Partir un semestre à Dublin ou à Budapest, ce n'est pas le même budget. Et la bourse Erasmus+ ne paie pas tout. En 2026, elle fonctionne comme une contribution partielle, dont le montant réel dépend de votre établissement, de votre destination et de votre profil. Comprendre cette mécanique évite la mauvaise surprise à l'arrivée : vérifiez chaque chiffre à la source avant de signer un bail.

Ce que la bourse paie vraiment : une contribution, pas un salaire
Le 12 novembre 2025, la Commission européenne a publié la version 1 du guide du programme Erasmus+ 2026.
Premier réflexe : la bourse Erasmus+ n'a pas vocation à couvrir l'ensemble des frais. C'est ce que rappelle l'agence Erasmus+ France, qui précise qu'elle peut être complétée par d'autres financements et qu'elle est cumulable avec d'autres aides : aides sociales comme la CAF ou la bourse du CROUS, aides à la mobilité comme l'AMI ou les aides régionales, ou aides issues d'autres programmes internationaux.
Concrètement, elle compense seulement le surcoût de la mobilité : logement plus cher, transport, installation, vie courante dans un pays où les prix ne sont pas ceux de votre ville d'origine.
Deuxième point essentiel pour votre budget : les montants exacts sont définis par l'établissement d'envoi. Ce n'est pas l'agence Erasmus+ France qui fixe votre mensualité au centime près, et aucune demande ne peut être faite directement auprès d'elle. C'est votre université, école ou lycée, via son service des relations internationales, qui instruit le dossier et répartit son enveloppe.
C'est pour cela qu'il n'existe pas de simulateur universel fiable. Comme chaque établissement gère ses fonds et son projet Erasmus+ de manière autonome, l'agence explique elle-même qu'on ne peut pas proposer un simulateur valide pour toutes les situations. Méfiez-vous donc des sites qui promettent un montant garanti en trois clics : au mieux le chiffre est faux, au pire vous donnez vos données personnelles pour rien. Le seul montant qui compte est celui écrit dans votre contrat de mobilité.
Groupes de pays, voyage et versement en deux fois
Pour répartir les fonds, les pays du programme sont classés en trois groupes selon le coût de la vie locale. Une destination du groupe 1, comme l'Irlande ou les pays nordiques, donne droit à une contribution mensuelle plus élevée qu'une destination du groupe 2 ou 3.
Pour une mobilité d'études en Europe en 2026, les sources françaises disponibles parlent de 225 à 606 euros par mois selon le pays et la durée du séjour. Traitez cette fourchette comme indicative.
Il y a une raison d'être prudent : ces chiffres publics se contredisent. Un exemple diffusé pour 2026 évoque jusqu'à 3 370 euros au total pour 5 mois d'études en Irlande, soit 674 euros par mois, selon le budget de l'établissement et les fonds disponibles. Ce montant dépasse le haut de la fourchette de 225 à 606 euros. Sans la grille mensuelle officielle complète par groupe de pays, impossible de trancher depuis un article. Retenez l'ordre de grandeur, pas une promesse.
À la bourse de séjour peut s'ajouter une contribution aux frais de voyage. Selon l'agence Erasmus+ France, elle est calculée en fonction de la distance entre le lieu de départ et le lieu de mobilité, avec le calculateur de distance de la Commission européenne.
Attention aussi à la trésorerie. La bourse est souvent versée en deux fois, généralement 80 % avant le départ et 20 % après le retour. Un exemple observé décrit un forfait de 786 euros par mois versé pendant toute la durée de la mobilité, selon ce même rythme en deux versements. Traitez-le comme un cas observé, pas comme un barème général. Résultat : vous devez avancer la caution, le premier loyer, le transport et l'installation alors que vous n'avez touché qu'une partie de l'aide.
Stages et étudiants ayant moins d'opportunités : les compléments qui changent le calcul
Études et stages ne sont pas logés à la même enseigne.
