Matthieu Pigasse, banquier d'affaires normand d'adoption.
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De la Grèce au Venezuela, les bonnes affaires du banquier Matthieu Pigasse, qui a fait fortune grâce aux pays en ruine

De la Grèce au Venezuela, Matthieu Pigasse a bâti une fortune en conseillant des États en faillite, empochant des commissions records sur la dette publique.

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En vingt-cinq ans de carrière, Matthieu Pigasse a bâti une fortune sur un créneau bien spécifique : la restructuration de dettes d’États au bord du gouffre. De la Grèce de 2010 au Venezuela de 2026, le banquier français a conseillé gouvernements socialistes, régimes autoritaires et dictatures, empocheant au passage des commissions records. Son modèle économique repose sur une mécanique simple : plus la crise est profonde, plus l’addition est salée pour les contribuables. 

Matthieu Pigasse, banquier d'affaires normand d'adoption.
Matthieu Pigasse, banquier d'affaires normand d'adoption. — (source)

En 2012, la Grèce rapporte 25 millions d’euros à Lazard France

Le premier gros coup de Matthieu Pigasse remonte à la crise grecque. En 2010, alors que le pays vacille sous le poids de sa dette, le patron de Lazard France décroche un mandat de conseil auprès du Premier ministre socialiste George Papandreou. Son équipe planche sur la restructuration d’une dette publique qui atteint alors 300 milliards d’euros, soit 170 % du PIB hellénique.

Deux ans plus tard, la facture tombe. Lazard France encaisse une commission de 25 millions d’euros pour son travail sur la dette grecque. Le rebond des comptes de la banque en 2012 est, selon les termes mêmes de sa direction, « largement dû à la Grèce ». Pigasse, dont le salaire annuel avoisinait les 5 millions d’euros chez Lazard, voyait sa rémunération directement indexée sur les performances de la banque. Autrement dit, plus la crise grecque s’enfonçait, plus ses revenus gonflaient.

Cette affaire a posé les bases du modèle Pigasse : intervenir au cœur d’une crise souveraine, négocier la restructuration de la dette, empocher une commission proportionnelle à l’ampleur du désastre. Le tout avec la bénédiction des gouvernements en place, qui n’ont guère le choix de faire appel à des experts capables de dialoguer avec les créanciers internationaux.

Papandreou, Tsipras, Varoufakis : conseiller le pouvoir grec des deux côtés de l’échiquier

Ce qui frappe dans le cas grec, c’est la continuité du conseil malgré les alternances politiques. En 2010, Pigasse assiste George Papandreou, leader du Pasok (socialiste). Cinq ans plus tard, alors que la gauche radicale de Syriza prend le pouvoir, il conserve son poste de conseiller auprès d’Alexis Tsipras et de son ministre des Finances Yanis Varoufakis.

Pigasse défend alors publiquement une réduction de moitié de la dette grecque, la faisant passer de 200 à 100 milliards d’euros. Une position qui lui vaut le respect des nouveaux dirigeants, mais qui interroge sur son rôle exact : conseiller technique ou acteur politique ? Le Point titre en janvier 2015 « Comment Matthieu Pigasse a perdu les élections grecques », soulignant son implication dans les négociations avec la troïka (UE, BCE, FMI).

Le banquier s’est rendu indispensable, quel que soit le gouvernement en place. Son expertise des crises souveraines lui a permis de capitaliser sur une situation où la Grèce n’avait tout simplement pas les moyens de se passer de lui. 

Matthieu Pigasse, banquier d'affaires, à Paris.
Matthieu Pigasse, banquier d'affaires, à Paris. — Philippe Moreau Chevrolet / CC BY 2.0 / (source)

25 millions d’euros de commission : le record qui a sauvé les comptes de Lazard

Le montant de 25 millions d’euros mérite qu’on s’y attarde. À lui seul, il représente une part significative du résultat annuel de Lazard France. La banque d’affaires, qui traversait alors une période difficile, a vu ses comptes redressés par ce seul contrat.

