Julien Poublan à la barre de son voilier, souriant sous un ciel nuageux.
Environnement

Julien Poublan : un an à traquer les déchets dans l’Atlantique, le bilan choc

Après un an en mer et 12 500 milles parcourus, le chercheur Julien Poublan livre un bilan choc : près d’une tonne de déchets ramassés, des plages paradisiaques transformées en décharges, et un constat implacable sur la pollution plastique.

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Le 17 juillet 2026, après un an passé en mer, Julien Poublan a ramené son voilier « Désirade » au port de Marseille. Le chercheur bordelais de 47 ans venait de boucler un tour de l’Atlantique de plus de 12 500 milles nautiques, avec un objectif simple mais titanesque : traquer la pollution plastique là où elle sévit. Son bilan, qu’il livre sans détour, donne le vertige. Près d’une tonne de déchets ramassés, des centaines d’heures de nettoyage, et un constat qui lui a échappé comme un cri : « Le monde est devenu une poubelle. »

Julien Poublan à la barre de son voilier, souriant sous un ciel nuageux.
Julien Poublan à la barre de son voilier, souriant sous un ciel nuageux. — (source)

L’arrivée à Marseille et le bilan choc : 12 500 milles, 1 tonne de déchets

Le retour sur la terre ferme n’a pas été une délivrance pour Julien Poublan. Quand il a posé le pied sur le quai marseillais, c’est un poids lourd qu’il portait : celui des images accumulées pendant douze mois de navigation. « On le sait, on s’y prépare, mais le choc est inévitable », confie-t-il aux journalistes. Ce n’est pas la fatigue du marin qui marque son visage, c’est la lassitude de celui qui a vu l’océan de trop près.

45 opérations de nettoyage, presque une tonne ramassée : les chiffres d’une traque inédite

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En un an, Julien Poublan a parcouru plus de 12 500 milles nautiques — l’équivalent d’un demi-tour de Terre à l’équateur. Il a mené une cinquantaine d’opérations de nettoyage, dont 45 actions de ramassage systématique. Le total des déchets extraits de l’océan et des plages avoisine la tonne.

Décharge sauvage mélangeant déchets organiques et plastiques, en périphérie d'une zone bâtie.
Décharge sauvage mélangeant déchets organiques et plastiques, en périphérie d'une zone bâtie. — PegCult / CC BY-SA 4.0 / (source)

Pour un homme seul à bord d’un voilier de 11 mètres, l’effort logistique est colossal. Chaque sac de détritus devait être trié, pesé, stocké, puis débarqué à escale. Rien n’a été rejeté à la mer. Ces chiffres, Julien Poublan les a compilés avec la rigueur du chercheur qu’il est. Chef de projet à l’université de Bordeaux, il a documenté chaque opération. Les données serviront à ses collègues de l’équipe Global Health in the Global South, qui étudient l’impact sanitaire de la pollution marine.

« Pour certains, la mer est une poubelle » : la phrase qui résume l’expédition

Le titre de l’article du Figaro qui a relayé son arrivée n’est pas une formule choc pour faire le buzz. C’est la retranscription brute de ce que Julien Poublan a observé, jour après jour. « Pour certains, la mer est une poubelle. » Il ne théorise pas, il ne juge pas. Il raconte.

Au Sénégal, il a vu un homme jeter ses ordures dans l’eau à 50 mètres de la plage. Pas par méchanceté, probablement par habitude, par absence d’alternative. Mais le geste, répété des milliers de fois chaque jour, transforme l’océan en décharge. Ce constat, Julien Poublan le formule sans colère, mais avec une détermination froide. Il ne s’agit pas de pointer du doigt des populations pauvres. Il s’agit de dire que le problème est global, qu’il touche aussi bien les côtes africaines que les plages paradisiaques des Antilles. « La pollution marine vous saute aux yeux à tout moment. Elle est partout, y compris sur les plages qui semblent paradisiaques. »

Le dispositif logistique d’un nettoyeur solitaire

Pour mener à bien sa mission, Julien Poublan a dû résoudre des problèmes que la plupart des navigateurs ne rencontrent jamais. Où stocker les déchets à bord ? Comment les trier sans contaminer le reste du bateau ? À chaque escale, il fallait trouver des solutions de débarquement, négocier avec les autorités portuaires, parfois improviser.

