Jeune femme diplômée assise à un bureau, regardant son ordinateur portable d'un air découragé, des CV imprimés éparpillés devant elle, dans une chambre d'étudiant, plan moyen, intention : montrer la désillusion et l'incertitude des jeunes face au marché du travail
Éducation

Le coup de froid sur le marché du travail frappe l’ensemble des métiers en 2026

En 2026, le marché du travail subit un coup de froid historique avec 20,5 % de diplômés des grandes écoles sans emploi six mois après leur sortie.

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L'été 2026 s'ouvre sur une réalité douloureuse pour des milliers de jeunes diplômés. Alors que France Travail annonçait 2,275 millions de projets de recrutement pour l'année, le taux de diplômés des grandes écoles encore en recherche d'emploi six mois après l'obtention de leur diplôme atteint 20,5 %, un record depuis 2005. Ce décalage entre les intentions affichées et la réalité vécue par les jeunes actifs révèle une transformation profonde du marché de l'emploi, où l'expérience prime désormais sur le diplôme et où l'intelligence artificielle grignote les postes juniors avant même que les carrières ne commencent.

Jeune femme diplômée assise à un bureau, regardant son ordinateur portable d'un air découragé, des CV imprimés éparpillés devant elle, dans une chambre d'étudiant, plan moyen, intention : montrer la désillusion et l'incertitude des jeunes face au marché du travail
Jeune femme diplômée assise à un bureau, regardant son ordinateur portable d'un air découragé, des CV imprimés éparpillés devant elle, dans une chambre d'étudiant, plan moyen, intention : montrer la désillusion et l'incertitude des jeunes face au marché du travail

Le grand décalage du marché de l’emploi : 2,3 millions de projets… pour 20 % de diplômés sans réponse

Le 8 juillet 2026, le journal Le Monde titrait sur ce qu'il qualifie de « coup de froid » sur l'ensemble du marché du travail. Derrière ce constat se cache une mécanique complexe : les entreprises déclarent vouloir embaucher, mais elles ne recrutent pas les profils qui sortent des écoles et des universités. Les 2,275 millions de projets de recrutement recensés par France Travail pour 2026 paraissent rassurants, mais leur répartition sectorielle et géographique ne correspond pas aux aspirations ni aux compétences des jeunes diplômés.

La Conférence des grandes écoles, dans son enquête publiée le 11 juin 2026, a livré un chiffre qui a fait l'effet d'une douche froide : 20,5 % des diplômés des grandes écoles sont encore en recherche d'emploi six mois après avoir obtenu leur diplôme. C'est une hausse de 3,6 points en un an, et le niveau le plus élevé depuis le début de ces relevés en 2005. Pour les universités, les chiffres sont encore plus préoccupants, bien que moins documentés.

Noémie, 26 ans, master marketing en poche, incarne cette génération désorientée. Elle raconte au Monde envoyer des dizaines de CV sans recevoir la moindre réponse, même pour des postes qu'elle aurait snobés l'année précédente. Son témoignage n'est pas un cas isolé : il est le symptôme d'un marché qui s'est retourné contre ceux qui n'ont pas encore fait leurs preuves.

20,5 % de diplômés en quête : un record depuis 2005 qui signe l'ampleur du coup de froid

La statistique de la Conférence des grandes écoles mérite qu'on s'y attarde. En un an, la part de diplômés sans emploi six mois après la sortie est passée de 16,9 % à 20,5 %. Ce bond de 3,6 points est le plus important jamais enregistré. Il intervient dans un contexte où le taux de chômage global a repassé la barre des 8 % au premier trimestre 2026, et où celui des 15-24 ans atteint 21,1 %.

L'enquête Besoins en Main-d'Œuvre (BMO) de France Travail, publiée en avril 2026, confirme le ralentissement : les intentions de recrutement baissent de 6,5 % par rapport à 2025. Mais le paradoxe est que 43,8 % de ces projets sont jugés « difficiles » par les employeurs. Autrement dit, les entreprises peinent à recruter sur certains métiers, mais elles n'embauchent pas pour autant les jeunes diplômés qui cherchent un poste. Ce déséquilibre structurel est au cœur du malaise actuel.

Noémie, 26 ans : « J’envoie des CV sans réponse, même pour des postes que j’aurais snobés l’an dernier »

Le parcours de Noémie, tel que relayé par Le Monde, illustre parfaitement ce décalage. Titulaire d'un master en marketing obtenu en 2025, elle a envoyé plus de soixante candidatures depuis janvier 2026. Résultat : trois entretiens, zéro proposition. « Je postule aujourd'hui à des offres que j'aurais jugées en dessous de mon niveau il y a un an. On ne me répond même pas », confie-t-elle.

