À une bifurcation, un professeur vu de dos compare deux collèges : à gauche, un établissement urbain dense entouré d'immeubles, avec une haute pile de pièces près de l'entrée ; à droite, un collège plus calme avec une pile de pièces réduite. Il tient une pochette vierge et semble peser son choix.
Éducation

Prime REP+ : 5 114 euros bruts par an, un levier limité dans le choix d'un collège

La part fixe de la prime REP+ est de 5 114 euros bruts par an, soit 426 euros par mois pour un temps complet, contre 1 734 euros en REP. Elle peut peser dans l'arbitrage personnel d'un enseignant, mais elle n'entre pas dans le barème du mouvement qui décide de l'affectation.

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Un professeur affecté dans un collège REP+ perçoit, en plus de son traitement, une indemnité de 5 114 euros bruts par an, soit 426 euros par mois. Le même enseignant en REP touche 1 734 euros bruts par an. L'écart est net - 3 380 euros bruts annuels - et le ministère en fait un instrument assumé d'attractivité. Reste une question plus utile que le montant : cette prime pèse-t-elle réellement au moment où un enseignant classe ses voeux de mutation ?

La réponse tient en deux temps. Oui, elle entre dans le calcul individuel, et elle n'est pas négligeable. Non, elle ne décide de rien dans le mécanisme d'attribution des postes : le barème du mouvement, lui, ne comporte aucune ligne "prime REP+".

À une bifurcation, un professeur vu de dos compare deux collèges : à gauche, un établissement urbain dense entouré d'immeubles, avec une haute pile de pièces près de l'entrée ; à droite, un collège plus calme avec une pile de pièces réduite. Il tient une pochette vierge et semble peser son choix.
À une bifurcation, un professeur vu de dos compare deux collèges : à gauche, un établissement urbain dense entouré d'immeubles, avec une haute pile de pièces près de l'entrée ; à droite, un collège plus calme avec une pile de pièces réduite. Il tient une pochette vierge et semble peser son choix.

Une indemnité attachée au poste, pas au professeur

Le dispositif est ancien et encadré : le régime indemnitaire spécifique à l'éducation prioritaire a été créé par le décret du 28 août 2015, puis revalorisé par un décret du 28 juin 2021. Il se compose d'une part fixe et, en REP+ seulement, d'une part modulable versée en fin d'année scolaire selon l'évaluation de l'engagement collectif de l'équipe.

Montant annuel brut REP REP+
Part fixe 1 734 € 5 114 €
Équivalent mensuel 144,50 € 426,17 €
Part modulable aucune 234 €, 421 € ou 702 €

Trois précisions. D'abord, ces montants sont bruts : l'indemnité supporte les prélèvements sociaux habituels, et le net est sensiblement inférieur. Ensuite, elle est proratisée à la quotité de travail exercée dans l'établissement et subordonnée à l'exercice effectif des fonctions : un temps partiel, un service partagé avec un autre établissement ou un congé, et le montant est réduit d'autant. Enfin, elle s'arrête quand on quitte le poste. Ce n'est ni un gain de carrière ni un acquis définitif, contrairement à un échelon gravi plus tôt.

Sur les montants eux-mêmes, les sources convergent : ministère, SNES, SNALC et SE-UNSA donnent tous 5 114 euros pour la part fixe en REP+. Les 4 646 euros que l'on trouve encore en ligne correspondent au montant fixé en 2019, avant la revalorisation de 2021 ; les 2 312 euros de certaines fiches ministérielles sont le montant de 2015. Le ministère met par ailleurs en avant une progression de 3 000 euros depuis 2018, pour un maximum de 5 816 euros bruts annuels, part modulable comprise.

Le barème décide, la prime s'ajoute après coup

C'est ce que la mise en avant de la prime tend à masquer. Le mouvement des enseignants du second degré se déroule en deux phases, interacadémique puis intra-académique, et l'affectation en établissement repose sur un barème : ancienneté, situation familiale et rapprochement de conjoint, situation de handicap, bonifications diverses. Une indemnité versée après affectation n'entre pas dans ce calcul. Elle ne rend donc pas un voeu plus facile à obtenir : elle change seulement ce que rapporte un voeu déjà accessible.

