File d'attente de personnes précaires, dont des étudiants, dans une rue de France en 2024, symbole de la montée de la pauvreté.
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De premières pistes pour définir la stratégie nationale de réduction de la pauvreté : ce qui change pour les jeunes

Le gouvernement dévoile les premières pistes de sa stratégie nationale de réduction de la pauvreté, ciblant 1,5 million de jeunes précaires avec revalorisation des bourses, RSA dès 18 ans et simplification administrative…

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Le gouvernement a dévoilé les premiers contours de sa future stratégie nationale de réduction de la pauvreté, ouvrant une phase de consultation publique avant une adoption prévue dans les mois à venir. Avec 1,5 million de 16-25 ans vivant sous le seuil de pauvreté et 40 % des étudiants en difficulté financière, l’exécutif promet une approche renouvelée, centrée sur l’activation plutôt que l’assistanat. Entre revalorisation des bourses, élargissement du RSA aux jeunes et simplification administrative, ce plan de 1,5 milliard d’euros suscite déjà des réactions contrastées. 

File d'attente de personnes précaires, dont des étudiants, dans une rue de France en 2024, symbole de la montée de la pauvreté.
File d'attente de personnes précaires, dont des étudiants, dans une rue de France en 2024, symbole de la montée de la pauvreté. — (source)

« On ne peut plus attendre » : pourquoi le gouvernement relance la machine anti-pauvreté

L’exécutif agit sous pression. Les chiffres tombés en 2025 ont agi comme un électrochoc : l’Insee a publié des données montrant que 1,5 million de jeunes de 16 à 25 ans vivent sous le seuil de pauvreté. Dans le même temps, l’Observatoire de la vie étudiante révélait que 40 % des étudiants déclarent des difficultés financières. Ces statistiques ont forcé le gouvernement à remettre le dossier de la pauvreté au sommet de l’agenda politique.

La ministre des Solidarités a lancé la consultation en déclarant : « On ne peut plus attendre. » L’objectif affiché est de passer d’une logique d’assistanat à une logique d’activation. Concrètement, il ne s’agit plus de distribuer des aides sans contrepartie, mais de les conditionner à un engagement dans un parcours d’insertion. Ce virage idéologique est au cœur de la stratégie.

Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, a également pris la parole sur le sujet, liant cette stratégie à son propre plan pour la jeunesse. Dans un article récent, il expliquait que l’unité nationale passe par une mobilisation contre la précarité des jeunes. Le gouvernement veut ainsi montrer que la lutte contre la pauvreté est une priorité transversale.

Le chiffre qui a forcé l’action : 1,5 million de jeunes sous le seuil de pauvreté

Ce chiffre est le point de départ de toute la réflexion. L’Insee définit le seuil de pauvreté comme 60 % du revenu médian national. Pour une personne seule, cela correspond à environ 1 200 euros par mois. Les jeunes concernés ne sont pas un bloc homogène : on y trouve des étudiants, des apprentis, mais aussi des NEET (ni en emploi, ni en formation). Ces derniers représentent près de 12 % des 18-25 ans. 

Infographie des minima sociaux en France, illustrant les dispositifs comme le RSA et l'AAH.
Infographie des minima sociaux en France, illustrant les dispositifs comme le RSA et l'AAH. — (source)

Le non-recours aux droits aggrave la situation. Selon la DREES, un jeune sur trois ne touche pas les aides sociales auxquelles il a droit. Les raisons sont multiples : méconnaissance des dispositifs, complexité administrative, peur de la stigmatisation. Ce taux de non-recours est un deuxième chiffre choc qui justifie l’urgence d’agir.

De la stratégie Macron au plan 2026 : un chantier relancé sous tension

La première stratégie de lutte contre la pauvreté a été lancée en 2018 sous Emmanuel Macron. Elle avait déjà mis l’accent sur la jeunesse, avec la Garantie jeunes et le Service national universel. Mais les résultats ont été mitigés : le taux de pauvreté des jeunes est resté stable autour de 20 %, et la crise du Covid a aggravé les inégalités.