Le voilier « Désirade », un Sun Odyssey 36i acheté d’occasion en Bretagne, a été aménagé pour accueillir jusqu’à cinq personnes. Mais la plupart du temps, Julien Poublan a navigué seul ou avec un équipage réduit. Les cabines inutilisées servaient d’espace de stockage pour les déchets en attente de débarquement. Une organisation millimétrée, digne d’un chef de projet.

Qui est Julien Poublan, ce chercheur en santé publique qui a tout quitté pour l’océan ?

Pour comprendre l’expédition, il faut d’abord comprendre l’homme. Julien Poublan n’est ni un écologiste militant ni un aventurier en quête de sensations. À 47 ans, il est chercheur en santé publique à l’université de Bordeaux, spécialisé dans les questions de santé globale dans les pays du Sud. Rien ne le prédestinait à passer un an en mer à ramasser les déchets des autres. Sauf une conviction : celle que l’inaction est plus coûteuse que l’effort.

De son bureau de Bordeaux au voilier « Désirade » : un congé sans solde pour une mission personnelle

Julien Poublan présentant le projet Sail and Clean depuis son bureau.
Julien Poublan présentant le projet Sail and Clean depuis son bureau. — (source)

Julien Poublan a pris un congé sans solde pour réaliser son projet. Pas de sponsor millionnaire, pas de grosse ONG derrière lui. Il a financé l’expédition sur ses deniers personnels. Le nom du voilier n’est pas un hasard : il fait référence à une petite île de l’archipel guadeloupéen où le navigateur a vécu.

Le voilier a été parrainé par la mairie d’Eysines, en Gironde, et par la communauté de communes de Marie-Galante. Julien Poublan est membre à vie de Surfrider Foundation, l’association de protection des océans. Mais ces soutiens locaux ne changent pas l’essentiel : l’expédition reste une aventure personnelle, presque intime.

Son statut de chercheur en santé publique donne pourtant une légitimité scientifique à ses observations. Quand il parle de microplastiques, ce n’est pas un militant qui s’indigne, c’est un scientifique qui mesure un risque sanitaire. « Une canette ou du verre, c’est moche, mais les oiseaux n’en mangent pas », explique-t-il. Le vrai danger, selon lui, c’est le plastique qui se fragmente en particules invisibles, avalées par les poissons, et qui remonte la chaîne alimentaire jusqu’à nos assiettes.

La philosophie Sail and Clean : « Je ne prétends pas sauver le monde »

Julien Poublan n’a pas la prétention de changer le monde. Il le dit lui-même : « Bien sûr que tout cela est une goutte d’eau. (…) Je ne prétends pas sauver le monde. Simplement, je fais ma part de citoyen en sensibilisant à ce petit geste : ramasser. » Cette humilité n’est pas de la fausse modestie. C’est une position réfléchie, presque philosophique.

Le projet Sail and Clean repose sur une idée simple : plutôt que de se lamenter sur l’ampleur du désastre, agir à son échelle. Ramasser un déchet, c’est un geste concret, visible, reproductible. Julien Poublan ne demande pas à chacun de traverser l’Atlantique. Il demande simplement de ne pas détourner le regard. « Opposer les solutions pour ne rien faire est aussi stérile », lance-t-il. Une phrase qui résume sa position : ni angélisme, ni défaitisme.

Un chercheur en santé publique face à la pollution

Le regard de Julien Poublan sur la pollution marine n’est pas celui d’un écologiste ordinaire. En tant que chercheur à Bordeaux Population Health, il connaît les mécanismes par lesquels les polluants environnementaux affectent la santé humaine. Les microplastiques qu’il a vus flotter à la surface de l’Atlantique, il sait qu’ils finiront dans les poissons, puis dans nos assiettes.

Cette dimension sanitaire donne une épaisseur supplémentaire à son témoignage. Quand il parle des déchets, il ne voit pas seulement un problème esthétique ou écologique. Il voit un problème de santé publique global, qui touche aussi bien les populations côtières des pays du Sud que les consommateurs occidentaux. Son expédition n’est pas un coup de communication : c’est un terrain d’étude grandeur nature.

Entre merveilles et déchets : plongée dans le quotidien d’un navigateur nettoyeur

Le récit de Julien Poublan est fait de contrastes violents. D’un côté, la beauté brute de l’océan : des dauphins qui jouent dans le sillage du voilier, des baleines à bosse qui jaillissent à quelques mètres, des nuits étoilées au milieu de nulle part. De l’autre, la poubelle qui flotte, qui s’accroche aux plages, qui transforme chaque escale en chantier de nettoyage.