Ce chiffre pose une question simple : comment justifier une commission aussi élevée pour un pays en pleine cure d’austérité ? Les fonctionnaires grecs voyaient leurs salaires amputés de 20 %, les retraites fondaient, et le gouvernement empruntait 25 millions à Lazard pour la remercier de son conseil.

Pigasse et ses défenseurs avancent que les banquiers d’affaires prennent des risques en intervenant dans des pays en crise. « Nous n’aurions rien touché si le plan avait échoué », expliquait-il dans une interview à Capital. Mais le plan a réussi, et la commission aussi.

Venezuela 2026 : le jackpot à 200 milliards de dollars

Quatorze ans après la Grèce, Matthieu Pigasse signe le contrat le plus emblématique de sa carrière. En mai 2026, Centerview Partners — la banque américaine où il est associé depuis 2020 — décroche le mandat de restructuration de la dette vénézuélienne. L’affaire est colossale : la dette du pays est estimée entre 150 et 200 milliards de dollars. Le Monde parle de 170 milliards, le Wall Street Journal de 150 milliards.

La commission pour les banquiers est estimée entre 10 et 20 millions d’euros selon Le Monde, et « plusieurs dizaines de millions de dollars » selon le Wall Street Journal. Le contrat est attribué sans appel d’offres, ce qui a immédiatement suscité des critiques.

Cette fois, le contexte politique est encore plus trouble qu’en Grèce. Le Venezuela de 2026 est un pays ravagé par des années de crise économique, des pénuries chroniques et, plus récemment, des séismes dévastateurs. La situation sociale est catastrophique, comme le décrit notre article sur la situation économique et sociale au Venezuela.

De Delcy Rodriguez à Donald Trump : le réseau qui a fait le contrat

Comment Pigasse a-t-il obtenu ce mandat ? La réponse tient dans un carnet d’adresses patiemment constitué depuis quinze ans. Il connaît personnellement Delcy Rodriguez, la présidente par intérim du Venezuela, depuis l’époque où il conseillait Hugo Chávez puis Nicolás Maduro.

Mais le réseau de Pigasse ne s’arrête pas à Caracas. Il a aussi bénéficié du soutien de Mauricio Claver-Carone, éminence grise de Donald Trump pour l’Amérique latine. En janvier 2026, Pigasse a assisté à une projection privée du documentaire sur Melania Trump à la Maison-Blanche, où il a côtoyé l’ancien président américain.

Un concurrent de Lazard, cité par Yahoo, résume la situation : « Le contrat décroché par Centerview est baroque. Il n’y a pas de procédure concurrentielle, pas de transparence. » Pigasse a su tisser des liens à la fois avec le régime chaviste et avec l’entourage trumpiste, positionnant sa banque comme l’intermédiaire indispensable entre deux mondes qui ne se parlent pas.

Cette porosité entre conseil financier et diplomatie parallèle interroge. Peut-on à la fois conseiller un régime autoritaire et prétendre défendre les intérêts de son peuple ? Pigasse répond sur X (Twitter) que son rôle est « d’effacer une partie de la dette publique, lutter contre les spéculateurs et les fonds vautours, pour redonner de l’air et du pouvoir de vivre au peuple vénézuélien ».

Des commissions à dix chiffres pour une dette à 170 milliards de dollars

Les chiffres donnent le vertige. La dette vénézuélienne à restructurer oscille entre 150 et 200 milliards de dollars. La commission de Pigasse, elle, se situerait entre 10 et 20 millions d’euros selon Le Monde, et « plusieurs dizaines de millions de dollars » selon le Wall Street Journal.

Confrontons ces montants à la réalité du Venezuela. Le pays sort de séismes qui ont aggravé une situation déjà critique. Les pénuries de médicaments, de nourriture et de carburant sont chroniques. La présidente Delcy Rodriguez a même réclamé au roi Charles III l’or vénézuélien gelé au Royaume-Uni, comme le rapporte notre article sur les séismes et l'or vénézuélien.

Pigasse se défend en affirmant que son travail permet de réduire la dette et de lutter contre les fonds vautours. Mais ses détracteurs lui opposent un argument simple : les commissions sont payées par l’État vénézuélien, donc par les contribuables d’un pays déjà exsangue.