Les données de l'APEC confirment que son expérience est devenue la norme. Selon l'enquête publiée en novembre 2025, 84 % des diplômés de la promotion 2024 jugent leur recherche d'emploi difficile, contre 61 % pour la promotion 2022. Plus frappant encore : 57 % des jeunes diplômés de 2024 ont envoyé plus de 30 candidatures, contre 31 % pour ceux de 2022. Et 40 % ont cherché pendant six mois ou plus, soit vingt points de plus qu'en 2022. Le temps de recherche s'allonge, les espoirs s'amenuisent.

Informatique -21 %, comptabilité -28 %, RH -25 % : les métiers stars de la décennie au cœur de la tempête

Si le coup de froid est général, certains secteurs considérés jusqu'ici comme des valeurs refuges sont particulièrement touchés. L'idée qu'il existerait des métiers « anti-crise » où l'on trouverait toujours un emploi s'effondre sous le poids des chiffres. L'analyse sectorielle menée par l'Indeed Hiring Lab, publiée en décembre 2025, dresse un tableau sans concession.

Le secteur des ressources humaines, qui avait connu une forte croissance ces dernières années, voit ses offres d'emploi chuter de 25 %. La comptabilité, pilier de l'économie tertiaire, enregistre une baisse de 28,2 %. Mais c'est peut-être le secteur informatique, présenté depuis une décennie comme le Graal de l'emploi, qui subit la plus spectaculaire des désillusions.

L'effondrement du mythe du développeur intouchable : -21 % d'embauches cadres en deux ans

Développeur informatique assis à son poste de travail, mains sur le clavier, regard fixe et préoccupé, dans un open space moderne, vue de côté, intention : illustrer la baisse des embauches dans les métiers du numérique et la fin du mythe du développeur intouchable
Développeur informatique assis à son poste de travail, mains sur le clavier, regard fixe et préoccupé, dans un open space moderne, vue de côté, intention : illustrer la baisse des embauches dans les métiers du numérique et la fin du mythe du développeur intouchable

Pendant des années, le discours dominant vantait les mérites des métiers du numérique : salaires élevés, pénurie de talents, sécurité de l'emploi. Les chiffres de l'APEC, relayés par L'Étudiant en avril 2026, racontent une tout autre histoire. Les recrutements de cadres dans l'informatique sont passés de 71 920 en 2023 à 57 000 en 2025, soit une chute de 21 % en deux ans.

L'Indeed Hiring Lab affine cette analyse en distinguant les spécialités. Le développement informatique accuse une baisse de 21,5 % des offres d'emploi. L'administration systèmes et réseaux, secteur pourtant stratégique, plonge de 28,4 %. Le conseil, autre secteur prisé des jeunes diplômés, recule de 13 % sur la même période, passant de 30 680 embauches en 2023 à 26 700 en 2025.

Ces chiffres traduisent un double mouvement. D'un côté, les entreprises ont massivement recruté pendant la période post-Covid et ajustent aujourd'hui leurs effectifs. De l'autre, l'automatisation et l'intelligence artificielle commencent à remplacer certaines tâches confiées aux développeurs juniors, réduisant le besoin de nouveaux entrants.

BTP, santé, industrie : ces boucliers qui résistent… mais pour combien de temps encore ?

Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. L'enquête BMO de France Travail montre que l'industrie résiste mieux que les autres, avec une baisse des intentions de recrutement limitée à 2,4 %. La santé et les soins restent un secteur porteur, avec des besoins structurels liés au vieillissement de la population. Le BTP, malgré un recul des offres de 22,9 % selon Indeed, connaît des tensions persistantes sur certains métiers techniques.

Mais ces boucliers sectoriels ne constituent pas une bouée de sauvetage universelle pour les jeunes diplômés. Les métiers de la santé exigent des formations spécifiques et longues. Ceux du BTP souffrent d'un déficit d'attractivité auprès des jeunes urbains issus de filières généralistes. Quant à l'industrie, elle recrute principalement des profils techniques ou des ingénieurs expérimentés, pas des diplômés en marketing ou en sciences humaines.

Le mismatch est donc double : géographique, car les postes disponibles se situent souvent en région alors que les jeunes diplômés sont concentrés dans les grandes métropoles ; et de compétences, car les formations généralistes ne correspondent pas aux besoins des secteurs qui embauchent.

