Portrait de François Villeroy de Galhau en costume sombre, souriant légèrement, assis dans un bureau moderne avec des livres en arrière-plan, éclairage doux et professionnel
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Lettre de Villeroy de Galhau : trois réglages pour relancer la croissance française

François Villeroy de Galhau propose trois réglages pour relancer la croissance française : mieux intégrer le marché européen, orienter l'épargne vers l'investissement productif et former les jeunes à l'IA.

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Le contexte économique : pourquoi ces réglages tombent au bon moment

La France traverse une période économique délicate. Après un premier trimestre 2026 marqué par une stagnation du PIB — contre 0,3 % attendu —, les prévisions de croissance oscillent entre 0,3 % et 0,9 % pour l'ensemble de l'année. L'inflation, qui était redescendue à 1,1 % en février, est remontée à 2,5 % en avril selon les données harmonisées européennes. La faute à un contexte géopolitique tendu : le conflit avec l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz ont fait flamber les prix de l'énergie.

Dans ce climat d'incertitude, Villeroy de Galhau, qui quittera son poste en juin pour prendre la tête de la Fondation des Apprentis d'Auteuil, a voulu laisser des pistes d'action. Il parle de « réglages » et non de réformes, un choix de vocabulaire qui en dit long sur les marges de manœuvre limitées. « On ne peut pas se limiter à aller de crise en crise », a-t-il déclaré dans un entretien au Figaro. Son constat est sévère : la France a fait des « choix gérontocratiques qui ne permettent pas de préparer l'avenir ». Autrement dit, les décisions budgétaires ont trop souvent favorisé les dépenses de court terme au détriment des investissements pour les jeunes générations.

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Une croissance potentielle à 1,5 %, qu'est-ce que ça change concrètement ?

Quand Villeroy de Galhau dit que la France peut passer d'une croissance potentielle de 1 % à 1,5 %, il ne parle pas d'un simple chiffre abstrait. La croissance potentielle, c'est la vitesse de croisière maximale de l'économie sans provoquer de surchauffe inflationniste. Passer de 1 % à 1,5 % signifie créer davantage d'emplois, améliorer le pouvoir d'achat et réduire la dette publique sans douleur. Sur dix ans, cet écart de 0,5 point représente environ 60 milliards d'euros de richesse supplémentaire. De quoi financer des services publics, des baisses d'impôts ou des investissements dans la transition écologique.

La France affiche une croissance moyenne de 1,1 % sur les quinze dernières années, un chiffre proche de la moyenne de la zone euro (1,2 %). Mais ce niveau reste insuffisant pour résorber le chômage et financer les dépenses publiques. L'objectif de 1,5 % n'a rien d'irréaliste : plusieurs pays européens, comme l'Espagne ou les Pays-Bas, ont réussi à dépasser ce seuil après des réformes ciblées.

Premier réglage : mieux intégrer le marché intérieur européen

Le premier levier identifié par le gouverneur concerne l'intégration du marché unique européen. Villeroy de Galhau estime que l'Europe possède « beaucoup des cartes de son destin économique » mais ne les joue pas efficacement. Il cite notamment l'énergie nucléaire et l'épargne privée comme des atouts sous-exploités.

Concrètement, mieux intégrer le marché intérieur signifie supprimer les barrières réglementaires qui freinent les échanges entre pays membres. Aujourd'hui, une entreprise française qui veut vendre ses services en Allemagne doit encore faire face à des normes différentes, des procédures administratives lourdes et des fiscalités disparates. En harmonisant ces règles, on pourrait stimuler la concurrence, faire baisser les prix et créer des emplois.

Ce que ça changerait pour les jeunes

Pour les 16-25 ans, ce réglage ouvrirait des perspectives concrètes. Un marché unique mieux intégré, c'est d'abord plus d'opportunités de stages et d'emplois à l'étranger. Actuellement, un jeune Français sur cinq seulement envisage de travailler dans un autre pays européen, souvent freiné par la complexité administrative et la méconnaissance des dispositifs. Si les règles étaient harmonisées, les programmes Erasmus+ et les stages transfrontaliers deviendraient plus accessibles.

C'est aussi un marché du travail plus dynamique pour les jeunes diplômés. Les secteurs innovants — tech, énergies renouvelables, biotech — pourraient recruter à l'échelle européenne sans se heurter à des obstacles réglementaires. Un développeur formé à Lyon pourrait travailler pour une start-up berlinoise sans changer de cadre fiscal, et une entreprise française pourrait embaucher un ingénieur polonais en quelques semaines au lieu de plusieurs mois.

