Le 4e Spider-Man avec Tom Holland signe le meilleur démarrage nord-américain de tous les temps et le 2e mondial. Mais ce raz-de-marée dit-il vraiment quelque chose de l'avenir du genre ?

C'est le carton que toute l'industrie attendait, sans oser y croire. Sorti le 29 juillet en France et le 31 aux États-Unis, Spider-Man: Brand New Day a pulvérisé les records de démarrage, au point que Kevin Feige lui-même, le patron de Marvel Studios, confie ne pas s'être attendu à un tel résultat. Le film relance un débat que l'on croyait clos : la « fatigue des super-héros » était-elle réelle, ou simplement une fatigue des mauvais films ?
Des records, mais pas celui qu'on croit : 360 M$ aux États-Unis, 932 M$ dans le monde
Il faut d'abord corriger un chiffre qui circule beaucoup : Spider-Man: Brand New Day n'a pas battu le record mondial de démarrage. Il s'installe en deuxième position de ce classement, avec environ 932 M$ de recettes lors de son premier week-end d'exploitation, derrière Avengers: Endgame (1,22 Md$) et devant Avengers: Infinity War (640,5 M$). Un exploit en soi, mais pas le record absolu.
Le véritable exploit est nord-américain. Avec 360 M$ de recettes sur le week-end d'ouverture — les estimations révisées le 3 août —, le film détrône Avengers: Endgame et ses 357 M$, qui tenait ce record depuis 2019. Il s'agit du meilleur démarrage de tous les temps aux États-Unis et au Canada.
Autre performance notable : le milliard de dollars de recettes mondiales a été franchi en six jours, ce qui en fait le deuxième film le plus rapide de l'histoire à atteindre ce palier, toujours derrière Endgame.
Et ce record a une saveur particulière : il est tombé sans les écrans IMAX, alors accaparés par L'Odyssée de Christopher Nolan, et sans le gimmick des trois Spider-Man réunis qui avait porté No Way Home. Cette fois, pas de multivers, pas de caméo spectaculaire : juste Spider-Man, Tom Holland, et une histoire qui lui est propre. C'est ce qui rend la démonstration si forte — et si intéressante pour l'industrie.
La fiche express : Destin Daniel Cretton, Tom Holland et un accueil critique au beau fixe
Derrière la caméra, on retrouve Destin Daniel Cretton, qui succède à Jon Watts à la tête de la franchise. Le réalisateur de Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux a été poussé par Tom Holland lui-même, inspiré par son tournage avec Nolan sur L'Odyssée : l'acteur a souhaité un Spider-Man plus sombre, plus adulte. Le scénario est signé Chris McKenna et Erik Sommers, avec des réécritures de Justin Kuritzkes (Challengers).
Le casting réunit Tom Holland dans le rôle de Peter Parker, Zendaya dans celui de MJ, et Sadie Sink — la star de Stranger Things — dans un rôle clé qui a fait couler beaucoup d'encre : certains y voient la première apparition majeure d'un personnage X-Men dans le MCU. Notre analyse sur ce casting et la chasse aux mutants chez Marvel détaille les enjeux.

