Le premier ministre prenant la parole dans un cadre institutionnel.
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« Chiche » : le Premier ministre favorable à un fléchage des grands héritages vers l'investissement

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lance un « chiche » aux grandes fortunes : flécher volontairement leurs héritages vers des fonds souverains plutôt qu’une taxe.

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Le 2 juillet 2026, aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, le Premier ministre Sébastien Lecornu a lancé un « chiche » aux grandes fortunes françaises. Il les invite à flécher volontairement une partie de leurs transmissions patrimoniales vers des fonds d'investissement dédiés à la souveraineté nationale. Cette proposition, présentée comme une alternative à la taxe Zucman rejetée quelques mois plus tôt, fait débat. Derrière l'appel solennel du chef du gouvernement se cachent des questions brûlantes sur la justice fiscale, l'égalité des chances et le financement de l'économie réelle.

Le premier ministre prenant la parole dans un cadre institutionnel.
Le premier ministre prenant la parole dans un cadre institutionnel. — (source)

Le 2 juillet 2026, Sébastien Lecornu lance son « chiche » : le grand pari des héritages aux Rencontres d'Aix

C'est dans le cadre feutré des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence que Sébastien Lecornu a prononcé son « chiche ». Le Premier ministre s'adressait directement aux détenteurs de très grands patrimoines : pourquoi ne pas flécher une partie des transmissions vers des fonds d'investissement destinés à la souveraineté du pays ? L'idée n'est pas sortie de nulle part. Elle répond directement à une proposition du prix Nobel d'économie Philippe Aghion, qui avait suggéré un mécanisme de « mécénat forcé » dans les semaines précédant l'été 2026.

Le chiffre de 6 milliards d'euros a été avancé par Lecornu pour illustrer les besoins de financement de la défense nationale. Une somme qui donne une idée de l'ambition affichée. Le Premier ministre a présenté cette mesure comme une piste possible pour le projet de budget qui sera présenté en octobre 2026. Pas de contrainte légale, pas de nouvel impôt : un défi lancé à la conscience des grandes fortunes.

De l'idée d'Aghion au défi du Premier ministre : petite genèse d'une proposition choc

Philippe Aghion n'est pas un inconnu dans les cercles du pouvoir. L'économiste, prix Nobel 2025, avait proposé un mécanisme original dans la presse économique : plutôt que de subir une taxation lourde sur les successions, les grandes fortunes pourraient s'engager à reverser une partie de leurs héritages dans des fonds fléchés vers l'innovation et la souveraineté. Une forme de « mécénat forcé », selon ses propres termes.

Gabriel Attal, secrétaire d'État, s'exprimant lors de la cérémonie de remise des prix Découvertes du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême en janvier 2019.
Gabriel Attal, secrétaire d'État, s'exprimant lors de la cérémonie de remise des prix Découvertes du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême en janvier 2019. — Selbymay / CC BY-SA 4.0 / (source)

Lecornu a repris l'idée en la transformant. Le « chiche » remplace la contrainte par l'incitation. Le Premier ministre ne dit pas « vous devez », il dit « je vous défie de le faire ». Ce glissement sémantique est important : il permet au gouvernement de capter une proposition venue de la gauche intellectuelle tout en la vidant de son aspect obligatoire. Le résultat ? Une mesure qui parle à la fois aux libéraux (volontariat, liberté d'entreprendre) et aux souverainistes (financement de la défense, indépendance nationale).

Souveraineté nationale et besoin de 6 milliards : pourquoi le moment est politique

Le timing de cette annonce n'a rien d'un hasard. Depuis la censure du gouvernement Bayrou le 8 septembre 2025 et la nomination de Sébastien Lecornu comme Premier ministre le lendemain, la France cherche des marges de manœuvre budgétaires. Les tensions autour du budget 2026 sont vives. L'État doit financer la défense, la transition écologique et la souveraineté industrielle sans augmenter les impôts — promesse présidentielle oblige.

Le « chiche » arrive donc à point nommé. Il permet au gouvernement d'afficher une ambition de financement sans toucher à la fiscalité du capital. Dans un climat politique où la gauche réclame une taxation accrue des ultra-riches, Lecornu propose une troisième voie : le volontariat patriotique. Reste à savoir si les grandes fortunes joueront le jeu.

