Le 1er juillet 2026, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a lâché une bombe législative : 82 recommandations pour préparer la révision de la loi de bioéthique de 2021. Ce rapport, fruit du travail de 18 députés et 18 sénateurs, donne le coup d'envoi concret d'un processus qui aboutira à un vote prévu fin 2028. Pour les jeunes adultes, ce texte n'est pas une affaire de vieux sages en costume : il touche à la PMA, à la gestation pour autrui, aux tests génétiques et à la recherche sur l'embryon — autant de sujets qui définiront les droits fondamentaux de ta génération sur la parentalité et la santé.

Les États généraux de la bioéthique, lancés en janvier 2026 sous l'égide du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), ont déjà ouvert le bal des consultations citoyennes. Le timing est politique : cette révision est attendue après la présidentielle de 2027, avec un vote probable fin 2028. Mais les dés sont en train d'être jetés, et les parlementaires viennent de poser leurs premières cartes sur la table.
Le rapport parlementaire qui veut changer ton avenir familial et médical
L'OPECST a publié son rapport d'évaluation le 1er juillet 2026, et le calendrier n'a rien d'un hasard. Les États généraux de la bioéthique, lancés six mois plus tôt, étaient encore en cours. Le message est clair : les parlementaires ne veulent pas laisser le champ libre aux seuls experts du CCNE. Ils prennent position dès maintenant, avec des recommandations concrètes qui dessinent les contours de la future loi.
Ce rapport, c'est un peu le manifeste de ce que pourrait être la bioéthique française pour les vingt prochaines années. Il couvre des domaines aussi variés que les greffes d'organes, la procréation médicalement assistée, la génétique et la recherche sur l'embryon. Pour un jeune adulte qui commence à penser à sa vie familiale ou à sa santé à long terme, ces sujets sont tout sauf abstraits.
Des députés lancent 82 pistes pour réformer la loi de 2021
Les rapporteurs de ce travail titanesque sont Gérard Leseul (Socialistes et apparentés), Dominique Voynet (Écologiste et social), et les sénatrices Martine Berthet et Florence Lassarade (Les Républicains). Une équipe transpartisane qui montre que la bioéthique dépasse les clivages politiques traditionnels.
Le rapport s'articule autour de plusieurs volets. Le premier concerne les prélèvements et les greffes d'organes. Gérard Leseul a rappelé que 2025 a été une année record avec près de 6 150 greffes d'organes pratiquées, mais que ce résultat restait insuffisant. L'objectif du plan Greffe 2022-2026 était de dépasser les 7 600 greffes annuelles. En 2024, 630 patients sont décédés en attente d'une greffe rénale. La pénurie d'organes tue, et l'OPECST propose de développer le don altruiste du rein et d'améliorer le parcours des donneurs vivants.
Mais le vrai big bang législatif se joue ailleurs. Sur la PMA, la génétique et la gestation pour autrui, les recommandations de l'OPECST sont beaucoup plus audacieuses que ce que la loi de 2021 avait osé. Pour les jeunes adultes, c'est une question de liberté de choix : jusqu'où la société est-elle prête à les laisser décider de leur corps et de leur projet familial ?
Consultations citoyennes : comment le CCNE écoute les 16-25 ans
Jean-François Delfraissy, président du CCNE, a résumé la tension éthique qui traverse ces États généraux : « Les États généraux vont mettre en tension deux grandes valeurs éthiques : l'autonomie (liberté individuelle) et la solidarité à l'égard des plus fragiles. » Cette phrase, prononcée en janvier 2026 lors du lancement des consultations, résume à elle seule le dilemme.
Les plateformes de consultation en ligne, les débats locaux et les forums étudiants sont ouverts à tous. Le CCNE a mis en place des dispositifs spécifiques pour capter la parole des 16-25 ans, une tranche d'âge directement concernée par les questions de parentalité future et de santé génétique. Des sessions de débat ont été organisées dans les universités et les lycées, avec des questions concrètes : à quel âge voudrais-tu avoir des enfants ? Accepterais-tu de faire un test génétique pour connaître tes risques de maladie ? Serais-tu prêt à donner tes ovocytes ou tes spermatozoïdes ?
