Les candidatures en alternance se soldent par des refus en série en 2026. Le phénomène n'est pas une impression : il est mesurable. Le nombre de contrats baisse, le nombre de candidats augmente et le coût de l'alternant pour l'employeur s'alourdit. Comprendre ces trois mécanismes permet d'ajuster une stratégie de recherche.

Le constat : un marché qui se retourne
Pour la première fois depuis la loi Avenir professionnel de 2018, les entrées en contrat d'apprentissage ont reculé de 4,8 % en 2025 sur un an. La DARES a compté 57 500 nouveaux contrats débutés fin mars 2025, en baisse de 6 % sur un an. Dans l'enseignement supérieur, la chute est plus marquée : 27 200 contrats, soit une baisse de 16,3 %. En janvier 2026, les formations du supérieur enregistraient 12,4 % de nouvelles entrées en moins sur un an.
Du côté de l'offre, la plateforme JobTeaser a enregistré une diminution de 18 % des offres d'alternance entre mars et septembre 2025 par rapport à 2024. Sur La bonne alternance, 320 000 candidatures ont été déposées au premier trimestre 2026. En moyenne, chaque offre reçoit 22 candidatures, avec de fortes disparités selon les secteurs.
Nour, 22 ans, étudiante en master Finances, a envoyé plus de mille candidatures depuis mai 2025 sans avoir signé de contrat mi-octobre. Elle n'a obtenu que deux entretiens et un contrat annulé après deux jours. Kévin, 24 ans, admis en master monnaie, banque, finance, assurance à Paris Nanterre, a déjà envoyé une centaine de candidatures. Une étudiante en événementiel a témoigné avoir envoyé 250 candidatures sur cinq mois avant de décrocher son alternance.
Le recul s'explique par une conjoncture économique atone, l'incertitude politique et budgétaire, et la baisse des aides de l'État, qui freinent les recrutements.
Budget 2026 : le coût de l'alternant augmente
Le durcissement du marché est directement lié aux changements budgétaires. En 2025, la hausse du SMIC à 1 802 € a alourdi le coût de l'alternant. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, présenté en octobre 2025, prévoyait de supprimer tous les allègements de cotisations sociales sur les rémunérations des apprentis.
Depuis le 1er juillet 2025, les entreprises doivent s'acquitter d'une contribution de 750 € pour chaque contrat d'apprentissage de niveau bac+3 et plus. Depuis mars 2025, la partie de la rémunération supérieure à 50 % du SMIC ne bénéficie plus de l'exonération de cotisations salariales. Le PLFSS 2026 prévoyait d'étendre cette suppression à l'ensemble de la rémunération pour les contrats signés à partir du 1er janvier 2026. Un décret du 6 mars 2026 a fixé de nouveaux montants pour l'aide à l'embauche des apprentis pour les contrats conclus à partir du 8 mars 2026.

Ces mesures cumulées renchérissent le recrutement d'un alternant au moment où les entreprises cherchent à réduire leurs charges.
Le salaire des apprentis : ce que le vote du 7 novembre a changé
L'Assemblée nationale a rejeté le 7 novembre 2025 la suppression de l'exonération des cotisations sociales salariales pour les apprentis. Cette décision évite une baisse de salaire de 102 à 187 € par mois pour les nouveaux contrats. L'ANAF (association nationale des apprentis de France) avait lancé une pétition contre cette suppression, mesure qu'elle a qualifiée d'"inadmissible".
Le salaire des apprentis est donc préservé. Mais le coût global de l'alternant pour l'employeur a augmenté, ce qui suffit à expliquer la baisse des offres.
Où chercher : les pistes que les données dessinent
Malgré le recul général, certaines zones restent moins saturées. Sur 320 000 candidatures déposées au premier trimestre 2026 sur La bonne alternance, 84 % concernaient des postes en région parisienne. En Île-de-France, il y a deux candidatures pour une offre. En Auvergne-Rhône-Alpes, il y a une candidature pour trois offres. La bonne alternance a enregistré près de 6 000 offres déposées directement sur la plateforme au premier trimestre 2026, un volume quasi stable par rapport au premier trimestre 2025 (+1 %).
Les candidats qui élargissent leur recherche géographique et utilisent les plateformes spécialisées ont plus de chances de trouver un contrat.
Un enjeu pour l'enseignement supérieur
La baisse des contrats d'apprentissage a des conséquences sur l'enseignement supérieur. Selon l'IALPHA, depuis 2018, les apprentis représentent entre 57 et 80 % des effectifs des écoles concernées. La réduction des contrats fragilise le modèle économique de ces formations.
Ce durcissement du marché de l'alternance est un signal pour les étudiants et les écoles. Les données montrent où la concurrence est la plus forte et quelles mesures budgétaires pèsent sur les recrutements. L'évolution des aides publiques reste à suivre.