La France des héritages à deux vitesses : 85 % sous 100 000 € et le « chiche » qui les ignore

Derrière le « chiche » de Lecornu se cache une réalité brutale : la France des héritages est profondément inégalitaire. Selon les données de l'Insee compilées par l'Observatoire des inégalités, 85 % des héritages sont inférieurs à 100 000 euros. Mieux (ou pire) : 60 % des transmissions sont inférieures à 30 000 euros. Environ un tiers des ménages n'héritent jamais de leur vie.

Ces chiffres donnent la mesure du fossé. Le « chiche » de Lecornu ne concerne qu'une infime minorité de très grandes fortunes. Pour la majorité des Français, hériter signifie recevoir quelques milliers d'euros — parfois juste de quoi financer des études, un premier achat immobilier ou un coup de pouce bienvenu. Le débat sur le fléchage des grands héritages est donc un débat d'ultra-riches, qui ignore les réalités de 85 % des transmissions.

L'héritage pèse 60 % du patrimoine : le retour de la société de rentiers qui inquiète les économistes

Garde républicaine devant l'Hôtel Matignon, avec les drapeaux italien et français, lors d'une visite officielle.
Garde républicaine devant l'Hôtel Matignon, avec les drapeaux italien et français, lors d'une visite officielle. — (source)

Les chiffres du Conseil d'analyse économique (2022) sont éloquents : la part du patrimoine issu d'un héritage est passée de 35 % dans les années 1970 à près de 60 % aujourd'hui. Cela signifie que la richesse se transmet de plus en plus par héritage, et de moins en moins par le travail ou l'entrepreneuriat. Un phénomène que les économistes appellent le « figeage social ».

Comme le soulignait La Croix en mai 2025, les héritiers disposent en moyenne de 90 000 euros de plus que le reste de la population. Cet écart creuse les inégalités dès le départ : les enfants de familles fortunées peuvent acheter un logement, créer une entreprise ou financer des études sans s'endetter. Les autres doivent compter sur le crédit, l'épargne personnelle ou les aides publiques. Le « chiche » de Lecornu, en s'adressant uniquement aux très grandes fortunes, ne fait rien pour corriger ce déséquilibre fondamental.

La moitié des Français possèdent moins de 205 100 € : le grand fossé du « chiche »

Le patrimoine médian des ménages français s'élève à 205 100 euros, selon l'Insee. Autrement dit, la moitié des Français possèdent moins que cette somme. Pendant ce temps, les 10 % les plus fortunés détiennent près de la moitié du patrimoine total du pays. Les 10 % les moins fortunés, eux, ont un patrimoine inférieur à 6 200 euros.

Ces chiffres sont essentiels pour comprendre le « chiche » de Lecornu. Le débat sur le fléchage des héritages concerne des montants qui dépassent de très loin le patrimoine médian des Français. Pour la majorité silencieuse, l'héritage est un filet de sécurité modeste, pas un outil de placement souverain. En ignorant cette réalité, le gouvernement prend le risque d'alimenter le sentiment d'injustice générationnelle.

Taxe Zucman rejetée, « chiche » proclamé : la stratégie politique du gouvernement Lecornu

Le 31 octobre 2025, l'Assemblée nationale a rejeté la taxe Zucman. Cet impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros visait environ 1 800 personnes et devait rapporter près de 20 milliards d'euros par an. Le vote a été serré : 172 voix pour, 228 contre. Une version « light » proposée par le Parti socialiste (3 % sur les patrimoines de plus de 10 millions d'euros) a également été rejetée.

C'est dans ce vide fiscal que le « chiche » de Lecornu s'engouffre. Plutôt que de rouvrir le débat sur la taxation du capital, le Premier ministre propose une alternative volontaire. Une manière de donner un gage de souveraineté économique sans heurter les grandes fortunes ni les électeurs de droite. La stratégie est habile, mais elle repose sur un pari : que les milliardaires français acceptent de jouer le jeu.

L'arithmétique bancale du débat fiscal : 20 milliards de taxe contre 6 milliards de « chiche »

Le déséquilibre est flagrant. La taxe Zucman, si elle avait été adoptée, devait rapporter environ 20 milliards d'euros par an. Le « chiche » de Lecornu, lui, espère mobiliser 6 milliards d'euros — et encore, ce chiffre correspond aux besoins de la défense, pas à une estimation des dons potentiels.