Le paradoxe des 6 à 10 ans d'expérience exigés : pourquoi les entreprises préfèrent un cadre confirmé à un jeune diplômé

Face à l'incertitude économique, les entreprises ont adopté une stratégie de prudence qui se traduit par un arbitrage systématique en faveur de l'expérience. L'APEC le documente clairement : les recrutements de cadres ayant entre 6 et 10 ans d'expérience ont augmenté de 3 % en 2025, tandis que ceux des débutants (moins d'un an d'expérience) ont chuté de 16 % la même année, après avoir déjà baissé de 19 % en 2024.

Ce phénomène n'est pas nouveau, mais son ampleur est inédite. Les entreprises, confrontées à des marges sous pression et à une visibilité réduite sur leurs besoins futurs, préfèrent embaucher des profils immédiatement opérationnels plutôt que d'investir dans la formation de jeunes recrues. Le coût d'intégration d'un junior, estimé entre 30 000 et 50 000 euros la première année (formation, encadrement, productivité réduite), devient un frein rédhibitoire dans un climat d'incertitude.

« Canaries in the coal mine » : quand l'IA supprime 16 % des postes avant que la carrière ne commence

Une étude conjointe du Stanford Digital Economy Lab et de l'université Yale, publiée en novembre 2025, apporte un éclairage troublant sur cette situation. Intitulée « Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence », elle utilise les données de l'entreprise de paie ADP pour analyser l'impact de l'IA sur l'emploi des jeunes.

Les résultats sont sans appel : pour les 22-25 ans travaillant dans des professions exposées à l'IA, l'emploi a baissé de 16 % en termes relatifs par rapport aux professions non exposées, après contrôle des autres facteurs. Les métiers de community manager, de développeur junior, de designer ou d'assistant marketing sont directement en première ligne. L'IA ne remplace pas encore massivement les employés confirmés, mais elle absorbe les tâches qui constituaient le cœur des postes juniors : rédaction de contenu, analyse de données basiques, création d'images, gestion de réseaux sociaux.

Cette étude, reprise par Yale Insights, montre que l'automatisation frappe avant même que les carrières ne commencent, créant un effet de ciseaux entre la disparition des postes d'entrée de gamme et l'exigence croissante d'expérience pour les postes confirmés.

Stages et alternance : ces « remparts » qui se transforment en impasses

Pour contourner l'obstacle de l'expérience, les jeunes multiplient les stages et les contrats en alternance. Mais ces dispositifs, censés faciliter l'insertion, se heurtent à un plafond de verre. Le taux de transformation d'un stage ou d'une alternance en CDI s'effondre : selon l'APEC, il est passé de 45 % en 2022 à moins de 30 % en 2025 pour les jeunes diplômés.

Le problème est structurel. Les entreprises utilisent les stages et l'alternance comme une main-d'œuvre flexible et peu coûteuse, sans engagement de recrutement à la clé. Les jeunes se retrouvent ainsi piégés dans une succession de contrats précaires qui allongent leur parcours d'insertion sans leur garantir un CDI à l'arrivée.

L'étude de Yale pointe également un phénomène inquiétant : les écoles et universités, pour répondre à la demande, multiplient les formations « à la mode » sur l'IA, le numérique ou les data sciences, sans toujours en garantir la qualité ou la pertinence. Les chercheurs appellent cela un « symbolic curriculum overhaul » — une refonte de façade des programmes, destinée à rassurer les étudiants et les employeurs, mais qui ne délivre pas de compétences réellement différenciantes sur le marché du travail.

« Je prends un job alimentaire en attendant » : la stratégie de survie des 18-25 ans face à la pénurie de CDI

Face à ce blocage, les jeunes diplômés développent des stratégies d'adaptation qui révèlent un changement générationnel profond. L'enquête de l'APEC publiée en novembre 2025 documente l'ampleur des concessions que les 18-25 ans sont prêts à faire pour décrocher un emploi, ou simplement pour survivre financièrement.

Le CDI, longtemps considéré comme le Graal de l'insertion professionnelle, n'est plus l'horizon indépassable qu'il était pour les générations précédentes. Les jeunes diplômés l'ont compris : dans le marché actuel, s'accrocher à l'idée d'un contrat à durée indéterminée, c'est risquer de rester sur le carreau. La précarité contractuelle devient la norme, et les jeunes l'acceptent, non par choix, mais par nécessité.