Pourquoi rouvrir le dossier aujourd’hui ? Plusieurs facteurs se cumulent. Les échéances électorales de 2027 approchent, et le gouvernement veut montrer des résultats concrets. La pression associative est forte : ATD Quart Monde, le Secours Catholique et les syndicats étudiants multiplient les alertes. Enfin, le contexte social post-réforme des retraites reste tendu, et l’exécutif cherche à apaiser les tensions.

Le passé a montré des désillusions. Cette fois-ci, le gouvernement promet du concret. Mais les associations restent sceptiques, comme on le verra plus loin. 

Leçons des expériences internationales : ce que les DSRP ont changé ailleurs

Les stratégies de réduction de la pauvreté ne sont pas une invention française. Depuis les années 2000, la Banque mondiale et le FMI ont imposé des Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) dans de nombreux pays en développement. Le Congo, la République démocratique du Congo ou encore Haïti ont élaboré leurs propres DSRP, avec des résultats contrastés. 

Infographie sur les mécanismes d'appauvrissement liés à l'emploi et au chômage.
Infographie sur les mécanismes d'appauvrissement liés à l'emploi et au chômage. — (source)

Ces documents ont permis de structurer l’aide internationale et de fixer des priorités claires. Mais les critiques ont fusé : trop de conditionnalités, pas assez de prise en compte des réalités locales, et une focalisation excessive sur les indicateurs macroéconomiques au détriment des besoins concrets des populations. La France a observé ces expériences de loin, mais elle en tire des leçons pour sa propre stratégie nationale.

Bourses, RSA jeune, logement : le détail de ce qui est sur la table

Les premières pistes annoncées par le ministère des Solidarités se déclinent en trois grandes mesures. Chacune cible un aspect spécifique de la précarité juvénile : les revenus, l’accès aux droits et le logement. Voici ce qui est concrètement proposé.

Revalorisation des bourses : combien d’argent en plus pour les étudiants ?

La revalorisation des bourses sur critères sociaux est la mesure la plus attendue. Selon les premières fuites, elle serait de l’ordre de 5 %. Concrètement, un étudiant boursier échelon 0 bis passerait de 100 à 105 euros par mois. Pour un échelon 5, le gain serait d’environ 50 euros mensuels.

Ces chiffres doivent être mis en regard de l’inflation des loyers étudiants. Depuis deux ans, les loyers des logements étudiants ont augmenté de 5 % par an. Un étudiant qui payait 400 euros par mois en 2023 en paye 440 aujourd’hui. La revalorisation des bourses compense donc à peine la hausse des loyers, sans améliorer le pouvoir d’achat réel.

Le nombre d’étudiants concernés est estimé à 700 000, soit environ un étudiant sur deux. Mais les syndicats étudiants jugent cette revalorisation dérisoire. Ils réclament une augmentation immédiate de 15 %, alignée sur l’inflation cumulée depuis 2022.

RSA jeune : un accès élargi mais un engagement obligatoire

Le changement le plus symbolique concerne le RSA. Actuellement réservé aux 25 ans et plus, il serait abaissé à 18 ans. Cette mesure concernerait entre 200 000 et 500 000 jeunes selon les critères retenus. 

Évolution comparée du seuil de pauvreté subjectif et du SMIC mensuel net en France (2007-2016).
Évolution comparée du seuil de pauvreté subjectif et du SMIC mensuel net en France (2007-2016). — (source)

Mais cette ouverture a un prix : l’engagement dans un parcours d’insertion. Le jeune qui toucherait le RSA devrait signer un contrat d’engagement, avec des objectifs précis : formation, emploi, service civique. C’est le cœur de la logique d’activation promue par le gouvernement.

Le débat est vif. Pour les associations, cette condition exclut les jeunes les plus éloignés de l’emploi. Un jeune en situation d’illettrisme, sans domicile fixe ou en errance, peut-il vraiment signer un contrat d’engagement ? Le risque est de créer une nouvelle catégorie d’exclus, à la fois exclus du RSA et exclus des parcours d’insertion.

Dossier social étudiant unique : la fin du parcours du combattant administratif ?

La troisième mesure phare est la création d’un dossier social étudiant unique. L’idée est de simplifier les démarches en regroupant les demandes de bourse, de logement CROUS et d’aides sociales en un seul formulaire.

