Karim Khan, procureur de la CPI, lors d'une déclaration sur l'Ukraine, avant sa suspension pour allégations d'inconduite.
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CPI : Karim Khan suspendu pour des accusations d’inconduite sexuelle

Le 8 juin 2026, le procureur Karim Khan est suspendu pour des accusations d’agression sexuelle, plongeant la CPI dans une crise inédite.

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Le 8 juin 2026 restera comme une date noire dans l’histoire de la Cour pénale internationale. Karim Khan, le procureur en chef qui avait osé demander des mandats d’arrêt contre Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu, a été suspendu de ses fonctions par ses propres pairs. Les 21 membres du Bureau de l’Assemblée des États parties ont voté à la majorité qualifiée sa mise à l’écart immédiate, en attendant une décision finale des 125 États membres. Cette suspension intervient dans un climat de tension extrême, alors que des accusations d’agression sexuelle empoisonnent le sommet de l’institution depuis plus de deux ans. 

Karim Khan, procureur de la CPI, lors d'une déclaration sur l'Ukraine, avant sa suspension pour allégations d'inconduite.
Karim Khan, procureur de la CPI, lors d'une déclaration sur l'Ukraine, avant sa suspension pour allégations d'inconduite. — (source)

La suspension choc du 8 juin 2026 : comment Karim Khan a été mis à l’écart par ses propres pairs

Le Bureau de l’Assemblée des États parties (ASP) n’a pas pris cette décision à la légère. Réuni en urgence, l’organe restreint de 21 membres a examiné les conclusions de l’enquête menée par le Bureau des services de contrôle interne des Nations unies (UN OIOS), ainsi que l’avis d’un panel ad hoc d’experts judiciaires. Le verdict est tombé lundi soir : suspension immédiate de Karim Khan, sans préjuger de l’issue finale de la procédure.

Le contraste avec la situation de mars 2026 est saisissant. À l’époque, trois juges indépendants avaient blanchi Khan, estimant que les preuves rassemblées ne suffisaient pas à retenir des charges contre lui. Les mêmes faits, les mêmes accusations, mais une conclusion radicalement différente. Que s’est-il passé entre-temps ?

L’enquête de l’UN OIOS, lancée en novembre 2024, a visiblement mis au jour des éléments nouveaux ou des témoignages supplémentaires qui ont convaincu le Bureau de la nécessité d’une mise à l’écart. Dans un communiqué, l’organe précise que la suspension « n’est pas une indication du résultat final », mais qu’elle est nécessaire pour préserver l’intégrité de la procédure et la crédibilité de la Cour.

Le vote à la majorité qualifiée du Bureau de l’Assemblée : les coulisses d’une décision inédite

Le Bureau de l’ASP est composé de 21 États membres élus pour trois ans, représentant les cinq groupes régionaux de la Cour : Afrique, Asie-Pacifique, Europe orientale, Europe occidentale et autres États, et Amérique latine et Caraïbes. Sa présidence est assurée par la juge sud-africaine Pumzile Mlambo-Ngcuka.

La décision de suspendre un procureur en chef est une première dans l’histoire de la CPI. Le vote à la majorité qualifiée — soit au moins les deux tiers des membres présents — témoigne d’un consensus suffisamment large pour surmonter les divisions politiques habituelles. Plusieurs diplomates, cités par Le Monde, évoquent des débats houleux, certains États membres estimant que la procédure interne de mars 2026 avait déjà tranché.

Ce qui a changé entre mars et juin, c’est la pression publique et médiatique. Les révélations du Guardian en avril 2026, détaillant le parcours des deux accusatrices, ont relancé le débat. Des ONG comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et la Women’s Initiative for Gender Justice ont multiplié les appels à une suspension. Le Bureau n’a pas pu ignorer plus longtemps ces demandes.

La décision finale revient désormais à l’Assemblée plénière des 125 États parties. Une session spéciale sera convoquée dans les semaines à venir. Les États membres devront se prononcer sur la destitution définitive de Karim Khan ou sur sa réintégration. Les rapports de force sont incertains, et les enjeux politiques colossaux.

De la mise en retrait de mai 2025 à la suspension forcée : un feuilleton en trois actes

L’histoire des accusations contre Karim Khan peut se lire comme un feuilleton judiciaire en trois actes, chacun marqué par un rebondissement.