70 % prêts à renoncer au CDI : la fin d'un idéal pour la génération « stable »

Les chiffres de l'APEC sont éloquents. 78 % des jeunes diplômés déclarent valoriser le CDI comme forme d'emploi idéale. Mais dans le même temps, 70 % se disent prêts à y renoncer pour décrocher un poste. Ce décalage entre les aspirations et les concessions acceptées traduit un réalisme économique qui confine au désenchantement.

Les CDD courts, l'intérim, les missions ponctuelles deviennent le lot quotidien de cette génération. L'APEC note que 67 % des jeunes diplômés estiment qu'il leur serait difficile de trouver un poste équivalent à celui qu'ils occupent ou qu'ils recherchent. La peur de perdre ce qu'ils ont, ou de ne pas trouver mieux, les pousse à accepter des conditions qu'ils auraient refusées il y a trois ans.

Cette banalisation de la précarité contractuelle n'est pas sans conséquences sur le moral et les projets de vie. Report de l'achat immobilier, difficulté à se projeter dans un couple ou une parentalité, sentiment d'échec personnel : les effets collatéraux de cette crise de l'emploi jeune sont profonds et durables.

Job alimentaire ou retour en formation : le dilemme cornélien des Bac+5 en 2026

Les données de l'Indeed Hiring Lab montrent une explosion des candidatures par offre dans des secteurs traditionnellement peu prisés des diplômés du supérieur. L'hôtellerie enregistre une hausse de 73 % des candidatures par offre, le support IT de 71 %, la création et le design de 66 %, la comptabilité de 59 %. Des diplômés Bac+5 postulent aujourd'hui à des postes pour lesquels un Bac+2 suffisait il y a deux ans.

Ce mouvement de « déqualification volontaire » pose un dilemme cornélien aux jeunes. D'un côté, accepter un job alimentaire — serveur, caissier, téléconseiller — permet de survivre financièrement et d'éviter le trou sur le CV. De l'autre, cette solution risque de les enfermer dans une trajectoire professionnelle qui ne correspond ni à leur formation ni à leurs ambitions.

Le retour en formation est l'autre option. Mais elle suppose du temps, de l'argent et une capacité à se projeter dans un avenir incertain. Les formations courtes (bootcamps, certificats professionnels) fleurissent, mais leur valeur sur le marché du travail reste discutable. Quant aux reprises d'études longues, elles reportent le problème de quelques années sans garantie de débouchés.

Le choix est d'autant plus difficile que les deux options comportent des risques. Accepter un job alimentaire, c'est prendre le risque de voir ses compétences se dégrader et son réseau professionnel s'étioler. Se former à nouveau, c'est miser sur un avenir qui pourrait une fois encore décevoir les attentes.

Alternance menacée, coût du travail en débat : les politiques publiques accentuent-elles le coup de froid ?

Le rôle de l'État et des politiques publiques dans cette crise mérite d'être examiné. Les dispositifs censés favoriser l'emploi des jeunes — aides à l'alternance, exonérations de charges, primes à l'embauche — sont aujourd'hui remis en question ou réduits, dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques.

Patrick Martin, président du Medef, s'est exprimé en mars 2026 sur le sujet. Dans une intervention largement relayée, il a mis en garde contre ce qu'il qualifie de « renchérissement du coût du travail ». Selon lui, la hausse des charges et la réduction des aides à l'embauche se traduiront mécaniquement par des destructions d'emplois, notamment pour les moins expérimentés.

Cette position, défendue par le principal syndicat patronal, trouve un écho dans les chiffres de l'APEC. Quand les aides à l'alternance sont rabotées ou que les exonérations de charges sont réduites, les entreprises arbitrent en faveur de l'expérience. Le jeune devient un coût, non un investissement. La variable d'ajustement est immédiate : ce sont les moins expérimentés qui trinquent en premier.

Le coût du travail, variable d'ajustement immédiate pour les moins expérimentés

Le lien entre politique publique et emploi jeune est documenté par plusieurs études. Lorsque le gouvernement a réduit les aides à l'alternance en 2024, le nombre de nouveaux contrats a chuté de 12 % dans les mois qui ont suivi. Les petites et moyennes entreprises, particulièrement sensibles au coût du travail, ont été les premières à réduire leurs recrutements de jeunes.

Patrick Martin l'a rappelé dans son intervention : « Chaque fois que l'on renchérit le coût du travail, ce sont les moins qualifiés et les moins expérimentés qui paient l'addition. » Cette analyse économique, contestée par les syndicats de salariés, trouve une traduction concrète dans les statistiques de l'APEC. Les recrutements de cadres débutants ont chuté de 19 % en 2024, année où les aides à l'embauche ont été réduites, puis de 16 % en 2025.

