Une femme portant un hijab blanc et des gants blancs manipule de petits sachets au-dessus d'un bac rempli de matériel identique, lors d'une séance de vaccination contre le VPH dans une salle de classe à Malang, à Java oriental, en Indonésie.
Santé

Cancer du col de l'utérus : l'Australie proche de l'élimination d'ici 2035, mais pas encore au seuil de l'OMS

L'Australie a réduit le cancer du col de l'utérus à 6,3 cas pour 100 000 femmes en 2021, contre un seuil de l'OMS fixé à moins de 4 cas. La vaccination, le dépistage et le suivi ont permis d'éliminer la maladie chez les moins de 25 ans, mais des inégalités persistant chez les populations autochtones et les zones reculées, avec une baisse de la couverture vaccinale et du dépistage.

As-tu aimé cet article ?

Éliminer un cancer à l'échelle d'un pays ressemble à ces paris qu'on lance un soir de fête, sans trop y croire. Pourtant, ce n'est pas une boutade : l'Australie s'est fixé l'objectif d'éliminer le cancer du col de l'utérus sur son territoire d'ici 2035. La question n'est pas de savoir si l'idée est séduisante, mais si les chiffres lui donnent raison.

Une femme portant un hijab blanc et des gants blancs manipule de petits sachets au-dessus d'un bac rempli de matériel identique, lors d'une séance de vaccination contre le VPH dans une salle de classe à Malang, à Java oriental, en Indonésie.
Une femme portant un hijab blanc et des gants blancs manipule de petits sachets au-dessus d'un bac rempli de matériel identique, lors d'une séance de vaccination contre le VPH dans une salle de classe à Malang, à Java oriental, en Indonésie. - (source)

Une stratégie adossée à trois leviers

L'Australie a dévoilé sa Stratégie nationale pour l'élimination du cancer du col de l'utérus, assortie d'un investissement de 48,2 millions de dollars australiens sur quatre ans. Le texte vise une élimination en 2035, en mettant l'accent sur l'accès au dépistage, les services de suivi et la collecte de données pour orienter la vaccination.

L'Australie, pays insulaire du sud-ouest du Pacifique, visant l'élimination du cancer du col de l'utérus d'ici 2035

Cette stratégie ne part pas de rien. Elle s'appuie sur trois piliers complémentaires, déployés sur près de deux décennies. En 2007, l'Australie est devenue le premier pays au monde à mettre en place un programme national de vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), le virus responsable de la quasi-totalité des cancers du col de l'utérus. En 2013, ce programme a été étendu aux garçons, qui peuvent transmettre le virus. En 2017, le pays a remplacé le frottis classique - qui cherche des cellules anormales - par un test plus sensible détectant les souches à haut risque du HPV. Plus récemment, l'auto-prélèvement est venu compléter l'offre de dépistage.

Gros plan sur des mains gantées déposant un écouvillon dans un flacon d'échantillon portant l'inscription « WATSON », avec un stéthoscope turquoise et un stylo posés en arrière-plan, lors d'un dépistage du cancer du col de l'utérus.
Gros plan sur des mains gantées déposant un écouvillon dans un flacon d'échantillon portant l'inscription « WATSON », avec un stéthoscope turquoise et un stylo posés en arrière-plan, lors d'un dépistage du cancer du col de l'utérus. - (source)

On peut voir ces trois leviers comme les étages d'une fusée : la vaccination empêche l'infection de s'installer, le dépistage repère les lésions avant qu'elles ne deviennent cancéreuses, et le suivi traite ces lésions à temps. Retirez un étage, et l'ensemble perd sa portée.

Des résultats réels, pas seulement des promesses

Les chiffres donnent un aperçu de ce que ce dispositif a produit. En 2021, le taux de cancer du col de l'utérus en Australie s'établissait à 6,3 cas pour 100 000 femmes. La même année, aucun nouveau cas n'a été diagnostiqué chez les femmes de moins de 25 ans - une première depuis le début des registres, en 1982.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. Une génération entière de jeunes Australiennes, vaccinées avant d'être exposées au virus, échappe aujourd'hui à la maladie. C'est le genre de donnée qui, dans les modèles épidémiologiques, ressemble à un signal fort : la vaccination de masse ne se contente pas de réduire les cas, elle décale la survenue de la maladie vers des âges où elle devient rare.

Le seuil de l'OMS n'est pas encore atteint

Il reste pourtant un écart, et il est mesurable. L'Organisation mondiale de la santé fixe le seuil d'élimination à moins de 4 cas pour 100 000 femmes. Avec 6,3 cas en 2021, l'Australie se situe encore au-dessus de la ligne.

L'écart peut sembler modeste - environ deux cas et demi pour 100 000 femmes. Mais en épidémiologie, comme dans un marathon, les derniers kilomètres sont souvent les plus exigeants. Les cas qui subsistent se concentrent dans les populations les plus difficiles à atteindre, celles que les campagnes de masse touchent le moins bien.

Les inégalités, véritable frein

C'est là que le tableau se fissure. Comparé au seuil de moins de 4 cas pour 100 000 femmes, le taux est trois fois plus élevé chez les femmes autochtones et deux fois plus élevé chez les personnes vivant dans les régions reculées du pays.

