Le 24 juin 2026, la terre a tremblé deux fois au Venezuela. Moins de trois semaines plus tard, Delcy Rodríguez, présidente par intérim, s’adresse directement au roi Charles III pour réclamer le déblocage de 31 tonnes d’or vénézuélien gelées dans les coffres de la Banque d’Angleterre. La demande, annoncée à la télévision nationale, transforme une catastrophe naturelle en bras de fer diplomatique. Entre l’urgence humanitaire d’un pays en ruines et les sanctions internationales qui bloquent ses réserves, le Venezuela joue une partie serrée.

Le 24 juin 2026, la terre a tremblé deux fois au Venezuela
Le décor est celui d’une tragédie nationale. Le 24 juin 2026, à 11 h 07, heure locale, deux secousses sismiques majeures frappent le Venezuela en l’espace de 39 secondes. La première, de magnitude 7,2, est immédiatement suivie d’une seconde de magnitude 7,5, dont l’épicentre se situe à seulement 5 kilomètres du premier, près de San Felipe, dans l’État de Yaracuy, à environ 200 kilomètres à l’ouest de Caracas.
Ce double séisme, le plus puissant à avoir frappé le Venezuela depuis le tremblement de terre de 1900, a pulvérisé des villes entières. Les infrastructures de transport, d’eau et d’électricité se sont effondrées comme un château de cartes. Les répliques, nombreuses dans les heures et les jours qui ont suivi, ont compliqué les opérations de secours et semé la panique parmi une population déjà éprouvée par des années de crise économique.
3 535 morts et un pays à genoux : le bilan du double séisme du 24 juin
Le bilan officiel, arrêté au 6 juillet 2026, fait état de 3 535 morts. Plus de 50 000 personnes sont portées disparues dans les premiers jours. Les chiffres intermédiaires donnent le vertige : 1 430 morts le 27 juin, 3 342 au début du mois de juillet. Les États de Yaracuy et de Sucre sont les plus durement touchés, avec des quartiers entiers rayés de la carte.

Les bâtiments, souvent construits sans normes parasismiques dans un pays où la réglementation n’a jamais été strictement appliquée, n’ont pas résisté. Des immeubles entiers se sont écroulés, ensevelissant des familles entières. Les hôpitaux, déjà en état de délabrement avancé après des années de pénurie de médicaments et de matériel, ont été submergés. Des country clubs ont été transformés en hôpitaux de fortune, comme le raconte un reportage sur place.
Les Nations Unies estiment les pertes économiques à 6,7 milliards de dollars, soit 6 % du PIB du Venezuela. Un pays déjà plongé dans une grave crise économique, avec une inflation galopante et une pauvreté qui touche plus de 80 % de la population, se retrouve à genoux. Le séisme n’a pas seulement détruit des bâtiments : il a brisé les derniers espoirs de reconstruction d’un pays exsangue.
Delcy Rodríguez à la télévision : « J’ai envoyé une lettre au roi d’Angleterre »
Le 8 juillet 2026, Delcy Rodríguez s’adresse aux Vénézuéliens à la télévision nationale. Elle est solennelle, presque théâtrale. « J’ai décidé d’envoyer une lettre au roi d’Angleterre pour qu’ils libèrent l’or qui est retenu à la Banque d’Angleterre. Cet or appartient à notre peuple. Nous avons besoin de cet or pour faire face aux conséquences du séisme », déclare-t-elle.

Le choix du destinataire est frappant. S’adresser au roi Charles III, figure protocolaire et symbolique du Royaume-Uni, plutôt qu’au Premier ministre ou à la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper, est un calcul politique évident. La lettre est un appel direct à la conscience de la Couronne, un geste qui mêle désespoir humanitaire et défi diplomatique.
Le contraste est saisissant : d’un côté, une présidente par intérim, héritière d’un régime contesté, luttant pour la survie de son pays ; de l’autre, un roi, symbole d’une monarchie séculaire et d’un empire financier. La scène télévisée, avec ses accents dramatiques, a fait le tour du monde.
31 tonnes d’or à Threadneedle Street : le trésor vénézuélien qui a doublé de valeur
Pour comprendre l’enjeu, il faut visualiser ce trésor. Trente et une tonnes d’or pur, empilées dans les sous-sols de la Banque d’Angleterre, à Threadneedle Street, dans le quartier financier de Londres. Ce n’est pas une petite réserve : cela représente environ 15 % des réserves totales de change du Venezuela.