Acte I — Mai 2024 : l’annonce fracassante. Khan annonce qu’il va demander des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza. C’est un séisme diplomatique. Dans la foulée, les premières allégations d’inconduite sexuelle émergent. L’organe de contrôle interne de la CPI (l’IOM) ouvre une enquête, mais la referme en cinq jours lorsque la victime présumée choisit de ne pas déposer de plainte formelle. Khan n’est même pas interrogé. L’affaire semble enterrée.**

Acte II — Octobre 2024 à mai 2025 : les révélations et la mise en retrait. Le Guardian publie une enquête détaillée sur les accusations de la juriste malaisienne. La pression monte. En novembre 2024, l’UN OIOS est saisi d’une enquête externe. En mai 2025, Khan annonce qu’il se met « volontairement en retrait » de ses fonctions, en attendant les conclusions de l’enquête. Ses deux procureures adjointes, Mame Mandiaye Niang et Nazhat Shameem Khan, assurent l’intérim.**

Acte III — Mars à juin 2026 : le paradoxe juridique. En mars 2026, trois juges indépendants blanchissent Khan, estimant que les preuves sont insuffisantes. Mais le Bureau de l’ASP n’est pas satisfait. Il attend les conclusions de l’UN OIOS. Le 8 juin, il suspend Khan avec effet immédiat. Le procureur le plus célèbre du monde est désormais mis à l’écart, en attendant que les 125 États membres décident de son sort. !PROTECTED_1**

Karim Khan, procureur de la CPI, accusé d'abus sexuels et d'avoir tenté de faire taire la victime présumée.
Karim Khan, procureur de la CPI, accusé d'abus sexuels et d'avoir tenté de faire taire la victime présumée. — (source)

Des accusations d’agression sexuelle qui empoisonnent la Cour depuis 2024

Pour comprendre la gravité de la situation, il faut plonger dans le fond du dossier. Les faits reprochés à Karim Khan sont précis et documentés par plusieurs enquêtes journalistiques, notamment celle du Guardian. Ils mettent en cause son comportement à l’égard d’une collaboratrice directe, sur une période s’étalant de 2023 à 2024.

La plaignante principale est une juriste malaisienne, âgée d’une trentaine d’années à l’époque des faits, mère de famille et de confession musulmane. Elle travaillait au sein du Bureau du procureur (OTP) et était en contact régulier avec Khan dans le cadre de déplacements professionnels. Selon son témoignage, le procureur aurait profité de sa position d’autorité pour exercer des pressions à caractère sexuel.

Les faits présumés se seraient déroulés dans des chambres d’hôtel, lors de missions à l’étranger. La juriste décrit des agressions coercitives répétées, un schéma d’intimidation et de manipulation. L’élément le plus troublant est le suivant : Khan lui aurait demandé de ne pas porter plainte, en arguant que cela pourrait nuire à son enquête sur Israël. « Pense aux mandats d’arrêt palestiniens », lui aurait-il dit, selon les informations rapportées par JNS.org.

La juriste malaisienne et les faits présumés dans des hôtels de plusieurs pays

L’identité de la plaignante n’a pas été rendue publique, mais son profil est connu. Juriste chevronnée, elle avait rejoint le Bureau du procureur de la CPI après une carrière dans des organisations internationales. Elle était appréciée pour son professionnalisme et son engagement. Rien ne laissait présager ce qui allait suivre.

Les faits se seraient produits lors de plusieurs déplacements professionnels entre 2023 et 2024. À chaque fois, le schéma serait le même : Khan l’invitait dans sa chambre d’hôtel sous prétexte de discuter de dossiers en cours, puis aurait profité de la situation pour imposer un contact physique non consenti. La juriste décrit un sentiment de piège, d’impuissance face à un supérieur hiérarchique tout-puissant.

La dimension géopolitique ajoute une couche de complexité. La plaignante affirme que Khan a utilisé son enquête sur Israël comme un moyen de pression. En lui demandant de garder le silence sur les agressions, il aurait joué sur sa conscience professionnelle et sur l’importance historique de cette affaire. Une instrumentalisation de la justice internationale à des fins personnelles, si les faits sont avérés.

Une deuxième voix se lève : le témoignage d’une ancienne stagiaire aux similitudes troublantes

En août 2025, le Guardian a révélé l’existence d’une deuxième accusatrice. Il s’agit d’une ancienne stagiaire de Karim Khan, qui l’accuse d’inconduite sexuelle à un stade plus précoce de sa carrière. Les similitudes avec le récit de la juriste malaisienne sont jugées « frappantes » par les enquêteurs.