L’absence d’appel d’offres : une procédure qui interroge

Le contrat vénézuélien a été attribué sans mise en concurrence formelle. Cette absence de transparence a immédiatement attiré l’attention des médias et des concurrents de Pigasse. Un banquier d’affaires basé à New York, cité par Yahoo, a qualifié la procédure de « baroque ».

Les défenseurs de Pigasse avancent que la restructuration d’une dette souveraine est un processus complexe qui nécessite une confiance mutuelle entre le conseiller et le gouvernement. Dans un contexte de crise aiguë, lancer un appel d’offres prendrait trop de temps. Mais cet argument ne convainc pas les critiques, qui y voient une opération opaque permettant à Pigasse de fixer ses propres conditions.

Argentine, Ukraine, Irak : la méthode Pigasse s’exporte

La Grèce et le Venezuela ne sont pas des exceptions. Matthieu Pigasse a appliqué la même recette sur tous les continents, transformant la détresse d’États souverains en rente de situation.

Son premier terrain de jeu a été l’Argentine. Au début des années 2000, alors qu’il est encore chez Lazard, il participe à la restructuration de la dette argentine après le défaut historique de Buenos Aires. Vingt ans plus tard, en 2022, il est nommé « conseiller ad honorem » du ministre de l’Économie argentin Martin Guzman.

La liste des pays clients est longue : Équateur, Ukraine, Irak, Côte d’Ivoire. À chaque fois, le schéma se répète : un État au bord du défaut, des créanciers internationaux aux dents longues, et Pigasse au milieu, négociant la restructuration contre une commission.

Cette diversification géographique et politique est frappante. Pigasse conseille aussi bien des démocraties (Grèce, Argentine) que des régimes autoritaires (Venezuela) ou des États en guerre (Ukraine, Irak). La méthode ne fait pas de distinction politique.

Conseiller ad honorem du ministre argentin Martin Guzman : jusqu’où va l’influence ?

La nomination de Pigasse comme conseiller bénévole du ministre argentin en 2022 pose une question délicate : peut-on passer du conseil en restructuration à un rôle semi-officiel au sein du gouvernement débiteur ?

En théorie, le titre de « conseiller ad honorem » est honorifique et non rémunéré. En pratique, il offre un accès privilégié aux décisions du gouvernement argentin. Pigasse, qui avait déjà conseillé le pays vingt ans plus tôt, se retrouve ainsi dans une position où il connaît à la fois les créanciers et le débiteur.

Les concurrents de Pigasse dénoncent un conflit d’intérêts latent. Peut-on conseiller un gouvernement sur sa dette tout en entretenant des liens avec les fonds d’investissement qui détiennent cette dette ? La frontière est d’autant plus floue que Pigasse a travaillé pour Lazard, une banque qui conseille aussi bien les États que les créanciers.

De l’Équateur à la Côte d’Ivoire, la dette souveraine comme fonds de commerce

Au-delà de l’Argentine, Pigasse a laissé son empreinte sur plusieurs continents. En Équateur, il a conseillé le gouvernement sur la restructuration de sa dette pétrolière. En Ukraine, il est intervenu dans un contexte de guerre et d’effondrement économique. En Côte d’Ivoire, il a participé à la normalisation financière après la crise post-électorale.

Cette diversification montre que le modèle Pigasse n’est pas un coup d’éclat ponctuel, mais une stratégie globale. Le banquier a fait de la dette souveraine son fonds de commerce, capitalisant sur son expertise des crises pour se positionner comme l’intermédiaire indispensable.

Le paradoxe est que plus un pays est en difficulté, plus Pigasse a de chances de décrocher un contrat. La crise économique devient ainsi un marché porteur, où les commissions sont d’autant plus élevées que la situation est désespérée.

Loi Sapin 2 et clauses CAC : ces garde-fous qui n’ont pas freiné Pigasse

Face à ces pratiques, des outils juridiques existent pour limiter la prédation des fonds vautours. Mais ils se révèlent souvent trop restrictifs ou contournables pour empêcher les opérations de Pigasse.

