La France fait moins d'enfants, vit plus longtemps et son électorat vieillit. Ce n'est pas une impression, ce sont les chiffres de l'Insee et les projections du Conseil d'orientation des retraites. Concrètement, cela change deux choses : qui finance les pensions et qui pèse dans les urnes.

Moins de naissances, un solde naturel presque à zéro
L'Insee compte 663 000 naissances en France pour l'année 2024. Cela représente un recul de 2,2 % sur un an et de 21,5 % par rapport à 2010, qui reste la dernière année record.
L'indicateur conjoncturel de fécondité s'établit à 1,62 enfant par femme, après 1,66 en 2023. Selon l'Insee, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, cet indicateur n'a jamais été aussi bas.
Résultat : le solde naturel s'établit à +17 000 en 2024, soit le niveau le plus faible depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a à peine plus de naissances que de décès.
La suite se dessine dans le scénario central de l'Insee. Le solde naturel deviendrait négatif à partir de 2025. La population augmenterait légèrement jusqu'en 2037 pour atteindre 69,8 millions d'habitants, mais cette croissance tiendrait exclusivement au solde migratoire. En 2070, si les tendances démographiques récentes se prolongeaient, la France compterait 65,9 millions d'habitants, soit 3,2 millions de moins qu'en 2026.
Pour replacer ces chiffres dans l'ensemble des hypothèses, il est utile de relire Démographie : les nouvelles projections de l'Insee en quatre infographies.
Plus de seniors pour moins d'actifs
Le vieillissement ne vient pas seulement de la baisse des naissances, mais aussi de l'allongement de la vie.
En 2040, il y aurait 49 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, contre 40 en 2026, selon l'Insee. En clair : de plus en plus de retraités potentiels pour un vivier d'actifs qui ne grandit plus.
Côté retraites, le même mouvement se lit dans le rapport entre cotisants et retraités : de 2,1 en 2000, il s'établit désormais à 1,8. Il tomberait à environ 1,4 en 2070, tandis que le taux de dépendance poursuivrait sa hausse jusqu'à 77 %, d'abord sous l'effet de l'allongement de l'espérance de vie, puis de la baisse de la natalité.
Des pensions sous pression durable
Avec moins de cotisants pour plus de pensionnés, l'équation financière se tend.
Selon le scénario central du Conseil d'orientation des retraites, le déficit des régimes de retraite serait à peu près stabilisé à 0,2 % du PIB jusqu'à 2030 puis augmenterait pour atteindre 0,6 % du PIB en 2040, 1,2 % en 2050 et 2,4 % en 2070.

Autre indicateur qui parle à tous ceux qui préparent leur retraite : le niveau relatif des pensions. Dans le scénario central du COR, avec une convergence des gains de productivité vers 0,7 % par an, le taux de remplacement moyen diminuerait jusqu'à 45 % en 2070. Il est de l'ordre de 55 % en 2025.
Traduction pratique : sans nouveaux arbitrages, soit les actifs paient plus, soit les retraités touchent moins par rapport aux salaires, soit on combine les deux en jouant sur l'âge, la durée et l'indexation.
Un électorat de plus en plus senior
Le vieillissement déplace aussi le centre de gravité électoral.
Au 1er janvier 2025, pour la première fois, 51,6 % des Français en âge de voter ont plus de 50 ans. Les moins de 30 ans n'en représentent qu'environ 17 %.
Cet écart d'âge pèse doublement, parce que les seniors votent beaucoup plus. Seuls 28 % des moins de 30 ans ont voté au second tour des législatives en 2022, contre 59 % des 65 ans ou plus, soit 31 points d'écart, selon l'Insee. L'abstention systématique concerne 16 % des électeurs en 2022, contre 9 % en 2007.

Concrètement, les programmes qui parlent de pouvoir d'achat des retraités, de santé, d'autonomie et de fiscalité du patrimoine peuvent toucher une majorité d'électeurs assidus. Les sujets liés aux jeunes - logement, premier emploi, études - peuvent rester décisifs au second tour quand l'écart est serré, mais ils partent d'une base plus étroite et plus abstentionniste.
Difficile de dire aujourd'hui quel camp en profitera le plus après 2025. Cela dépendra de la participation, des candidatures et des thèmes de campagne. Mais la mécanique est posée : toute réforme des retraites devra convaincre un corps électoral où les plus de 50 ans sont majoritaires.
L'arbitrage à venir tient donc en trois questions liées. Quel niveau de pension veut-on garantir ? Quel effort contributif demande-t-on aux actifs, moins nombreux ? Et quelle voix laisse-t-on aux jeunes générations, minoritaires dans les urnes mais premières concernées par les règles décidées maintenant ?