Le banquier d'affaires Matthieu Pigasse a déposé jeudi 2 juillet 2026 une offre de reprise du groupe papetier en difficulté Fibre Excellence auprès du tribunal de commerce de Toulouse. Estimée à plus de 100 millions d'euros, cette offre portée par sa holding Combat, associée à deux fonds gérés par les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur, pourrait sauver les deux dernières grandes fabriques de pâte à papier de France. Mais derrière les chiffres et les montages financiers, ce sont des milliers de familles, deux territoires entiers et une filière industrielle tout entière qui retiennent leur souffle.

De Saint-Gaudens à Tarascon, ces villes qui vivent et tremblent pour leur papetier
À Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, l'usine Fibre Excellence est plus qu'un site industriel. C'est le cœur économique d'une zone où le chômage dépasse les 9 %. À Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, les 275 salariés scrutent chaque déclaration, chaque audience, chaque décision du tribunal. Le 27 avril 2026, lorsque le tribunal de commerce de Toulouse a placé le groupe en redressement judiciaire avec une période d'observation de six mois, une onde de choc a traversé ces deux villes.

« C'est mieux qu'une liquidation, mais les délais sont trop courts », avait alors réagi Laurent Quinto, délégué CGT de Tarascon, cité par Le Monde. Depuis, les semaines ont passé, les espoirs ont vacillé, et l'annonce de l'offre de Pigasse a ranimé une flamme que beaucoup croyaient éteinte.
670 emplois directs, 10 000 indirects : l'économie locale en otage
Les chiffres donnent le vertige. Selon la question sénatoriale déposée par Jérémy Bacchi le 5 mars 2026, Fibre Excellence emploie entre 600 et 670 salariés directs. Le Figaro précise la répartition : 275 à Saint-Gaudens, 270 à Tarascon. Mais c'est la cascade des emplois induits qui frappe : près de 10 000 personnes dépendent de l'activité des deux sites.
« 20 % du port fluvial d'Arles dépend de notre activité », a lancé Laurent Quinto, cité par Midi Libre. La chaîne est impressionnante : chaudronniers, cuisiniers, forestiers, transporteurs, sous-traitants. L'intersyndicale CGT-FO-CFDT estime que la fermeture entraînerait la perte de 670 emplois directs et près de 10 000 emplois induits. Dans une zone où le taux de chômage local atteint 9 %, chaque poste compte.

Pour les jeunes de ces territoires, l'enjeu est existentiel. Beaucoup travaillent en CDD ou en intérim sur les sites, sans perspective de stabilité. L'usine représente le seul employeur industriel à des kilomètres à la ronde. Si elle ferme, c'est tout un bassin de vie qui se vide.
Zoom sur Saint-Gaudens et Tarascon : deux territoires, un même désarroi
À Tarascon, l'usine est un poumon industriel dans une zone marquée par le chômage et la précarité. Les 270 salariés y fabriquent de la pâte à papier destinée à l'emballage et au carton. Le site produit également de l'électricité à partir de biomasse, une activité qui devait être un atout mais qui s'est transformée en piège.
À Saint-Gaudens, ce sont 275 salariés qui vivent au rythme des commandes et des crises de l'énergie. L'usine, installée depuis des décennies dans le paysage commingeois, est l'un des derniers bastions industriels d'une région qui a vu disparaître ses usines textiles et métallurgiques. Les jeunes y sont nombreux en intérim, espérant décrocher un CDI qui tarde à venir.

« L'usine fait travailler 5 000 personnes : chaudronniers, cuisiniers, forestiers », rappelle Laurent Quinto. Une économie locale tout entière suspendue à la décision d'un tribunal et à la volonté d'un État.
Pourquoi le dernier papetier français s'est retrouvé au bord du gouffre
Comment le dernier fabricant français de pâte à papier marchande a-t-il pu se retrouver en redressement judiciaire ? La réponse tient en deux mots : énergie et bois. Mais derrière ces termes techniques se cache une mécanique implacable qui a précipité l'entreprise dans la tourmente.
Le 27 avril 2026, le tribunal de commerce de Toulouse a placé Fibre Excellence sous redressement judiciaire, accordant une période d'observation de six mois. L'entreprise avait déposé son bilan le 15 avril 2026. À ce moment-là, le tribunal estimait que le groupe « paraît en mesure de s'orienter vers un plan tendant à la poursuite de l'activité, à la préservation des emplois et à l'apurement du passif ».
Le piège du bois et de l'énergie : des coûts qui explosent
Deux facteurs structurels ont fragilisé Fibre Excellence, comme le détaille la question sénatoriale de Jérémy Bacchi. D'un côté, la flambée du cours du bois : selon BFMTV, le prix de cette matière première a augmenté de 50 % sur le marché français ces dernières années. De l'autre, la libéralisation du marché de l'énergie, qui a fait plonger le prix de rachat de l'électricité biomasse par EDF.
Le paradoxe est saisissant. L'usine produit sa propre électricité à partir de copeaux de bois et de résidus forestiers. Cette activité devait être une source de revenus complémentaire, voire un avantage concurrentiel. Mais la revente de cette électricité ne couvre plus ses coûts. Le tarif de rachat, fixé dans un cadre régulé devenu défavorable, est trop bas pour compenser l'explosion du prix du bois.

