Le basculement de 2025 : plus de décès que de naissances
En 2025, la France a compté 645 000 naissances et 651 000 décès, soit un solde naturel négatif de 6 000, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale Insee. Les nouvelles projections de l’Insee publiées en 2021 situaient cette bascule à une date plus lointaine, mais les démographes n’étaient pas surpris : ils se posaient la question du « quand », pas du « si » Insee.

L’Insee détaille les chiffres : les naissances baissent de 2,1 % par rapport à 2024 et de 24 % par rapport à 2010 ; les décès augmentent de 18 % par rapport à 2010 Insee. L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025, contre 2,03 en 2010 Insee. Au 1er janvier 2026, la France compte 69,1 millions d’habitants, et sa croissance annuelle est portée exclusivement par le solde migratoire Insee.
Rossi : adapter l’économie à la démographie
Pauline Rossi, professeure d’économie, résume sa thèse par la formule : « changer l’économie en réponse à la démographie, et non pas l’inverse » Le Monde. Elle préconise d’adapter l’économie au déclin démographique plutôt que de chercher à inverser la baisse de natalité, car les politiques publiques natalistes lui semblent peu efficaces et peu légitimes Le Monde Le Dauphiné Libéré. Même la Chine, avec des politiques coercitives comme l’enfant unique, n’arrive pas à faire remonter la natalité, note-t-elle Le Dauphiné Libéré.

Les leviers concrets de l’adaptation
Rossi propose plusieurs leviers : la productivité, l’innovation et l’automatisation, la valorisation des compétences des personnes déjà nées, et l’immigration comme solution à court terme Le Dauphiné Libéré.
Productivité, éducation et transition douce vers la retraite
Le premier levier est la productivité. Rossi mise sur l’éducation pour que chaque étudiant acquière les compétences nécessaires, sur la lutte contre le chômage pour intégrer tous les travailleurs, et sur un allongement de la vie active via une transition douce vers la retraite, par exemple dans l’économie sociale et solidaire Le Dauphiné Libéré. Le Monde ajoute la valorisation des compétences des individus déjà nés et la réflexion sur la participation des seniors à la vie économique Le Monde.
Automatisation et exemple japonais
L’autre axe est l’innovation, par la robotisation et l’intelligence artificielle Le Dauphiné Libéré. Le Japon, en déclin démographique depuis plusieurs décennies, a massivement investi dans l’automatisation pour compenser le manque de main-d’œuvre Le Dauphiné Libéré. Ce pays illustre aussi le lien entre vieillissement et baisse du taux de création de start-up Le Dauphiné Libéré. La chute de la population japonaise confirme l’ampleur du phénomène. Les sources ne mesurent pas l’effet quantitatif précis de ces investissements, une limite de l’évidence disponible.
L’immigration, une solution à court terme
Rossi présente l’immigration comme une solution à court terme, car la baisse de la natalité touche tous les pays et l’Afrique subsaharienne, encore dynamique, voit aussi sa natalité baisser Le Dauphiné Libéré. Ce levier compense temporairement la réduction du nombre de travailleurs nés en France.

Ce qui freine l’adaptation en France
Rossi observe que la démographie est bien prise en compte pour la programmation des dépenses de retraite, mais beaucoup moins dans les politiques d’innovation, d’éducation, de réforme du marché du travail et de santé-dépendance Le Dauphiné Libéré Le Monde.
Le vieillissement de la population réduit la création d’entreprises, notamment de start-up portées par les jeunes Le Dauphiné Libéré. Cet obstacle structurel fragilise la croissance par l’innovation et renforce la concentration des travailleurs dans de grandes entreprises anciennes Le Dauphiné Libéré.
Le débat français sur l’immigration, pourtant principal levier d’action à court terme selon l’économiste, est polarisé Le Monde. Cette polarisation rend difficile une réflexion sereine sur le sujet et bloque la mise en œuvre cohérente des pistes d’adaptation.
Une natalité faible, aussi un atout environnemental
Plutôt que de chercher à inverser la tendance, Rossi propose de s’accommoder de la nouvelle donne et de reconnaître les effets positifs de la dépopulation sur la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité Le Monde L’Humanité. Dans une tribune, elle rappelle qu’une natalité faible est un atout environnemental, tout en notant que le déclin déséquilibre le financement de la Sécurité sociale et fragilise l’innovation L’Humanité. L’adaptation économique doit garantir un modèle social soutenable sans viser un retour à une natalité élevée.