Le 16 mai 2026, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a lancé un appel clair dans les colonnes du Parisien : il faut rouvrir les négociations salariales dans les entreprises et la fonction publique. Sa déclaration tombe à un moment précis. Alors que le Smic va augmenter de 2,41 % au 1er juin, de nombreuses grilles salariales restent sous ce seuil légal, et l'inflation continue de peser sur le quotidien des Français, en particulier les plus jeunes. Pour les 16-25 ans qui entrent sur le marché du travail, en stage, en alternance ou en premier CDI, ces annonces ne sont pas abstraites. Elles concernent directement le montant qui tombera sur leur compte en banque chaque mois.

Le contexte d'une déclaration qui tombe au bon moment
Marylise Léon n'a pas choisi cette date au hasard. Le 16 mai 2026, elle accorde un entretien au Parisien dans lequel elle affirme qu'il est devenu « impératif de rouvrir des négociations salariales ». Les raisons sont multiples, et la numéro un de la CFDT les énumère sans détour : l'inflation qui persiste, les grilles salariales de 47 branches professionnelles qui commencent encore sous le Smic, et une revalorisation automatique du Smic qui, selon elle, ne suffit pas à garantir un pouvoir d'achat décent.
Cette prise de position intervient dans un climat social tendu. Depuis 2023, les prix de l'alimentation, du logement et des transports ont grimpé bien plus vite que les salaires dans de nombreux secteurs. Les jeunes actifs, souvent embauchés au Smic ou à des niveaux proches, ressentent cette pression plus fortement que les salariés plus âgés, dont l'ancienneté permet parfois de mieux amortir les hausses.
L'effet domino de l'inflation sur les bas salaires
L'inflation n'a pas frappé tout le monde de la même manière. Pour un jeune qui débute dans la restauration rapide ou dans le commerce, une augmentation de 2 % du Smic ne compense pas une hausse de 5 % du prix des loyers ou des courses alimentaires. Marylise Léon le rappelle dans son intervention : le mécanisme automatique de revalorisation du Smic, basé sur l'inflation constatée, est nécessaire mais insuffisant. Il faut, selon elle, une revalorisation négociée, branche par branche, pour rattraper le retard accumulé.
La secrétaire générale de la CFDT ajoute une mise en garde rapportée par BFMTV : « si la guerre en Iran s'éternise, il faudra peut-être revoir la copie ». Cette phrase montre que l'incertitude géopolitique pèse directement sur les perspectives économiques et, par ricochet, sur le pouvoir d'achat des ménages. Une analyse partagée par Le Figaro, qui souligne que la dirigeante syndicale lie explicitement la question des salaires à la stabilité internationale.
Un système de négociation décentralisé qui complique les choses
Le modèle français de négociation collective est décentralisé depuis les réformes des années 2010. Comme le montre une étude de l'ETUI, les branches professionnelles et les entreprises sont devenues les principaux niveaux de discussion salariale. Ce système a un avantage : il permet d'adapter les accords aux réalités de chaque secteur. Mais il a aussi un inconvénient majeur pour les jeunes : dans les branches où les syndicats sont faibles ou les employeurs peu enclins à négocier, les grilles salariales peuvent rester figées pendant des années.
Le résultat est frappant. Alors que le Smic a augmenté régulièrement depuis 2022, les premiers échelons de nombreuses grilles professionnelles n'ont pas suivi le mouvement. Les jeunes embauchés se retrouvent donc à toucher le minimum légal, sans perspective d'évolution rapide.
Ce que la hausse du Smic du 1er juin 2026 change concrètement
Le 1er juin 2026, le Smic augmentera de 2,41 %. Concrètement, cela représente environ 35 euros nets supplémentaires par mois. En cumulant les revalorisations des dernières années, le Smic brut mensuel atteindra 1 823,03 euros, soit environ 1 443 euros nets. Une somme qui, pour un jeune actif vivant seul dans une grande ville, peut à peine couvrir un loyer et les charges de base.