En France, la loi Sapin 2, entrée en vigueur le 11 décembre 2016, contient un article 60 visant à limiter les saisies par des fonds vautours de biens d’États étrangers en France. Trois conditions cumulatives sont nécessaires : l’État étranger doit figurer sur la liste des bénéficiaires de l’aide publique au développement, être en défaut ou quasi-défaut au moment de l’acquisition, et le défaut doit dater de moins de 4 ans (ou 6 ans en cas d’abus).

Mais ce dispositif cible les comportements prédateurs des fonds vautours, pas le conseil en restructuration. Pigasse intervient comme conseiller, pas comme acheteur de dette. La loi Sapin 2 ne l’atteint donc pas directement.

Article 60 de la loi Sapin 2 : un rempart français très perméable contre les fonds vautours

L’article 60 de la loi Sapin 2 a été présenté comme une avancée majeure dans la lutte contre les fonds vautours. En pratique, ses conditions sont si restrictives qu’elles laissent passer la plupart des opérations.

Première condition : le pays doit être bénéficiaire de l’aide publique au développement. Or, de nombreux États endettés ne figurent pas sur cette liste. Deuxième condition : l’État devait être en défaut ou quasi-défaut au moment de l’achat de la créance. Troisième condition : le défaut doit dater de moins de 4 ans.

Ces conditions cumulatives rendent la loi difficilement applicable. De plus, elle ne concerne que les fonds qui achètent de la dette sur le marché secondaire, pas les banques d’affaires qui conseillent les États. Pigasse, qui intervient comme conseiller, échappe donc au dispositif.

La Belgique a adopté une loi anti-fonds vautours plus complète en 2015, qui limite les sommes que les fonds peuvent obtenir au prix payé pour l’acquisition de la créance. Le Royaume-Uni a aussi une loi similaire depuis 2010, mais elle ne concerne que les pays pauvres très endettés (PPTE). La France, avec Sapin 2, cible les comportements via des conditions strictes, mais le résultat est le même : les pratiques de Pigasse restent légales.

Les clauses d’action collective (CAC) : l’outil européen trop tardif pour les fonds spéculatifs

Les clauses d’action collective (CAC) sont un autre mécanisme de protection. Insérées dans les contrats de dette souveraine, elles permettent à une majorité de créanciers (souvent 66 à 75 %) de restructurer la dette, et cette décision s’impose à tous les créanciers, y compris les minoritaires récalcitrants.

L’Union européenne a imposé les CAC dans tous les nouveaux contrats de dette publique depuis 2013. Mais le problème est que la dette vénézuélienne est en grande partie ancienne et ne comporte pas toujours ces clauses. Les fonds vautours peuvent donc acheter des titres de dette à prix cassé sur le marché secondaire, puis exiger le remboursement intégral devant les tribunaux.

Le cas de l’Argentine a été emblématique : des fonds vautours ont bloqué la restructuration de la dette pendant des années, obtenant finalement un remboursement intégral. Les CAC auraient pu éviter ce scénario, mais elles ont été introduites trop tard pour les dettes anciennes.

Pigasse, en tant que conseiller, navigue dans ces interstices juridiques. Il ne viole aucune loi, mais il exploite les failles d’un système où les États endettés sont en position de faiblesse.

Banquier de gauche, multimillionnaire par la dette : le paradoxe Pigasse

Le cœur de la controverse autour de Matthieu Pigasse n’est pas tant son métier que l’homme qui l’exerce. Car Pigasse n’est pas un banquier comme les autres : il se revendique de la gauche radicale, possède des médias engagés contre l’extrême droite, défend la taxation des ultra-riches… tout en empocheant des commissions sur la détresse d’États étrangers.

Ce paradoxe est au centre de l’enquête du Figaro publiée le 6 juin 2026, intitulée « Politique, médias, affaires : enquête sur le système Pigasse ». Le journaliste Paul Sugy y détaille les relations troubles du banquier avec la dictature vénézuélienne, son habile travail d’approche auprès de l’entourage de Donald Trump, et comment il a remporté le juteux contrat de restructuration de la dette.