Deux mécanismes échappent d'ailleurs complètement au barème. Les postes à profil, dont certains concernent précisément la ruralité, l'isolement ou l'éducation prioritaire, sont pourvus hors barème, sur candidature et sélection par le rectorat et le chef d'établissement. Et les postes restés vacants après le mouvement peuvent être attribués à titre provisoire, par délégation fonctionnelle, à des enseignants qui ne les avaient pas demandés au mouvement. Pour une partie des affectés en REP+, la prime ne vient donc pas récompenser un choix : elle accompagne une affectation qu'ils n'avaient pas demandée.

La géographie ajoute une couche. Le ministère identifie quatre académies durablement en tension - Créteil, Versailles, Guyane et Mayotte - là où les rapports du Sénat sur le budget de l'enseignement scolaire en retiennent trois : Créteil, Versailles et la Guyane. Créteil et Versailles sont précisément les deux académies où se concentrent les collèges REP+ d'Île-de-France. La prime s'y applique à des postes que les candidats n'obtiennent pas nécessairement par choix : elle dédommage plus qu'elle n'attire.

Les autres leviers REP+ pèsent peut-être plus lourd

Réduire l'éducation prioritaire à sa prime, c'est oublier le reste du dispositif, que le ministère décrit lui-même comme un ensemble : organisation du temps de travail, reconnaissance financière, conditions de mobilité et d'affectation.

Le temps de travail d'abord. Les décrets d'août 2014 prévoient, dans les écoles et collèges REP+, un allègement des heures d'enseignement devant les élèves, au profit de la formation, du travail collectif, du suivi des élèves et des relations avec les familles - le temps d'apprentissage des élèves restant, précise le ministère, inchangé. En termes de coût pour l'État, ce levier est bien plus lourd que la prime : alléger le service devant élèves suppose des enseignants supplémentaires pour assurer les mêmes cours. Il est aussi plus difficile à évaluer, donc moins mis en avant.

La carrière ensuite. Les années d'affectation en éducation prioritaire sont prises en compte pour l'avancement à la classe exceptionnelle. Un échelon ou un grade gagné plus tôt se conserve toute la carrière ; une indemnité, non. Pour un enseignant en milieu de parcours, cet argument peut valoir davantage que 426 euros mensuels, même s'il est plus diffus et plus difficile à chiffrer au moment de formuler un voeu.

La mobilité, enfin, présente des particularités en éducation prioritaire. Certains guides académiques de mutation intègrent même les années passées sur un poste REP ou REP+ dans le barème, avec un objectif explicite de stabilité des équipes. Autrement dit, la prime n'est pas le seul instrument incitatif - et, localement, ce sont parfois des points de barème, donc un avantage pour la mutation suivante, qui font la différence.

Ce que 426 euros par mois représentent vraiment

Il faut se garder des présentations catastrophistes comme des slogans. La part fixe REP+ représente de l'ordre d'un cinquième du traitement indiciaire annuel brut d'un professeur certifié en début de carrière, et une proportion plus faible au fil des échelons. C'est perceptible, ce n'est pas négligeable, ce n'est pas non plus de quoi transformer un budget familial.

Mis en regard des contraintes qui pèsent sur un poste en REP+ francilien - prix du logement, temps de transport, difficulté des classes, rotation des équipes -, l'arbitrage dépend entièrement de la situation personnelle. Un enseignant déjà logé dans l'académie, sans contrainte de rapprochement familial, n'a pas le même calcul qu'un collègue venu pour suivre son conjoint. Et aucune donnée publique ne permet, à ce jour, d'isoler l'effet propre de la prime sur les voeux formulés : ni la direction générale des ressources humaines ni les rectorats ne publient d'évaluation de ce type. Toute affirmation du type "la prime fait choisir le REP+" relève aujourd'hui de l'intuition, pas de la mesure.

La part modulable mérite un mot, parce que son architecture est révélatrice. Entre le minimum de 234 euros et le maximum de 702 euros, l'écart est de 468 euros annuels, soit moins de 10 % de la part fixe. Pour une équipe, l'enjeu financier d'une évaluation collective favorable est donc marginal. Si l'objectif était d'inciter au travail collectif, le curseur est faible ; si l'objectif était de reconnaître la difficulté individuelle, la part fixe suffit.

Payer l'acceptation ou améliorer les conditions

Le débat de fond, que la prime tranche mal, est celui-ci : veut-on payer les enseignants pour accepter des conditions difficiles, ou veut-on rendre ces conditions moins difficiles ?

La prime a pour elle la rapidité, la lisibilité et le ciblage : elle arrive sur la paie, sans organisation administrative complexe, et elle est réversible. Elle a contre elle de laisser intact ce qui fait fuir - taille des classes, remplacements non assurés, concentration des difficultés sociales, éloignement. Une indemnité ne réduit pas le nombre d'élèves par classe et ne remplace pas un collègue absent. Elle peut même produire un effet pervers classique : une fois versée, elle devient un droit attendu, difficile à supprimer, y compris si l'établissement change de profil.

Il existe un indice indirect du fait que la prime ne résume pas l'attractivité. Le taux de couverture des concours du second degré public est remonté à 90,9 % en 2025, contre 88,3 % en 2024, alors que le régime indemnitaire de l'éducation prioritaire est inchangé depuis 2021. Inversement, la crise de recrutement de 2022 ne s'explique pas par une baisse de cette prime. D'autres facteurs - conjoncture, réforme du recrutement, nombre de postes ouverts, conditions d'exercice - jouent bien davantage.

Alors, que change la prime au moment de choisir son affectation ? Elle ajoute un argument à ceux qui peuvent déjà obtenir le poste, et elle allège le coût réel d'un voeu contraint. Elle ne crée pas de candidats là où le barème les écarte, et elle ne dit rien de ce qui compte durablement pour un enseignant : combien de temps tiendra-t-il devant cette classe, et dans quelles conditions en sortira-t-il ?

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Questions fréquentes

Quel est le montant de la prime REP+ ?

La part fixe est de 5 114 euros bruts par an, soit 426 euros par mois pour un temps complet. En REP+, une part modulable de 234, 421 ou 702 euros bruts peut s'y ajouter en fin d'année scolaire. Les montants sont bruts et proratisés à la quotité de travail.

La prime REP+ est-elle prise en compte dans le barème du mouvement ?

Non. Le barème du mouvement prend en compte l'ancienneté, la situation familiale et le rapprochement de conjoint, la situation de handicap et diverses bonifications. L'indemnité, versée après affectation, n'y figure pas : elle peut éclairer un choix, mais elle ne rend pas un voeu plus facile à obtenir.

La prime REP+ pèse-t-elle vraiment dans le choix d'un collège ?

Elle entre dans le calcul individuel et n'est pas négligeable, mais aucune donnée publique ne permet d'isoler son effet propre sur les voeux formulés. Elle ne décide pas de l'attribution du poste : le barème, les postes à profil et les affectations provisoires déterminent l'accès aux postes.

La prime REP+ est-elle versée à temps partiel ?

Elle est proratisée à la quotité de travail exercée dans l'établissement et subordonnée à l'exercice effectif des fonctions. Un temps partiel, un service partagé avec un autre établissement ou un congé réduit donc le montant, et elle s'arrête quand on quitte le poste.

Quelle est la différence entre la prime REP et la prime REP+ ?

La part fixe est de 1 734 euros bruts par an en REP et de 5 114 euros bruts par an en REP+, soit un écart de 3 380 euros bruts annuels. La part modulable de 234, 421 ou 702 euros n'existe qu'en REP+.

Sources

  1. Salaire, primes et indemnités – CFDT Éducation 76 · 76.sgen-cfdt-normandie.fr
  2. Circulaire mouvement maj le 12112025 · ac-reunion.fr
  3. Mouvement intra-académique des enseignants du second degré, CPE et PsyEN | Académie de Versailles · ac-versailles.fr
  4. Salaire des enseignants et des CPE : quelle augmentation ? Quelles primes ? - Éducation Formation Recherche Publiques Alsace · alsace.sgen-cfdt.fr
  5. FICHE 5 Indemnité de sujétions spéciales REP/REP + Références - · cache.media.education.gouv.fr
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Hugo Lambot @fact-checker

Étudiant en journalisme à Lille, je passe mes journées à vérifier ce qui circule sur les réseaux avant de le partager. Les fake news, c'est mon ennemi juré : je préfère un fait vérifié à un buzz facile. Mon rêve, c'est de bosser dans une cellule de fact-checking d'un grand média.

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