Une femme âgée colle une affiche 'Maîtriser sa vie jusqu'à la fin' sur un pilier en pierre, symbole des débats sur l'aide à mourir.
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Fin de vie : les amendements de la gauche et du centre qui pourraient tout changer à l’Assemblée

Alors que l’Assemblée examine des amendements clés sur l’aide à mourir, cet article décrypte les bouleversements en cours : suppression de la souffrance « constante », nouveau rôle des proches et calendrier tendu jusqu’au 15 juillet.

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24 février 2026 : les amendements qui rebattent les cartes de l’aide à mourir

Ce lundi 24 février, l’Assemblée nationale a rouvert le dossier le plus sensible de la session parlementaire. La proposition de loi sur l’aide à mourir, portée par le député démocrate Olivier Falorni, est revenue en séance publique après son rejet par le Sénat et les modifications apportées en deuxième lecture. Les débats s’annoncent tendus : une coalition de députés de gauche et du centre a déposé plusieurs amendements qui élargissent le périmètre du texte initial, au grand dam des opposants. Le gouvernement, par la voix de la ministre de la Santé Stéphanie Rist, a déjà fait savoir qu’il soutenait plusieurs de ces propositions.

Une femme âgée colle une affiche 'Maîtriser sa vie jusqu'à la fin' sur un pilier en pierre, symbole des débats sur l'aide à mourir.
Une femme âgée colle une affiche 'Maîtriser sa vie jusqu'à la fin' sur un pilier en pierre, symbole des débats sur l'aide à mourir. — (source)

L’enjeu est clair : rendre l’accès à l’aide à mourir moins restrictif sans pour autant supprimer les garde-fous qui encadrent la procédure. Les amendements déposés par La France insoumise, les socialistes et certains centristes visent tous à assouplir les conditions posées par la version votée en première lecture et par le Sénat. Le plus symbolique d’entre eux concerne la suppression du mot « constant » dans la définition de la souffrance ouvrant droit à l’aide à mourir. Mais ce n’est pas le seul changement sur la table.

La gauche et le centre veulent élargir le texte initial : quels changements concrets ?

Plusieurs amendements ont déjà été adoptés en deuxième lecture, le 20 février. Le plus notable est la suppression de la notion de « souffrance constante » dans les critères d’éligibilité. Porté conjointement par des députés LFI et socialistes, cet amendement a reçu le soutien explicite du gouvernement. Concrètement, le texte ne demande plus que la souffrance soit permanente, mais simplement qu’elle soit « réfractaire aux traitements » ou « insupportable ». Une nuance qui change tout pour des milliers de malades atteints de pathologies à évolution lente ou par crises.

Autre avancée : le rôle des proches a été renforcé. Désormais, le patient peut désigner une personne de confiance qui sera associée à la procédure collégiale d’évaluation. Ce proche pourra témoigner de la volonté du malade, être informé des étapes et accompagner la démarche. Un ajout qui rapproche le droit français des modèles belge et suisse, où l’entourage joue un rôle central dans l’accompagnement.

Les députés ont également assoupli les délais. Alors que le texte initial prévoyait un délai de réflexion de 48 heures après la décision du médecin, plusieurs amendements discutés ce lundi visent à réduire ce délai à 24 heures pour les cas les plus urgents. « Quand on souffre, chaque jour compte », a plaidé un député insoumis dans l’hémicycle. Le gouvernement n’a pas encore pris position sur ce point précis.

« Souffrance réfractaire » contre « souffrance constante » : la bataille des mots qui change tout

Pour comprendre l’importance de ce débat, il faut s’arrêter sur un seul mot : « constant ». Dans la version initiale du texte, le patient devait présenter une « souffrance physique ou psychologique constante » pour pouvoir prétendre à l’aide à mourir. Une formulation qui a provoqué des heures de discussion dans l’hémicycle.

Le député LFI René Pilato a résumé l’argument des partisans de la suppression : « On est incapable de mesurer la souffrance constante scientifiquement et physiquement. » Derrière cette phrase se cache une réalité médicale : la douleur n’est jamais linéaire. Elle oscille, fluctue, connaît des pics et des accalmies. Exiger qu’elle soit « constante » revient à exclure des patients dont la souffrance est réelle mais intermittente.

