Trois semaines de vacances, un appartement fermé à clé, un bail toujours en cours. Le locataire qui part ne résilie rien : son contrat d'assurance habitation continue de courir pendant son absence. La vraie question n'est donc pas de savoir si le logement est encore assuré - il l'est - mais à partir de quand la couverture se dégrade, et sur quel type de sinistre.

Car deux horloges tournent en même temps, et elles n'ont pas du tout le même tempo. L'une se compte en semaines ou en mois et concerne le vol. L'autre se compte en jours et concerne l'eau. C'est la seconde qui coûte cher.
L'obligation d'assurance ne prend pas de congés
Un locataire a beau partir, l'article 7 g de la loi du 6 juillet 1989 continue de s'appliquer. Il impose de s'assurer au minimum contre les risques locatifs : incendie, explosion, dégâts des eaux. Cette obligation vaut pour un logement vide comme pour un meublé, y compris en bail mobilité, dès lors qu'il s'agit de la résidence principale, comme le rappelle le site Service-public.fr.
Le bailleur peut s'en servir : si le locataire ne fournit pas d'attestation, une clause résolutoire peut être activée - mais seulement après un commandement resté sans réponse pendant un mois. Autrement dit, un départ en vacances ne suspend ni le bail ni l'obligation d'assurance. Ce socle minimal, en principe, ne s'éteint pas au bout de quinze jours d'absence.
Incendie, dégâts des eaux, responsabilité civile : le socle tient
Sur le papier, une absence de trois semaines ne réduit pas les garanties de dommages. Le locataire reste couvert pour les dégâts causés au logement qu'il occupe - la garantie dégâts des eaux prend en charge les dommages survenus dans l'appartement - et pour ceux causés aux voisins ou au propriétaire via la responsabilité civile.
Beaucoup de locataires confondent cette couverture avec celle du propriétaire. Ce dernier peut souscrire une assurance propriétaire non-occupant (PNO), qui couvre le bâti lorsqu'il n'y a pas de locataire ; en copropriété, la loi ALUR impose au propriétaire une assurance responsabilité civile, même sans occupant. Cette PNO n'est pas votre contrat : elle peut intervenir quand le logement est sans locataire ou que celui-ci est insuffisamment assuré, mais elle ne remplace pas votre multirisque. Un locataire qui se croit couvert par l'assurance du bailleur se trompe.
La clause d'inhabitation : 30 à 90 jours, et elle vise d'abord le vol
Vient ensuite la clause d'inhabitation, dite aussi clause d'inoccupation. Elle fixe la durée pendant laquelle le logement peut rester vide sans que le contrat change de régime. Les durées observées sur le marché vont de 30 à 60 jours selon les assureurs, jusqu'à 90 jours pour les formules les plus protectrices. Chez AXA, les absences de moins de 48 heures ne sont pas décomptées.
Au-delà du seuil prévu au contrat, l'assureur considère que le risque augmente nettement. La conséquence porte essentiellement sur la garantie vol et vandalisme : selon les contrats, l'indemnisation est réduite, la garantie suspendue, ou le sinistre exclu. La mécanique exacte varie d'un assureur à l'autre, et c'est précisément ce qu'il faut lire dans ses conditions générales plutôt que dans un comparatif.
Quelques points pratiques valent d'être connus :
- La garantie vol n'est pas incluse dans les formules les plus basiques. Elle est souvent en option ou réservée aux contrats multirisques.
- Le vol "facilité par négligence" - porte non verrouillée, fenêtre ouverte - est fréquemment exclu.
- Certains contrats font de la fermeture des volets ou de la présence d'une alarme une condition de la garantie vol. Non-respect = réduction ou refus.
- Le passage d'un voisin pour relever le courrier n'interrompt généralement pas la période d'inoccupation. Beaucoup de locataires croient le contraire.
- La clause peut être aménagée : allongement de la durée ou suppression, contre surprime, à négocier avec l'assureur.
L'enjeu reste à relativiser. Des absences d'été de plus de deux mois concernent surtout des occupants partis pour raisons professionnelles, pas un locataire en congés payés. Pour un départ classique, le risque de perdre la garantie vol après un mois et demi est marginal.
Le sinistre dominant d'un logement vide, c'est l'eau
Les chiffres de la fédération France Assureurs sont sans ambiguïté. En 2024, les dégâts des eaux représentaient 44 % du nombre total de sinistres en assurance habitation et 30 % des sommes indemnisées. Sur 8,041 milliards d'euros d'indemnités versées, 2,391 milliards l'ont été au titre des dégâts des eaux. Le coût moyen d'un dégât des eaux tourne autour de 1 200 à 1 300 € selon les années, et la fréquence a nettement augmenté en 2024.