Les chiffres clés de l'évolution du Smic depuis 2022
Pour comprendre l'enjeu, il faut regarder la trajectoire du Smic sur les quatre dernières années. Les données compilées par La finance pour tous montrent une succession de hausses :
- Janvier 2022 : +0,9 % → 1 603,12 euros brut par mois
- Mai 2022 : +2,65 % → 1 645,58 euros
- Août 2022 : +2,01 % → 1 678,65 euros
- Janvier 2023 : +1,81 % → 1 709,28 euros
- Mai 2023 : +2,19 % → 1 747,20 euros
- Novembre 2024 : +2 %
- Janvier 2026 : +1,18 % → 1 823,03 euros brut (12,02 euros de l'heure, soit environ 1 443 euros nets)
- Juin 2026 : +2,41 % → environ 35 euros nets supplémentaires
Ces chiffres montrent une progression significative depuis 2022. Mais dans le même temps, l'inflation cumulée sur la période a été plus forte. Le pouvoir d'achat réel des smicards n'a donc pas augmenté autant que le suggèrent les seuls chiffres bruts.
Pourquoi 35 euros nets par mois ne suffisent pas
Pour un jeune en premier emploi, 35 euros nets supplémentaires, c'est à peine le prix d'un abonnement de transport en commun dans une grande ville, ou deux courses au supermarché. C'est le constat que fait Marylise Léon : la revalorisation automatique du Smic, bien que nécessaire, ne règle pas le problème de fond. Les branches professionnelles qui emploient massivement des jeunes — restauration, hôtellerie, nettoyage, grande distribution — doivent revoir leurs grilles salariales pour que les premiers échelons dépassent réellement le Smic.
L'article dédié au Smic 2026 : +34€ net par mois au 1er juin, la hausse qui ne rattrape pas l'inflation des jeunes détaille les calculs précis et l'impact réel sur le budget des moins de 25 ans.
Les 47 branches professionnelles qui paient encore sous le Smic
Le chiffre est frappant : 47 branches professionnelles ont encore des grilles salariales qui démarrent sous le Smic. Et ce nombre va augmenter après la revalorisation du 1er juin 2026. Marylise Léon cite deux exemples concrets dans son entretien au Parisien. L'hospitalisation privée, où deux coefficients de la grille se situent sous le Smic. Et les jardineries, où neuf coefficients sont concernés. Cela signifie que des salariés, parfois avec plusieurs années d'ancienneté, se retrouvent à toucher un salaire inférieur au minimum légal.
Les secteurs qui emploient le plus de jeunes sont les plus touchés
Les branches professionnelles concernées ne sont pas des secteurs marginaux. La grande distribution, l'hôtellerie-restauration, le nettoyage industriel, l'aide à domicile : autant de secteurs qui recrutent massivement des jeunes, en CDI, en CDD ou en intérim. Dans ces branches, les grilles salariales n'ont pas été renégociées depuis plusieurs années, et les premiers échelons n'ont pas suivi la hausse du Smic.
Le problème est double. D'un côté, les employeurs doivent mettre à jour leurs grilles pour se conformer à la loi, sous peine de sanctions. De l'autre, les salariés concernés, souvent les plus jeunes et les moins expérimentés, subissent une situation où leur salaire est théoriquement inférieur au minimum légal. En pratique, les employeurs versent un complément pour atteindre le Smic, mais cela ne règle pas le problème structurel : une grille salariale obsolète qui décourage la progression de carrière.
Le calendrier des prochaines négociations
Marylise Léon appelle à rouvrir les négociations sans attendre. Plusieurs branches professionnelles ont déjà programmé des réunions dans les semaines à venir. La grande distribution, par exemple, doit entamer des discussions en juin 2026. L'hôtellerie-restauration, secteur clé pour l'emploi des jeunes, a annoncé une réunion en juillet. Le nettoyage industriel, qui emploie de nombreux étudiants en job alimentaire, négocie en septembre.
Ces échéances sont cruciales. Si les branches parviennent à un accord, les jeunes salariés pourraient voir leur salaire augmenter de 5 à 10 %, selon les estimations des syndicats. Si les négociations échouent, le gouvernement pourrait être contraint d'intervenir par décret, comme cela s'est déjà produit par le passé.
La transparence salariale : un enjeu spécifique pour les moins de 25 ans
Marylise Léon lie directement la question des négociations salariales à celle de la transparence. Et pour cause : la directive européenne sur la transparence salariale (2023/970), adoptée le 10 mai 2023, doit être transposée en droit français avant le 7 juin 2026. Le gouvernement français a transmis un projet de loi de transposition aux partenaires sociaux le 6 mars 2026, comme le rapporte le site Cadres CFDT. Le compte à rebours est lancé.