Enfin, l'intégration du marché unique permettrait de mutualiser les investissements dans les infrastructures numériques et énergétiques. Les jeunes générations bénéficieraient d'un accès plus rapide à la fibre optique, à la 5G et aux réseaux de transport décarbonés, sans que chaque pays doive réinventer la roue.

Deuxième réglage : mobiliser l'épargne privée vers l'investissement productif

Le deuxième « réglage » proposé par Villeroy de Galhau est sans doute le plus technique mais aussi le plus prometteur pour l'emploi des jeunes. Il s'agit de mieux orienter l'épargne des Français vers le financement des entreprises, et notamment des PME et des start-ups.

Aujourd'hui, l'épargne française est massivement placée dans des produits sans risque comme le Livret A et l'assurance-vie en fonds euros. Si cette prudence est compréhensible, elle prive l'économie réelle de capitaux pour investir. Résultat : les entreprises innovantes peinent à se financer, et les jeunes talents qui veulent lancer leur projet doivent souvent se tourner vers des investisseurs étrangers.

Un impact direct sur l'emploi et l'innovation

Pour un jeune de 20 ans, ce réglage pourrait se traduire par un meilleur accès au financement pour créer son entreprise. Les start-ups françaises, notamment dans la greentech et l'intelligence artificielle, auraient plus facilement accès à des capitaux patients, c'est-à-dire des investissements qui acceptent un rendement modéré à court terme en échange d'un impact à long terme.

Cela changerait aussi la donne pour l'emploi salarié. Les PME, qui embauchent 60 % des jeunes en sortie d'études, pourraient investir davantage dans la formation et l'innovation. Au lieu de stagner avec des budgets serrés, elles embaucheraient des alternants, financeraient des thèses CIFRE (conventions industrielles de formation par la recherche) et développeraient des produits compétitifs à l'export.

Villeroy de Galhau insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas de créer de nouveaux impôts ou de taxer l'épargne. L'idée est plutôt d'inciter les épargnants à diversifier leurs placements via des dispositifs fiscaux avantageux. Le gouvernement pourrait, par exemple, renforcer les avantages du Plan d'Épargne en Actions (PEA) pour les investissements dans les PME, ou créer un nouveau produit d'épargne dédié au financement de la transition écologique.

Quel lien avec la régulation bancaire ?

Ce réglage s'inscrit dans un contexte plus large de réforme bancaire. Aux États-Unis, l'assouplissement de Bâle III a réduit les exigences de capital pour les banques, ce qui leur permet de prêter davantage. En Europe, la tendance est inverse : on renforce les règles pour éviter une nouvelle crise financière. Villeroy de Galhau suggère qu'un juste équilibre est possible : des banques solides mais qui financent davantage l'économie réelle, notamment les jeunes entrepreneurs.

La Banque de France elle-même a publié plusieurs études montrant que les PME françaises sont sous-capitalisées par rapport à leurs concurrentes allemandes ou américaines. Un rééquilibrage de l'épargne vers l'investissement productif permettrait de combler ce retard sans augmenter la dette publique.

Troisième réglage : investir dans le travail et la formation

Le troisième levier est celui qui parle le plus directement aux jeunes : « investir dans le travail ». Derrière cette formule, Villeroy de Galhau vise deux objectifs : augmenter le taux d'emploi des jeunes et des seniors, et préparer la main-d'œuvre aux mutations technologiques, notamment l'intelligence artificielle.

Actuellement, le taux de chômage des 16-25 ans en France oscille autour de 17 %, bien au-dessus de la moyenne européenne. Parallèlement, de nombreux seniors quittent prématurément le marché du travail, créant un gâchis de compétences et de savoir-faire. Le gouverneur propose de « réparer » ce marché du travail à double détente : former les jeunes aux métiers d'avenir et inciter les seniors à transmettre leur expérience.

Des formations adaptées à l'ère de l'IA

L'intelligence artificielle transforme déjà des secteurs entiers : comptabilité, traduction, design, programmation. Sans une montée en compétences massive, des milliers de jeunes risquent de se retrouver avec des diplômes inadaptés. Villeroy de Galhau suggère de flécher une partie des financements publics vers des formations courtes et certifiantes en IA, data science et cybersécurité.