L’ancienne stagiaire, dont l’identité n’a pas non plus été divulguée, décrit un comportement prédateur similaire : des invitations insistantes, des gestes déplacés, une pression psychologique constante. Elle aurait vécu une expérience traumatisante qui l’aurait poussée à quitter le monde du droit international.

Ces deux témoignages, bien que distincts dans le temps et dans le contexte, dessinent un portrait accablant. Ils suggèrent un schéma de comportement répété, une propension à utiliser l’autorité hiérarchique pour obtenir des faveurs sexuelles. Karim Khan nie catégoriquement ces accusations, les qualifiant de « mensonges » et de « calomnies ». 

Karim Khan, procureur de la CPI, visé par une enquête pour faute présumée.
Karim Khan, procureur de la CPI, visé par une enquête pour faute présumée. — (source)

L’enquête interne bâclée de l’IOM : cinq jours pour étouffer l’affaire ?

L’un des aspects les plus controversés de cette affaire est la manière dont la CPI a géré les premières allégations. En mai 2024, l’organe de contrôle interne de la Cour (l’IOM) a ouvert une enquête après que la juriste malaisienne a signalé les faits. Mais celle-ci a été refermée en seulement cinq jours.

Pourquoi une telle rapidité ? Parce que la plaignante, sous la pression et la peur des représailles, a choisi de ne pas déposer de plainte formelle. L’IOM a alors estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuivre. Khan n’a même pas été interrogé. Aucune mesure conservatoire n’a été prise.

Cette réaction est perçue par de nombreux observateurs comme une volonté de protéger le procureur. Elle alimente le sentiment d’une « culture du silence » au sein de l’institution, où les victimes de harcèlement ou d’abus hésitent à parler par crainte de représailles. La fuite des informations vers le Guardian, en octobre 2024, a mis en lumière ce dysfonctionnement et contraint la Cour à une enquête externe.

L’homme des mandats d’arrêt contre Netanyahu rattrapé par la justice de ses pairs

Le contraste est vertigineux. Karim Khan, c’est le procureur qui a fait trembler les puissants. Celui qui a lancé des mandats d’arrêt contre Vladimir Poutine pour la déportation d’enfants ukrainiens. Celui qui a osé s’attaquer à Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant pour les crimes de guerre présumés à Gaza. L’homme qui incarnait la lutte contre l’impunité des plus hauts dirigeants de la planète se retrouve aujourd’hui dans la position de l’accusé.

Ce retournement de situation a quelque chose de shakespearien. Khan, qui a passé sa carrière à traquer les criminels de guerre, est aujourd’hui suspendu pour des faits d’agression sexuelle. La justice qu’il a servie se retourne contre lui. Et ses pairs, les 21 membres du Bureau de l’ASP, ont estimé que les preuves étaient suffisamment sérieuses pour le mettre à l’écart.

Du sommet du droit international au box des accusés : le parcours fulgurant de Karim Khan

Karim Khan est un avocat britannique d’origine pakistanaise, né en 1970. Avant de devenir procureur en chef de la CPI en 2021, il avait été procureur adjoint pour les crimes de guerre au Kosovo, puis juge à la Cour spéciale pour la Sierra Leone. Il était réputé pour sa détermination et son ambition.

Son mandat à la tête de la CPI a été marqué par des décisions historiques. En mars 2023, il a obtenu des mandats d’arrêt contre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova pour la déportation d’enfants ukrainiens. En mai 2024, il a annoncé des mandats d’arrêt contre Netanyahu et Gallant. En mars 2025, il a supervisé l’arrestation de Rodrigo Duterte, l’ancien président philippin, pour crimes contre l’humanité dans le cadre de la guerre contre la drogue.

Ces succès lui ont valu des inimitiés puissantes. Les États-Unis, sous l’administration Trump, ont imposé des sanctions contre lui et contre la Cour en février 2025. Ses comptes bancaires au Royaume-Uni ont été gelés, son accès à sa messagerie professionnelle coupé. Il était déjà affaibli, mais il tenait bon. Aujourd’hui, ce sont ses propres pairs qui le mettent à l’écart.

« Un complot pour faire dérailler l’enquête sur Israël » : la stratégie de défense de Khan et ses limites

Face aux accusations, Karim Khan et ses avocats ont développé une ligne de défense radicale : ils dénoncent un complot orchestré par des services de renseignement étrangers pour le faire tomber. L’objectif, selon eux, serait de paralyser les enquêtes de la CPI sur Gaza et de protéger les dirigeants israéliens.