C'est le moment pour les jeunes de peser dans le débat. Les consultations restent ouvertes, et chaque contribution compte. Les États généraux durent six mois, mais le rapport final du CCNE ne sera rendu qu'à l'automne 2027, après la présidentielle. Entre-temps, les parlementaires continuent leur travail de fourmi.
Un héritage législatif : de la loi de 1994 à celle de 2021
La France a posé son premier cadre bioéthique en 1994, avec des révisions en 2004, 2011 et 2021. La loi de 2021, médiatisée comme la « PMA pour toutes », a ouvert l'accès aux techniques de procréation médicale aux femmes seules ou en couple, abandonnant l'indication médicale d'infertilité au profit d'un simple « projet parental ». Elle a aussi mis fin à l'anonymat des donneurs de gamètes, permettant aux enfants nés de PMA d'accéder à l'identité du donneur à leur majorité.
Chaque révision successive a élargi le périmètre des droits et des techniques autorisées. Le rapport de l'OPECST s'inscrit dans cette dynamique, mais avec une ambition renouvelée : alors que la loi de 2021 avait été présentée comme un aboutissement, les parlementaires estiment aujourd'hui qu'elle n'a pas anticipé l'explosion de la demande ni les nouvelles questions éthiques soulevées par les progrès de la génétique.
Multiplié par 6, le boom de la PMA bouleverse l'accès à la parentalité
Le chiffre est sidérant : le nombre d'assistances médicales à la procréation (AMP) avec don de spermatozoïdes a été multiplié par 6 entre 2021 et 2025. Cette explosion de la demande, directement liée à l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, a créé des tensions énormes sur l'offre.
L'OPECST pointe un constat alarmant : les délais d'attente se sont allongés, ce qui constitue une « perte de chance » pour les patientes. La fertilité féminine diminue avec l'âge, et chaque année d'attente après 35 ans réduit significativement les chances de succès d'une FIV. Pour les jeunes femmes qui reportent leur projet parental pour des raisons professionnelles ou personnelles, c'est une pression médicale supplémentaire qui s'ajoute à toutes les autres.
Délais d'attente : la « perte de chance » qui inquiète les médecins
Le constat de l'OPECST est sans appel. L'augmentation massive des demandes de PMA a créé un goulot d'étranglement dans les centres d'AMP. Les listes d'attente s'allongent, et les patientes les plus âgées sont les premières pénalisées. Le rapport parle de « perte de chance » car chaque mois d'attente supplémentaire réduit les probabilités de succès.
Le mécanisme est implacable : à 35 ans, les chances de réussite d'une FIV sont encore correctes, mais elles chutent rapidement après 38 ans. À 42 ans, elles deviennent infimes. Pour une femme qui commence ses démarches à 36 ans et qui doit attendre deux ans avant d'obtenir un rendez-vous, le calcul est cruel. Les médecins tirent la sonnette d'alarme : le système français n'est pas dimensionné pour faire face à cette demande explosive.
L'OPECST recommande d'augmenter les capacités des centres d'AMP et de former plus de spécialistes. Mais la solution ne viendra pas seulement de l'offre. Il faut aussi repenser l'organisation des parcours de soins, avec des délais plus courts pour les patientes les plus âgées. Une piste qui divise : faut-il créer des files d'attente prioritaires basées sur l'âge, au risque de pénaliser les plus jeunes ?
Préserver ses ovocytes sans raison médicale : le débat divise
L'autoconservation des ovocytes, aussi appelée « social freezing », est aujourd'hui limitée en France. Seules les femmes ayant une indication médicale (cancer, endométriose sévère) peuvent congeler leurs ovocytes dans les centres publics. L'OPECST propose d'élargir cette possibilité aux centres privés, pour toutes les femmes qui le souhaitent.
C'est un sujet très clivant. D'un côté, les associations de patients y voient une liberté de choix et un outil contre l'infertilité liée à l'âge. Pour une jeune femme de 28 ans qui veut d'abord construire sa carrière, pouvoir congeler ses ovocytes lui donne le temps de trouver le bon partenaire ou la stabilité financière avant de se lancer dans un projet parental. C'est une forme d'assurance biologique.