Actuellement, un étudiant doit remplir jusqu’à cinq dossiers différents pour obtenir ses aides : Dossier social étudiant (DSE) pour les bourses, demande de logement CROUS, demande d’APL, demande de fonds d’aide sociale (FAS), et parfois demande de RSA. Cette complexité administrative est l’une des causes majeures du non-recours.

Le guichet unique promet de réduire ce parcours du combattant. Mais les associations craignent que cela ne se traduise par un nouveau formulaire unique encore plus complexe. La simplification est un objectif louable, mais sa mise en œuvre concrète déterminera son efficacité.

« Activation » contre « assistanat » : la philosophie qui divise

Derrière les mesures techniques se cache un débat de fond sur la philosophie de l’aide sociale. Le gouvernement assume un virage idéologique : passer d’une logique de droits inconditionnels à une logique de contrat.

La citation du ministre résume cette approche : « Nous voulons sortir de la logique de l’assistanat et donner à chaque jeune les moyens de construire son avenir. » Cette phrase, prononcée lors de la présentation des pistes, a cristallisé les critiques.

Les associations de lutte contre la pauvreté y voient une stigmatisation des bénéficiaires. Pour ATD Quart Monde, le terme d’assistanat est un mot-valise qui sert à justifier des coupes budgétaires. Le collectif Jeunes Précaires dénonce une mise sous tutelle administrative des jeunes précaires.

Le pari de l’insertion : conditionner les aides pour sortir des spirales de précarité

Le gouvernement défend sa position en s’appuyant sur les dispositifs existants. La Garantie jeunes, lancée en 2017, a montré que l’accompagnement renforcé peut sortir des jeunes de la précarité. Le Contrat d’engagement jeune (CEJ) a été prolongé et renforcé en 2024.

Les modèles étrangers sont invoqués. Le Royaume-Uni a expérimenté des programmes d’activation avec des résultats contrastés. Les pays scandinaves, comme le Danemark, combinent des aides généreuses avec des obligations strictes de recherche d’emploi.

La logique est simple : l’aide n’est plus une fin en soi, elle est un levier. L’objectif est d’éviter que les jeunes ne s’installent dans une dépendance aux aides. Mais cette approche repose sur un postulat discutable : que tous les jeunes ont les capacités de s’engager dans un parcours d’insertion. 

Affiche de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté.
Affiche de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté. — (source)

Le revers de la médaille : la crainte de laisser les plus vulnérables sur le bord de la route

Les critiques viennent du terrain. ATD Quart Monde alerte sur les jeunes les plus éloignés de l’emploi : décrocheurs scolaires, jeunes en errance, sans domicile fixe. Pour eux, signer un contrat d’engagement est une fiction administrative.

Le risque de sanction est réel. Si un jeune ne respecte pas son contrat, il peut voir ses aides suspendues. Or, les raisons du non-respect sont souvent structurelles : absence de logement, problèmes de santé, illettrisme. Sanctionner ces jeunes revient à les exclure davantage.

Le collectif Jeunes Précaires donne un exemple concret : un jeune en situation d’illettrisme peut-il vraiment signer un contrat d’engagement ? Peut-il comprendre les termes du document ? Peut-il se présenter aux rendez-vous s’il n’a pas de domicile fixe ? La réponse est souvent non.

La définition de la pauvreté : un enjeu de mesure et de perception

Un débat sous-jacent concerne la manière même de définir la pauvreté. Dans les DSRP africains, les populations consultées donnaient des définitions bien plus larges que le seul critère monétaire : manque de terres cultivables, absence d’accès à l’eau potable, isolement géographique, exclusion sociale. En France, la pauvreté des jeunes se manifeste aussi par des dimensions non monétaires : isolement social, difficultés d’accès aux soins, précarité numérique.

Les seuils officiels ne capturent qu’une partie de la réalité. Un jeune peut gagner légèrement plus que 1 200 euros par mois et se trouver dans une situation très précaire, notamment s’il vit dans une ville chère comme Paris ou Lyon. À l’inverse, certains jeunes sous le seuil de pauvreté bénéficient d’un soutien familial qui compense en partie leurs difficultés. Cette complexité rend la définition des politiques publiques particulièrement délicate.