Cette théorie du complot, bien que reprise par certains soutiens de Khan, est perçue par ses détracteurs comme une tentative de discréditer les victimes et de détourner l’attention des faits. Les avocats de la défense affirment que les accusations sont fabriquées de toutes pièces, que les témoignages sont incohérents et que les preuves matérielles sont inexistantes.

Le problème, c’est que la défense de Khan repose sur une accusation grave : celle d’une manipulation des services de renseignement israéliens. Cette accusation, si elle n’est pas étayée, risque de nuire à la crédibilité de la Cour et d’alimenter les théories du complot les plus folles. Elle place également les 125 États membres dans une position délicate : doivent-ils croire le procureur ou les victimes présumées ?

Procès Duterte, enquête sur Gaza et dossier Ukraine : les dossiers brûlants de la CPI orphelins de leur procureur

La suspension de Karim Khan n’est pas une simple affaire interne. Elle a des conséquences immédiates et concrètes sur les dossiers les plus sensibles de la Cour. La CPI est actuellement engagée dans plusieurs enquêtes majeures : le procès de Rodrigo Duterte, l’enquête sur les crimes de guerre à Gaza, le dossier ukrainien contre la Russie, et les investigations en Afghanistan.

Qui va gérer ces dossiers en l’absence du procureur en chef ? Officiellement, ce sont les deux procureures adjointes, Mame Mandiaye Niang et Nazhat Shameem Khan, qui assurent l’intérim depuis mai 2025. Mais leur situation est complexe, pour ne pas dire intenable.

Mame Mandiaye Niang et Nazhat Shameem Khan : les deux procureures adjointes sous le feu des sanctions américaines

Mame Mandiaye Niang, Sénégalaise, et Nazhat Shameem Khan, Fidjienne, ont été élues en décembre 2021 pour un mandat de neuf ans. Elles sont toutes deux des juristes chevronnées, avec une longue expérience du droit international et des droits humains.

Depuis mai 2025, elles assurent l’intérim à la tête du Bureau du procureur. Mame Mandiaye Niang a notamment pris en charge le dossier Duterte, l’un des plus importants de l’histoire de la Cour. L’ancien président philippin a été arrêté en mars 2025 et transféré à La Haye, où il attend son procès. 

Karim Khan, procureur de la CPI, quittant temporairement ses fonctions après des allégations d'inconduite sexuelle.
Karim Khan, procureur de la CPI, quittant temporairement ses fonctions après des allégations d'inconduite sexuelle. — (source)

Mais les deux procureures sont sous le coup des sanctions américaines imposées par l’administration Trump en février 2025. Leurs comptes bancaires sont gelés, leurs déplacements restreints, leurs accès aux systèmes informatiques limités. Comment exercer la fonction de procureur en chef dans ces conditions ? Leur travail est entravé à chaque étape, et leur légitimité fragilisée par les pressions extérieures.

Qui peut lancer de nouveaux mandats d’arrêt ? Le vide juridique de la transition

La suspension de Khan crée un vide juridique préoccupant. En l’absence d’un procureur en chef, les procureurs adjoints peuvent-ils autoriser de nouvelles citations à comparaître ou de nouveaux mandats d’arrêt ? Le Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI, n’a pas prévu ce cas de figure.

Les experts juridiques sont divisés. Certains estiment que les procureurs adjoints disposent de tous les pouvoirs nécessaires pour poursuivre les enquêtes en cours. D’autres considèrent que seules des décisions de routine peuvent être prises, et que toute action majeure doit attendre la nomination d’un nouveau procureur.

Cette incertitude paralyse la machine judiciaire. Le procès de Rodrigo Duterte, prévu pour 2027, pourrait être retardé. L’enquête sur Gaza, déjà ralentie par les sanctions américaines, risque de s’enliser davantage. Le dossier ukrainien, pourtant prioritaire, pourrait être mis en veilleuse. La suspension de Khan intervient au pire moment, alors que la Cour est confrontée à des défis sans précédent.

Une institution malade de ses silences : harcèlement, favoritisme et culture de la peur à la CPI

L’affaire Karim Khan n’est malheureusement pas un accident isolé. Elle est le symptôme d’une culture interne toxique qui gangrène la Cour pénale internationale depuis des années. Les témoignages d’anciens employés, les rapports d’experts indépendants et les enquêtes journalistiques dressent un tableau alarmant.