De l'autre côté, les opposants, comme l'association Alliance VITA, y voient une pression sociale sur les femmes pour qu'elles repoussent l'âge de la maternité. « C'est une médicalisation de la vie », argumentent-ils. « On transforme un processus naturel en un acte technique, et on fait peser sur les femmes la responsabilité de gérer leur fertilité comme un investissement. » Le rapport de l'OPECST ne tranche pas, mais il ouvre la porte à une évolution majeure de la législation.
Don de spermatozoïdes : la pénurie s'aggrave, le modèle français en crise
Le nombre de donneurs de spermatozoïdes n'a pas suivi l'explosion de la demande. Résultat : les délais d'attente pour obtenir un don s'allongent, et les centres d'AMP peinent à constituer des stocks suffisants. Le système français repose sur le volontariat et la gratuité, un modèle éthique mais qui montre ses limites face à une demande multipliée par 6.
Le rapport parlementaire pose une question gênante : faut-il mieux rémunérer les donneurs ou accepter de faire appel à l'étranger ? En Belgique et en Espagne, les donneurs sont indemnisés, ce qui permet de maintenir une offre suffisante. Mais la France a toujours refusé cette logique marchande, considérant que le don de gamètes doit rester un acte altruiste.
La pénurie crée aussi des inégalités économiques. Les couples qui ont les moyens peuvent se tourner vers des cliniques privées à l'étranger, où les délais sont plus courts. Les autres doivent patienter des mois, voire des années, dans le système public. Une situation qui interroge sur l'égalité d'accès à la parentalité.
GPA, embryons, filiation : les lignes rouges que la prochaine loi pourrait franchir
La gestation pour autrui (GPA) n'est pas officiellement dans le débat immédiat de la prochaine loi. Pourtant, la question de la filiation des enfants nés à l'étranger via une mère porteuse est un vrai casse-tête juridique. Le rapport de l'OPECST n'ose pas proposer une légalisation, mais il ouvre des brèches.
Le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A) est un autre sujet brûlant. Cette technique permet d'analyser les chromosomes des embryons avant leur implantation pour détecter des anomalies comme la trisomie 21. Actuellement réservée aux maladies graves, l'OPECST recommande d'étudier son élargissement. Une perspective qui divise profondément la société.
GPA : l'interdiction française face à la réalité des familles homoparentales
La France interdit la GPA. Mais des centaines d'enfants naissent chaque année via des mères porteuses à l'étranger, principalement aux États-Unis, au Canada et en Ukraine. Le droit français refuse la transcription automatique de l'acte de naissance étranger, créant des situations de fragilité juridique pour les familles.
Les couples homosexuels masculins sont les premiers concernés. Ils doivent passer par des agences à l'étranger, débourser des sommes considérables (entre 80 000 et 150 000 dollars aux États-Unis), puis se battre devant les tribunaux français pour faire reconnaître leur filiation. Une épreuve administrative et financière qui décourage beaucoup de candidats.
Le rapport de l'OPECST ne propose pas de légalisation de la GPA. Mais les associations LGBTQ+ militent pour une évolution, arguant que l'interdiction française ne fait que déplacer le problème à l'étranger, sans protéger les mères porteuses ni les enfants. Pour les jeunes adultes, c'est un sujet politique fort : la France doit-elle continuer à fermer les yeux sur une réalité qui concerne des milliers de familles ?
Sélection des embryons (DPI-A) : entre progrès médical et dérive eugéniste
Le DPI-A permet de dépister des anomalies chromosomiques dans les embryons avant leur implantation. Actuellement, cette technique est réservée aux maladies graves et à certaines indications précises. L'OPECST recommande d'étudier son élargissement à des dépistages plus systématiques.
Les opposants crient au « tri des embryons ». Pour Alliance VITA, cette évolution est une pente glissante vers un « droit à l'enfant parfait ». « On entre dans une logique eugéniste », alertent-ils. « On sélectionne les embryons en fonction de critères de normalité, et on écarte ceux qui présentent des anomalies. »
Les défenseurs du DPI-A élargi répondent que c'est une médecine de prévention. Dépister une anomalie chromosomique permet d'éviter une grossesse qui aboutirait à une interruption médicale de grossesse ou à la naissance d'un enfant gravement handicapé. Pour les futurs parents, c'est une question de fond : jusqu'où la science a-t-elle le droit d'intervenir dans les mécanismes naturels de la reproduction ?
