "au 1er janvier de l'année d'inscription". Près de la limite, la différence peut se jouer en quelques mois. La limite est reculée d'un an par enfant élevé et d'un an pour le volontariat dans les armées, et jusqu'à la fin du service civique ; elle est fixée à 40 ans pour les étudiants reconnus en situation de handicap par la CDAPH.
Les montants gelés, et leurs effets
Les montants 2026-2027 "n'ont pas évolué par rapport à l'année universitaire 2025-2026", annonce sans détour Service-public. C'est la troisième rentrée consécutive sans revalorisation : depuis 2021, les barèmes n'ont bougé qu'une seule fois, en 2023, selon le service statistique du ministère de l'Enseignement supérieur, relayé par L'Etudiant.
L'effet est documenté et arithmétique. Le nombre de boursiers sur critères sociaux s'élève à 656 114 à la rentrée 2025, un peu plus de 5 000 de moins qu'en 2024 et 12,4 % de moins qu'en 2021, quand près de 750 000 étudiants en bénéficiaient. Les boursiers ne représentent plus que 34,5 % des étudiants, le plus bas niveau depuis 2012.
Le Sies en donne la mécanique : le Smic étant revalorisé pour suivre l'inflation, "de nombreux étudiants ont perdu leur statut de boursier du seul fait de l'augmentation des revenus familiaux". Les premiers touchés sont ceux de l'échelon 0 bis, c'est-à-dire les familles situées juste en dessous du plafond - exactement les publics que la bourse est censée accueillir. À l'université et dans les formations d'ingénieurs, la part des boursiers a baissé de huit à dix points depuis 2012, ces cursus comptant proportionnellement plus d'étudiants à l'échelon 0 bis. Les BTS, seule filière en progression, comptent plus de la moitié d'étudiants boursiers. Face à cela, l'inflation atteignait 3 % sur un an en septembre selon les données provisoires de l'Insee, et le coût de la vie étudiante a progressé de 1,66 % en un an selon l'enquête Unef publiée en août.
Ce que changerait le texte adopté à l'Assemblée
Le 11 juin 2026, les députés ont adopté en première lecture la proposition de loi de la députée communiste Soumya Bourouaha "visant à réformer les bourses sur critères sociaux et lutter contre la précarité étudiante". Le vote a été large : 75 voix pour, 1 contre, 15 abstentions, dans une alliance de la gauche et du Rassemblement national.
Le texte prévoit deux mesures : une indexation annuelle automatique, au moins égale à l'inflation, des montants et des plafonds, et une "annualisation" du versement - douze mois sur douze au lieu de dix.
Le gouvernement a chiffré le coût à un peu plus de 540 millions d'euros, dont 112 millions pour l'indexation et 430 millions pour l'annualisation. Les députés de Renaissance, Horizons, Droite républicaine et Union des droites pour la République se sont abstenus, invoquant avec le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, un "coût pour les finances publiques". Ce dernier a toutefois reconnu les "limites du système actuel, qui laisse de côté une partie croissante des classes moyennes" et a dit soutenir un "acte 2" de la réforme de 2023 "compatible avec les marges de manoeuvre budgétaires".
La rapporteure, elle, jugeait que le système "ne remplit plus son rôle historique" de démocratisation de l'enseignement supérieur. Un seul amendement a été adopté : il demande un rapport au gouvernement sur une modulation spécifique pour les primo-arrivants dans les filières nécessitant un investissement matériel important en début d'année.
Le texte attend désormais son inscription à l'ordre du jour du Sénat. À ce stade, rien n'est acquis : pour les étudiants, l'indexation ne changera un versement qu'après un passage au Palais du Luxembourg, puis une publication au Journal officiel.
Questions fréquentes
À partir de quels revenus puis-je prétendre à une bourse ?
Les revenus perçus en 2024 figurent à la ligne "revenu brut global" de l'avis d'imposition ou de non-imposition 2025 de vos parents ou de votre tuteur légal. C'est ce montant, corrigé de vos points de charge, que le Crous confronte aux plafonds de l'arrêté du 26 mars 2026.
Pourquoi mon plafond diffère-t-il de celui d'un camarade au même revenu ?
Parce que le plafond n'est pas unique : il augmente avec vos points de charge (enfants à charge, distance domicile-études, handicap). Deux foyers au même revenu brut global ne sont donc pas confrontés à la même grille.