Le Bureau du procureur (OTP), en particulier, est régulièrement critiqué pour son climat de travail délétère. Des employés décrivent une « culture de la peur » où les signalements de fautes sont dissuadés, où le harcèlement et l’intimidation sont monnaie courante, où les supérieurs hiérarchiques bénéficient d’une impunité quasi totale.

Le rapport accablant de la revue indépendante de 2020 : un OTP toxique et des alertes ignorées

En 2020, l’Independent Expert Review (IER) a publié un rapport accablant sur le fonctionnement de la CPI. Commandé par l’Assemblée des États parties, ce rapport de plus de 200 pages identifie des « lacunes systémiques » au sein de l’institution.

L’IER a entendu « de nombreux récits de comportements d’intimidation équivalant à du harcèlement, particulièrement au sein du Bureau du procureur ». Les experts décrivent une « culture de la peur » qui empêche les employés de signaler les fautes, par crainte de représailles. Ils notent également que « les plaintes concernant la culture du silence sont fréquentes, la direction étant accusée de ne pas prendre au sérieux les signalements de mauvaise conduite ».

Ces conclusions sont restées lettre morte. Aucune réforme structurelle n’a été mise en œuvre. Les alertes des employés ont été ignorées. La direction de la Cour a préféré maintenir le statu quo plutôt que de s’attaquer aux racines du problème. L’affaire Karim Khan est la conséquence directe de cette inaction.

Luis Moreno Ocampo et les fantômes du passé : une longue tradition d’impunité interne

Le précédent le plus frappant est celui du premier procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo. En 2008, un tribunal administratif a reconnu qu’il avait licencié abusivement une employée qui l’accusait de violence sexuelle. La Cour a été condamnée à verser des dommages et intérêts à la victime.

Ce n’est pas un cas isolé. Sous la mandature de Fatou Bensouda, des rapports de harcèlement sexuel et de discrimination ont été signalés, sans que des mesures disciplinaires significatives soient prises. La culture de l’impunité semble être une constante dans l’histoire de la Cour.

Le problème est structurel. La CPI est une institution jeune, créée en 2002, qui a grandi trop vite. Ses dirigeants ont été choisis pour leur compétence juridique, mais pas nécessairement pour leurs qualités managériales. Les mécanismes de contrôle interne sont faibles, les procédures de signalement opaques, et les sanctions rares. Le résultat est une institution qui prêche la justice dans le monde entier mais peine à l’appliquer en son sein.

ONG, États-Unis et États membres : le jeu des acteurs autour de la suspension de Khan

La suspension de Karim Khan n’est pas seulement une affaire judiciaire. C’est aussi un enjeu politique majeur, qui mobilise une multitude d’acteurs aux intérêts divergents. ONG, États-Unis, États membres de l’Assemblée : chacun tente de tirer son épingle du jeu dans cette crise sans précédent.

Les organisations de défense des droits humains ont été les premières à réagir. La FIDH et la Women’s Initiative for Gender Justice ont publié un communiqué commun appelant à une enquête « impartiale et indépendante » et exigeant une « approche féministe du leadership » à la tête de la Cour. Elles expriment également leurs inquiétudes quant au choix de l’UN OIOS comme enquêteur, en raison de possibles conflits d’intérêts.

L’appel des ONG féministes : la FIDH et 4genderjustice exigent un leadership exemplaire

Dans leur déclaration, les ONG soulignent que « la CPI doit être exemplaire dans son fonctionnement interne si elle veut conserver sa crédibilité pour juger les crimes les plus graves ». Elles rappellent que les victimes de violences sexuelles sont au cœur du mandat de la Cour, et que celle-ci ne peut pas tolérer de tels agissements en son sein.

La Women’s Initiative for Gender Justice, basée à La Haye, est particulièrement active sur ce dossier. Elle a publié plusieurs rapports dénonçant la « culture du silence » à la CPI et appelant à des réformes en profondeur. Son plaidoyer pour une « approche féministe du leadership » vise à promouvoir une gouvernance plus transparente, plus inclusive et plus respectueuse des droits des employés.

L’Assemblée des États parties face à une décision cruciale pour l’avenir de la Cour

La décision finale sur le sort de Karim Khan revient à l’Assemblée plénière des 125 États parties. Une session spéciale sera convoquée dans les semaines à venir. Les enjeux sont colossaux : la crédibilité de la Cour est en jeu, et les États membres doivent choisir entre le soutien à leur procureur et la défense des principes de justice et d’exemplarité.