Pour approfondir cette question, vous pouvez lire notre article sur les déclarations de Patrick Martin et l'impact du coût du travail sur l'emploi des jeunes.

43,8 % de projets « difficiles » : le paradoxe France Travail qui enferme le marché

Le paradoxe mis en lumière par l'enquête BMO de France Travail est saisissant. D'un côté, 43,8 % des projets de recrutement sont jugés difficiles par les employeurs. De l'autre, des milliers de jeunes diplômés cherchent un emploi sans trouver preneur. Ce déséquilibre structurel révèle l'inefficacité des mécanismes de mise en relation entre l'offre et la demande de travail.

Les secteurs qui peinent à recruter sont souvent ceux qui offrent des conditions de travail difficiles : BTP, hôtellerie-restauration, soins aux personnes, nettoyage. Les salaires y sont souvent bas, les horaires décalés, la pénibilité réelle. Les jeunes diplômés, même prêts à faire des concessions, n'ont ni la formation ni le réseau pour accéder à ces postes, quand ils ne les refusent pas tout simplement.

Les politiques publiques peinent à corriger ce déséquilibre. Les formations financées par France Travail ciblent souvent des métiers en tension, mais elles sont chronophages et ne garantissent pas l'emploi à la sortie. Quant aux dispositifs d'accompagnement, ils sont saturés : un conseiller France Travail suit en moyenne 120 demandeurs d'emploi, ce qui laisse peu de place à un suivi personnalisé des jeunes diplômés.

« +4 % de reprise, -11 % de passif » : ce que les prévisions 2026 disent vraiment du futur du travail

L'APEC a publié en avril 2026 ses prévisions pour l'année en cours. Le chiffre mis en avant est une légère reprise des recrutements cadres, attendue à +4 % par rapport à 2025. Mais ce rebond, s'il intervient, ne suffira pas à effacer les deux années de crise précédentes. Sur la période 2024-2025, les recrutements de cadres ont chuté de 11 %, passant sous la barre des 300 000 embauches annuelles pour la première fois depuis 2016.

La question centrale est de savoir à qui profitera cette reprise. Les prévisions de l'APEC sont claires : les cadres ayant entre 6 et 10 ans d'expérience seront les premiers bénéficiaires de ce rebond, avec une hausse attendue de leurs recrutements. Les jeunes cadres de moins de 6 ans d'expérience, eux, ne devraient voir leurs embauches progresser que de 1 %. Autrement dit, la reprise contournera les débutants.

+4 % en 2026, -11 % en deux ans : le compte n'y est pas pour les jeunes cadres

Le décryptage des prévisions APEC impose une lecture en deux temps. D'abord, le +4 % annoncé pour 2026 est une moyenne qui masque de fortes disparités. Les entreprises qui ont réduit leurs effectifs en 2024-2025 vont d'abord reconstituer leurs équipes avec des profils expérimentés, qu'elles connaissent et qui sont immédiatement opérationnels.

Ensuite, le passif accumulé est considérable. Même si la reprise atteint +4 %, le niveau des recrutements cadres en 2026 restera inférieur de 7 % à celui de 2023. Pour les jeunes diplômés, le marché de l'emploi de 2026 est structurellement moins porteur que celui qu'ont connu leurs aînés il y a seulement trois ans.

Le chiffre à retenir pour les 18-25 ans est celui que l'APEC délivre en toute fin d'analyse : les cadres de moins de 6 ans d'expérience ne bénéficieraient que de +1 % de recrutements en 2026. Une reprise qui ressemble plus à une stagnation qu'à un rebond.

Trois leçons pour naviguer dans ce marché sans boussole

Face à ce constat, trois enseignements se dégagent pour les jeunes diplômés et ceux qui les accompagnent.

Premièrement, le CDI n'est plus la seule mesure de la réussite professionnelle. Dans un marché où les contrats stables se raréfient, accepter une mission, un CDD ou un contrat en alternance n'est pas un échec, mais une stratégie d'insertion. L'important est d'accumuler de l'expérience, quel que soit le cadre contractuel.

Deuxièmement, la spécialisation à outrance est un risque. L'IA et l'automatisation frappent en priorité les compétences très spécifiques et répétitives. Les jeunes diplômés ont intérêt à développer des compétences transversales — gestion de projet, relation client, capacité d'adaptation — qui résistent mieux à l'automatisation. Comme le montre notre article sur l'impact de l'IA sur les jeunes diplômés, les métiers les plus menacés sont ceux qui peuvent être décomposés en tâches standardisées.

