La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi détruite en novembre 2011, après la fusion des trois cœurs de réacteurs actifs
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Fukushima 15 ans après : ce qui est établi, ce qui reste risqué

Quinze ans après l'accident de 2011, l'UNSCEAR n'a documenté aucun effet sanitaire attribuable aux rayonnements chez les résidents de Fukushima, mais le démantèlement glisse : l'extraction du combustible fondu du réacteur 3 n'est attendue qu'en 2037 et l'objectif de 2051 est quasi intenable. Le retour des habitants reste lent et la responsabilité judiciaire, ouverte.

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Le 11 mars 2011, à 14 h 46 heure locale, un séisme de magnitude 9 frappe la côte est du Japon. Le tsunami qui suit submerge plus de 500 km² de terres. À la centrale de Fukushima Daiichi, la perte des alimentations électriques et la défaillance des systèmes de sécurité provoquent des dégâts graves dans trois des six réacteurs du site, et de la matière radioactive est relâchée dans l'environnement sur une longue période. Quinze ans plus tard, deux bilans coexistent : celui d'une science qui a conclu sur les risques sanitaires, et celui d'un chantier de démantèlement dont personne ne maîtrise encore la durée.

La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi détruite en novembre 2011, après la fusion des trois cœurs de réacteurs actifs
La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi détruite en novembre 2011, après la fusion des trois cœurs de réacteurs actifs - (source)

Les premières heures : ce que les enquêteurs ont établi

L'enchaînement est documenté et n'est plus discuté : séisme, tsunami, coupure des alimentations électriques, dégâts dans les coeurs des réacteurs 1, 2 et 3. Le Comité scientifique des Nations unies pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) le décrit ainsi dans son rapport 2020/2021, établi par une trentaine d'experts et treize relecteurs indépendants après la revue de plus de 500 articles scientifiques, tous contrôlés pour leur qualité et évalués par les pairs.

Ce que les premières heures n'ont pas réglé, c'est la suite : combien de temps durera le démantèlement. La réponse, quinze ans après, est "plus longtemps que prévu".

Ce que la science a conclu sur la santé

Le message de l'UNSCEAR est net : aucun effet sanitaire défavorable chez les résidents de Fukushima n'a été documenté comme pouvant être attribué directement à l'exposition aux rayonnements, et aucun n'est attendu comme détectable à l'avenir. Les doses, hors des zones les plus contaminées, sont revenues sous le bruit de fond naturel.

Trois points reviennent souvent dans le débat public :

  • La thyroïde. Le nombre de cancers thyroïdiens détectés chez les enfants est élevé, mais le comité de l'UNSCEAR l'attribue, au vu de l'ensemble des preuves, au dépistage par ultrasons qui a révélé des anomalies auparavant méconnues dans la population, et non à l'exposition.
  • Les travailleurs. Plus de 20 000 intervenants ont travaillé sur le site entre mars 2011 et mars 2012, pour une dose efficace moyenne d'environ 13 mSv. 0,8 % d'entre eux (174 personnes) ont reçu plus de 100 mSv sur la période. Depuis avril 2013, aucun n'a dépassé 50 mSv par an.
  • Les maladies cardiovasculaires et métaboliques, plus fréquentes chez les évacués, sont imputées aux changements sociaux et de mode de vie, pas aux rayonnements.

Reste ce que l'UNSCEAR ne mesure pas : le rapport reconnaît un excès de détresse psychologique après le triple choc, mais la santé mentale et les impacts financiers sortent explicitement de son mandat. Morts liées à l'évacuation et au stress, vie sociale brisée, pertes économiques : le bilan rassurant porte sur les rayonnements, pas sur la catastrophe telle que l'ont vécue les gens.

Sur le bilan humain du séisme et du tsunami, les chiffres divergent aussi : environ 18 000 morts selon Le Monde, plus de 20 000 selon l'UNSCEAR, qui inclut les conséquences indirectes. La différence tient à ce que chacun compte.

Le chantier qui glisse

C'est ici que l'optimisme se fissure. En juillet 2025, Tepco a annoncé que l'extraction du combustible fondu du réacteur 3 ne devrait pas avoir lieu avant 2037, au lieu du début des années 2030. L'objectif de démantèlement fixé à 2051 est, dans ces conditions, quasi intenable.

La centrale de Fukushima Daiichi, sur la côte pacifique de Honshu, à environ 250 km au nord-est de Tokyo

L'obstacle est physique : les réacteurs 1 à 3 renferment environ 880 tonnes de combustible, dont une part est fondu et reste hors de portée des ouvriers. Les robots, eux, ne prélèvent que des grammes : la première tentative, en 2024, a extrait 0,9 gramme ; en avril 2025, plusieurs échantillons de moins de 3 grammes ont été récupérés.