Pigasse a écrit un livre intitulé « Éloge de l’anormalité » et milite pour le partage des richesses. Il soutient la taxe Zucman sur les ultra-riches et dit payer ses impôts en France. Mais ses concurrents l’accusent de profiter d’un régime fiscal favorable chez Lazard, et plus largement d’un système qui permet aux banquiers d’affaires de s’enrichir sur le dos des contribuables étrangers. 

Hacienda La Vega à Caracas, Venezuela, une propriété typique de l'élite locale.
Hacienda La Vega à Caracas, Venezuela, une propriété typique de l'élite locale. — SoftGirl2021 / CC BY 3.0 / (source)

Des Inrocks à Mediawan : patron de presse engagé et conseiller des autocrates

Le conflit d’intérêts médiatique est peut-être le plus frappant. Pigasse possède, via sa holding Combat, Les Inrockuptibles et Radio Nova, deux médias engagés contre l’extrême droite et pour les causes progressistes. Il est aussi actionnaire du Monde et de Mediawan.

En théorie, rien n’empêche un banquier de posséder des médias. En pratique, la question se pose : peut-on être à la fois propriétaire de titres qui influencent le débat public et conseiller de régimes autoritaires comme celui de Nicolás Maduro au Venezuela ?

Le statut d’actionnaire de presse pose la question de l’indépendance éditoriale. Les journalistes des Inrocks ou de Radio Nova peuvent-ils critiquer librement les activités de Pigasse ? Le banquier assure qu’il n’interfère pas dans les choix éditoriaux, mais le simple fait de posséder ces médias crée une ambiguïté.

Le cas de Pigasse rappelle celui d’autres magnats de la presse qui ont utilisé leurs journaux pour servir leurs intérêts financiers ou politiques. Mais lui se défend en invoquant son engagement de gauche et sa lutte contre l’austérité.

Défendre la taxe Zucman et empocher des millions : peut-on concilier morale et finance ?

Le paradoxe idéologique est peut-être le plus difficile à résoudre. Pigasse soutient la taxation des ultra-riches et a participé à la création de la taxe Zucman, qui vise à imposer les grandes fortunes. Il dit payer ses impôts en France et critique régulièrement les inégalités.

Mais en même temps, il empoche des commissions de plusieurs millions d’euros sur des contrats avec des États en crise. Ses détracteurs l’accusent de profiter de régimes fiscaux favorables et d’un système qui permet aux banquiers d’affaires de s’enrichir sans contribuer à la justice sociale.

Pigasse répond que son travail de restructuration de la dette est précisément un acte de justice sociale : en réduisant la dette des pays pauvres ou en crise, il permet à ces États de retrouver une marge de manœuvre budgétaire pour investir dans l’éducation, la santé ou les infrastructures. Une position qui a le mérite d’être cohérente, mais qui laisse sceptiques ceux qui voient surtout des commissions à dix chiffres.

La question centrale est peut-être celle de la compatibilité entre le métier de banquier d’affaires et l’engagement politique de gauche. Pigasse incarne cette contradiction de manière spectaculaire, mais il n’est pas le seul. D’autres banquiers se revendiquent de gauche tout en pratiquant le capitalisme le plus débridé.

Une fortune personnelle estimée à plusieurs centaines de millions d’euros

Né le 25 mai 1968, Matthieu Pigasse est un ancien haut-fonctionnaire issu de l’ENA (promotion Saint-Exupéry 1992-1994). Après avoir été directeur général de Lazard France de 2002 à 2019, il rejoint Centerview Partners en 2020 comme associé. Sa fortune personnelle est estimée à plusieurs centaines de millions d’euros selon Wikipedia.

Cette accumulation de richesses interroge d’autant plus que Pigasse se présente comme un défenseur de la justice sociale. Comment concilier un patrimoine de plusieurs centaines de millions d’euros avec un discours anti-austérité et pro-taxation des ultra-riches ?

Le banquier répond que sa fortune est le fruit de son travail et de son expertise, et qu’il paie ses impôts en France. Mais ses critiques lui opposent que son modèle économique repose sur la détresse d’États entiers, et que les commissions perçues sont de l’argent public prélevé sur des populations déjà sacrifiées.