Dauphins, baleines, requins… et la poubelle qui gâche le paysage

« J’ai eu la chance de côtoyer des dauphins, des baleines à bosse, des rorquals, des globicéphales », raconte Julien Poublan. Aux Antilles, il a nagé parmi les requins et les langoustes, entouré de poissons multicolores. « Et à côté de ces merveilles, la poubelle ! » Le contraste est si fort qu’il en devient presque insupportable.

Julien Poublan lisant sur le pont de son catamaran, entouré de l'océan et des falaises.
Julien Poublan lisant sur le pont de son catamaran, entouré de l'océan et des falaises. — (source)

Le navigateur décrit des journées où l’émerveillement cède brutalement la place à la colère. Un banc de dauphins qui fend les vagues, et quelques mètres plus loin, un sac plastique qui dérive. Une plage de sable blanc, digne d’une carte postale, et des détritus qui jonchent le rivage. « La pollution marine vous saute aux yeux à tout moment », insiste-t-il. Il n’y a pas de répit, pas d’échappatoire. L’océan est à la fois un sanctuaire et une décharge.

Cette dissonance cognitive, Julien Poublan l’a vécue quotidiennement. Elle est au cœur de son témoignage. Ce n’est pas un discours théorique sur l’écologie, c’est le récit d’un homme qui a vu, de ses propres yeux, ce que nous faisons à la mer.

L’autre fléau de l’Atlantique : les algues sargasses, « hallucinantes » selon Julien Poublan

La pollution plastique n’est pas le seul problème que Julien Poublan a rencontré. Pendant sa traversée entre le Cap-Vert et les Antilles, il a été confronté à un phénomène inquiétant : la prolifération des algues sargasses. « La présence des algues sargasses est hallucinante », témoigne-t-il. « Pendant plusieurs semaines, j’ai vu des nappes d’algues tout autour de nous. On ne pouvait pas pêcher sans ramener des quantités astronomiques d’algues. »

Rivière sujette au déversement de déchets, illustrant la pollution des cours d'eau.
Rivière sujette au déversement de déchets, illustrant la pollution des cours d'eau. — Frankyta / CC BY-SA 4.0 / (source)

Méconnues jusqu’à une quinzaine d’années, ces algues brunes prolifèrent dans l’Atlantique tropical. Quand elles s’échouent sur les plages, elles pourrissent en dégageant une odeur nauséabonde et des gaz toxiques. Les scientifiques soupçonnent le réchauffement climatique et les engrais agricoles d’alimenter leur croissance. Julien Poublan a prélevé des échantillons d’algues à chaque rencontre, pour les confier à ses collègues des universités de Bordeaux et de La Rochelle. Leur objectif : confirmer la présence de métaux lourds et de microplastiques dans ces masses végétales.

Les escales qui marquent : du Cap-Vert aux Antilles

Chaque escale de l’expédition a livré son lot de surprises, bonnes et mauvaises. Au Cap-Vert, Julien Poublan a découvert des plages relativement préservées, mais une pollution diffuse qui venait de l’intérieur des terres. Aux Antilles, le contraste était saisissant : des eaux turquoise, des plages de rêve, mais des détritus qui s’accumulaient dans les criques isolées.

Le navigateur a organisé des nettoyages avec les populations locales à chaque fois que la situation le permettait. Ces moments d’échange, il les décrit comme les plus enrichissants de son voyage. Voir des enfants ramasser des bouteilles sur une plage qu’ils fréquentent chaque jour, des pêcheurs prendre conscience de l’impact du plastique sur leurs filets, des maires s’engager à installer des poubelles sur le littoral — autant de petites victoires qui donnent un sens à l’expédition.

L’inventaire choc des déchets : du microplastique invisible au réfrigérateur perdu

Julien Poublan ne s’est pas contenté de ramasser des déchets. Il les a comptés, classés, pesés. Son inventaire donne la mesure du désastre. Des macrodéchets visibles à l’œil nu — bouteilles, filets de pêche, conteneurs — jusqu’aux particules microscopiques qui échappent à tout nettoyage manuel.