Un logement vide est le terrain idéal pour une fuite silencieuse : un flexible qui lâche le deuxième jour d'une absence de deux semaines déverse son eau sans témoin. Les dégâts sont découverts au retour, souvent après avoir traversé le plancher et inondé les voisins. C'est exactement la configuration dans laquelle les assureurs regardent si l'assuré a fait ce qu'il devait faire.
Les mesures de prévention, elles, se déclenchent en quelques jours
C'est ici que la seconde horloge entre en jeu, et elle est beaucoup plus courte que la clause d'inhabitation. La plupart des contrats imposent, au-delà d'une absence prolongée, de fermer l'arrivée d'eau principale, parfois aussi le gaz. Les seuils relevés dans des contrats cités par la presse spécialisée vont de 3 jours (AGPM) à 7 jours (Caisse d'Épargne, Friday), avec des cas plus souples autour de quatre semaines (Sogessur).
Attention à ne pas transformer ces exemples en norme : ce sont des clauses contractuelles, pas une règle générale. Votre contrat peut prévoir autre chose, ou rien du tout.
La sanction, en revanche, est bien réelle. Selon les contrats, le non-respect d'une mesure de prévention peut entraîner une déchéance de garantie, une franchise majorée (des montants de 500 à 1 000 € sont cités) ou une réduction d'indemnité, parfois de l'ordre de la moitié. Autrement dit : la garantie dégâts des eaux existe toujours, mais elle peut ne payer qu'une partie de la facture. Juridiquement, l'assureur est tenu de préciser la clause exacte sur laquelle il se fonde ; à l'assuré de la réclamer.
L'erreur la plus fréquente n'est pas de laisser tout ouvert, mais de ne fermer qu'à moitié. Couper l'arrivée de la machine à laver ne protège ni les joints de la salle de bains, ni le flexible des toilettes, ni le raccord sous l'évier. Le geste utile est le robinet d'arrêt général, celui qui coupe tout le logement. Il prend deux minutes.
Qui paie, au fond
Le calcul économique est brutalement simple. Fermer un robinet d'arrêt coûte deux minutes et zéro euro. Une fuite non coupée pendant quinze jours coûte un plancher, un plafond chez le voisin, un relogement, et parfois des mois de travaux. La franchise reste à la charge du locataire, la part non indemnisée aussi, les dégâts chez les tiers passent par la responsabilité civile, et le reste est absorbé par la mutualisation - donc, à terme, par les cotisations de tout le monde.
C'est là que se joue la hausse des primes d'habitation : quand la fréquence des sinistres liés à l'eau augmente, l'assureur répercute. Un contrat moins cher n'est pas nécessairement une bonne affaire si la franchise est plus élevée et les mesures de prévention plus strictes. À l'inverse, un contrat exigeant n'est pas scandaleux en soi : il transfère une obligation de diligence à l'assuré, ce qui est le principe même d'une assurance contre un risque évitable. Le problème n'est pas l'exigence, c'est l'information - des clauses enterrées dans trente pages que personne ne lit avant de prendre l'avion.
La liste à cocher avant de boucler la valise
- Fermer l'arrivée d'eau générale, pas seulement celle de la machine à laver.
- Fermer le gaz si le contrat le demande.
- Vérifier les flexibles et les joints visibles (cuisine, salle de bains, toilettes), remplacer ce qui craquelle.
- Verrouiller portes et fenêtres, fermer les volets si le contrat l'exige.
- Débrancher les appareils sensibles, laisser le chauffage en position hors gel.
- Relire les rubriques "inhabitation", "inoccupation prolongée", "mesures de prévention" et "dégâts des eaux" du contrat, et repérer les durées clés : 3, 5, 7, 30, 60, 90 jours.
- En cas de doute sur un long séjour, demander une confirmation écrite à l'assureur. Un courriel qui décrit précisément la durée d'absence et les gestes effectués pèse lourd face à un expert.
- S'inscrire à l'Opération tranquillité vacances : la police ou la gendarmerie effectue des passages gratuits, en complément - jamais en remplacement - des obligations du contrat.

Pour aller plus loin sur les pièges de rédaction des contrats, notre guide sur les clauses cachées de l'assurance habitation détaille les franchises et exclusions à repérer avant de signer.
Un locataire qui part en vacances n'a pas besoin de renégocier son contrat. Il a besoin de savoir que le logement reste couvert pour l'incendie et l'eau, que la garantie vol ne se dégrade qu'au-delà de plusieurs semaines d'absence, et que le geste déterminant se trouve derrière une porte de placard, près du compteur.