C'est un cas d'école des fragilités de l'industrie française face aux chocs énergétiques. Une entreprise qui avait tout pour réussir – une matière première renouvelable, une production locale, une filière intégrée – s'est retrouvée piégée par des règles du jeu qui ont changé sans qu'elle puisse s'adapter.
La concurrence asiatique, cette ombre qui plane sur le made in France
L'actionnaire indonésien Jackson Wijaya, dont la famille dirige le géant Asia Pulp and Paper, a refusé d'investir davantage dans Fibre Excellence. Une décision qui en dit long sur la guerre des coûts qui fait rage dans le secteur papetier mondial.
« Si le projet aboutit, nous serons alors la seule entreprise de pâte à papier en France et en Europe. On arrêtera de délocaliser la fabrication de la pâte à papier dans les pays d'Amérique du Sud. Ce sera du Made in France », a déclaré Laurent Quinto au Monde en juin 2026.

La concurrence est rude. Les producteurs sud-américains et asiatiques bénéficient de coûts de production bien inférieurs : bois moins cher, énergie abondante, main-d'œuvre à bas coût. Face à cela, le made in France peine à tenir tête. La France n'a plus beaucoup de cartes en main, et Fibre Excellence est l'un des derniers atouts de la filière.
Matthieu Pigasse, le banquier de gauche qui se rêve en capitaine d'industrie
Qui est cet homme qui se présente comme le sauveur du papier français ? Matthieu Pigasse, 57 ans, banquier d'affaires star de Lazard, propriétaire des Inrocks et de Rock en Seine, figure de la gauche médiatique. Un personnage clivant, forcément, qui suscite autant d'espoir que de scepticisme.
Son profil intrigue. Banquier milliardaire, il cultive une image de gauche radicale, rêve tout haut de présidentielle – « Je serai président », a-t-il lancé à plusieurs reprises – et multiplie les coups médiatiques. Est-ce une opération de reconquête de son image ou un vrai projet industriel ? La question reste ouverte.
Du banquier d'affaires au sauveur du papier français, itinéraire d'un ambitieux
Son parcours est celui d'un homme pressé. Ancien conseiller de Dominique Strauss-Kahn, il a fait fortune dans les montages financiers les plus complexes, de la Grèce au Venezuela. Propriétaire de médias, organisateur de festivals, il incarne une certaine gauche bohème et médiatique.