Le volontariat peut-il vraiment compenser le rejet d'un impôt lourd ? Rien n'est moins sûr. Aux États-Unis, le Giving Pledge de Warren Buffett et Bill Gates a recueilli des promesses de dons pour des centaines de milliards de dollars, mais les versements réels sont souvent inférieurs aux engagements. Et surtout, ces dons bénéficient d'exonérations fiscales qui réduisent d'autant les recettes de l'État.

Le gap entre les 20 milliards de la taxe Zucman et les 6 milliards espérés par Lecornu pose une question centrale : le volontariat peut-il financer la souveraineté nationale, ou n'est-il qu'un pansement sur une hémorragie fiscale ?

« Mécénat forcé » ou « impôt déguisé » ? Les deux visions de la fiscalité qui s'affrontent

Derrière ce débat technique se cache un affrontement idéologique. La gauche, via la taxe Zucman, défend une fiscalité contraignante sur les très hauts patrimoines. L'idée est simple : ceux qui possèdent le plus doivent contribuer davantage au financement des biens communs (défense, éducation, transition écologique).

La droite au pouvoir, incarnée par Lecornu, propose une approche libérale : l'incitation plutôt que la contrainte. Le « chiche » permet au gouvernement de déminer le débat sur l'ISF et la taxation du capital tout en répondant à une demande de justice sociale. Mais cette position est fragile. Si les grandes fortunes ne jouent pas le jeu, le gouvernement sera accusé d'avoir renoncé à une recette fiscale essentielle pour un effet d'annonce.

Fonds souverains, impact investing, greenwashing : les vrais risques du fléchage des héritages

Le « chiche » de Lecornu reste flou sur les détails opérationnels. L'article du Figaro qui a révélé l'annonce ne précise pas le mécanisme concret de fléchage. Comment l'argent sera-t-il collecté ? Qui gérera les fonds ? Quels critères pour définir un investissement « souverain » ?

Ces questions ne sont pas anodines. L'histoire des incitations fiscales en France montre que les dispositifs les plus généreux sont souvent détournés de leur objectif initial. L'IFI (impôt sur la fortune immobilière) a vu fleurir des placements dans l'immobilier de luxe, les forêts ou les parts de sociétés civiles — des actifs qui créent peu d'emplois et d'innovation. Le même risque pèse sur le fléchage des héritages.

Quels garde-fous pour éviter que l'argent ne parte dans la spéculation immobilière ou financière ?

Le risque principal est celui du détournement. Si le fléchage est trop souple, les grandes fortunes pourraient placer l'argent dans des actifs sans risque : immobilier de luxe, obligations d'État, grandes entreprises cotées. Des placements qui ne créent pas d'emplois, ne financent pas l'innovation et ne renforcent pas la souveraineté industrielle.

L'exemple de l'IFI est édifiant. Depuis sa création en 2018, l'impôt sur la fortune immobilière a encouragé les investissements dans la pierre — exactement ce que le législateur voulait éviter. Les contribuables les plus aisés ont massivement investi dans l'immobilier de rapport, contribuant à la hausse des prix et à la pénurie de logements abordables.

Pour que le « chiche » de Lecornu fonctionne, il faudrait des critères stricts : investissement dans des PME innovantes, financement de la transition énergétique, soutien à l'industrie de défense. Mais chaque contrainte supplémentaire réduit l'attractivité du dispositif pour les grandes fortunes. L'équilibre est difficile à trouver.

Souveraineté, transition, numérique : le fléchage est-il un fourre-tout marketing ?

La notion de « fonds d'investissement pour la souveraineté » est séduisante, mais elle cache un risque de « souveraineté washing ». Sans définition précise, n'importe quel investissement peut être présenté comme souverain : une participation dans une entreprise qui délocalise, un placement dans des obligations d'État, un financement de start-up qui optimisent leur fiscalité.

Le risque est réel. Aux États-Unis, les fonds d'impact investing ont connu une croissance explosive, mais les critiques pointent un manque de transparence et des frais de gestion élevés. Au Royaume-Uni, le marché de l'investissement à impact s'est développé sans contrôle citoyen, permettant à des fonds de financer des secteurs controversés (logement social dégradé, éducation privée lucrative).

