714 905 emplois, le chiffre qui parle
Le travail temporaire a représenté 714 905 emplois ETP en 2025, en recul de 4,6 % par rapport à 2024. C'est la troisième année consécutive de baisse, après -3,7 % en 2023 et -7,3 % en 2024. Le pic historique date de 2022, à 825 000 ETP, porté par la reprise post-Covid. Depuis, l'interim perd du terrain chaque année.

Au premier trimestre 2025, l'emploi intérimaire a chuté de 5,9 % par rapport au même trimestre 2024, soit 44 200 emplois en moins. Selon l'INSEE, le niveau reste à 8,6 % en dessous du seuil d'avant la crise Covid. Le marché ne s'effondre pas d'un coup, il se contracte doucement, mais sûrement.
Les secteurs les plus touchés
La baisse ne frappe pas partout avec la même force. Le transport et l'entreposage encaissent le plus, avec une contraction de 11,7 %. Le commerce suit à -7,7 %, puis les services à -7,1 %. Le BTP recule de 2,4 %. L'industrie, elle, ne baisse que de 0,6 % et reste le secteur le plus porteur : près de 4 intérimaires sur 10 travaillent dans des usines. Une reprise a même été observée en janvier 2026, avec une hausse de 4,9 % dans l'industrie.
Ce décalage s'explique par des dynamiques différentes. Le transport et le commerce subissent de plein fouet le repli de la consommation. L'industrie, avec ses cycles de production plus longs et ses besoins constants de main-d'œuvre qualifiée, absorbe mieux la conjoncture.
Un million de jeunes concernés
L'intérim n'est pas un marché comme les autres pour les jeunes. En logistique, dans l'agroalimentaire et le commerce, près d'un million d'intérimaires ont moins de 25 ans. La moitié est titulaire du baccalauréat, un petit tiers a entamé des études supérieures. Ce sont des jeunes en transition — entre deux formations, entre deux projets, parfois sans diplôme — qui utilisent l'interim comme un tremplin.
Selon le baromètre Enso 2025, 76 % des jeunes intérimaires déclarent y recourir par choix. Ils ne sont pas tous contraints. Beaucoup y voient un moyen de gagner de l'argent tout en étudiant, ou de tester des secteurs avant de s'engager. Mais ce choix se heurte désormais à un marché qui rétrécit.
Les témoignages du terrain
Augusta, 24 ans, diplômée en communication, a envoyé 1 000 candidatures en cinq mois. Dix entretiens, aucune embauche. Le motif invoqué : le manque d'expérience. Mélina, 21 ans, aussi en communication, a déployé un CV vidéo, une lettre rédigée en récit, envoyé un CD physique à 25 entreprises. Quatre réponses, aucune positive. Curtis, développeur, constate que son entreprise « n'embauche quasiment plus de juniors » et que le travail est désormais confié à des collaborateurs à l'étranger. Sabrina, 19 ans, étudiante, n'a trouvé aucun job étudiant en cinq mois de recherche.

Ces profils ne sont pas représentatifs de tous les jeunes, mais ils illustrent une tendance confirmée par l'APEC : les recrutements de cadres débutants ont baissé de 16 % en 2025, après -19 % en 2024. Parmi les diplômés de 2024, 82 % jugent leur recherche difficile, 57 % ont envoyé plus de 30 candidatures, et 40 % ont mis plus de six mois. La concurrence s'est intensifiée, les candidats des promotions précédentes se cumulent avec les nouveaux diplômés, et les postes se raréfient.
Les chiffres de l'INSEE confirment la fragilité de la situation : les moins de 25 ans représentent 12,3 % des demandeurs d'emploi au troisième trimestre 2025, en hausse de 0,3 point. Ils sont plus souvent en CDD (18,6 % contre 6,5 % pour les 25 ans et plus), mais moins souvent intérimaires (1,2 % contre 2,6 %). L'interim n'est donc pas le premier recours des jeunes sur le marché global, mais dans les secteurs où il domine — logistique, commerce, agroalimentaire — il reste un canal d'accès essentiel.