Côté réception, le film fait l'unanimité ou presque : Rotten Tomatoes affiche environ 90 % chez les critiques et 98 % chez le public, CinemaScore A, IMDb à 8,2/10 et Allociné spectateurs à 4,2/5. La presse française, plutôt sévère avec les productions Marvel ces dernières années, salue un Spider-Man « attachant » qui « permet de relancer une machine Marvel en perte de vitesse depuis cinq bonnes années ». Un retournement qui n'est pas anodin dans le contexte actuel.
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le retour de Tom Holland dans ce quatrième volet plus sombre, notre article dédié revient sur les choix narratifs du film.
En France, un démarrage tonitruant et une sortie toujours en salles
Le phénomène n'est pas qu'américain. En France, Spider-Man: Brand New Day a signé le meilleur démarrage depuis 2021 avec 2,55 millions d'entrées lors de son premier week-end, pour 145 entrées par séance. C'est mieux que Spider-Man: No Way Home (2,1 millions d'entrées et 139 entrées par séance fin 2021), et c'est le 11e meilleur week-end d'ouverture de l'histoire du box-office français.
Selon Boxoffice Pro, le film vise désormais les 7,3 millions d'entrées de No Way Home, qui reste le plus gros total Marvel en France. Ce chiffre, s'il était atteint, ferait de cette nouvelle aventure le plus grand succès du genre dans l'Hexagone.
Côté pratique : le film est actuellement visible uniquement au cinéma, en France depuis le 29 juillet et aux États-Unis depuis le 31. Aucune date de streaming n'est annoncée, et JustWatch confirme qu'il n'est pas disponible en VOD ni sur les plateformes. Aux États-Unis, Polygon évoque une arrivée probable sur Netflix début 2027 puis sur Disney+ à l'été 2028. Pour la France, la chronologie des médias implique une fenêtre longue, de plusieurs mois après la sortie en salles. Si vous voulez le voir, c'est en salle, et maintenant.
225 M$ de budget, un milliard en six jours : l'économie du raz-de-marée
Le budget de production de Spider-Man: Brand New Day est estimé à 225 M$, hors marketing. Avec un démarrage mondial à environ 932 M$, soit près de quatre fois ce budget, le film est rentable dès sa première semaine — avant même les fenêtres de streaming et de télévision qui viendront s'ajouter aux recettes en salles.
Ce chiffre brut mérite toutefois une nuance importante, soulignée par le New York Times : les recettes en salle sont partagées à environ 50/50 entre le studio et les exploitants. La rentabilité d'un blockbuster ne se joue donc pas uniquement sur son week-end d'ouverture, aussi spectaculaire soit-il ; elle dépend aussi de sa durée d'exploitation et des accords de diffusion qui suivront. Mais avec une trajectoire de ce type, la marge est confortable.
Autre donnée qui en dit long sur l'économie du cinéma moderne : la campagne promotionnelle a généré environ 309 M$ de valeur médiatique grâce à des partenariats avec BMW, Liquid I.V., Little Caesars et d'autres marques. Le film est donc rentabilisé par plusieurs canaux simultanément — billetterie, marketing croisé, puis fenêtres de diffusion —, un modèle économique qui explique pourquoi les studios continuent d'investir massivement dans les franchises.
Fatigue des super-héros : le record de Spider-Man est-il un tournant ou une exception ?
C'est la question que toute l'industrie se pose depuis le 3 août. Et le contexte est crucial pour la comprendre.
Les trois gros films Marvel de 2025 ont tous sous-performé. Le reboot Superman de DC a déçu malgré des critiques correctes. Et Supergirl: Woman of Tomorrow, sorti en juin 2026, est considéré comme un échec commercial : environ 121 M$ au box-office mondial pour un budget de 170 M$, avec une sortie en vidéo à la demande dès le 28 juillet. Le Guardian résume la situation : « le complexe industriel des super-héros semblait sur le déclin ».
C'est dans ce contexte que Brand New Day arrive et pulvérise tout. Pour TheWrap, ce succès relance le débat : « La fatigue des super-héros est-elle réelle, ou est-ce seulement une fatigue des mauvais films ? » La question n'est pas rhétorique. Elle porte une réponse implicite : le public ne serait pas fatigué du genre, mais des productions paresseuses, des univers alambiqués qui exigent de connaître dix films précédents, et des scénarios interchangeables.

La recette de Brand New Day tient précisément à l'inverse. Selon TheWrap, le film réussit parce qu'il ne demande aucun « homework » Marvel : pas besoin d'avoir vu les séries Disney+ ou les films annexes pour comprendre l'intrigue. Il mise sur des acteurs que le public adore — Tom Holland et Zendaya, dont la popularité dépasse largement le cercle des fans de comics — et sur une qualité reconnue par la critique. Une simplicité qui contraste avec l'accumulation de références qui a pu lasser le grand public.
Les dirigeants de l'industrie, eux, parlent d'un phénomène. Tom Rothman, président de Sony Pictures Motion Picture Group, décrit un « train fou » (« It's a runaway train »). Kevin Feige, le président de Marvel Studios, dit ne pas s'être attendu à ce que le record d'Endgame soit battu. Des déclarations qui traduisent un étonnement sincère : personne, même en interne, n'avait anticipé une telle ampleur.
Reste une question de taille : ce succès est-il transférable ? TheWrap présente le carton de Brand New Day comme un prélude à Avengers: Doomsday, dont la sortie est prévue en décembre 2026. Avec Robert Downey Jr. dans le rôle du Docteur Fatalis, le film est déjà le plus attendu de l'année selon les préventes. Mais il reposera sur un univers Marvel bien plus vaste, avec tout le « homework » que cela implique.
Le record de Spider-Man prouve au moins une chose : le public est prêt à revenir en masse dans les salles pour un super-héros, à condition qu'on lui donne une raison claire et simple de le faire. La question est de savoir si Doomsday saura s'en souvenir.