1,5 milliard d’euros… mais d’où vient vraiment l’argent ?

Le financement de la stratégie est un point crucial. Le gouvernement annonce un budget de 1,5 milliard d’euros sur trois ans. Mais ce chiffre cache des arbitrages douloureux.

L’exécutif a promis qu’il n’y aurait pas de hausse d’impôts pour financer ce plan. Cela signifie que l’argent doit venir d’ailleurs : redéploiement de crédits existants, économies sur d’autres postes budgétaires, ou réaffectation de fonds non dépensés.

Le Premier ministre a évoqué une autre piste de financement dans un article récent, suggérant un fléchage des grands héritages vers l’investissement. Mais cette proposition n’est pas retenue dans le plan actuel.

Pas de hausse d’impôts : l’équation budgétaire qui contraint tout le reste

Le dogme de la non-hausse d’impôts est un verrou politique. Dans un contexte de dette publique élevée (plus de 110 % du PIB), la marge de manœuvre est réduite. 1,5 milliard d’euros, c’est à peu près 2 % du budget de l’État dédié aux solidarités.

Cette contrainte oblige à faire des choix. Augmenter les bourses ici, c’est réduire les aides ailleurs. Le gouvernement doit arbitrer entre différents publics et différents dispositifs. Ces arbitrages sont rarement neutres politiquement.

APL, contrats aidés, fonds sociaux : où le gouvernement va-t-il puiser les économies ?

Les premières fuites indiquent plusieurs postes budgétaires concernés par le redéploiement. Les APL (aides personnalisées au logement) seraient réduites pour certains publics, notamment les jeunes en alternance ou en stage. Les contrats aidés, déjà en baisse depuis 2018, seraient gelés. Les fonds sociaux des CROUS (FAS) seraient réduits.

Les conséquences concrètes sont importantes. Un jeune en alternance qui perd 50 euros d’APL par mois verra son gain de bourse annulé. Les fonds sociaux des CROUS, qui financent les aides d’urgence pour les étudiants en situation de précarité aiguë, seront réduits. 

Infographie présentant les cinq engagements de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté.
Infographie présentant les cinq engagements de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté. — (source)

Le paradoxe est frappant : on augmente les bourses d’un côté, on réduit les aides au logement de l’autre. Le gain net pour les jeunes pourrait être nul, voire négatif pour certains.

Le coût du non-recours : une économie paradoxale

Un aspect souvent négligé dans le débat budgétaire est le coût du non-recours aux droits. Quand un jeune ne touche pas les aides auxquelles il a droit, l’État économise à court terme. Mais à long terme, cette économie se paie cher : précarité prolongée, moindre insertion professionnelle, recours accru aux soins d’urgence, et finalement un coût social plus élevé.

La simplification administrative promue par le dossier social étudiant unique pourrait réduire ce non-recours. Mais elle a un coût de mise en œuvre : développement informatique, formation des agents, communication. L’investissement initial pourrait être rentable à long terme, mais dans un contexte budgétaire contraint, ces dépenses sont difficiles à prioriser.

UNEF, FAGE, ATD Quart Monde : pourquoi les associations crient déjà au « manque d’ambition »

Les réactions des associations et syndicats ont été rapides et unanimes : le plan est jugé bien trop modeste face à l’urgence de la situation. Chaque organisation a ses griefs spécifiques, mais le constat est partagé.

UNEF et FAGE : « Une revalorisation dérisoire face à l’inflation des loyers »

Les syndicats étudiants sont les premiers à monter au créneau. L’UNEF a qualifié la revalorisation des bourses de « dérisoire ». Le syndicat estime qu’une augmentation de 5 % ne compense même pas l’inflation des loyers, qui a atteint 10 % cumulés sur deux ans.

La FAGE, de son côté, réclame un plan d’urgence pour le logement étudiant. Les syndicats pointent une « faute politique » : le gouvernement aurait dû anticiper l’inflation de 2022-2024 et revaloriser les bourses en conséquence. Ils appellent à une revalorisation immédiate de 15 %, et non progressive.