Concrètement, cela pourrait prendre la forme de « comptes formation » renforcés, de bourses pour des bootcamps intensifs, ou de partenariats entre universités et entreprises technologiques. Les jeunes en alternance seraient particulièrement visés, avec des aides à l'embauche pour les entreprises qui forment leurs apprentis aux nouvelles technologies.

Le gouverneur insiste sur le caractère « temporaire et extrêmement ciblé » des mesures d'aide. Pas question de distribuer des subventions à tout-va comme pendant la crise du Covid. L'objectif est d'activer des leviers précis, avec un retour sur investissement mesurable en termes d'emploi et de productivité.

Et pour les bourses et les aides sociales ?

Les jeunes actifs et étudiants peuvent légitimement s'inquiéter : ces réglages vont-ils se traduire par des coupes dans les bourses, les APL ou les contrats aidés ? Villeroy de Galhau ne répond pas directement, mais les contraintes budgétaires sont réelles. La France doit réduire son déficit public à 3 % du PIB d'ici 2029, ce qui implique des économies.

Cependant, le gouverneur plaide pour une redirection des dépenses plutôt qu'une austérité aveugle. « Investir dans le travail » signifie, selon lui, réduire les dépenses passives (indemnités chômage, préretraites) au profit des dépenses actives (formation, accompagnement, création d'emplois). Pour les jeunes, cela pourrait signifier des bourses mieux ciblées sur les filières porteuses, et un renforcement du système d'apprentissage plutôt que des contrats aidés peu qualifiants.

Pourquoi des « réglages » et non des réformes ?

Le choix du mot « réglages » par Villeroy de Galhau n'est pas anodin. Dans son entretien au Figaro, il explique que la France et l'Europe « ont en main beaucoup des cartes de leur destin économique », mais que les grandes réformes structurelles sont politiquement bloquées. Les « réglages » sont une manière de faire avancer les choses sans passer par des lois complexes qui mettraient des années à être votées.

C'est aussi un aveu de modestie. Avec une croissance à 0,3 % dans le scénario le plus défavorable et une inflation qui pourrait atteindre 3,3 %, les marges de manœuvre budgétaires sont quasi inexistantes. Pas question de lancer un grand plan de relance comme en 2020. Les « réglages » sont des ajustements à la marge, mais qui, cumulés, peuvent faire la différence.

Une critique des choix budgétaires passés

Villeroy de Galhau ne mâche pas ses mots : la France a fait des « choix gérontocratiques ». Autrement dit, les gouvernements successifs ont privilégié les dépenses pour les retraités (retraites, santé, dépendance) au détriment des investissements pour les jeunes (éducation, formation, logement). Ce constat est partagé par de nombreux économistes : la part des dépenses publiques consacrée aux plus de 65 ans augmente chaque année, tandis que celle dédiée aux moins de 25 ans stagne.

Le gouverneur appelle à un rééquilibrage. Sans supprimer les pensions, il suggère de réduire les niches fiscales qui bénéficient aux plus âgés et de rediriger ces ressources vers la formation des jeunes et le financement de l'innovation. Un message qui résonne particulièrement chez les syndicats étudiants : l'UNEF a salué « une prise de conscience tardive mais nécessaire » tout en appelant à des mesures concrètes plutôt qu'à des déclarations d'intention.

Les réactions : entre espoir et scepticisme

Les propositions de Villeroy de Galhau ont suscité des réactions contrastées. Du côté du gouvernement, on accueille favorablement ces pistes, d'autant que le ministre de l'Économie a lui-même abaissé la prévision de croissance à 0,9 % pour 2026, en phase avec les chiffres de la Banque de France. Mais Bercy reste prudent : les « réglages » proposés nécessitent des arbitrages budgétaires délicats, à quelques mois des échéances électorales.

Les syndicats de jeunes sont plus réservés. La CGT Jeunes estime que « ces réglages ne suffiront pas à enrayer la précarisation de toute une génération ». L'organisation réclame des mesures plus ambitieuses : augmentation des bourses, encadrement des stages, et un véritable plan d'investissement dans les services publics. L'UNEF, de son côté, juge que le diagnostic sur les « choix gérontocratiques » est juste, mais que les solutions proposées restent trop floues.