La filiation fondée sur la volonté : une révolution silencieuse
Depuis la loi de 2021, la filiation des enfants nés par PMA repose principalement sur la volonté exprimée dans le « projet parental », et non plus sur un lien biologique. Les couples de femmes peuvent reconnaître conjointement leur filiation devant notaire, et la femme qui n'a pas accouché devient mère à l'état civil dès la déclaration de naissance.
Cette évolution a des conséquences profondes. Elle remet en cause la définition traditionnelle de la parenté, basée sur la procréation et la gestation. Pour les jeunes adultes, c'est une avancée majeure : elle permet de fonder une famille sans lien génétique, sur la seule base du consentement et de l'engagement. Mais elle soulève aussi des questions nouvelles : que se passe-t-il en cas de séparation du couple ? Comment protéger l'intérêt de l'enfant face à des décisions de volonté ?
Tests génétiques : 550 000 Français dépistés… mais seulement 358 médecins pour les suivre
Le chiffre est éloquent : en 2023, 550 000 personnes ont eu recours à un test génétique en France. Problème : il n'y a que 358 médecins généticiens pour gérer ces prescriptions et ces résultats. C'est un goulet d'étranglement qui crée des inégalités d'accès aux soins et des retards de diagnostic.

La génétique médicale est une spécialité en tension. Sans assez de praticiens, les patients attendent des mois pour un simple conseil génétique. La révision de la loi pourrait inclure des mesures pour former plus de généticiens ou déléguer certaines tâches à d'autres professionnels de santé.
358 médecins généticiens pour 550 000 patients : le goulet d'étranglement français
Le constat de l'OPECST est alarmant. La génétique médicale est une spécialité jeune et en pleine expansion, mais le nombre de praticiens formés est très insuffisant. Les patients qui ont besoin d'un conseil génétique — pour une maladie héréditaire, un cancer familial ou un projet de PMA — doivent attendre des mois avant d'obtenir un rendez-vous.
Cette pénurie crée des inégalités territoriales flagrantes. Les grandes villes universitaires (Paris, Lyon, Marseille) concentrent l'essentiel des généticiens. Les patients des zones rurales ou des petites villes doivent parcourir des centaines de kilomètres pour consulter, ou renoncer à se faire suivre.
Le rapport propose plusieurs pistes : augmenter le numerus clausus pour la spécialité, former des infirmiers en génétique pour déléguer certaines tâches, ou développer la téléconsultation. Mais ces mesures prendront du temps. En attendant, des milliers de patients restent sans suivi adapté.
Tests ADN en ligne : le Far West génétique que la loi doit encadrer
Les kits de tests génétiques vendus en ligne (comme 23andMe ou MyHeritage) rencontrent un succès fou chez les jeunes. Pour une centaine d'euros, ils promettent de révéler tes origines ethniques, tes risques de maladie ou même tes talents cachés. Mais sans cadre légal strict, ces données sont souvent stockées à l'étranger et peuvent être utilisées par les assurances.
La France interdit ces tests sur son territoire depuis la loi de 2004. Mais les Français commandent à l'étranger, et les laboratoires étrangers analysent leurs échantillons sans aucun contrôle. Le rapport parlementaire recommande de clarifier la position française : faut-il lever l'interdiction et encadrer ces tests, ou les maintenir en renforçant les sanctions contre les fraudeurs ?
Les risques sont réels. Les données génétiques sont extrêmement sensibles : elles concernent non seulement la personne testée, mais aussi ses parents et ses descendants. Une fuite de données pourrait permettre à une assurance de refuser une couverture ou à un employeur de discriminer à l'embauche. Pour les jeunes qui utilisent ces tests par curiosité, c'est un risque à ne pas prendre à la légère.
Prévention : pourquoi ta génération pourrait bénéficier d'un dépistage élargi
Les progrès de la génétique permettent aujourd'hui de prédire des maladies comme certains cancers ou la maladie d'Alzheimer. Un dépistage précoce peut sauver des vies : si tu sais que tu as une prédisposition génétique au cancer du sein, tu peux te faire suivre plus régulièrement et détecter la tumeur à un stade précoce.
Le débat est : faut-il généraliser ces tests ou les réserver aux personnes à risque ? Pour un jeune adulte, un test de prédisposition peut changer sa façon de se soigner, de travailler ou même d'envisager sa parentalité. Si tu sais que tu portes un gène de maladie grave, tu peux choisir de ne pas avoir d'enfants ou de recourir à un diagnostic préimplantatoire pour éviter la transmission.