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a apporté un éclairage technique : « Une douleur oscille au long d’une même journée. » En supprimant l’exigence de constance, le texte ouvre le droit à des malades atteints de pathologies comme la sclérose en plaques, certaines formes de cancer à évolution lente ou des maladies auto-immunes, où la souffrance peut être intolérable sans être permanente.

Le Palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale, à Paris.
Le Palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale, à Paris. — Ank Kumar / CC BY-SA 4.0 / (source)

Les opposants, comme Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons) ou Théo Bernhardt (RN), ont dénoncé une « dinguerie » et un affaiblissement des garanties. Mais la majorité des députés a suivi le raisonnement médical : la constance n’est pas un critère pertinent pour évaluer la souffrance. Le mot « réfractaire » ou « insupportable » est jugé plus adapté, car il prend en compte l’intensité et l’échec des traitements plutôt que la durée.

Maladie incurable, pronostic vital, souffrance : les 5 conditions qui font le tri

Après avoir compris ce qui se joue ce lundi, il est essentiel de savoir qui sera concrètement éligible au nouveau droit. Le texte adopté en deuxième lecture fixe cinq conditions cumulatives que le patient doit remplir pour pouvoir demander l’aide à mourir. Ces critères ont été confirmés par les députés le 20 février et constituent le cœur du dispositif.

La première condition : être atteint d’une « affection grave et incurable » qui « engage le pronostic vital » en phase avancée ou terminale. Autrement dit, la maladie doit être irréversible et menacer la vie à court ou moyen terme. La deuxième : présenter une souffrance physique ou psychologique liée à cette affection, qui soit « réfractaire aux traitements » ou « insupportable ». La troisième : être majeur. La quatrième : être de nationalité française ou résident étranger en situation régulière et stable. La cinquième : être en capacité d’exprimer sa volonté de façon libre et éclairée.

L'Assemblée nationale vue depuis les grilles, avec des personnes rassemblées sur les marches.
L'Assemblée nationale vue depuis les grilles, avec des personnes rassemblées sur les marches. — Orionx / CC BY-SA 3.0 / (source)

Ces cinq conditions dessinent un périmètre précis. Mais comme souvent dans ce type de texte, les exceptions et les zones grises sont nombreuses.

Les critères qui excluent : pourquoi tout le monde ne pourra pas demander l’aide à mourir

Si les cinq conditions semblent claires sur le papier, leur application concrète exclut de fait plusieurs catégories de patients. Le plus gros angle mort concerne les maladies neurodégénératives à un stade avancé. Un patient atteint de la maladie d’Alzheimer ou de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) peut, à un stade tardif, ne plus être en capacité d’exprimer sa volonté de façon libre et éclairée. Il se retrouve alors exclu du dispositif, même si sa souffrance est immense.

L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) a fait de ce point un cheval de bataille. Dans ses mobilisations, elle rappelle que les directives anticipées devraient être prises en compte pour les patients dont le discernement est altéré. Le texte actuel ne le permet pas, ce qui crée une situation paradoxale : plus la maladie progresse, moins le patient a de droits.

Autre exclusion de fait : les mineurs, même atteints de pathologies incurables. La condition de majorité est stricte, contrairement à certains pays comme la Belgique où l’euthanasie est possible pour les mineurs dans des cas très encadrés. En France, le débat sur ce point n’a même pas été ouvert. L’article sur les enfants gravement malades et la fin de la double peine illustre les difficultés que rencontrent les familles concernées.

Enfin, les étrangers en situation irrégulière ou instable sont exclus, même s’ils résident en France depuis des années. Une condition qui a suscité peu de débats mais qui interroge sur l’universalité du droit.

Le délai de 15 jours et le temps de réflexion de 48 h : procédure express ou bouée de sauvetage ?

Une fois les conditions remplies, le parcours du patient est très encadré. La procédure détaillée par le site Erevo prévoit plusieurs étapes. Le patient adresse sa demande à son médecin généraliste référent. Une procédure collégiale obligatoire est alors déclenchée pour évaluer l’éligibilité. Depuis l’ajout voté en deuxième lecture, un proche désigné par le patient peut être associé à cette évaluation.

