Une étude publiée en juin 2026 dans The Lancet a fait état d'un résultat sans précédent : entre 2020 et 2024, aucune femme de 20 à 24 ans n'est morte d'un cancer du col de l'utérus en Angleterre. Ce sont les premières données épidémiologiques à démontrer que la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) réduit non seulement l'incidence des cancers, mais aussi leur mortalité.

Une première preuve de réduction de la mortalité
Menée par Peter Sasieni, de l'université Queen Mary de Londres, et Milena Falcaro, cette étude a analysé l'ensemble des décès par cancer du col de l'utérus chez les femmes de 20 à 34 ans entre 2001 et 2024. Les chercheurs ont utilisé un modèle statistique comparant les décès réellement enregistrés avec le nombre de décès qui aurait été attendu en l'absence de vaccination.
Leurs conclusions sont marquantes : sans le programme de vaccination lancé en 2008 pour les filles (et étendu aux garçons en 2019), environ 23 décès auraient été enregistrés chez les femmes de 20 à 24 ans entre 2020 et 2024. Or, ce chiffre est tombé à zéro. L'analyse révèle également qu'entre 2015 et 2019, une baisse de 80 % des décès a été observée chez les jeunes femmes de cette même tranche d'âge.
Au total, les auteurs estiment que le programme vaccinal a évité environ 200 décès par cancer du col de l'utérus en Angleterre depuis son introduction. Les auteurs soulignent cependant que ce n'est qu'un début : à mesure que les cohortes vaccinées atteignent l'âge de 30 ans, le nombre de vies sauvées devrait croître fortement au cours des deux prochaines décennies.
Des limites scientifiques importantes
Si le résultat est encourageant, les auteurs insistent sur ses limites. L'absence de décès chez les 20-24 ans reflète en partie le fait que le taux de mortalité naturelle à cet âge est extrêmement bas. La plupart des cancers du col de l'utérus se diagnostiquent après 30 ans, où la fréquence des décès augmente sensiblement.
De plus, certaines équipes avaient exprimé des doutes : la vaccination prévenait peut-être surtout les cancers précoces, facilement détectables par le dépistage, laissant les formes plus agressives - celles qui provoquent réellement des décès - insuffisamment protégées. Cette étude semble dissiper l'inquiétude, mais elle ne garantit pas une efficacité de 100 %.
Un contraste frappant avec la France
En Angleterre, la population étudiée (âgée de 20 à 24 ans en 2020-2024) avait une couverture vaccinale d'environ 90 % à l'âge de 12-13 ans, grâce à un programme systématique proposé aux élèves en milieu scolaire. Ce haut niveau de couverture a probablement joué un rôle clé dans l'impact observé.
Or, cette réussite contraste avec la situation en France. En 2024, seules 48 % des jeunes filles et 24,5 % des jeunes garçons avaient reçu un schéma vaccinal complet. Ces taux, qualifiés de "préoccupants" par l'Institut national du cancer, restent loin des objectifs de l'OMS, qui visent 90 % de couverture chez les filles.

La vaccination HPV est recommandée en France pour les adolescents de 11 à 14 ans, avec un rattrapage possible jusqu'à 26 ans. Mais malgré ces mesures, la couverture reste insuffisante, ce qui menace la possibilité de reproduire les mêmes résultats qu'en Angleterre dans les années à venir.
Vers une vaccination plus large ?
Une synthèse indépendante publiée en novembre 2025 par la revue Cochrane confirme l'efficacité réelle des vaccins contre le VPH dans la prévention des cancers du col de l'utérus. Ces résultats renforcent l'argumentaire en faveur d'une généralisation plus large de la vaccination.
Or, la couverture vaccinale recule même en Angleterre : en 2024-2025, seulement 75,5 % des filles et 70,5 % des garçons ont été vaccinés, en dessous des objectifs mondiaux. Selon Michelle Mitchell, secrétaire générale d'Action contre la Faim, "la couverture vaccinale a diminué ces dernières années et ces progrès sont menacés".
Un appel à l'action
La preuve de l'efficacité du vaccin HPV en conditions réelles est désormais solide. Mais ces avancées restent fragiles face à la baisse de couverture en Angleterre et au retard français. Pour que la France puisse un jour fêter un zéro décès similaire, il est crucial de renforcer l'accès à la vaccination et d'assurer une communication claire et rassurante sur ses bénéfices.