C'est ce qu'on appelle la médecine prédictive, et elle sera au cœur de la bioéthique de demain. L'article Prévention : la révolution bioéthique qui peut changer la santé des jeunes (selon Alain Claeys) explore justement comment ces avancées pourraient transformer la prévention pour ta génération. Une lecture indispensable pour comprendre les enjeux.
PMA, GPA, génétique : la France est-elle en train de décrocher face à l'Europe ?
Pour un public jeune connecté et mobile, la comparaison européenne est immédiate. Pourquoi des Français vont-ils en Espagne ou en Belgique pour un don d'ovocytes ou une FIV ? Pourquoi le Royaume-Uni autorise-t-il les bébés à « trois parents » (don d'ADN mitochondrial) alors que la France hésite ?
Ce tourisme procréatif est une réalité qui pèse sur le débat français. Les citoyens peuvent « voter avec leurs pieds » (ou leur passeport) en allant chercher à l'étranger ce que la France ne leur offre pas. Le rapport OPECST évoque ces questions sans les trancher, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Bébés-éprouvette en Espagne : le boom du tourisme procréatif
L'Espagne est devenue la première destination européenne pour le tourisme procréatif. Ses centres privés sont performants, les délais sont courts, et les donneuses d'ovocytes sont rémunérées (entre 800 et 1 200 euros par don). Résultat : des milliers de Français traversent chaque année les Pyrénées pour une FIV ou un don d'ovocytes.
Les raisons de cet exil sont multiples. En France, les délais d'attente sont longs, la pénurie de gamètes est sévère, et la GPA est interdite. En Espagne, tout est possible, plus vite et avec moins de contraintes administratives. Mais tout se paie : une FIV en Espagne coûte entre 4 000 et 8 000 euros, sans compter les frais de déplacement et d'hébergement.
Ce phénomène montre que les Français n'attendent pas la loi pour chercher des solutions à l'étranger. Il aggrave aussi les inégalités économiques d'accès à la parentalité : seuls ceux qui en ont les moyens peuvent se permettre de partir. Les autres doivent patienter dans le système public, avec des délais qui s'allongent.
Le Royaume-Uni autorise l'ADN à trois parents, la France hésite
Le Royaume-Uni a été pionnier en autorisant le « don d'ADN mitochondrial » pour éviter la transmission de maladies graves. Cette technique crée des embryons avec l'ADN de trois personnes : le père, la mère et une donneuse d'ovocytes. L'objectif est de remplacer les mitochondries défectueuses de la mère par celles d'une donneuse saine.
La France reste très prudente sur ce sujet. Le rapport de l'OPECST ne se prononce pas clairement, mais les scientifiques poussent pour une évolution. « C'est une technique qui peut sauver des vies », argumentent-ils. « Des enfants naîtraient sans maladie mitochondriale, ce qui leur éviterait une vie de souffrance. »
Les opposants y voient une nouvelle étape vers la manipulation génétique. « On crée des embryons avec trois parents génétiques, c'est une rupture anthropologique », alertent-ils. Le débat est loin d'être tranché, mais il illustre parfaitement le fossé entre les pays à l'avant-garde de la recherche et la France qui privilégie le principe de précaution.
L'OPECST face à la pénurie d'organes : un autre enjeu européen
Le rapport de l'OPECST aborde aussi un sujet moins médiatisé : la pénurie d'organes. En 2025, la France a réalisé près de 6 150 greffes, un record, mais insuffisant face aux besoins. L'objectif du plan Greffe 2022-2026 de dépasser les 7 600 greffes annuelles reste hors d'atteinte. En 2024, 630 patients sont décédés en attente d'une greffe rénale.
L'OPECST constate une montée de l'opposition au don d'organe, qui dépasse 35 %. Il recommande de développer des actions de communication et d'améliorer le parcours des donneurs vivants. Le don altruiste du rein devrait être autorisé par la prochaine loi, avec un rallongement du délai de vingt-quatre heures entre prélèvement et greffe. Les moyens des équipes hospitalières doivent être sanctuarisés.