Troisièmement, l'acceptation temporaire d'une déqualification peut être un investissement stratégique. Accepter un poste en dessous de son niveau de formation, dans un secteur qui recrute, permet d'acquérir l'expérience que le marché exige. Ce n'est pas une régression, c'est un détour. L'essentiel est de ne pas s'y enfermer et de continuer à postuler sur des postes correspondant à son niveau de qualification.

Pour ceux qui s'interrogent sur les secteurs à privilégier, notre guide sur la crise de l'audiovisuel et les métiers à éviter ou à choisir en 2026 propose une analyse détaillée des filières qui résistent et de celles qui déclinent.

Conclusion

Le coup de froid qui frappe le marché du travail en 2026 n'est pas une simple mauvaise passe conjoncturelle. Il révèle des transformations structurelles profondes : la prime à l'expérience, l'impact de l'IA sur les postes juniors, la raréfaction des CDI, le décalage entre les formations et les besoins des entreprises. Les 20,5 % de diplômés des grandes écoles sans emploi six mois après leur sortie ne sont pas un accident statistique, mais le symptôme d'un système qui ne parvient plus à intégrer les jeunes générations.

Les prévisions pour 2026 laissent entrevoir une légère reprise, mais celle-ci profitera d'abord aux profils expérimentés. Les débutants devront faire preuve de patience, de flexibilité et de réalisme. Accepter un premier emploi en dessous de ses qualifications, multiplier les expériences courtes, se former en continu : ces stratégies de survie sont en train de devenir les nouveaux codes de l'insertion professionnelle.

Dans ce contexte, le rôle des politiques publiques sera déterminant. Réduire les aides à l'alternance ou augmenter le coût du travail sans filet de sécurité pour les jeunes risque d'aggraver une situation déjà tendue. À l'inverse, des dispositifs ciblés d'accompagnement, de formation et d'incitation à l'embauche des débutants pourraient inverser la tendance. Le futur du travail se joue aujourd'hui, dans la capacité à ne pas laisser une génération entière sur le bord du chemin.

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Questions fréquentes

Quel est le taux de chômage des jeunes diplômés en 2026 ?

20,5 % des diplômés des grandes écoles sont encore en recherche d'emploi six mois après l'obtention de leur diplôme, un record depuis 2005. Le taux de chômage des 15-24 ans atteint 21,1 % au premier trimestre 2026.

Pourquoi les entreprises préfèrent-elles l'expérience aux jeunes diplômés ?

Face à l'incertitude économique, les entreprises privilégient des profils immédiatement opérationnels pour éviter le coût d'intégration d'un junior, estimé entre 30 000 et 50 000 euros la première année. Les recrutements de cadres ayant 6 à 10 ans d'expérience ont augmenté de 3 % en 2025, tandis que ceux des débutants ont chuté de 16 %.

Quels secteurs subissent les plus fortes baisses d'embauche ?

La comptabilité enregistre une baisse de 28,2 % des offres d'emploi, les ressources humaines de 25 %, et l'informatique de 21 % en deux ans. Le développement informatique accuse une baisse de 21,5 %, et l'administration systèmes et réseaux plonge de 28,4 %.

Comment l'intelligence artificielle impacte-t-elle l'emploi des jeunes ?

Une étude de Stanford et Yale montre que l'emploi des 22-25 ans dans les professions exposées à l'IA a baissé de 16 % en termes relatifs. L'IA absorbe les tâches juniors comme la rédaction de contenu ou l'analyse de données, supprimant des postes avant même que les carrières ne commencent.

Quelles stratégies les jeunes adoptent-ils face à la pénurie de CDI ?

70 % des jeunes diplômés se disent prêts à renoncer au CDI pour décrocher un poste. Beaucoup acceptent des jobs alimentaires dans l'hôtellerie ou le support IT, tandis que d'autres multiplient les stages, mais le taux de transformation en CDI est tombé à moins de 30 % en 2025.

Sources

  1. [PDF] Conseiller d'orientation-Psychologue : la vitalité du métier. · snes.edu
  2. Pratiques de recrutement et sélectivité sur le marché du travail · academia.edu
  3. apec.fr · apec.fr
  4. [PDF] Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment ... · digitaleconomy.stanford.edu
  5. francetravail.org · francetravail.org
society-lens
Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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