« Au Sénégal, un homme a jeté sa poubelle dans l’eau à 50 mètres de la plage »

L’anecdote la plus frappante du terrain, Julien Poublan la raconte sans emphase. Au Sénégal, il a vu un homme jeter ses ordures dans l’eau, à 50 mètres d’une plage. « Il semblerait que pour une partie de l’humanité, la mer est une poubelle », constate-t-il. Ce n’est pas une généralisation abusive : c’est le constat d’un homme qui a passé un an à observer les comportements humains au bord de l’eau.

Les points noirs de la pollution, selon lui, se concentrent près des côtes africaines et des Antilles. À l’inverse, le milieu de l’Atlantique et les îles isolées sont relativement préservés. Mais même là, le plastique finit par arriver, porté par les courants. Julien Poublan a ramassé des objets surprenants : un réfrigérateur, des pneus, des jouets d’enfants. Des déchets qui n’auraient jamais dû se retrouver dans l’océan, mais qui y sont, témoins silencieux de notre société du jetable.

Pour mettre en perspective l’échelle industrielle de cette pollution, on peut rappeler que des événements comme la Coupe du monde 2026, le Mondial le plus polluant de l’histoire, génèrent des volumes de déchets qui donnent le vertige. Le problème dépasse largement le geste individuel.

Cette vidéo de la NOAA explique comment les déchets plastiques se fragmentent en microplastiques, un processus que Julien Poublan a observé directement en mer. Une fois réduits en particules, ces résidus deviennent impossibles à collecter.

Microplastiques contre macro-déchets : un chercheur en santé publique évalue la menace

Julien Poublan ne se fait pas d’illusions. Les déchets qu’il a ramassés — une tonne, un chiffre impressionnant — ne représentent qu’une infime partie de la pollution océanique. « Bien sûr que tout cela est une goutte d’eau », admet-il. Le vrai problème, celui qui le préoccupe en tant que chercheur en santé publique, ce sont les microplastiques et les nanoplastiques.

Ces particules invisibles à l’œil nu sont avalées par le plancton, puis par les poissons, et remontent toute la chaîne alimentaire. On en retrouve aujourd’hui dans le sel de table, dans l’eau du robinet, dans les tissus humains. Julien Poublan le sait mieux que personne : son travail à Bordeaux Population Health porte sur les liens entre environnement et santé. Ce qu’il a vu en mer confirme ses craintes. Ramasser une tonne de macro-déchets, c’est utile pour sensibiliser. Mais cela ne résout pas le problème des particules qui contaminent déjà notre organisme.

La cartographie inédite de la pollution atlantique

Au fil de son périple, Julien Poublan a dressé une carte précise des zones les plus touchées par la pollution plastique. Ses observations confirment ce que les scientifiques soupçonnaient : les déchets se concentrent le long des routes commerciales et près des côtes densément peuplées.

La zone la plus propre qu’il ait traversée ? Le milieu de l’Atlantique, loin de toute activité humaine. Mais même là, des fragments de plastique apparaissaient régulièrement, portés par les courants. La zone la plus polluée ? Les abords des grandes villes côtières africaines, où les systèmes de gestion des déchets font défaut. Entre les deux, une gradation qui suit fidèlement l’activité humaine.

« Une goutte d’eau » : Julien Poublan face au rouleau compresseur de l’industrie du plastique

Après un an de navigation, Julien Poublan a acquis une certitude : le geste individuel, aussi louable soit-il, ne suffira pas. La production mondiale de plastique ne cesse d’augmenter, portée par une industrie puissante et des modes de consommation qui encouragent le jetable.

« Il faudrait mettre la pression sur les lobbies du plastique et intensifier les filières de recyclage »

« Il faudrait mettre la pression sur les lobbies du plastique et intensifier les filières de recyclage », lance Julien Poublan. Le constat est sans appel. Pendant qu’il ramassait des bouteilles sur les plages des Antilles, des usines continuaient à produire des millions de tonnes de plastique vierge. Le recyclage, pour l’instant, ne suit pas. Et les accords internationaux peinent à contraindre les grands producteurs.

Julien Poublan ne tombe pas dans le pamphlet. Il reste journaliste dans son analyse : le déséquilibre est flagrant entre l’effort citoyen et les décisions industrielles et politiques. Mais il refuse de s’arrêter à ce constat. « Opposer les solutions pour ne rien faire est aussi stérile », répète-t-il. La lucidité ne doit pas mener à l’inaction.