Mais derrière l'homme d'affaires, il y a aussi un stratège. En déposant son offre pour Fibre Excellence, Pigasse ne se contente pas de sauver une entreprise : il se construit une stature de capitaine d'industrie, de défenseur de l'emploi et du made in France. Un positionnement qui pourrait lui servir pour la suite.
Pour en savoir plus sur les ambitions politiques de Matthieu Pigasse, vous pouvez lire notre article : « Je serai président » : Matthieu Pigasse, ce banquier de la gauche radicale qui rêve d'une revanche sur Emmanuel Macron.
L'alliance inattendue : Pigasse, les régions Occitanie et PACA, et les syndicats
Le 2 juillet 2026, une coalition hétéroclite a écrit à Emmanuel Macron pour demander « un ultime effort de l'État ». Autour de la table : Matthieu Pigasse, Carole Delga (PS, présidente d'Occitanie), Renaud Muselier (LR, PACA), Sophie Binet (CGT), Marylise Léon (CFDT) et Frédéric Souillot (FO). Du jamais-vu.
« Il y a une semaine, lorsque j'ai vu certaines prises de position qui actaient quasiment la disparition de Fibre Excellence, je me suis dit que le gouvernement nous lâchait. Avec Sophie Binet, nous avons alors considéré que nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes, les collectivités », a déclaré Carole Delga, citée par Midi Libre.
Cette alliance inédite montre que le dossier Fibre Excellence n'est pas qu'un projet financier. C'est aussi un rapport de force politique. Les régions mettent la main au portefeuille, les syndicats mobilisent leurs troupes, et Pigasse apporte son carnet d'adresses et sa capacité à lever des fonds.
Comment Matthieu Pigasse a bouclé son offre de 100 millions d'euros
Le montage financier de l'offre est complexe, mais il repose sur une idée simple : faire contribuer tout le monde. Pigasse via sa holding Combat, les régions via leurs fonds d'investissement, et des investisseurs privés de la filière bois-papier.
Matthieu Pigasse a déclaré à Libération : « Nous avons travaillé sans relâche, en coordination très étroite avec les syndicats, et nous avons soumis une offre complète signée par la holding Combat. Elle comprend un plan industriel complet et à long terme, entièrement financé, avec des investisseurs privés à nos côtés. »
Le montage financier décrypté : Combat, leasing et promesses d'investissements
Le montant global est estimé à plus de 100 millions d'euros. Dans le détail, selon une source proche du dossier citée par Libération, Combat va demander un délai supplémentaire pour sécuriser 15 à 20 millions d'euros d'investissements privés, en incluant sa propre participation. En parallèle, l'offre contient un projet de financement de 45 millions d'euros en « lease-back », une technique de crédit-bail qui permet de mobiliser des fonds sans vendre les actifs.
Le tour de table doit être finalisé avec des investisseurs de la filière bois et papier. L'idée est de créer un consortium d'acteurs engagés dans la filière, capables d'apporter à la fois des capitaux et une expertise industrielle.
Mais tout cela reste conditionnel. Comme le rappelle Libération, les promesses d'investissements sont pour l'instant matérialisées par des lettres d'intention, pas par des fonds déposés sur un compte. Le risque d'un désistement de dernière minute n'est pas nul.
Tarif de l'électricité, bois et carbone : les trois dossiers brûlants laissés à l'État
L'offre de Pigasse est verrouillée par trois conditions, détaillées par Boursorama. Sans elles, pas de reprise possible.
Première condition : un engagement sur le tarif de rachat de l'électricité biomasse produite par l'usine de Saint-Gaudens. Actuellement trop bas, ce tarif doit être révisé pour permettre à l'usine de rentabiliser sa production électrique.
Deuxième condition : un partenariat d'approvisionnement en bois renforcé avec l'Office national des forêts (ONF). Le cours du bois a grimpé de 50 %, et sans un accès privilégié à cette matière première, l'usine ne peut pas être compétitive.
Troisième condition : la réintégration du site de Saint-Gaudens dans le système européen des quotas carbone. Une mesure technique, mais cruciale pour la viabilité économique du site.
Ces trois points représentent un coût ou une contrainte réglementaire pour l'État. C'est l'os sur lequel tout peut capoter. Comme l'a résumé Pigasse : « Rien n'est encore acquis, parce que l'État doit être au rendez-vous ».
Papier, usines et climat : l'industrie du papier a-t-elle une place dans la France de demain ?
Pour les 16-25 ans, le dossier Fibre Excellence pose une question qui les concerne directement : peut-on défendre à la fois l'emploi industriel et la transition écologique ? La réponse n'est pas simple.
D'un côté, l'industrie papetière est une industrie lourde, qui consomme du bois, de l'eau et de l'énergie. De l'autre, elle utilise la biomasse comme source d'énergie renouvelable et produit une matière première qui, si elle est importée d'Amérique du Sud, vient avec un énorme bilan carbone lié au transport et à la déforestation.
Fabriquer du papier en France, c'est bon pour le climat ?
Le paradoxe mérite d'être posé. Produire de la pâte à papier en France, c'est consommer du bois local, une ressource renouvelable si elle est gérée durablement. C'est aussi produire de l'électricité à partir de biomasse, une énergie bas-carbone. Et c'est éviter d'importer de la pâte à papier depuis des pays où la déforestation est massive et le bilan carbone désastreux.
« Si le projet aboutit, on arrêtera de délocaliser la fabrication de la pâte à papier en Amérique du Sud. Ce sera du Made in France », insiste Laurent Quinto.
Le made in France peut-il être un argument écologique ? Pour les défenseurs du dossier, oui. Produire localement, c'est réduire les émissions liées au transport, c'est garantir des normes environnementales strictes, c'est soutenir une filière bois française qui stocke du carbone.