En 2020, cet or était estimé à 1,95 milliard de dollars, soit environ 1,4 milliard de livres sterling. Mais le prix de l’or a plus que doublé depuis. En juillet 2026, la valeur de ce stock dépasse les 4 milliards de dollars. Une somme colossale pour un pays qui croule sous les décombres et dont les caisses sont vides.
4 milliards de dollars sous les pavés de Londres : l’or qui dort dans les coffres
La Banque d’Angleterre est l’un des plus grands dépositaires d’or au monde. Elle conserve environ 400 000 lingots pour le compte de gouvernements et de banques centrales, ce qui en fait le deuxième site de stockage après la Réserve fédérale de New York. L’or vénézuélien y dort depuis des décennies, dans des coffres climatisés, sous haute sécurité.
Pendant que cet or prend de la valeur sur les marchés financiers, le Venezuela s’enfonce dans la misère. Le paradoxe est insoutenable : des lingots qui appartiennent au peuple vénézuélien, qui pourraient financer des hôpitaux, des médicaments, de la nourriture et des logements, restent inaccessibles. La présidente Rodríguez le rappelle dans sa lettre : « Cet or appartient à notre peuple. »
De Hugo Chávez à Nicolás Maduro : l’histoire d’un or placé en Europe
L’histoire de cet or commence en 2008. Hugo Chávez, alors président du Venezuela, décide de rapatrier une partie des réserves d’or du pays, alors détenues à l’étranger, et de les stocker en Europe, principalement à Londres et en Suisse. La décision est motivée par une volonté de diversification et de sécurité, à une époque où les prix de l’or montent.
Mais à partir de 2010, la crise économique s’aggrave. Chávez, puis Maduro, commencent à rapatrier une partie de l’or pour faire face à l’urgence. Des tonnes d’or sont vendues à la Turquie et aux Émirats arabes unis pour rembourser des dettes ou acheter des biens de première nécessité. En 2018, après l’élection présidentielle contestée, le Royaume-Uni gèle les avoirs vénézuéliens. Le robinet est fermé.
2018-2026 : le long combat juridique contre la Banque d’Angleterre
La demande de Delcy Rodríguez n’est pas un coup d’essai. Depuis 2018, le Venezuela tente par tous les moyens de récupérer son or. Le combat est juridique, politique et médiatique. La Banque d’Angleterre, prise entre le marteau des sanctions et l’enclume des pressions humanitaires, résiste.
L’élection de 2018 qui a tout changé : le gel des avoirs sous sanctions

Le 20 mai 2018, Nicolás Maduro est réélu président du Venezuela dans un scrutin que la communauté internationale considère comme frauduleux. Le Royaume-Uni, comme les États-Unis et une grande partie de l’Europe, ne reconnaît pas sa victoire. Londres reconnaît alors Juan Guaidó, alors président de l’Assemblée nationale, comme président par intérim.
Dans la foulée, le Royaume-Uni impose des sanctions économiques au régime de Maduro. Les avoirs de l’État vénézuélien, y compris l’or déposé à la Banque d’Angleterre, sont gelés. La décision est politique : il s’agit de faire pression sur Maduro pour qu’il quitte le pouvoir. Mais le piège se referme sur le peuple vénézuélien, qui ne peut plus accéder à ses propres réserves.
Le procès perdu de 2020 : quand le Covid n’a pas suffi à débloquer l’or
En 2020, la pandémie de Covid-19 frappe le Venezuela de plein fouet. Le système de santé, déjà en ruines, est submergé. Caracas assigne alors la Banque d’Angleterre en justice pour récupérer l’or, arguant qu’il est nécessaire pour acheter des vaccins et du matériel médical.
La Cour suprême britannique rend son jugement en juillet 2020 : elle donne raison à Juan Guaidó, toujours reconnu comme le président légitime du Venezuela par Londres. L’or reste gelé. Le précédent est cruel : même une urgence sanitaire mondiale n’a pas suffi à faire plier la justice britannique. La question de la reconnaissance politique reste le verrou principal.
« Nous ne reconnaissons pas ce gouvernement » : la doctrine Yvette Cooper
En janvier 2026, après la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines lors de l’opération « Absolute Resolve », Yvette Cooper, ministre britannique des Affaires étrangères, est claire : le Royaume-Uni ne reconnaît pas le gouvernement de Delcy Rodríguez. « Il est important de maintenir la pression pour une transition démocratique », déclare-t-elle devant le Parlement.
La position de Londres est inflexible. La Banque d’Angleterre, bien que techniquement indépendante, suit les directives du gouvernement. Les principes britanniques « visent à préserver et promouvoir la stabilité et la transition démocratique ». En clair : pas d’or tant que le Venezuela n’aura pas un gouvernement reconnu par la communauté internationale.
Delcy Rodríguez, la présidente de l’or et du scandale
Delcy Rodríguez n’est pas une inconnue. Avant de devenir présidente par intérim, elle était la vice-présidente de Nicolás Maduro et l’une des figures les plus puissantes du régime chaviste. Mais son passé est aussi marqué par des scandales retentissants, qui jettent une ombre sur sa demande d’or.

Opération « Résolution Absolue » : comment Delcy est devenue présidente par intérim
Le 5 janvier 2026, Nicolás Maduro est capturé par les forces américaines lors d’une opération militaire surprise baptisée « Absolute Resolve ». L’opération, ordonnée par le président Donald Trump, met fin à des années de tensions entre Washington et Caracas. Maduro est emmené aux États-Unis pour y être jugé.
Dans la foulée, Delcy Rodríguez, alors vice-présidente, devient présidente par intérim. Elle tente de légitimer son pouvoir en s’adressant directement à la communauté internationale, et notamment à la Couronne britannique. Mais sa légitimité est contestée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
« Delcygate » : le scandale des 68 millions de dollars en lingots
L’ironie de la situation est à son comble. En 2020, Delcy Rodríguez est accusée d’avoir vendu plus de 68 millions de dollars d’or en lingots après un vol clandestin vers la Turquie. Le scandale, connu sous le nom de « Delcygate », éclate au grand jour et ternit sa réputation.