Deux autres dossiers traînent. Les rejets d'eaux traitées en mer se poursuivent - sept largages d'environ 7 800 m³ prévus pour 2025, six effectués en décembre, le volume d'eaux traitées stockées sur le site ayant baissé de 6 % depuis les premiers rejets d'août 2023. Le retour des habitants, lui, reste lent : 309 km² de "zones de retour difficile" subsistaient en décembre 2025, et la dépollution hors de la préfecture des terres décontaminées devrait s'achever d'ici mars 2035. Une note ancienne de l'ASNR situait le taux de retour à environ 22 % dix ans après l'accident ; les chiffres plus récents que l'on trouve restent fragmentaires, et Radio France résumait en mars 2026 la situation par une formule : malgré la décontamination, "seule une poignée d'habitants sont revenus".

Le Japon relance son nucléaire

La catastrophe n'a pas arrêté le secteur. Le 21 janvier 2026, la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, en préfecture de Niigata, a redémarré son réacteur numéro 6 : premier réacteur remis en service par Tepco - l'exploitant de Fukushima - depuis 2011. Le site, doté d'une digue de 15 mètres et de systèmes de secours électriques installés en hauteur, compte la plus grande capacité de production au monde.

Vue aérienne de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa de la TEPCO, située sur le littoral de la mer du Japon à Kashiwazaki, dans la préfecture de Niigata
Vue aérienne de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa de la TEPCO, située sur le littoral de la mer du Japon à Kashiwazaki, dans la préfecture de Niigata - (source)

Le contexte est tendu. Une enquête de la préfecture, en septembre 2025, montrait 60 % d'habitants opposés au redémarrage contre 37 % favorables ; une pétition de près de 40 000 signatures a été remise en janvier 2026. Le Japon veut réduire sa dépendance aux énergies fossiles importées - près de 70 % de son électricité provenait des centrales thermiques en 2023 - et viser environ 20 % de nucléaire d'ici 2040, contre 8,5 % en 2023-2024. Quatorze réacteurs ont été relancés au total depuis l'adoption de normes renforcées.

Les incidents s'enchaînent : Chubu Electric Power a reconnu avoir communiqué des données truquées au régulateur, sous-estimant les risques sismiques, et a retiré ses demandes de redémarrage ; Tepco, de son côté, a admis qu'un système d'alerte n'avait pas fonctionné lors d'un essai précédent la remise en service. Le président de Tepco, Tomoaki Kobayakawa, a déclaré à l'Asahi Shimbun que les exploitants "ne doivent jamais céder à l'arrogance ou à l'excès de confiance".

Ce que Fukushima a changé ailleurs

En France, la catastrophe a produit un exercice concret : les évaluations complémentaires de sûreté. Chaque exploitant a dû répondre, dès 2011, à des questions précises : que ferait sa centrale en cas de séisme majeur, d'inondation extrême, de perte totale de source de refroidissement, ou de conjugaison de ces situations ? Le rapport d'expertise remis par l'ASN, l'IRSN et les groupes permanents d'experts a été présenté en novembre 2011 ; un plan d'actions post-Fukushima a suivi, avec la création du concept de "noyau dur". Fin 2011, chaque pays européen a transmis ses conclusions aux autorités des autres États membres.

C'est la leçon la plus solide du dossier : on ne prévient pas un accident en le pensant improbable, mais en demandant à chaque installation ce qu'elle ferait si plusieurs situations graves survenaient ensemble.

Revenir, mais vivre comment ?

La question humaine est la seule à n'avoir pas de calendrier. La Cour suprême japonaise a rejeté le 22 janvier 2026 l'ensemble des neuf recours d'habitants contraints d'évacuer qui attaquaient l'État et Tepco. En juin 2025, la cour d'appel de Tokyo avait de son côté annulé la condamnation de 13 000 milliards de yens prononcée en première instance contre d'anciens dirigeants de Tepco, estimant qu'on ne pouvait "pas considérer qu'ils avaient eu la possibilité de prévoir" un tsunami de cette ampleur. La responsabilité reste, judiciairement, une question ouverte.

Ce sont les villages qui tranchent, et souvent dans le vide : des communes qui rouvrent, des services qui ne reviennent pas, des populations vieillies - la part des personnes âgées avait dépassé 35 % dans certaines populations évacuées, contre 25 % avant la catastrophe, selon Le Monde.