10 000 emplois contre la décarbonation : le vrai dilemme pour la jeune génération
Mais le débat ne se résume pas à une opposition simpliste entre « les écolos et les ouvriers ». Pour les jeunes ruraux, la question est plus concrète : veulent-ils encore travailler dans une papeterie ? L'industrie papetière est perçue comme un secteur en déclin, peu attractif pour les nouvelles générations.
Pourtant, les emplois sont là, et ils sont bien réels. 10 000 personnes dépendent de Fibre Excellence. Si l'usine ferme, ce sont autant de familles qui doivent se réinventer, dans des territoires où les alternatives sont rares.
Le plan Pigasse tente de concilier les deux : sauver l'emploi industriel tout en modernisant l'outil de production pour le rendre plus vert. Est-ce possible ? Rien n'est moins sûr. Mais le pari mérite d'être tenté, car il pose une question de fond : dans la France de demain, quelle place pour l'industrie lourde, quand la priorité est à la décarbonation ?
L'État doit-il mettre la main au portefeuille pour sauver une usine de papier ?
La question du financement public est au cœur du dossier. Pigasse ne demande pas une subvention directe, mais des « mesures ». Sauf que ces mesures ont un coût pour le contribuable.
Un tarif de rachat garanti pour l'électricité biomasse, c'est un surcoût pour le consommateur d'électricité, via la contribution au service public de l'électricité (CSPE). Un partenariat renforcé avec l'ONF, c'est un manque à gagner ou un coût de gestion pour l'établissement public. Et Bpifrance en actionnaire minoritaire, c'est un risque financier pour la banque publique.
Subventions, tarifs et garanties : le coût caché du plan Pigasse pour le contribuable
Le 2 juillet 2026, Pigasse, Delga, Muselier, Binet, Léon et Souillot ont envoyé une lettre à Emmanuel Macron, appelant à « un ultime effort de l'État ». Plus précisément, ils demandent que Bpifrance intervienne « aux côtés des régions, en tant qu'investisseur minoritaire ».
L'État avait déjà proposé un plan de soutien public en février 2026, comme le révèle la réponse du ministère de l'Industrie à la question sénatoriale de Jérémy Bacchi. Ce plan comprenait un partenariat d'approvisionnement renforcé avec l'ONF, une restructuration des dettes publiques, et un accompagnement des projets stratégiques. En avril 2026, un prêt de 20 millions d'euros avait été évoqué.
Mais ces mesures n'ont pas suffi à convaincre l'actionnaire indonésien d'investir davantage. Aujourd'hui, c'est Pigasse qui demande à l'État de mettre la main à la poche. La question est légitime : jusqu'où le contribuable doit-il aller pour sauver une entreprise privée ?
La lettre à Macron : un baroud d'honneur ou un véritable plan de sauvetage ?
Le ton de la lettre adressée à Emmanuel Macron le 2 juillet 2026 n'est pas celui d'une demande technique. C'est un bras de fer politique. Carole Delga l'a résumé sans détour : « C'est à l'État de donner le signal qu'il veut donner une chance à cette production française ».
Pour le jeune lecteur, ce dossier est l'occasion de comprendre comment un dossier industriel devient un test politique pour le gouvernement. Accepter les conditions de Pigasse, c'est prendre le risque d'une polémique sur les subventions aux entreprises. Les refuser, c'est assumer la fermeture des deux sites et la perte de 10 000 emplois.
Le gouvernement est pris entre deux feux. D'un côté, les syndicats et les régions font pression pour un sauvetage. De l'autre, certains ministres dénoncent un projet « sans industriel crédible », comme le rapporte notre article : Reprise Fibre Excellence : un ministre dénonce un projet « sans industriel crédible ».
« Rien n'est encore acquis » : les prochains jours seront décisifs
L'audience devant le tribunal de commerce de Toulouse est prévue ce lundi. C'est là que tout se jouera. Si le tribunal valide l'offre de Pigasse, la période d'observation se poursuivra et les négociations avec l'État pourront avancer. Si le tribunal la rejette, c'est la liquidation probable des deux sites.
« Rien n'est encore acquis », a prévenu Matthieu Pigasse. Une formule qui résume l'incertitude totale dans laquelle se trouvent les salariés, les élus et les syndicats.
L'État a la balle dans son camp. Si Emmanuel Macron accepte les trois conditions posées par Pigasse – tarif de rachat de l'électricité, approvisionnement en bois, quotas carbone – le plan de reprise peut se concrétiser. S'il refuse, c'est la fin de Fibre Excellence, et avec elle, la disparition du dernier fabricant français de pâte à papier.
Le sort de 10 000 emplois, de deux territoires, et d'une filière industrielle tout entière se joue en ce moment. Une leçon de fragilité pour l'industrie française, et un test grandeur nature sur la capacité du pays à conjuguer emploi, climat et souveraineté.
Conclusion
Le dossier Fibre Excellence est un cas d'école. Il montre comment une entreprise peut passer du statut de fleuron industriel à celui de canari dans la mine, victime des chocs énergétiques et de la concurrence mondiale. Il révèle aussi les limites du sauvetage par un seul homme, aussi talentueux soit-il.
L'incertitude de la procédure judiciaire et le rôle d'arbitre de l'État sont au cœur du débat. L'industrie doit-elle être protégée à tout prix, ou repensée pour répondre aux enjeux climatiques et aux attentes de la jeune génération ? Fibre Excellence est un test grandeur nature. La réponse viendra dans les prochains jours, lorsque le tribunal de commerce rendra sa décision et que l'État dira s'il est prêt à mettre la main au portefeuille. Pour les 10 000 personnes qui dépendent de ces deux usines, l'avenir se joue maintenant.