« Opposer les solutions pour ne rien faire est aussi stérile » : la lucidité comme moteur

Cette phrase est peut-être la plus importante de tout le témoignage de Julien Poublan. Elle résume sa position : ni naïf, ni cynique. Il ne tombe pas dans l’écologie punitive, celle qui culpabilise l’individu sans remettre en cause le système. Mais il ne laisse pas non plus la porte ouverte à l’inaction sous prétexte que le problème est trop vaste.

« Simplement, je fais ma part de citoyen en sensibilisant à ce petit geste : ramasser. » Cette citation est le pivot de l’article. Julien Poublan ne prétend pas avoir sauvé l’océan. Il a fait ce qu’il pouvait, avec les moyens dont il disposait. Et il invite chacun à en faire autant, à son échelle.

Le déséquilibre entre l’effort citoyen et les décisions politiques

Le constat de Julien Poublan rejoint celui de nombreux scientifiques : la pollution plastique est un problème systémique qui ne pourra pas être résolu par le seul geste individuel. Pendant qu’un citoyen ramasse une bouteille sur une plage, l’industrie du plastique en produit des milliers de nouvelles. Le rapport de force est déséquilibré.

Julien Poublan naviguant dans des eaux agitées, à la barre de son voilier.
Julien Poublan naviguant dans des eaux agitées, à la barre de son voilier. — (source)

Faut-il pour autant baisser les bras ? Julien Poublan répond par la négative. Son expédition prouve qu’un homme seul peut faire bouger les lignes, à son échelle. Mais pour un changement durable, il faudra des décisions politiques fortes : interdiction des plastiques à usage unique, investissement dans les filières de recyclage, pression sur les industriels. Le navigateur ne se fait pas d’illusions sur le chemin qui reste à parcourir.

Que faire après ce constat ? Les pistes concrètes d’un citoyen engagé

L’article ne serait pas complet sans une ouverture vers l’action. Le lecteur, après le choc des chiffres et l’analyse des causes, a besoin d’une porte de sortie. Julien Poublan, fidèle à sa philosophie, propose des pistes concrètes, sans prétention.

Ramasser ne suffit pas : agir à la source sur nos modes de consommation

Julien Poublan insiste : le ramassage est un geste de sensibilisation, pas une solution technique. « Ramasser ne suffit pas », répète-t-il. Pour réduire la pollution marine, il faut agir à la source. Cela passe par une réduction des plastiques à usage unique, le signalement des dépôts sauvages, et le soutien aux filières de recyclage locales.

Le navigateur préconise des gestes simples mais efficaces : refuser les sacs plastiques, privilégier les contenants réutilisables, vérifier la composition des produits cosmétiques (qui contiennent souvent des microbilles de plastique). Il encourage aussi à signaler les décharges sauvages via des applications comme SignalConso. Chaque geste compte, même s’il paraît dérisoire face à l’ampleur du problème.

Un autre exemple inspirant vient du Japon, où les supporters nettoient les tribunes après les matchs de la Coupe du monde 2026. Ce geste collectif, sans contrainte, montre qu’une autre culture du déchet est possible. Julien Poublan s’inscrit dans cette même logique : faire sa part, sans attendre que les autres commencent.

Comment suivre l’exemple de Julien Poublan sans traverser l’Atlantique ?

Pas besoin de prendre le large pour agir. Julien Poublan donne plusieurs pistes d’engagement citoyen. La plus simple : participer aux nettoyages de plages organisés par Surfrider Foundation ou par des associations locales. Ces opérations sont ouvertes à tous, ne demandent aucun équipement particulier, et permettent de mesurer concrètement l’ampleur du problème.

On peut aussi soutenir des projets comme Sail and Clean ou Plastic Odyssey, qui développent des solutions de recyclage adaptées aux pays du Sud. Enfin, changer ses habitudes d’achat — privilégier le vrac, éviter les produits suremballés, réparer plutôt que jeter — reste le geste le plus efficace à long terme.

L’idée n’est pas de culpabiliser, mais de montrer que le geste du navigateur peut faire tache d’huile. Si un homme seul, sur un voilier de 11 mètres, peut ramasser une tonne de déchets en un an, que pouvons-nous faire à plusieurs millions ?