Ce que la directive européenne va changer pour les jeunes candidats
La directive prévoit plusieurs mesures concrètes qui concernent directement les jeunes en recherche d'emploi. D'abord, l'affichage d'une fourchette de salaire dans les offres d'emploi. Fini les annonces vagues mentionnant « salaire selon profil ». Les entreprises devront indiquer un minimum et un maximum, ce qui permettra aux jeunes candidats de savoir à quoi s'attendre avant même de postuler.
Ensuite, l'interdiction de demander l'historique de rémunération aux candidats. Cette pratique, encore courante dans certains secteurs, pénalise les jeunes qui ont commencé leur carrière avec des salaires bas. En ne pouvant plus se référer au salaire précédent, les recruteurs devront se baser sur la valeur du poste et les compétences du candidat, et non sur son passé salarial.
Le droit de connaître les rémunérations moyennes par sexe
Autre mesure importante : le droit pour les salariés de connaître les niveaux de rémunération moyens par sexe pour des postes comparables. Concrètement, un jeune homme ou une jeune femme pourra demander à son employeur : « Combien gagnent en moyenne les hommes et les femmes qui occupent le même poste que moi ? » Si l'écart est significatif, l'employeur devra justifier cette différence par des critères objectifs.
Cette mesure est particulièrement pertinente pour les jeunes femmes, qui subissent souvent un écart de salaire dès leur entrée sur le marché du travail. Selon les données de l'INSEE pour 2023, la différence de revenus entre hommes et femmes en France atteint 22,2 %, et 14,2 % à temps de travail identique. Dans l'Union européenne, l'écart moyen est de 12 %. Ces chiffres, cités par Cadres CFDT, montrent que le problème persiste, y compris pour les jeunes générations.
Le reporting obligatoire pour les entreprises de plus de 100 salariés
La directive impose également un reporting obligatoire pour les entreprises de plus de 100 salariés. Elles devront publier régulièrement des données sur les écarts de rémunération entre hommes et femmes, et prendre des mesures correctives si ces écarts dépassent un seuil défini. Ce reporting permettra aux jeunes salariés de comparer les pratiques de différentes entreprises et de choisir celles qui sont les plus transparentes.
Pour un jeune qui négocie son premier emploi, ces informations sont précieuses. Elles permettent de savoir si l'entreprise a une politique salariale équitable, ou si elle a tendance à sous-payer certaines catégories de salariés. Le guide pratique sur la négociation de salaire en entretien donne des techniques concrètes pour utiliser ces informations à son avantage.
Les écarts de salaire entre jeunes et seniors : une réalité qui persiste

Au-delà de la question du genre, la transparence salariale pose aussi celle de l'écart entre générations. Dans de nombreux secteurs, les jeunes salariés gagnent significativement moins que leurs aînés, même à poste équivalent. Cet écart s'explique en partie par l'ancienneté, mais pas seulement.
Pourquoi les jeunes sont souvent moins bien payés à poste égal
Plusieurs mécanismes jouent en défaveur des jeunes. D'abord, la pratique des grilles salariales : dans de nombreuses branches, le salaire augmente avec l'ancienneté, ce qui est logique. Mais dans certains cas, l'écart est disproportionné. Un vendeur de 22 ans dans la grande distribution peut gagner 1 800 euros brut par mois, tandis que son collègue de 45 ans, au même poste, touche 2 300 euros, soit 28 % de plus.
Ensuite, il y a la question de la négociation individuelle. Les jeunes, moins expérimentés et souvent moins informés de leurs droits, négocient moins leur salaire que les salariés plus âgés. La directive sur la transparence salariale vise précisément à corriger ce déséquilibre en donnant à tous les salariés les mêmes informations.
Les secteurs où l'écart générationnel est le plus fort
Les secteurs qui recrutent le plus de jeunes sont aussi ceux où l'écart générationnel est le plus marqué. Dans la restauration, un commis de cuisine de 20 ans gagne en moyenne 1 700 euros brut par mois, tandis qu'un chef de partie de 40 ans peut atteindre 2 500 euros. Dans le commerce, un vendeur débutant touche souvent le Smic, alors que son collègue avec dix ans d'ancienneté peut gagner 2 000 euros.