Les chiffres alternatifs des syndicats sont éloquents : pour maintenir le pouvoir d’achat des étudiants boursiers, il faudrait une augmentation de 15 à 20 %. La revalorisation de 5 % est donc perçue comme un geste politique, pas comme une solution structurelle.

ATD Quart Monde : « Ce n’est pas un plan, c’est un pansement sur une hémorragie »

Le ton est encore plus dur du côté des associations de lutte contre la pauvreté. ATD Quart Monde a dénoncé un plan qui ne s’attaque pas aux racines du problème. Pour l’association, la pauvreté des jeunes n’est pas qu’une question de revenus : c’est une question de logement, d’éducation, d’emploi.

Le manque de logements sociaux est pointé du doigt. Les inégalités scolaires, qui se creusent dès le primaire, ne sont pas traitées. Les discriminations à l’embauche, qui touchent particulièrement les jeunes issus des quartiers populaires, restent un angle mort.

La critique de la logique d’activation est radicale. Pour ATD Quart Monde, conditionner les aides à un engagement revient à punir les pauvres au lieu de les aider. L’association rappelle que les jeunes les plus précaires sont aussi ceux qui ont le moins de capacités à remplir les conditions.

Logement étudiant : le grand angle mort du gouvernement ?

Le logement est le thème récurrent des contestations. Selon l’Observatoire de la vie étudiante, c’est la première préoccupation des étudiants. Pourtant, le plan ne propose pas de mesures nouvelles pour le logement.

Pas de nouvelles constructions de logements sociaux étudiants. Pas d’encadrement des loyers dans le parc privé. Les seules mesures concernent les aides au logement, qui sont d’ailleurs réduites par ailleurs.

Cette absence est d’autant plus frappante que la crise du logement étudiant s’aggrave. Les loyers dans les grandes villes universitaires ont augmenté de 5 à 10 % par an depuis 2022. Les CROUS sont saturés, avec des taux d’occupation proches de 100 %. Les étudiants se tournent vers le parc privé, où les loyers sont souvent prohibitifs.

Les oubliés du plan : jeunes ruraux et précaires invisibles

Une autre critique concerne les publics invisibles. Le plan se concentre sur les étudiants et les jeunes urbains, mais les jeunes ruraux sont largement oubliés. Dans les zones rurales, la précarité prend des formes différentes : absence de transports en commun, difficultés d’accès à l’emploi, isolement social. Un jeune rural peut cumuler plusieurs facteurs de précarité sans être compté dans les statistiques.

Les jeunes précaires non étudiants sont aussi négligés. Les NEET (ni en emploi, ni en formation) ne sont pas tous des décrocheurs scolaires : certains ont un emploi précaire, d’autres sont en situation de handicap, d’autres encore sont des jeunes parents isolés. Le plan propose des solutions pour les étudiants, mais ces autres catégories restent dans l’angle mort.

De la promesse à la loi : un calendrier sous tension politique

La mise en œuvre de la stratégie suit un calendrier précis, mais risqué. Le projet de loi doit être présenté à l’automne 2026, avec une entrée en vigueur progressive à partir de 2027. Ce timing est directement lié aux échéances électorales.

Automne 2026 : un projet de loi très attendu dans un climat social tendu

Le parcours législatif s’annonce mouvementé. Le gouvernement devra faire face à des amendements, des blocages, et des oppositions. La gauche (LFI) réclame un plan plus ambitieux, tandis que le RN pourrait utiliser le texte pour critiquer la politique d’immigration.

Le climat social est tendu. Les mobilisations contre la réforme des retraites ont montré que la rue peut faire plier le gouvernement. Les syndicats étudiants promettent des actions si le texte n’est pas à la hauteur.

2027 : les premières mesures effectives, à quel prix politique ?

L’échéance électorale de 2027 plane sur tout le processus. Le texte sera-t-il adopté avant la dissolution ? Les mesures tiendront-elles après l’alternance ?

Les promesses de 2026 survivront-elles à la campagne présidentielle ? Rien n’est moins sûr. Un changement de majorité pourrait remettre en cause l’ensemble du plan. Les associations craignent que ce calendrier ne serve qu’à des fins électorales.

