Chaque rentrée, les bacheliers qui décrochent la mention "très bien" et entrent dans l'enseignement supérieur avec une bourse sur critères sociaux reçoivent un complément. Depuis la rentrée 2026, cette aide au mérite est versée en dix mensualités de 90 euros, soit 900 euros par an. Le calendrier a lui aussi changé : le premier versement tombe désormais en septembre, et non plus en octobre, alors que le dispositif reposait auparavant sur neuf mensualités de 100 euros. Un montant modeste, réservé à un cercle étroit. Le dispositif repose sur une architecture précise, un coût limité à l'échelle du budget des bourses et une histoire politique qui explique pourquoi il reste verrouillé.

Deux dispositifs, une même condition sociale
La France compte en réalité deux aides au mérite distinctes. La première accompagne les lycéens : c'est un complément à la bourse de lycée, attribué aux élèves boursiers en fonction de leur résultat au diplôme national du brevet. Plusieurs sources spécialisées, dont L'Étudiant, indiquent que la mention "bien" comme la mention "très bien" ouvrent droit à ce supplément.
Son montant, lui, n'est pas établi avec certitude. Un arrêté du 19 octobre 2009 fixe un forfait annuel de 800 euros, rapporte France-Jeunes. Mais les grilles relayées par plusieurs sites spécialisés dans les aides sociales décrivent un montant variable selon l'échelon de bourse, de 402 à 1 002 euros, versé en trois fois. Ces deux montants ne peuvent pas être exacts simultanément pour un même élève : le forfait de 800 euros renvoie à un texte ancien, tandis que la grille par échelon correspond à ce que ces sources présentent comme le montant effectivement versé aujourd'hui. France-Jeunes signale lui-même que le dispositif a été étendu au CAP à la rentrée 2021.
La seconde aide concerne l'enseignement supérieur, et c'est la plus documentée. Elle s'adresse aux étudiants qui cumulent trois conditions : avoir obtenu la mention "très bien" au baccalauréat, bénéficier d'une bourse sur critères sociaux et s'inscrire dans le supérieur. Aucune démarche spécifique n'est exigée : le rectorat transmet au Crous la liste des bacheliers concernés, à condition que le dossier social étudiant ait été déposé et accepté. L'aide est ouverte quelle que soit la nationalité, mais elle ne peut être versée plus de trois fois et disparaît en cas de redoublement, sauf motif médical. Elle peut aussi être retirée si l'étudiant ne respecte pas ses obligations d'inscription, d'assiduité ou de présentation aux examens.
Un périmètre étroit, un coût relatif
Les bénéficiaires de l'aide au mérite du supérieur se comptent en dizaines de milliers. Au 31 décembre 2024, ils étaient 44 050, contre 46 205 un an plus tôt. Le réseau des Crous indique de son côté que plus de 46 000 étudiants en bénéficiaient en 2025. À comparer aux 690 122 étudiants boursiers recensés en 2025-2026, dont 668 284 boursiers du ministère de l'Enseignement supérieur.
Le coût reste modeste à l'échelle du budget des bourses. Les aides versées en 2023 s'élevaient à 42,19 millions d'euros, après 34,4 millions pour 38 000 jeunes à la rentrée 2020. Pour l'année civile 2024, la dépense totale pour les bourses et les aides au mérite du ministère de l'Enseignement supérieur atteignait 2 424 millions d'euros. L'écart d'ordre de grandeur est net, même si les deux montants ne portent pas sur la même année : l'aide au mérite pèse une fraction très minoritaire de cet ensemble.
Pourquoi le nombre de bénéficiaires ne décolle pas
Le plafonnement n'est pas un accident budgétaire : il découle du ciblage lui-même. En réservant l'aide aux boursiers sur critères sociaux, le dispositif exclut par construction les bacheliers mention "très bien" issus de familles trop aisées pour relever des barèmes du Crous. Le vivier est donc borné, et il a même tendance à se réduire. Selon L'Étudiant, le nombre de boursiers recule depuis 2021, un déclin que le journal attribue à l'inflation et à l'absence de revalorisation des barèmes.
L'histoire du dispositif éclaire cette logique. Avant 2015, le complément s'élevait à 1 800 euros par an. En 2014, le gouvernement a voulu redéployer les 40 millions d'euros annuels correspondants vers la réforme des bourses sur critères sociaux. Le juge des référés du Conseil d'État a suspendu la circulaire du 2 juillet 2014, et l'aide a été rétablie pour 2014-2015. La refonte est finalement passée par la circulaire du 20 février 2015 : à compter de la rentrée 2015, le complément est ramené à 900 euros annuels, versé aux bacheliers mention "très bien" boursiers pendant trois ans, tandis que l'aide au mérite en master, qui ciblait les 2,5 % des meilleurs étudiants de licence, était supprimée.
La réponse ministérielle publiée au Sénat en avril 2015 assume trois constats. Les aides au mérite ne bénéficiaient qu'à 5 % des boursiers et avaient, selon le gouvernement, un impact moindre sur la réussite que les bourses sur critères sociaux. Leur limitation aux seuls boursiers suscitait l'incompréhension des familles de classes moyennes et des autres bacheliers mention "très bien". Enfin, le repérage du mérite en licence variait selon les universités, ce qui le rendait inégalitaire.
La critique de l'exclusion, toujours vivace
La limitation aux seuls boursiers reste le coeur de la controverse. Réserver le mérite aux plus modestes revient à faire dépendre la récompense de l'origine sociale, ce que ses détracteurs jugent contraire à l'idée même de mérite. Les familles de classes moyennes, trop aisées pour la bourse, trop modestes pour financer sereinement des études, se sentent écartées de tout soutien. À l'inverse, les défenseurs du dispositif y voient un complément ciblé sur ceux pour qui 900 euros changent réellement la donne, dans une enveloppe contrainte.
Certaines collectivités ont choisi de contourner ce verrou. Selon France-Jeunes, la région Île-de-France verse 1 000 euros aux élèves boursiers ayant obtenu la mention "très bien" au bac et poursuivant leurs études dans la région, une aide dont auraient bénéficié environ 2 538 étudiants en 2023-2024. Un étage local qui s'ajoute aux deux étages nationaux, sans en modifier la logique.
Le dispositif a tranché en faveur du ciblage social, au prix d'un périmètre étroit. Rien, dans les chiffres disponibles, n'indique que ce plafond doive bouger à court terme.