Les étudiants en stage perçoivent, en plus de leur bourse européenne, un complément de 150 euros par mois, selon l'agence Erasmus+ France. Un exemple 2026 souvent cité : un stage de 3 mois en Espagne, pays du groupe 2, peut représenter jusqu'à 2 268 euros au total, soit 756 euros par mois, en cumulant bourse de base et bonus stage. Là encore, c'est un maximum indicatif, sous réserve des fonds de votre établissement.
Les étudiants dits ayant moins d'opportunités peuvent recevoir, en plus de la contribution aux frais de séjour, un complément allant jusqu'à 250 euros par mois. Ce complément est cumulable avec le bonus stage. Les critères précis pour la France doivent être vérifiés auprès de votre établissement, car tout le monde n'y a pas droit automatiquement.
L'écart entre deux villes se joue sur le logement
En échange Erasmus, vous payez les frais d'inscription dans votre établissement d'origine. L'écart de coût entre, par exemple, Lyon et Munich ne vient donc pas des frais de scolarité, mais du logement et de la vie courante.
Pour situer l'ampleur des différences, un comparatif Uniplaces relayé par Le Monde chiffrait une chambre en colocation à 448,60 euros par mois en moyenne dans 15 villes européennes, avec un rapport de 1 à 2,5 entre la moins chère, Budapest, et la plus chère, Londres.
Prudence sur ces repères : c'est une enquête ancienne, qui date de 2017, pas une grille de loyers 2026. Elle reste utile pour comprendre la logique - l'écart peut aller du simple au double et demi pour le même type de chambre - mais elle ne permet pas de budgéter votre loyer actuel à Dublin, Copenhague ou Lisbonne. Pour 2026, regardez les annonces locales récentes, les résidences étudiantes de l'université d'accueil et les groupes vérifiés par cette université, plutôt qu'un prix moyen européen.
Cumuler les aides pour combler l'écart
La bourse Erasmus+ est cumulable avec la bourse sur critères sociaux du CROUS. Si vous la touchez déjà en France, ne présumez pas d'un maintien automatique : confirmez auprès du CROUS et de votre établissement les conditions de cumul et de versement pendant la période de mobilité.
L'aide à la mobilité internationale de l'État, l'AMI, s'ajoute pour les étudiants éligibles. Pour l'année universitaire 2026-2027, son montant est de 400 euros par mois, selon service-public.gouv.fr, avec au minimum une mensualité et au maximum dix mensualités. Elle est attribuée de façon sélective par l'établissement, elle n'est donc pas automatique.
Les aides régionales n'ont pas de barème national. Elles existent en complément de la bourse européenne et sont cumulables, mais chaque région a ses conditions, ses plafonds et son calendrier : vérifiez tôt auprès de votre région ou de votre établissement, car les enveloppes partent vite.
En pratique, un dossier solide combine donc : bourse Erasmus+ de base + éventuel bonus stage de 150 euros + éventuel complément jusqu'à 250 euros + cumul possible avec le CROUS + AMI à 400 euros + aide régionale. Aucun de ces montants n'est garanti avant la réponse écrite de votre établissement et, pour le CROUS, la confirmation des conditions de versement pendant la mobilité.
Vérifications avant de partir
Ne signez rien sur la foi d'un chiffre vu sur un blog.
- Demandez au service des relations internationales : montant mensuel exact pour votre groupe de pays, durée financée en mois et jours, date du versement des 80 %, bonus stage et complément appliqués, contribution voyage.
- Faites valider par écrit le cumul : conditions de maintien et de versement du CROUS, AMI demandée, aide régionale compatible, CAF si vous gardez un logement en France.
- Calculez votre reste à charge ville par ville : loyer réel avec charges + caution + transport local + assurance + nourriture, moins le total des aides mensuelles. Prévoyez deux mois d'avance de trésorerie.
- Sécurisez le logement : passez par les liens fournis par l'université d'accueil, ne versez jamais d'argent via un message privé sans contrat ni vérification d'identité du bailleur, et conservez toutes les preuves de paiement.