L’engagement citoyen à portée de main

Julien Poublan insiste sur un point : l’engagement ne demande pas de compétences particulières. Ramasser un déchet par jour, c’est 365 déchets en moins dans la nature à la fin de l’année. Signaler un dépôt sauvage, c’est permettre aux autorités d’intervenir. Choisir un produit sans emballage plastique, c’est envoyer un signal aux industriels.

Le navigateur rappelle aussi l’importance du collectif. Les associations locales de protection de l’environnement organisent régulièrement des actions de nettoyage, des ateliers de sensibilisation, des conférences. Rejoindre ces groupes, c’est multiplier l’impact de son geste individuel. Et c’est aussi rencontrer d’autres personnes qui partagent les mêmes préoccupations.

Conclusion : « Le monde est devenu une poubelle », un an après, quel message nous laisse Julien Poublan ?

Julien Poublan n’est pas rentré à Marseille en héros. Il est rentré en témoin. Son message n’est ni un appel au désespoir ni une promesse de lendemains qui chantent. C’est un constat, brut, honnête, porté par un homme qui a vu la beauté et l’horreur de l’océan se côtoyer chaque jour.

« Le monde est devenu une poubelle. » La phrase choque. Elle est pourtant exacte. Mais Julien Poublan refuse de s’y résigner. Il a prouvé qu’un homme seul pouvait faire bouger les lignes, à son échelle. Une goutte d’eau, certes. Mais une goutte d’eau qui, jointe à d’autres, peut devenir un raz-de-marée.

Son expédition nous laisse avec une question : et nous, que faisons-nous ? Pas pour sauver le monde, mais pour ne pas détourner le regard. Car c’est peut-être cela, le vrai message de Julien Poublan : regarder. Voir ce que nous faisons à l’océan. Et agir, même modestement. Parce que l’inaction, elle, n’est jamais une goutte d’eau. C’est un silence qui pèse des tonnes.

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Questions fréquentes

Quel est le bilan de l'expédition de Julien Poublan ?

Après un an en mer et 12 500 milles nautiques parcourus, Julien Poublan a ramassé près d'une tonne de déchets lors de 45 opérations de nettoyage. Il a documenté chaque action pour ses collègues chercheurs de l'université de Bordeaux.

Qui est Julien Poublan ?

Julien Poublan est un chercheur en santé publique de 47 ans à l'université de Bordeaux. Il a pris un congé sans solde pour réaliser son projet personnel de traque des déchets plastiques dans l'Atlantique à bord de son voilier « Désirade ».

Pourquoi les microplastiques sont-ils dangereux ?

Selon Julien Poublan, les microplastiques sont avalés par le plancton puis par les poissons, remontant toute la chaîne alimentaire jusqu'à nos assiettes. En tant que chercheur en santé publique, il considère ce phénomène comme un risque sanitaire global.

Que faire pour lutter contre la pollution plastique ?

Julien Poublan préconise de réduire les plastiques à usage unique, de participer aux nettoyages de plages organisés par Surfrider Foundation et de signaler les dépôts sauvages. Il insiste sur la nécessité de mettre la pression sur les lobbies du plastique et d'intensifier le recyclage.

Où la pollution plastique est-elle la plus forte ?

Les déchets se concentrent le long des routes commerciales et près des côtes densément peuplées, notamment aux abords des grandes villes côtières africaines. Le milieu de l'Atlantique est relativement préservé, mais des fragments de plastique y apparaissent régulièrement.

Sources

  1. «Pour certains, la mer est une poubelle» : un chercheur bordelais traverse l’Atlantique pour traquer plastiques et algues sargasses · lefigaro.fr
  2. Garbage Anxiety: Intimacy and Interconnection at the Landfill – Confluence · confluence.gallatin.nyu.edu
  3. Recapturing the Value of the World’s Trash | Epicenter · epicenter.wcfia.harvard.edu
  4. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  5. TRASH TALK Special Feature · marinedebris.noaa.gov
labo-geek
Paul Ribot @labo-geek

Doctorant en physique des particules à Saclay, je passe mes journées à chercher des trucs qu'on ne peut même pas voir. Mais ma vraie passion, c'est d'expliquer la science à ceux qui pensent ne pas pouvoir la comprendre. L'univers est dingue, et je trouve ça injuste que seuls les chercheurs en profitent. Alors je vulgarise, avec des analogies du quotidien et zéro jargon. La science, c'est pour tout le monde.

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