Le « chiche » de Lecornu devra répondre à une question simple : qui contrôle l'affectation de l'argent ? Si ce sont les grandes fortunes elles-mêmes, via des fonds privés, le risque de dérive est maximal. Si c'est l'État, via un fonds souverain public, le dispositif ressemble à un impôt déguisé.

États-Unis, Royaume-Uni : ce que les promesses de philanthropie des grandes fortunes ont vraiment changé

Pour évaluer le potentiel du « chiche » français, il faut regarder ce qui s'est passé ailleurs. Aux États-Unis, le Giving Pledge lancé par Warren Buffett et Bill Gates en 2010 a recueilli des promesses de dons de plusieurs centaines de milliardaires. Au Royaume-Uni, l'impact investing est devenu un marché de plusieurs dizaines de milliards de livres.

Les résultats sont mitigés. D'un côté, ces initiatives ont permis de financer des projets utiles (recherche médicale, éducation, lutte contre la pauvreté). De l'autre, elles ont souvent servi à optimiser la fiscalité successorale des grandes fortunes, sans créer les emplois locaux promis ni réduire les inégalités de patrimoine.

Le Giving Pledge de Buffett et Gates : des milliards promis, mais pour quel impact sur l'emploi des jeunes ?

Le Giving Pledge est un engagement moral : les signataires promettent de donner au moins la moitié de leur fortune à des œuvres caritatives, de leur vivant ou après leur mort. En 2025, plus de 240 milliardaires avaient signé l'engagement, représentant des promesses de dons de plusieurs centaines de milliards de dollars.

Mais les critiques sont nombreuses. Les fondations philanthropiques créées par ces milliardaires exercent un pouvoir considérable sans aucun contre-pouvoir démocratique. Elles décident seules des priorités de financement, sans débat public. Elles bénéficient d'exonérations fiscales qui réduisent les recettes de l'État. Et surtout, l'argent des fondations ne crée pas toujours les emplois locaux promis — il finance souvent des projets dans les pays en développement ou des recherches académiques.

Le « chiche » de Lecornu pourrait connaître le même destin : une annonce médiatique, des promesses généreuses, mais un impact limité sur l'emploi des jeunes et l'innovation en France.

Impact investing à l'anglaise : un marché en plein essor, aucun contrôle citoyen

Au Royaume-Uni, l'impact investing a connu une croissance spectaculaire. Le marché est passé de quelques milliards de livres en 2010 à plus de 80 milliards en 2025. Les fonds d'investissement à impact promettent de financer des projets à la fois rentables et utiles socialement ou environnementalement.

Mais les dérives sont nombreuses. En 2024, une enquête du Guardian a révélé que plusieurs fonds d'impact britanniques finançaient en réalité des logements insalubres, des écoles privées lucratives ou des entreprises d'optimisation fiscale. Le manque de transparence et l'absence de contrôle citoyen permettent ces dérives.

Le « chiche » français devra éviter ces écueils. Sans mécanisme de contrôle indépendant, le risque de « souveraineté washing » est réel. Les grandes fortunes pourraient annoncer des fléchages généreux tout en continuant à investir dans des actifs sans risque ou controversés.

Premier emploi, logement, création d'entreprise : le « chiche » va-t-il changer la vie d'un jeune de 22 ans ?

Au cœur du débat, une question simple : est-ce que le « chiche » de Lecornu va améliorer concrètement la vie des jeunes Français ? Pour un étudiant qui cherche un logement, un jeune diplômé qui veut créer son entreprise, ou un actif de 22 ans qui galère à décrocher un premier emploi, le fléchage des grands héritages semble bien lointain.

Les vrais blocages sont ailleurs. Le marché immobilier est verrouillé par la concentration du patrimoine des générations plus âgées. Le financement des start-up early stage reste insuffisant. Les inégalités de départ entre héritiers et non-héritiers se creusent. Le « chiche » de Lecornu, en l'état, ne répond à aucun de ces problèmes.

Crise du logement : comment l'héritage et l'épargne des plus âgés verrouillent le marché

Le lien entre concentration du patrimoine et crise du logement est direct. Les générations plus âgées détiennent l'essentiel du patrimoine immobilier français. Quand elles héritent, elles investissent souvent dans la pierre — achat de résidences secondaires, investissement locatif, immobilier de rapport. Cette demande soutient les prix et bloque l'accès au logement pour les jeunes.