Un izakaya abandonné depuis la catastrophe de 2011 près de la gare de Futaba, à Fukushima, avec une bâche bleue recouvrant l'entrée et l'enseigne « ROCK RIVER »
Un izakaya abandonné depuis la catastrophe de 2011 près de la gare de Futaba, à Fukushima, avec une bâche bleue recouvrant l'entrée et l'enseigne « ROCK RIVER » - (source)

La leçon, quinze ans après

Trois constats tiennent : les rayonnements n'ont pas produit d'effet sanitaire détectable sur les populations ; le séisme et le tsunami, eux, ont tué des dizaines de milliers de personnes et brisé des territoires ; et aucune institution n'a encore dit quand Fukushima sera démantelé. La vraie leçon de Fukushima n'est donc ni "le nucléaire est dangereux" ni "c'est sans danger". Elle est qu'une catastrophe nucléaire se juge sur plusieurs décennies, et que la confiance - des habitants, des voisins, du public - se gagne ou se perd sur la qualité de l'information, pas sur les communiqués.

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Questions fréquentes

Quel est le bilan sanitaire de l'accident de Fukushima selon l'UNSCEAR ?

L'UNSCEAR n'a documenté aucun effet sanitaire défavorable chez les résidents de Fukushima attribuable directement à l'exposition aux rayonnements, et aucun n'est attendu comme détectable à l'avenir. Hors des zones les plus contaminées, les doses sont revenues sous le bruit de fond naturel. Le comité attribue l'augmentation des cancers thyroïdiens détectés chez l'enfance au dépistage par ultrasons et non à l'exposition, et impute les pathologies cardiovasculaires et métaboliques plus fréquentes chez les évacués aux changements sociaux et de mode de vie. La santé mentale et les impacts financiers sortent explicitement de son mandat.

Pourquoi l'objectif de démantèlement de Fukushima en 2051 est-il quasi intenable ?

En juillet 2025, Tepco a annoncé que l'extraction du combustible fondu du réacteur 3 n'aurait probablement pas lieu avant 2037, au lieu du début des années 2030. Les réacteurs 1 à 3 renferment environ 880 tonnes de combustible, dont une part fondu reste inaccessible aux ouvriers ; les robots n'ont prélevé que 0,9 gramme en 2024 et plusieurs échantillons de moins de 3 grammes en avril 2025.

Le Japon a-t-il relancé son nucléaire après Fukushima ?

Oui. Le 21 janvier 2026, le réacteur numéro 6 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, en préfecture de Niigata, a redémarré : c'est le premier réacteur de Tepco remis en service depuis 2011. Quatorze réacteurs ont été relancés au total depuis l'adoption de normes renforcées, et le Japon vise environ 20 % de nucléaire d'ici 2040, contre 8,5 % en 2023-2024. Une enquête de la préfecture de septembre 2025 montrait toutefois 60 % d'habitants opposés au redémarrage contre 37 % favorables.

Quel retour d'expérience la France a-t-elle tiré de Fukushima ?

En France, la catastrophe a donné les évaluations complémentaires de sûreté : dès 2011, chaque exploitant a dû répondre à des scénarios de séisme majeur, d'inondation extrême, de perte totale de source de refroidissement ou de conjugaison de ces situations. Le rapport d'expertise de l'ASN, de l'IRSN et des groupes permanents d'experts a été présenté en novembre 2011, un plan d'actions post-Fukushima a suivi avec la création du concept de "noyau dur", et fin 2011 chaque pays européen a transmis ses conclusions aux autres États membres.

Les habitants de Fukushima sont-ils revenus ?

Le retour reste lent : 309 km² de "zones de retour difficile" subsistaient en décembre 2025, et la dépollution hors de la préfecture des terres décontaminées devrait s'achever d'ici mars 2035. Une note ancienne de l'ASNR situait le taux de retour à environ 22 % dix ans après l'accident, les chiffres plus récents restant fragmentaires. En janvier 2026, la Cour suprême japonaise a par ailleurs rejeté l'ensemble des neuf recours d'habitants contraints d'évacuer contre l'État et Tepco.

Sources

  1. Des données sismiques falsifiées : au Japon, le redémarrage du nucléaire fragilisé par un nouveau scandale qui fait écho à Fukushima · challenges.fr
  2. Fukushima et santé · cnsc-ccsn.gc.ca
  3. Comment EDF a-t-il pris en compte le retour d'expérience de l ... · concertation.suretenucleaire.fr
  4. Japon : deux dirigeants d'une centrale nucléaire démissionnent après un scandale — Connaissance des Énergies · connaissancedesenergies.org
  5. UNSCEAR 2013 Report (7/9) Assessment of Health Effects on ... · env.go.jp
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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