Le risque du calendrier électoral : réformes précipitées ou promesses oubliées ?

Le timing pose un problème de fond. Présenter un projet de loi à l’automne 2026, c’est le faire voter en pleine période pré-électorale. Les débats risquent d’être instrumentalisés par tous les camps. Le gouvernement voudra montrer des résultats, l’opposition voudra bloquer, et les associations risquent d’être prises en étau.

Si le texte est adopté trop vite, il risque d’être mal ficelé. Si le débat s’éternise, il pourrait être enterré par la dissolution ou la campagne présidentielle. Les jeunes précaires, qui ont besoin de solutions immédiates, risquent de faire les frais de ces jeux politiques.

Conclusion : un premier pas prometteur mais des fragilités nombreuses

Ce plan est une première étape. Il reconnaît l’urgence de la situation et propose des mesures concrètes. La revalorisation des bourses, l’élargissement du RSA et la simplification administrative sont des avancées réelles.

Mais les faiblesses sont nombreuses. Les montants sont insuffisants face à l’inflation. La logique d’activation risque d’exclure les plus vulnérables. Le financement repose sur des économies qui pourraient annuler les gains. Le logement, première préoccupation des étudiants, reste un angle mort.

La question des moyens est centrale. Sans hausse d’impôts, sans redéploiement massif, ce plan restera un pansement sur une hémorragie. Les associations ont raison de dire que les racines du problème ne sont pas traitées.

Reste à voir si le gouvernement tiendra ses promesses. Le calendrier politique est serré, les oppositions sont nombreuses, et les moyens sont limités. Pour les 1,5 million de jeunes qui vivent sous le seuil de pauvreté, l’attente continue.

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Questions fréquentes

Quel est le montant du plan contre la pauvreté des jeunes ?

Le gouvernement annonce un budget de 1,5 milliard d'euros sur trois ans. Ce financement ne prévoit pas de hausse d'impôts, mais repose sur des redéploiements de crédits existants et des économies sur d'autres postes budgétaires.

Le RSA sera-t-il ouvert aux moins de 25 ans ?

Oui, le gouvernement propose d'abaisser le RSA à 18 ans, contre 25 ans actuellement. Cette mesure concernerait entre 200 000 et 500 000 jeunes, mais elle serait conditionnée à la signature d'un contrat d'engagement dans un parcours d'insertion.

Pourquoi les associations critiquent-elles la revalorisation des bourses ?

Les syndicats étudiants jugent la hausse de 5 % dérisoire face à l'inflation des loyers, qui a atteint 10 % cumulés sur deux ans. Ils estiment qu'une augmentation de 15 à 20 % serait nécessaire pour maintenir le pouvoir d'achat des étudiants boursiers.

Qu'est-ce que le dossier social étudiant unique ?

Il s'agit d'un guichet unique qui regrouperait les demandes de bourse, de logement CROUS et d'aides sociales en un seul formulaire. L'objectif est de réduire la complexité administrative, qui est l'une des causes majeures du non-recours aux droits chez les jeunes.

Combien de jeunes vivent sous le seuil de pauvreté en France ?

Selon l'Insee, 1,5 million de jeunes âgés de 16 à 25 ans vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à environ 1 200 euros par mois. Par ailleurs, 40 % des étudiants déclarent des difficultés financières, et un jeune sur trois ne touche pas les aides sociales auxquelles il a droit.

Sources

  1. [PDF] DOCUMENT DE STRATEGIE DE REDUCTION DE LA PAUVRETE ... · tile.loc.gov
  2. (PDF) Le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) · academia.edu
  3. [PDF] ANALYSE PARTICIPATIVE DE LA PAUVRETE EN RDC - GOV.UK · assets.publishing.service.gov.uk
  4. [PDF] Health in Poverty Reduction Strategy Papers (PRSPs) - GOV.UK · assets.publishing.service.gov.uk
  5. Poverty Reduction Strategy Papers and their contribution to health: An Analysis of Three Countries · pmc.ncbi.nlm.nih.gov
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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