Si l'argent des grands héritages continue d'être fléché vers l'immobilier, le « chiche » ne changera rien. Pire, il pourrait aggraver la situation en offrant un cadre fiscal avantageux pour des investissements immobiliers présentés comme « souverains ». Le risque est réel : sans garde-fous, les fonds fléchés pourraient financer des programmes immobiliers de luxe plutôt que des logements abordables pour les jeunes.

Créer sa boîte ou lancer un projet : les jeunes entrepreneurs, grands absents du débat ?

Le potentiel du fléchage pour le financement de l'innovation est réel. Les fonds d'investissement souverains pourraient financer des start-up early stage, risquées, mais créatrices d'emplois. C'est le modèle des fonds souverains norvégien ou singapourien, qui investissent dans l'innovation et l'industrie de demain.

Mais le rapport risque/rendement est un obstacle. Les grandes fortunes qui flèchent leurs héritages voudront probablement des placements sécurisés. Les obligations d'État, les grandes entreprises cotées ou l'immobilier de prestige sont moins risqués que des start-up innovantes. Sans incitation fiscale forte (crédit d'impôt, exonération), le fléchage risque de financer des actifs sans risque plutôt que l'innovation.

Les jeunes entrepreneurs, grands absents du débat, risquent de ne voir aucune différence concrète. Le « chiche » de Lecornu pourrait bien être un débat hors-sol, qui ne touche pas aux vrais blocages du financement de l'innovation en France.

Le syndrome du « deux poids, deux mesures » : pourquoi 85 % des héritages restent sous les radars

Le débat sur le fléchage des héritages est un débat d'ultra-riches. Les 85 % d'héritages inférieurs à 100 000 euros ne sont pas concernés. Pourtant, ce sont ces héritages modestes qui financent les premiers achats immobiliers, les études, les coups de pouce familiaux. En ignorant cette réalité, le « chiche » renforce le sentiment d'injustice générationnelle.

Comme le montre l'enquête « La dernière valise de mon grand-père » publiée par nos confrères, les héritages familiaux pèsent lourd dans les trajectoires individuelles — mais de manière très inégale. Ceux qui héritent de 30 000 euros peuvent tout juste financer un apport immobilier modeste. Ceux qui héritent de plusieurs millions peuvent acheter un bien sans crédit, créer une entreprise ou vivre de leurs rentes.

Schéma des stades de financement des entreprises, montrant le rôle du capital-investissement et du capital-risque.
Schéma des stades de financement des entreprises, montrant le rôle du capital-investissement et du capital-risque. — (source)

Le « chiche » de Lecornu, en s'adressant uniquement aux très grandes fortunes, ignore cette réalité. Il ne corrige pas le creusement des inégalités de patrimoine entre générations. Il ne répond pas aux besoins des 85 % d'héritiers modestes.

« Chiche » ou pas « chiche » ? Ce que ce débat révèle de notre incapacité à réformer l'héritage

Le « chiche » de Lecornu est révélateur d'une incapacité française à réformer en profondeur le système des successions. Depuis des décennies, les gouvernements successifs évitent de toucher à la fiscalité des héritages, par peur de mécontenter les électeurs âgés et les grandes fortunes. Le résultat est un système inégalitaire, opaque et inefficace.

La proposition du Premier ministre, aussi séduisante soit-elle sur le papier, ne corrige pas les déséquilibres fondamentaux. Elle évite la question de la taxation des très hauts patrimoines, elle ignore les 85 % d'héritages modestes, et elle repose sur un volontariat dont l'efficacité n'est pas démontrée.

Volontariat contre fiscalité : le vrai choix politique laissé de côté

L'opposition centrale du débat est simple. D'un côté, la gauche défend une fiscalité contraignante sur les très hauts patrimoines (taxe Zucman, ISF renforcé). De l'autre, la majorité mise sur le volontariat et l'incitation (le « chiche »). Entre les deux, le statu quo profite à la concentration des patrimoines.

Le choix n'est pas technique : il est politique. Faut-il taxer les grandes fortunes pour financer la souveraineté nationale ? Ou faut-il leur faire confiance pour flécher volontairement leurs héritages vers l'investissement productif ? La réponse dépend de la vision que l'on a de la justice sociale et du rôle de l'État.