Les rapports de force sont complexes. La France et l’Union européenne, alliées traditionnelles de la CPI, sont favorables à une enquête approfondie mais hésitent à se prononcer sur une destitution. Les pays africains, traditionnellement méfiants envers la Cour, pourraient saisir cette occasion pour réclamer des réformes en profondeur. Les États-Unis, qui ne sont pas membres de la CPI mais exercent une pression constante via les sanctions, observent la situation avec attention.

La realpolitik risque de prendre le pas sur les principes. Certains États membres craignent que la destitution de Khan ne fragilise la Cour et n’affaiblisse les enquêtes en cours. D’autres estiment au contraire que seule une rupture nette avec les pratiques passées permettra de restaurer la confiance dans l’institution.

Conclusion : La CPI à l’épreuve de l’exemplarité — peut-on juger les crimes du monde sans exemplarité interne ?

La suspension de Karim Khan place la Cour pénale internationale face à une contradiction existentielle. Née pour mettre fin à l’impunité des puissants, elle se retrouve paralysée par l’impunité présumée de l’un de ses plus hauts dirigeants. Comment juger les crimes du monde quand on est incapable de juger les siens ?

La crédibilité de la justice internationale est en jeu. Si la CPI ne démontre pas sa capacité à s’appliquer à elle-même les principes qu’elle exige des autres, elle perdra toute légitimité. Les victimes de crimes de guerre, de génocide et de crimes contre l’humanité ne pourront plus avoir confiance en une institution qui tolère en son sein ce qu’elle condamne ailleurs.

Pourtant, la machine judiciaire continue de tourner. Le procès de Rodrigo Duterte, récemment transféré à La Haye, prouve que la Cour peut encore fonctionner. Les procureures adjointes, malgré les sanctions américaines, poursuivent leur travail. Mais leur légitimité est gravement entamée, et leur marge de manœuvre réduite.

L’avenir de la CPI dépendra de sa capacité à rompre avec sa « culture du silence » et à engager des réformes en profondeur. Les 125 États membres ont une responsabilité historique : ils doivent choisir entre le statu quo et une véritable transformation. La survie de la Cour en dépend.

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Questions fréquentes

Pourquoi Karim Khan a-t-il été suspendu ?

Karim Khan, procureur en chef de la CPI, a été suspendu le 8 juin 2026 par le Bureau de l'Assemblée des États parties après une enquête de l'UN OIOS pour des accusations d'agression sexuelle. Il est accusé d'inconduite sexuelle par une juriste malaisienne et une ancienne stagiaire.

Qui assure l'intérim à la CPI ?

Les procureures adjointes Mame Mandiaye Niang et Nazhat Shameem Khan assurent l'intérim à la tête du Bureau du procureur depuis mai 2025. Elles sont sous le coup de sanctions américaines qui compliquent leur travail.

Quels dossiers la CPI traite-t-elle actuellement ?

La CPI est engagée dans plusieurs enquêtes majeures : le procès de Rodrigo Duterte, l'enquête sur les crimes de guerre à Gaza, le dossier ukrainien contre la Russie et les investigations en Afghanistan. La suspension de Khan paralyse partiellement ces dossiers.

La CPI a-t-elle un historique de harcèlement ?

Oui, un rapport indépendant de 2020 a déjà dénoncé une culture de la peur et du harcèlement au sein du Bureau du procureur de la CPI. L'affaire Karim Khan est le symptôme d'une culture interne toxique persistante, avec des précédents comme Luis Moreno Ocampo.

Qui décidera du sort définitif de Karim Khan ?

La décision finale revient à l'Assemblée plénière des 125 États parties de la CPI, qui doit se prononcer sur sa destitution ou sa réintégration lors d'une session spéciale. Les rapports de force sont incertains entre les différents blocs d'États.

Sources

  1. Statement on Allegations of Misconduct Against ICC Prosecutor ... · 4genderjustice.org
  2. icc-cpi.int · icc-cpi.int
  3. ICC prosecutor steps aside amid sexual misconduct investigation · jns.org
  4. Exclusive: How Karim Khan’s Israel war crimes probe was derailed by threats, leaks and sex claims – Just International · just-international.org
  5. Strengthening Internal Accountability at the ICC - Just Security · justsecurity.org
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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