Un héritage pour son successeur

Villeroy de Galhau quittera la Banque de France en juin pour se consacrer aux jeunes en difficulté via la Fondation des Apprentis d'Auteuil. Sa dernière lettre au président peut être lue comme un message à son successeur, dont la nomination est en cours. Il exhorte d'ailleurs le futur gouverneur à préserver l'indépendance de l'institution : « Nous ne roulons pour personne », a-t-il lancé, en référence aux pressions politiques qui pèsent sur la politique monétaire.

Sur le fond, les trois réglages qu'il propose — intégration européenne, mobilisation de l'épargne, investissement dans le travail — ne sont pas révolutionnaires. Mais ils ont le mérite d'être actionnables rapidement, sans loi de finances complexe. Dans un contexte où la France navigue entre stagnation et inflation, ces ajustements pourraient offrir une bouffée d'oxygène à une génération qui attend des actes, pas des discours.

Conclusion : des réglages qui changeraient vraiment la donne ?

Les trois « réglages » de Villeroy de Galhau ne sont pas une baguette magique. Ils ne résoudront pas du jour au lendemain le chômage des jeunes, le sous-financement des start-ups ou la complexité du marché européen. Mais ils ont le mérite de proposer des leviers concrets, actionnables sans attendre une hypothétique grande réforme.

Mieux intégrer le marché européen, c'est offrir aux jeunes un espace d'opportunités plus vaste que l'Hexagone. Mobiliser l'épargne vers l'investissement productif, c'est financer les entreprises qui embaucheront demain. Investir dans le travail et la formation, c'est préparer les 16-25 ans aux métiers de l'IA et de la transition écologique, plutôt que de les laisser subir les mutations économiques.

Reste une question centrale : ces réglages seront-ils appliqués ? Le gouvernement, englué dans des contraintes budgétaires serrées, pourrait être tenté de les repousser à plus tard. Mais comme le rappelle Villeroy de Galhau, « notre pays peut croître plus. Moi j'y crois ! » Une conviction que les jeunes générations, premières concernées par l'avenir économique du pays, espèrent voir partagée au plus haut niveau de l'État.

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Questions fréquentes

Quels sont les trois réglages de Villeroy de Galhau ?

François Villeroy de Galhau propose trois réglages pour relancer la croissance française : mieux intégrer le marché intérieur européen, mobiliser l'épargne privée vers l'investissement productif, et investir dans le travail et la formation. Ces ajustements visent à augmenter la croissance potentielle de 1 % à 1,5 % d'ici dix ans.

Comment relancer la croissance en France ?

Selon le gouverneur de la Banque de France, la croissance peut être relancée en supprimant les barrières réglementaires en Europe, en orientant l'épargne des Français vers les PME et start-ups, et en formant les jeunes aux métiers d'avenir comme l'IA. Ces réglages pourraient créer 60 milliards d'euros de richesse supplémentaire sur dix ans.

Pourquoi le chômage des jeunes reste élevé en France ?

Le chômage des 16-25 ans oscille autour de 17 %, bien au-dessus de la moyenne européenne, à cause de choix budgétaires jugés « gérontocratiques » qui favorisent les dépenses pour les retraités au détriment de la formation des jeunes. Villeroy de Galhau propose d'investir dans des formations courtes en IA et data science pour adapter les compétences.

Quel est l'impact de l'épargne sur la croissance ?

L'épargne française est trop massivement placée dans des produits sans risque comme le Livret A, ce qui prive les PME et start-ups de capitaux pour innover et embaucher. Mieux orienter cette épargne vers l'investissement productif, via des incitations fiscales, financerait directement l'emploi des jeunes et l'innovation.

Qu'est-ce que la croissance potentielle de la France ?

La croissance potentielle est la vitesse de croisière maximale de l'économie sans provoquer de surchauffe inflationniste. La France est à environ 1 %, et Villeroy de Galhau estime qu'atteindre 1,5 % créerait davantage d'emplois et améliorerait le pouvoir d'achat, représentant 60 milliards d'euros de richesse supplémentaire sur dix ans.

Sources

  1. [PDF] PROGRAMME NATIONAL DE RÉFORME - economie.gouv · economie.gouv.fr
  2. Internal analysis · Internal analysis
  3. banque-france.fr · banque-france.fr
  4. bfmtv.com · bfmtv.com
  5. boursedirect.fr · boursedirect.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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