En l'état, le « chiche » de Lecornu est un pari risqué. Si les grandes fortunes jouent le jeu, le dispositif pourrait financer des projets utiles. Si elles ne jouent pas le jeu, le gouvernement aura renoncé à une recette fiscale essentielle pour un effet d'annonce.

Budget 2026 : un premier test décisif pour la crédibilité de l'appel de Lecornu

Le projet de budget présenté en octobre 2026 sera le révélateur. Si le « chiche » se traduit par des mesures fiscales concrètes — incitations, crédits d'impôt, mécanismes de contrôle — il aura une matérialité. Sinon, il restera un coup de communication politique estival, sans lendemain.

Pour les jeunes générations, le vrai combat pour l'égalité des chances passe ailleurs. Il passe par l'école, le logement, la fiscalité des successions, le financement de l'innovation. Le « chiche » de Lecornu, aussi spectaculaire soit-il, ne remplace pas une réforme structurelle des transmissions patrimoniales en France.

Conclusion : un débat nécessaire, un pari risqué sur la générosité des grandes fortunes

Le « chiche » de Sébastien Lecornu aura au moins eu le mérite de remettre sur la table la question centrale des inégalités de patrimoine en France. Une question que la classe politique française évite depuis trop longtemps. En proposant une alternative volontaire à la taxe Zucman, le Premier ministre ouvre une brèche dans le débat fiscal, mais il prend aussi un risque politique considérable.

Le volontariat patriotique des grandes fortunes peut-il vraiment financer la souveraineté nationale ? Rien n'est moins sûr. Les 6 milliards d'euros espérés pour la défense sont bien loin des 20 milliards que devait rapporter la taxe Zucman. Et l'histoire des incitations fiscales en France montre que les dispositifs les plus généreux sont souvent détournés de leur objectif initial.

Le rendez-vous du budget 2026 est donné. Il dira si le fléchage des grands héritages est une mesure concrète ou un simple effet d'annonce. En attendant, le débat sur le « chiche » de Lecornu révèle une réalité brutale : la France des héritages est à deux vitesses, et le gouvernement ne propose aucune solution pour les 85 % de transmissions modestes qui financent les premiers achats immobiliers, les études et les coups de pouce familiaux.

Pour les jeunes générations, le vrai combat pour l'égalité des chances passe par une réforme structurelle des transmissions patrimoniales. Le « chiche » de Lecornu, aussi spectaculaire soit-il, ne remplace pas cette réforme. Il n'est qu'un premier pas, timide et risqué, vers une refonte du système successoral français. Reste à savoir si les grandes fortunes joueront le jeu — et si le gouvernement osera aller plus loin si elles ne le font pas.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le « chiche » de Sébastien Lecornu ?

Le 2 juillet 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a lancé un défi aux grandes fortunes françaises : flécher volontairement une partie de leurs héritages vers des fonds d'investissement dédiés à la souveraineté nationale, notamment pour financer la défense à hauteur de 6 milliards d'euros. Cette proposition volontaire se veut une alternative à la taxe Zucman rejetée.

Quelle est la différence entre la taxe Zucman et le « chiche » ?

La taxe Zucman, rejetée le 31 octobre 2025, était un impôt obligatoire de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros, devant rapporter 20 milliards d'euros par an. Le « chiche » de Lecornu repose sur le volontariat des grandes fortunes et espère mobiliser 6 milliards d'euros, soit un montant bien inférieur.

Quels sont les risques du fléchage des héritages ?

Le principal risque est le détournement des fonds vers des actifs sans risque comme l'immobilier de luxe ou les obligations d'État, sans créer d'emplois ni d'innovation. Sans critères stricts et contrôle indépendant, le dispositif pourrait souffrir de « souveraineté washing », où tout investissement est présenté comme souverain.

Quelle est la réalité des héritages en France ?

Selon l'Insee, 85 % des héritages sont inférieurs à 100 000 euros, et 60 % sont inférieurs à 30 000 euros. Environ un tiers des ménages n'héritent jamais. La part du patrimoine issu d'un héritage est passée de 35 % dans les années 1970 à près de 60 % aujourd'hui, creusant les inégalités.

Sources

  1. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  2. inegalites.fr · inegalites.fr
  3. inegalites.fr · inegalites.fr
  4. la-croix.com · la-croix.com
  5. touteleurope.eu · touteleurope.eu
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Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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