Ces écarts ne sont pas injustes en soi : l'expérience et l'ancienneté méritent d'être récompensées. Mais le problème survient quand les grilles salariales ne sont pas régulièrement mises à jour, et que les premiers échelons restent bloqués au Smic pendant des années. C'est exactement ce que dénonce Marylise Léon.
Des mécanismes de rattrapage possibles
La transparence salariale peut aider à réduire ces écarts. Si un jeune salarié sait que ses collègues plus âgés gagnent 30 % de plus pour le même travail, il peut légitimement demander une revalorisation. Et si l'écart n'est pas justifié par des critères objectifs, l'employeur devra s'expliquer.
Certaines entreprises ont déjà mis en place des politiques de rattrapage. Dans la métallurgie, par exemple, un accord signé en avril 2026 prévoit une revalorisation de 3,5 % des premiers coefficients, ce qui bénéficie directement aux jeunes embauchés. Les détails de cet accord sont consultables sur le site de l'UIMM, qui précise les montants et les échéances d'application. Ces initiatives restent toutefois minoritaires.
Les prochaines échéances à suivre pour les jeunes actifs
Pour un jeune qui suit l'actualité sociale, plusieurs dates sont à retenir dans les prochains mois. Le 1er juin 2026, la hausse automatique du Smic entre en vigueur. En juin et juillet, les négociations reprennent dans les branches professionnelles les plus importantes. Et avant le 7 juin 2026, la France doit transposer la directive européenne sur la transparence salariale.
Les branches qui ont déjà annoncé des hausses
Certaines branches ont déjà pris les devants. La métallurgie, qui emploie de nombreux jeunes en alternance, a signé un accord en avril 2026 prévoyant une revalorisation de 3,5 % des premiers coefficients. Le secteur des transports a annoncé une hausse de 2,8 % pour les conducteurs débutants. Ces accords montrent que la dynamique est enclenchée, mais toutes les branches ne suivent pas le mouvement.
L'article sur la hausse du Smic en juin 2026 détaille les montants précis et les calculs pour chaque situation, afin que chacun puisse estimer l'impact sur son propre salaire.
Ce que les jeunes peuvent faire concrètement
Pour les jeunes salariés, plusieurs actions sont possibles. D'abord, se renseigner sur la grille salariale de leur branche professionnelle. Les syndicats, comme la CFDT, publient régulièrement ces informations. Ensuite, suivre l'avancée des négociations dans leur secteur. Si leur branche n'a pas rouvert les discussions, ils peuvent interpeller leur employeur ou leurs représentants syndicaux.
Enfin, la question de la transparence salariale offre un levier supplémentaire. Une fois la directive transposée en droit français, les jeunes salariés pourront demander à connaître les rémunérations moyennes dans leur entreprise, et exiger des explications en cas d'écart injustifié.
Les pièges à éviter dans la transposition de la directive
La transposition de la directive européenne n'est pas un long fleuve tranquille. Comme le souligne une note de la Fondation Jean Jaurès, les mesures de transparence salariale se heurtent souvent à la résistance des employeurs, qui craignent une charge administrative supplémentaire. Le risque est que la version française de la directive soit moins ambitieuse que le texte européen.
Les jeunes salariés ont donc intérêt à suivre de près le processus législatif. Si la transposition est trop timide, les associations et les syndicats pourraient contester le texte devant le Conseil d'État ou la Cour de justice de l'Union européenne.
Conclusion
La déclaration de Marylise Léon du 16 mai 2026 n'est pas un simple appel syndical de plus. Elle intervient à un moment charnière, entre la hausse automatique du Smic du 1er juin et l'échéance de transposition de la directive européenne sur la transparence salariale. Pour les 16-25 ans, ces annonces ont un impact concret : elles peuvent signifier une augmentation de salaire, une meilleure information sur les rémunérations, et une plus grande équité entre générations et entre sexes.
Reste à savoir si les négociations aboutiront. Les branches professionnelles qui emploient le plus de jeunes sont aussi celles où les grilles salariales sont les plus obsolètes. La pression de l'inflation et la mobilisation des syndicats pourraient accélérer les choses. Mais rien n'est gagné d'avance. Ce qui est certain, c'est que les jeunes actifs ont tout intérêt à suivre ces discussions de près, car c'est leur porte-monnaie qui est en jeu.