Conclusion : la crise économique, nouveau filon des banques d’affaires

En cumulant les commissions perçues sur la Grèce (25 millions d’euros), le Venezuela (10 à 20 millions d’euros), l’Argentine, l’Ukraine, l’Irak et la Côte d’Ivoire, on obtient un total qui dépasse largement les 50 millions d’euros sur quinze ans. À cela s’ajoutent les salaires et bonus perçus chez Lazard puis Centerview, qui portent la fortune personnelle de Pigasse à plusieurs centaines de millions d’euros.

Ce modèle économique repose sur une réalité brutale : les crises souveraines sont un marché porteur. Plus un pays est endetté, plus il a besoin de conseils pour restructurer sa dette, et plus les commissions sont élevées. Les banques d’affaires ont donc un intérêt objectif à ce que les crises persistent ou s’aggravent.

Les régulations internationales peinent à encadrer ces pratiques. La loi Sapin 2 en France, les clauses d’action collective dans l’Union européenne, les lois anti-fonds vautours en Belgique et au Royaume-Uni : autant d’outils qui visent à limiter la prédation, mais qui sont contournables ou trop restrictifs.

La question latente est celle de la compatibilité entre le business model de la crise et la justice sociale. Les commissions de Pigasse sont de l’argent public prélevé sur des populations déjà sacrifiées par l’austérité ou la dictature. Peut-on justifier que des banquiers s’enrichissent sur la détresse d’États entiers ?

Pigasse répond par l’efficacité : sans son expertise, les restructurations seraient plus longues, plus douloureuses, et les fonds vautours feraient main basse sur les actifs des pays endettés. Une défense qui a ses mérites, mais qui ne répond pas à la question de fond : pourquoi les contribuables grecs, vénézuéliens ou argentins devraient-ils payer des commissions exorbitantes à des banquiers pour gérer une crise qu’ils n’ont pas créée ?

Le cas Pigasse n’est pas un accident. Il est le symptôme d’un système où la finance internationale a réussi à faire de la crise économique un marché comme un autre. Un marché où les perdants sont toujours les mêmes : les peuples.

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Questions fréquentes

Qui est Matthieu Pigasse ?

Matthieu Pigasse est un banquier d'affaires français, ancien patron de Lazard France et associé de Centerview Partners. Il s'est spécialisé dans la restructuration de dettes d'États en crise, comme la Grèce et le Venezuela, ce qui lui a permis d'accumuler une fortune personnelle estimée à plusieurs centaines de millions d'euros.

Combien Lazard a gagné sur la dette grecque ?

Lazard France a encaissé une commission de 25 millions d'euros pour son travail de conseil sur la restructuration de la dette grecque en 2012. Ce montant a représenté une part significative du résultat annuel de la banque et a redressé ses comptes.

Comment Pigasse a obtenu le contrat vénézuélien ?

Pigasse a obtenu le contrat de restructuration de la dette vénézuélienne en 2026 grâce à son réseau personnel, notamment sa connaissance de Delcy Rodriguez, la présidente par intérim du Venezuela, et son soutien de Mauricio Claver-Carone, proche de Donald Trump. Le contrat a été attribué sans appel d'offres, ce qui a suscité des critiques.

La loi Sapin 2 empêche-t-elle les opérations de Pigasse ?

Non, la loi Sapin 2 vise à limiter les saisies par les fonds vautours, mais elle ne cible pas le conseil en restructuration de dette. Pigasse intervient comme conseiller, pas comme acheteur de dette, ce qui lui permet d'échapper au dispositif.

Pourquoi Pigasse est-il critiqué malgré son discours de gauche ?

Pigasse se revendique de la gauche radicale, défend la taxe sur les ultra-riches et possède des médias progressistes, mais il empoche des commissions élevées sur la détresse d'États en crise. Ses détracteurs l'accusent de profiter d'un système où les contribuables des pays endettés paient pour ses services.

Sources

  1. cadtm.org · cadtm.org
  2. capital.fr · capital.fr
  3. challenges.fr · challenges.fr
  4. dette-developpement.org · dette-developpement.org
  5. fr.news.yahoo.com · fr.news.yahoo.com
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Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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