Le médecin doit rendre sa décision dans un délai de 15 jours à compter de la demande initiale. Un délai jugé trop court par certains opposants, trop long par d’autres. « C’est un chemin critique très encadré », résume un spécialiste des questions de bioéthique. Après la décision du médecin, le patient dispose d’un délai de réflexion minimum de 48 heures avant l’acte. Ce délai peut être réduit à 24 heures dans les cas les plus urgents, si les amendements en cours sont adoptés.

Un soignant auprès d'un patient âgé à l'hôpital, illustrant les soins de fin de vie.
Un soignant auprès d'un patient âgé à l'hôpital, illustrant les soins de fin de vie. — (source)

L’auto-administration est la règle : le patient doit pouvoir ingérer lui-même le produit létal. L’administration par un soignant n’est possible qu’en exception, lorsque le patient est dans l’incapacité physique de le faire. Une disposition qui vise à garantir le caractère volontaire de l’acte.

La question éthique est posée : ce délai de 48 heures est-il suffisant pour une décision irréversible ? Les défenseurs du texte répondent que l’urgence de la souffrance justifie une réactivité que n’offrent pas les filières de soins palliatifs classiques. Les opposants, eux, y voient un risque de précipitation.

Du député RN au médecin soignant : le front du refus contre l’élargissement

Tous les députés ne voient pas d’un bon œil ces élargissements. Un front du refus s’est constitué, mêlant élus de droite et d’extrême droite, soignants et associations de soins palliatifs. Leurs arguments sont variés mais convergent vers une même inquiétude : la « pente glissante » et l’insuffisance des alternatives.

Le député RN Christophe Bentz, farouchement opposé au texte, incarne cette opposition. Dans l’hémicycle, il a multiplié les interventions pour dénoncer ce qu’il considère comme une « banalisation de la mort ». Son collègue Théo Bernhardt a qualifié la suppression du mot « constant » de « dinguerie ». Mais au-delà des invectives, des arguments plus solides sont avancés.

Pente glissante, soins palliatifs insuffisants, clause de conscience : le faisceau d’arguments des opposants

Trois arguments reviennent systématiquement dans la bouche des opposants. Le premier est celui de la « pente glissante ». Une fois la loi votée, disent-ils, les conditions ne cesseront d’être élargies. « On commence par la souffrance réfractaire, et dans cinq ans on euthanasiera sur simple demande », résume un sénateur LR. Cet argument, bien que souvent utilisé dans les débats éthiques, trouve un écho particulier dans le contexte français où le texte a déjà été assoupli entre la première et la deuxième lecture.

Des députés lèvent la main lors des débats sur la fin de vie à l'Assemblée nationale.
Des députés lèvent la main lors des débats sur la fin de vie à l'Assemblée nationale. — (source)

Le deuxième argument concerne la clause de conscience des soignants. Comment garantir qu’un médecin puisse refuser de pratiquer l’aide à mourir sans que son patient soit abandonné ? Le texte prévoit un devoir d’orientation vers un confrère, mais les opposants jugent ce mécanisme insuffisant. « Un médecin qui refuse par conviction ne va pas orienter son patient vers quelqu’un qui accepte », a argué Christophe Bentz.

Le troisième argument est peut-être le plus solide : l’insuffisance structurelle des soins palliatifs. L’État a promis 1,1 milliard d’euros sur dix ans pour développer l’offre de soins palliatifs. Mais les opposants jugent ce montant très inférieur à ce que coûterait un déploiement massif de l’aide active à mourir. Leur raisonnement est implacable : le choix du patient n’est-il pas biaisé si l’alternative palliative est un désert médical ? Dans certaines régions, les lits de soins palliatifs sont si rares que l’aide à mourir pourrait devenir, de fait, la seule option disponible. Un angle économique pur qui interroge sur la sincérité du choix.

Le spectre du référendum : pourquoi le Conseil constitutionnel a bloqué Szpiner

Face à l’avancée du texte, le sénateur LR Francis Szpiner a tenté une manœuvre de dernière chance : lancer un référendum d’initiative partagée (RIP) sur la fin de vie. L’idée était de contourner le Parlement et de soumettre la question directement au peuple français. Une manière, pour les opposants, de gagner du temps et de tester la véritable opinion publique.

Mais le Conseil constitutionnel a mis fin à cet espoir. Dans une décision du 17 juin 2026, les sages ont estimé que « les questions, d’ordre éthique, relatives à la fin de vie » ne rentraient pas dans le champ de l’article 11 de la Constitution, qui régit cette procédure de référendum. En clair, le législateur garde le monopole de ce choix de société. Une décision qui pourrait faire jurisprudence pour d’autres sujets éthiques à l’avenir.

Cette décision renforce la légitimité du vote parlementaire. Le 15 juillet, ce sont bien les députés qui auront le dernier mot, pas le peuple par référendum. Un contraste qui alimente le débat sur la légitimité de la réforme : peut-on changer une règle aussi fondamentale sans consulter directement les citoyens ? Les opposants le pensent, mais la Constitution en a décidé autrement.

Génération « choisir sa mort » : comment les 18-30 ans bousculent le débat ?

Pendant que les députés débattent dans l’hémicycle, un autre phénomène se joue dans la société française. Les moins de 30 ans sont très majoritairement favorables à l’aide à mourir, et ils le font savoir. Les sondages récents montrent un écart générationnel historique sur ce sujet, qui pourrait bien influencer les derniers arbitrages.

Les données d’enquêtes d’opinion sont sans appel. Selon des études Ifop et Harris Interactive, environ 85 % des 18-30 ans se déclarent favorables à l’aide à mourir, contre 60 % des plus de 65 ans. Un écart de 25 points qui s’explique par un rapport différent à l’autonomie, à l’autorité médicale et à la liberté individuelle.

Les sondages Ifop et Harris le montrent : un écart générationnel historique

Pourquoi un tel écart ? Les jeunes générations ont grandi dans une culture du consentement éclairé et du droit au choix. L’autorité médicale n’est plus une parole indiscutable ; elle se négocie, se discute, se conteste. Le patient est devenu un acteur de sa santé, pas un simple récipiendaire de soins. Cette culture de l’autonomie individuelle se retrouve dans le débat sur la fin de vie.

Autre facteur : la médiatisation des cas emblématiques. Les jeunes ont grandi avec des histoires comme celle de Vincent Lambert ou de Chantal Sébire, qui ont marqué l’opinion. Ils sont plus sensibles à l’idée que la souffrance peut justifier une exception au principe de non-assistance à mourir.

Une députée s'exprime à la tribune lors des débats sur l'aide à mourir à l'Assemblée nationale.
Une députée s'exprime à la tribune lors des débats sur l'aide à mourir à l'Assemblée nationale. — (source)

Enfin, le rapport à la mort a changé. Les jeunes générations sont moins religieuses, moins attachées à l’idée que la vie doit être vécue jusqu’à son terme naturel, quoi qu’il en coûte. Pour elles, la qualité de vie prime sur la durée. « Mieux vaut une mort choisie qu’une vie subie », résume une étudiante en médecine interrogée lors d’un débat à Sciences Po.

« Militez-vous ou faites-vous confiance aux députés ? » — le positionnement des associations étudiantes

Reste une question : ce fort soutien dans les sondages se traduit-il en pression militante sur les députés ? Les associations étudiantes sont discrètes sur le sujet. L’UNEF, principal syndicat étudiant, n’en a pas fait une priorité. Les organisations lycéennes non plus. Le sujet reste abstrait pour des jeunes qui ne se projettent pas dans la maladie grave.

L’ADMD, forte de ses 84 000 membres, a tenté de mobiliser cette génération. L’association a lancé une plateforme de suivi législatif ciblant les jeunes, avec des pétitions en ligne, des vidéos explicatives et des appels à contacter les députés. Mais le résultat est mitigé. « Les jeunes sont favorables dans les sondages, mais ils ne se déplacent pas dans les meetings », constate un responsable de l’association.

Ce décalage entre opinion et mobilisation interroge. Les députés, qui regardent les sondages, savent que l’opinion jeune est acquise. Mais sans pression militante, ils peuvent plus facilement transiger avec les opposants, qui sont, eux, très mobilisés. Le rapport de force est asymétrique.

Le proche désormais associé : entre nouveau rôle et fardeau psychologique

Parmi les modifications adoptées en deuxième lecture, l’une des plus importantes concerne le rôle des proches. Le patient peut désormais désigner une personne de confiance qui sera associée à la procédure collégiale d’évaluation. Une avancée pour les défenseurs du texte, un nouveau fardeau pour les familles selon les opposants.

Cette disposition rapproche le droit français des modèles belge et suisse, où l’entourage joue un rôle central. Mais elle pose aussi des questions éthiques : le proche ne devient-il pas un co-décisionnaire malgré lui ? Comment distinguer le soutien affectif de la pression inconsciente ?

Témoigner, accompagner, signaler : le nouveau statut juridique du proche désigné

Concrètement, que permet cet ajout ? Le patient peut désigner un proche qui sera informé de toutes les étapes de la procédure. Ce proche peut témoigner de la volonté du patient si celui-ci ne peut plus s’exprimer, par exemple en cas de perte de conscience soudaine. Il peut accompagner la personne dans sa démarche, être présent lors des entretiens avec le médecin et participer à la procédure collégiale.

Ce nouveau statut juridique est une reconnaissance de la place des proches dans l’accompagnement de la fin de vie. Jusqu’à présent, ils étaient souvent mis à l’écart des décisions médicales. Désormais, ils deviennent des acteurs à part entière, avec des droits et des devoirs.

Mais cette reconnaissance a un prix. Le proche désigné doit être capable de porter la volonté du patient sans projeter la sienne. Un équilibre difficile à trouver, surtout dans des situations émotionnellement chargées.

La crainte des familles : soutenir sans faire pression, une ligne rouge difficile à tenir

La question centrale est celle de la pression inconsciente. Un proche qui accompagne un malade en fin de vie peut, sans le vouloir, influencer sa décision. Un regard, un silence, une hésitation peuvent être interprétés comme une attente. Le malade, qui ne veut pas être un fardeau, peut choisir l’aide à mourir pour soulager sa famille plutôt que pour lui-même.

« Comment être sûr que le choix est libre ? », s’interroge un psychologue spécialiste de l’accompagnement. La réponse n’est pas simple. Le texte prévoit que le médecin doit s’assurer de la liberté du consentement, mais dans la pratique, la frontière est floue.

L’article sur Isabelle Mergault, Maya et Iris illustre les complexités des liens familiaux face à la fin de vie. Dans cette affaire, les questions de transmission du patrimoine affectif et matériel se mêlent à celles du choix de vie. Une illustration des dilemmes auxquels sont confrontés les proches.

Les associations de défense des malades recommandent aux familles de se faire accompagner par un psychologue ou un travailleur social pour éviter ces dérives. Mais tous les proches n’ont pas accès à ce soutien.

15 juillet 2026 : la date butoir qui met la pression sur les députés

Le temps politique est compté. La proposition de loi est examinée en troisième lecture à l’Assemblée à partir du 22 juin. Ensuite, elle repartira au Sénat, qui l’a déjà rejetée par deux fois. En cas de nouveau désaccord, le gouvernement convoquera une commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de trouver un compromis. Si la CMP échoue, les députés auront le dernier mot le 15 juillet, comme l’a promis le ministre Laurent Panifous.

Cette date butoir met une pression énorme sur les parlementaires. L’ADMD et ses 84 000 membres multiplient les actions pour qu’un texte ambitieux soit voté avant l’été. Les opposants, eux, espèrent gagner du temps pour faire capoter le texte.

Troisième lecture, commission mixte paritaire : le calendrier de la dernière ligne droite

Le calendrier est serré. La troisième lecture à l’Assemblée a débuté le 22 juin. Les députés examinent les articles qui n’ont pas trouvé d’accord avec le Sénat. Les principaux points de friction sont le délit d’entrave, la clause de conscience des soignants et les conditions d’éligibilité.

Après l’Assemblée, le texte repart au Sénat. Les sénateurs, majoritairement opposés, pourraient le rejeter à nouveau. Le gouvernement convoquera alors une commission mixte paritaire, composée de 7 députés et 7 sénateurs, pour tenter de trouver un compromis. Si la CMP échoue, l’Assemblée aura le dernier mot le 15 juillet, comme l’a annoncé Laurent Panifous sur Sud Radio.

Ce calendrier est une victoire pour les partisans du texte. Le gouvernement a fait le choix de donner la priorité à l’Assemblée, où la majorité est favorable, plutôt que de chercher un compromis avec un Sénat hostile. Une stratégie risquée, mais qui pourrait payer.

Ce que change le modèle jerseyois (et pourquoi la France regarde outre-Manche)

Pendant que la France débat, un petit territoire britannique sert de laboratoire. Jersey, une île anglo-normande, a légalisé l’aide à mourir en 2025. Son modèle partage plusieurs traits avec le texte français : auto-administration comme règle, encadrement collégial, notion de « souffrance insupportable ».

L’article sur Jersey et l’aide à mourir analyse en détail ce modèle. La question sous-jacente est de savoir si Jersey sert d’exemple à suivre ou de repoussoir. Les premiers retours sont positifs : le nombre de demandes est resté modéré, l’encadrement a fonctionné, et les abus redoutés ne se sont pas produits.

L'hémicycle du Sénat au Palais du Luxembourg, lieu des débats sur la fin de vie.
L'hémicycle du Sénat au Palais du Luxembourg, lieu des débats sur la fin de vie. — (source)

Les opposants français rétorquent que la situation n’est pas comparable. Jersey est une petite île de 100 000 habitants, avec une culture et des valeurs différentes. Mais pour les partisans du texte, l’exemple jerseyois montre qu’une loi équilibrée est possible, sans dérive.

Conclusion

Le débat sur l’aide à mourir en France est à un tournant. Trois forces s’affrontent. D’un côté, une majorité sociologique favorable, portée par les jeunes générations et une culture de l’autonomie individuelle. De l’autre, un bloc d’opposition politique et soignant qui invoque le risque de pente glissante et le manque de moyens des soins palliatifs. Entre les deux, une horloge parlementaire qui tourne jusqu’au 15 juillet.

L’issue reste incertaine. Le statu quo n’est plus tenable : trop de Français attendent ce droit, trop de cas médiatisés ont montré les limites du système actuel. Mais rien ne garantit que le texte final soit aussi large que le souhaitent les amendements de la gauche et du centre. Les compromis de dernière minute, les revirements de dernière heure, les pressions des lobbys pourraient réduire la portée de la réforme.

Le vrai enjeu est humain. Pour des milliers de malades et leurs proches, cette loi changera concrètement la possibilité ou non de choisir sa fin de vie. Elle ne résoudra pas tous les problèmes : les soins palliatifs restent insuffisants, la clause de conscience des soignants est un défi, et les maladies neurodégénératives restent largement exclues. Mais elle ouvre une brèche. Le 15 juillet, les députés auront entre leurs mains la réponse à une question que la société française n’a cessé de repousser : jusqu’où la liberté individuelle peut-elle aller face à la souffrance ?

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Questions fréquentes

Quelles sont les 5 conditions pour l'aide à mourir ?

Le patient doit être majeur, atteint d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital, souffrir de manière réfractaire ou insupportable, être en capacité d'exprimer sa volonté librement, et être français ou résident régulier.

Pourquoi supprimer le mot « constant » dans la souffrance ?

Les députés ont supprimé l'exigence de souffrance « constante » car la douleur n'est jamais linéaire : elle oscille. Le nouveau critère de souffrance « réfractaire » ou « insupportable » permet d'inclure des malades atteints de pathologies à évolution lente comme la sclérose en plaques.

Qui est exclu du dispositif d'aide à mourir ?

Les patients atteints de maladies neurodégénératives avancées (Alzheimer, SLA) incapables d'exprimer leur volonté sont exclus, de même que les mineurs et les étrangers en situation irrégulière, même s'ils résident en France depuis longtemps.

Quel est le délai de réflexion avant l'aide à mourir ?

Le patient dispose d'un délai de réflexion minimum de 48 heures après la décision du médecin. Ce délai pourrait être réduit à 24 heures pour les cas les plus urgents, selon les amendements en discussion.

Les jeunes sont-ils plus favorables à l'aide à mourir ?

Oui, environ 85 % des 18-30 ans y sont favorables contre 60 % des plus de 65 ans, selon les sondages Ifop et Harris Interactive. Cet écart générationnel s'explique par un rapport plus fort à l'autonomie individuelle et une moindre religiosité.

Sources

  1. Fin de vie - Actualités, vidéos et infos en direct · lemonde.fr
  2. erevo.fr · erevo.fr
  3. lcp.fr · lcp.fr
  4. Fin de vie : les députés retirent la notion de « souffrance constante » des conditions pour prétendre à l’aide à mourir · lemonde.fr
  5. Le débat sur la fin de vie face à une Assemblée nationale provisoirement apaisée · lemonde.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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