Autrement dit, l'élimination moyenne peut masquer des réalités très inégales. Un pays peut afficher une courbe nationale encourageante tout en laissant des communautés entières en marge du progrès. Or, éliminer une maladie signifie la faire disparaître partout, pas seulement dans les zones où l'accès aux soins est le plus simple.

Quand la couverture recule

Un deuxième signal inquiète. La couverture vaccinale contre le HPV chez les adolescents de 15 ans est passée de 85,7 % en 2020 à 79,5 % en 2024, soit une baisse de 6,2 points. Les taux sont également plus faibles chez les adolescents autochtones et dans les zones isolées.

Le dépistage suit la même pente. En 2022, 76,5 % des personnes éligibles étaient à jour dans leur suivi ; en 2024, cette proportion est tombée à 74,2 %.

Une professionnelle de santé en tenue violette, stéthoscope autour du cou et gants en latex, tient un écouvillon vert et un petit flacon d'échantillon lors d'un frottis de dépistage du cancer du col de l'utérus.
Une professionnelle de santé en tenue violette, stéthoscope autour du cou et gants en latex, tient un écouvillon vert et un petit flacon d'échantillon lors d'un frottis de dépistage du cancer du col de l'utérus. - (source)

Interrogée sur ces reculs, l'experte Julia Brotherton avance plusieurs explications : une fréquentation scolaire plus faible, la pandémie de Covid-19 qui a perturbé les programmes de vaccination, et d'autres tâches devenues prioritaires.

L'image est parlante. Une campagne de vaccination ressemble à un mur de parapluies déployés face à la pluie : tant que presque tout le monde ouvre le sien, la plupart restent au sec, même ceux qui n'en ont pas. Mais si quelques parapluies se referment, ce sont souvent les plus exposés qui prennent l'eau en premier.

Ce que le cas australien nous apprend

L'Australie démontre qu'une élimination nationale n'est pas une chimère. Un pays qui vaccine tôt, dépiste largement et traite à temps peut faire chuter l'incidence au point de rendre la maladie rarissime chez les jeunes générations. C'est un résultat rare, construit sur vingt ans de continuité.

Mais elle montre aussi que l'élimination n'est pas un état qu'on atteint une fois pour toutes. C'est un équilibre à maintenir, menacé dès que la couverture vaccinale ou la participation au dépistage fléchit. Les inégalités entre communautés autochtones, zones reculées et reste du pays rappellent que la moyenne nationale ne suffit pas : c'est dans les marges que se joue la dernière étape.

Techniquement, l'objectif de 2035 reste à portée. Il suppose toutefois de stabiliser la vaccination, de relancer le dépistage et de combler les écarts structurels qui persistent. La question n'est donc pas de savoir si l'Australie peut éliminer ce cancer, mais si elle saura tenir le rythme jusqu'à la ligne - et veiller à ce que personne ne soit laissé au bord de la piste.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

L'Australie veut-elle éliminer le cancer du col de l'utérus ?

Oui, l'Australie a lancé une Stratégie nationale visant l'élimination du cancer du col de l'utérus d'ici 2035, soutenue par un investissement de 48,2 millions de dollars australiens sur quatre ans.

Quels sont les piliers de la stratégie australienne ?

La stratégie repose sur trois leviers : la vaccination contre le HPV, le dépistage (notamment via un test sensible détectant les souches à haut risque), et le suivi des cas pour un traitement précoce.

Quels résultats ont été obtenus en 2021 ?

En 2021, le taux de cancer du col de l'utérus en Australie était de 6,3 cas pour 100 000 femmes, et aucun nouveau cas n'avait été diagnostiqué chez les femmes de moins de 25 ans.

Pourquoi l'Australie n'a pas encore atteint le seuil de l'OMS ?

Le seuil de l'OMS est fixé à moins de 4 cas pour 100 000 femmes, mais l'Australie affichait 6,3 cas en 2021, restant ainsi au-dessus de la cible.

Quelles inégalités persistent selon l'article ?

Le taux de cancer est trois fois plus élevé chez les femmes autochtones et deux fois plus élevé dans les zones reculées, révélant des écarts importants malgré une moyenne nationale encourageante.

Sources

  1. The Strategy - ACPCC · acpcc.org.au
  2. Dépistage organisé du cancer du col de l'utérus | ameli.fr | Assuré · ameli.fr
  3. Australia on track to eliminate cervical cancer by 2035 - ANMJ · anmj.org.au
  4. Cervical Cancer Elimination in Asia-Pacific: Country Reviews ... · asiapacific.unfpa.org
  5. Prévention du cancer du col de l'utérus en France : état des lieux de l · beh.santepubliquefrance.fr
labo-geek
Paul Ribot @labo-geek

Doctorant en physique des particules à Saclay, je passe mes journées à chercher des trucs qu'on ne peut même pas voir. Mais ma vraie passion, c'est d'expliquer la science à ceux qui pensent ne pas pouvoir la comprendre. L'univers est dingue, et je trouve ça injuste que seuls les chercheurs en profitent. Alors je vulgarise, avec des analogies du quotidien et zéro jargon. La science, c'est pour tout le monde.

132 articles 0 abonnés

Commentaires (6)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires