À la rentrée 2025, les classes préparatoires comptent 87 100 étudiants. Un chiffre quasi stable par rapport à 2024 (+0,1 %), mais qui consolide surtout un rebond spectaculaire. Après cinq années consécutives de baisse entre 2018 et 2022, puis une stabilisation en 2023, les effectifs avaient bondi de +5,5 % à la rentrée 2024, atteignant 86 900 étudiants avec 4 500 entrants supplémentaires, dont 2 100 en première année.

Le poids de la réforme du bac
Cette reprise ne doit rien au hasard. La réforme du baccalauréat, lancée en 2018 et appliquée à la session 2021, a bouleversé l'organisation du secondaire. En supprimant les filières classiques (S, ES, L) pour instaurer un système de spécialités, elle a profondément modifié les conditions de choix des parcours post-bac.
Ce remaniement a d'abord semé la confusion. Les prérequis en mathématiques, indispensables pour intégrer les filières scientifiques des CPGE, ont été perçus comme mal calés par rapport aux attendus des classes préparatoires. Les lycéens et leurs familles, confrontés à un choix de spécialités souvent contraint par les possibilités locales de leur établissement, ont hésité. Le résultat a été une érosion progressive des effectifs pendant cinq ans, touchant particulièrement la filière économique, dont les effectifs ont reculé de manière marquée, comme le confirment les chiffres du ministère de l'Enseignement supérieur.
Une reprise portée par la filière économique
Ce sont d'ailleurs les chiffres de la filière économique qui témoignent le plus nettement du revirement. En 2024, ses effectifs (19 900 étudiants) ont augmenté de 8,3 % par rapport à 2023, avec une hausse portée notamment par les femmes (+9,3 %). Ce rebond inattendu suggère que l'attrait des CPGE ne se limite pas aux filières scientifiques traditionnellement associées au "prestige" de la prépa.
Ce que les étudiants en gardent
Le retour en grâce des classes préparatoires ne tient pas qu'à des effets de rattrapage démographique ou à la stabilisation des réformes. Les enquêtes récentes sur la perception des étudiants dessinent un tableau convaincant.
Selon une enquête de l'APLCPGE (association des proviseurs de lycées à classes préparatoires) menée en 2024, 88,1 % des étudiants de prépa referaient le même choix d'orientation. Les résultats de l'enquête EDHEC NewGen Talent Centre vont dans le même sens : 98 % des anciens préparationnaires décrivent une expérience enrichissante, et 81 % l'ont qualifiée d'heureuse. "La classe préparatoire est un sujet qui ne laisse personne indifférent, soit on aime, soit on déteste", observe Manuelle Malot, directrice du NewGen Talent Centre, tout en soulignant que "souvent les avis très négatifs viennent de personnes qui n'ont pas fait de prépa".
Les compétences développées constituent l'argument de poids. En tête des atouts identifiés par les étudiants sondés par l'EDHEC : la capacité de travail (96 %), la capacité à rebondir (92 %) et l'esprit critique (91 %). La stimulation intellectuelle est citée par 65 % d'entre eux, la qualité de l'enseignement par 46 %, et même l'esprit de camaraderie par 28 %.

Concurrence des bachelors : un défi contenu
Face à cette reprise, la question de la concurrence des bachelors universitaires (trois ans, en alternance possible, souvent plus professionnalisants) se pose. Serge Maraval, proviseur adjoint en charge des CPGE au Lycée Thiers à Marseille, relativise la menace. Il affirme que ces formations s'adressent à des profils différents, et met en avant les atouts propres des classes préparatoires : "leur gratuité, leur prestige et leurs débouchés".
Ce triple argument - gratuité, prestige et débouchés - reste un modèle concurrentiel solide, surtout dans un contexte où les prix des bachelors en école de commerce et d'ingénieurs grimpent année après année.
Stabilisation au sommet, défi durable
La stabilité des effectifs en 2025 à un niveau historiquement élevé confirme que le rebond de 2024 n'est pas une anomalie. Les CPGE ont retrouvé une attractivité qu'elles avaient perdue au fil de la réforme du bac. Mais cette stabilisation pose aussi une question : pourront-elles maintenir cette attractivité face à des voies d'excellence concurrentes qui se diversifient rapidement - masters internationaux, doubles diplômes, parcours numériques accélérés - et face à des générations d'élèves dont les aspirations professionnelles évoluent plus vite que l'offre de formation traditionnelle ?