Cette question rejoint le débat bioéthique européen : comment concilier le principe de solidarité (le don d'organe) avec la liberté individuelle de refuser ? La France a choisi le consentement présumé, mais l'opposition croissante montre que ce modèle est fragilisé.
Les jeunes face à la bioéthique de 2028 : comment faire entendre sa voix
La loi ne sera pas votée avant la fin de la législature, fin 2028 ou début 2029. Entre-temps, des consultations publiques (États généraux) et des navettes parlementaires auront lieu. Les associations étudiantes, les collectifs LGBTQ+ et les syndicats de jeunes commencent à se mobiliser.
C'est un sujet qui concerne directement les jeunes adultes, surtout sur des questions de choix de vie et de santé. La loi bioéthique n'est pas un texte abstrait : elle fixe les règles du jeu pour leur génération. Le moment est venu de s'informer et de participer.
Calendrier 2026-2028 : les dates clés à ne pas rater
Le calendrier est serré. Janvier 2026 a vu le lancement des États généraux de la bioéthique. Juillet 2026 a marqué la publication du rapport de l'OPECST. En 2027, le rapport final du CCNE sera rendu, et l'élection présidentielle viendra ralentir le rythme politique.
Ce n'est qu'en 2028 que le projet de loi sera déposé devant le Parlement. Le vote final est prévu pour fin 2028 ou début 2029. Entre-temps, les consultations citoyennes restent ouvertes. Pour les jeunes, c'est le moment d'écrire aux députés, de participer aux forums publics et de faire entendre leur voix.
Les plateformes de consultation en ligne sont accessibles à tous. Le CCNE a mis en place des questionnaires spécifiques pour les 16-25 ans, avec des questions adaptées à leurs préoccupations. Chaque réponse compte : les rapporteurs analysent les tendances et les intègrent dans leurs recommandations.
Associations et syndicats étudiants : qui te représente dans le débat ?
Plusieurs associations portent la parole des jeunes dans ce débat. L'UNEF et la FAGE, les deux principaux syndicats étudiants, ont pris position sur la bioéthique. L'Association des Parents Gays et Lesbiens (APGL) milite pour l'ouverture de la GPA. SOS homophobie défend les droits des familles homoparentales. Les collectifs féministes comme Osez le féminisme s'engagent sur la question de l'autoconservation des ovocytes.
Ces associations produisent des rapports, organisent des débats et interpellent les parlementaires. Elles sont un relais efficace pour faire entendre la voix des jeunes dans un débat souvent dominé par les experts et les lobbies. Si tu veux t'informer ou t'engager, c'est par elles qu'il faut passer.
Comment participer aux consultations en ligne
Le CCNE a mis en place une plateforme de consultation en ligne, accessible à tous sans inscription préalable. Les questions portent sur des sujets concrets : la PMA, les tests génétiques, la recherche sur l'embryon, la fin de vie. Chaque participant peut répondre de manière anonyme, et les résultats sont rendus publics.
Des débats locaux sont également organisés dans les mairies, les universités et les lycées. Le calendrier est disponible sur le site du CCNE. Pour les jeunes qui veulent aller plus loin, il est possible d'écrire directement à son député ou à sa députée, en lui demandant de prendre position sur les recommandations de l'OPECST. La démocratie participative, ça marche, mais il faut s'en servir.
Conclusion : un contrat social pour ta vie amoureuse et parentale
La révision de la loi bioéthique n'est pas une affaire d'experts. C'est le moment où la société décide jusqu'où elle autorise la science à intervenir dans la vie humaine. Pour une génération qui reporte l'âge de la parentalité, qui utilise des applications de rencontre et qui commande des tests ADN en ligne, cette loi est un cadre qui façonnera leur existence.
L'enjeu est autant médical que politique. La loi de 2028 fixera les règles du jeu pour les décennies à venir : qui peut recourir à la PMA, dans quelles conditions, avec quel accompagnement. Elle décidera si la GPA reste interdite ou si elle est légalisée. Elle encadrera les tests génétiques et la recherche sur l'embryon.
Pour les jeunes adultes, c'est une question de liberté de choix et d'autonomie corporelle. Les consultations citoyennes sont ouvertes, les parlementaires sont à l'écoute. Il ne reste plus qu'à saisir cette opportunité pour faire entendre sa voix.