Ce coup de froid sur le marché du travail frappe l'ensemble des métiers en 2026, et les jeunes sont en première ligne.
Pourquoi l'intérim recule
La baisse de l'interim ne s'explique pas par une seule cause. Prism'emploi identifie deux dynamiques structurelles qui redessinent le marché.
La concurrence du CDI intérimaire
Le CDI intérimaire (CDII) séduit de plus en plus de profils en quête de stabilité. Ce contrat, qui combine la sécurité d'un CDI avec la variété des missions, attire des travailleurs qui auparavant alternaient entre plusieurs contrats temporaires. Le phénomène réduit le vivier de candidats disponibles pour les missions classiques, mais il réduit aussi, côté entreprises, le recours à l'interim pur. L'attrait du CDII pour les travailleurs expérimentés accentue la pression sur les jeunes, qui doivent rivaliser avec des profils plus anciens pour accéder aux mêmes missions.
Le recrutement direct par les entreprises
Les entreprises utilisatrices recrutent de plus en plus directement les intérimaires en CDI. Un travailleur en mission prouve sa valeur sur le terrain, et l'entreprise préfère l'embaucher plutôt que de prolonger l'intérim. Ce mécanisme profite aux intérimaires qui trouvent ainsi un emploi stable, mais il vide le circuit de l'interim de ses meilleurs profils, rendant l'accès plus difficile pour les nouveaux entrants.
Le repli sectoriel
Le recul de la consommation pèse sur le transport, le commerce et les services — trois secteurs qui embauchaient massivement en intérim. Les entreprises réduisent leurs stocks, limitent leurs commandes, et réduisent en conséquence leurs besoins en main-d'œuvre flexible. L'industrie résiste mieux, mais elle représente un marché plus exigeant, où les compétences techniques sont souvent requises.
Comme le souligne le Medef, la hausse du coût du travail risque de se traduire par des destructions d'emplois, et les jeunes sont en première ligne de ce mouvement.
L'interim, encore une porte d'entrée ?
La question mérite d'être posée : malgré la baisse, l'interim reste-t-il un tremplin viable pour les jeunes peu ou pas diplômés ?
Ce qui joue en sa faveur
L'interim permet d'entrer sans expérience préalable. Dans la logistique, l'agroalimentaire et le commerce, les exigences sont souvent limitées à une capacité physique et une disponibilité. Les 76 % de jeunes qui y recourent par choix témoignent d'une valorisation du modèle : liberté de planification, diversité des missions, possibilité de concilier avec des études. Prism'emploi rappelle que l'interim est un moteur de formation et d'inclusion, dont le potentiel doit être libéré.
Ce qui complique la donne
La baisse des missions réduit mécaniquement les opportunités. Dans les secteurs les plus touchés — transport (-11,7 %), commerce (-7,7 %) — les postes se raréfient. Les jeunes peu qualifiés, qui n'ont pas les compétences requises pour l'industrie, se retrouvent face à un marché plus concurrentiel. La concurrence des CDII et du recrutement direct signifie que les meilleurs profils sont absorbés en premier, laissant les plus jeunes et les moins expérimentés avec les miettes.
Le marché de l'emploi pour les jeunes est par ailleurs touché par une conjoncture plus large. La récession attendue en 2026 place les jeunes actifs en première ligne. Les recrutements de cadres débutants continuent de reculer, et la compétition s'intensifie à chaque niveau de qualification.
L'interim n'est pas mort, mais il se transforme. Le CDI intérimaire attire désormais une partie des profils qui alimentaient les missions courtes. Les entreprises recrutent directement les intérimaires performants. Pour les jeunes, cela signifie que l'interim reste accessible, mais qu'il faut désormais plus de candidatures, plus de persévérance, et parfois plus de formation pour décrocher une mission. Le tremplin existe, mais il est moins large qu'avant.