Les détails sont accablants : des lingots d’or auraient été transportés de manière illégale, sans déclaration, et vendus à des acheteurs turcs. Delcy Rodríguez est directement impliquée dans l’opération. Aujourd’hui, c’est la même femme qui réclame l’or du peuple vénézuélien au nom de l’urgence humanitaire. Le contraste entre le passé sulfureux et la demande solennelle est frappant.
Pourquoi écrire au roi Charles III ? Le pari symbolique d’une présidente acculée
Le choix du destinataire n’est pas anodin. Pourquoi s’adresser au roi plutôt qu’au Premier ministre ou à la ministre des Affaires étrangères ? La réponse est à la fois politique et symbolique.
Charles III peut-il vraiment débloquer l’or ? Les limites du pouvoir royal
Sur le plan constitutionnel, le roi Charles III n’a aucun pouvoir direct sur la Banque d’Angleterre. Le souverain britannique est un chef d’État cérémoniel, dont les prérogatives sont strictement encadrées. Il n’a pas les clés des coffres de Threadneedle Street.
Pourtant, s’adresser au roi, c’est s’adresser au symbole même du Royaume-Uni. Delcy Rodríguez cherche à court-circuiter la machine diplomatique et à toucher directement la conscience de la Couronne. C’est un pari risqué, mais qui a le mérite de la clarté : en écrivant au roi, elle dépasse Yvette Cooper, qu’elle considère comme hostile, et s’adresse au sommet de l’État.
L’or de l’Empire : quand le Royaume-Uni garde les richesses de ses anciennes colonies
L’angle post-colonial est évident. Un roi, héritier d’un empire qui a pillé l’Amérique du Sud pendant des siècles, garde aujourd’hui l’or d’un pays en crise. Delcy Rodríguez tord le bâton diplomatique : en écrivant au roi, elle dénonce le système financier opaque de la City, l’arrogance des sanctions et l’hypocrisie des grandes puissances.

Le symbole est plus fort qu’un simple communiqué de presse. La lettre au roi est une arme de communication massive, qui place le Royaume-Uni dans une position inconfortable : comment refuser l’or à un peuple qui meurt sous les décombres, au nom de la pureté politique d’un embargo ?
Des hôpitaux contre des lingots : le précédent afghan et l’exception humanitaire
La demande de Delcy Rodríguez a-t-elle une chance d’aboutir ? L’histoire récente offre quelques précédents qui pourraient jouer en sa faveur.
Afghanistan 2021, Venezuela 2023 : quand Londres a (un peu) lâché du lest
En 2021, après la prise de Kaboul par les talibans, les États-Unis ont gelé les avoirs afghans détenus à la Réserve fédérale. En 2023, une partie de ces fonds a été débloquée pour l’aide humanitaire, via un fonds suisse. Le précédent montre qu’une pression médiatique et humanitaire peut créer une brèche dans le mur des sanctions.
Pour le Venezuela lui-même, une partie des fonds gelés a été libérée en 2023 pour des programmes sociaux, notamment dans le cadre d’accords avec l’ONU. La catastrophe naturelle du 24 juin 2026 pourrait bien être l’argument qui fait pencher la balance.
Pour la reconstruction ou pour le régime ? Le dilemme du gouvernement britannique
L’obstacle majeur reste la crainte d’un détournement de fonds. Comment s’assurer que l’or ne finance pas la répression ou les caisses du parti chaviste ? Delcy Rodríguez argue de la catastrophe naturelle : sinistrés, hôpitaux, reconstruction. Mais le Royaume-Uni craint que l’argent ne serve à renforcer un régime qu’il ne reconnaît pas.
La question est posée : peut-on refuser l’or à un peuple qui meurt sous les décombres au nom de la pureté politique d’un embargo ? La réponse n’est pas simple. Le dilemme est éthique et politique, et il divise la communauté internationale.
Conclusion : l’or, la terre et la souveraineté
Le séisme du 24 juin 2026 a changé la donne médiatique, mais pas les règles du jeu financier. L’or vénézuélien dort toujours dans les coffres de Threadneedle Street, sous la garde de la Banque d’Angleterre. La lettre de Delcy Rodríguez au roi Charles III est un appel au secours, un geste désespéré qui mêle humanitaire et politique.
Mais qui détient vraiment le dernier mot sur la richesse d’un pays ? La réponse est cruelle : ce sont les grandes puissances, les banques centrales et les tribunaux britanniques qui décident du sort de cet or. Le Venezuela, pays souverain, ne peut même pas disposer de ses propres réserves.
Combien de temps l’humanitaire peut-il rester l’otage de la géopolitique ? La question reste ouverte. En attendant, les Vénézuéliens continuent de creuser sous les décombres, tandis que leurs lingots prennent de la valeur à Londres, sous les yeux d’un roi qui ne peut pas les débloquer.