Les petits réacteurs modulaires, les SMR, promettent un nucléaire plus souple, plus rapide à construire et mieux adapté aux besoins locaux. Derrière l'acronyme, il faut séparer ce qui est déjà établi techniquement de ce qui reste à démontrer économiquement. Le cas français, avec Nuward et le plan France 2030, résume bien cette tension.

Des réacteurs trois fois plus petits
Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), les SMR sont des réacteurs nucléaires avancés dont la capacité va jusqu'à 300 MWe par tranche, soit environ un tiers de la capacité des réacteurs de puissance traditionnels.
La différence n'est pas seulement une question de puissance. Un grand réacteur concentre la production sur un seul site. Un SMR vise l'inverse : des unités plus compactes, que l'on peut installer seules ou en plusieurs exemplaires au même endroit, au rythme de la demande d'électricité ou de chaleur.
L'usine plutôt que le chantier sur mesure
Le principal changement apporté par les SMR tient à leur mode de fabrication. Selon l'AIEA, il est possible de fabriquer des unités préfabriquées avant de les expédier et de les installer sur site, ce qui rend leur construction moins onéreuse que celle des grands réacteurs, souvent conçus sur mesure pour un emplacement particulier, avec les retards que cela entraîne parfois.
Sur le papier, cette logique modulaire change tout : standardiser les composants, les assembler en usine dans des conditions contrôlées, puis limiter sur site les travaux de génie civil et de montage. C'est la promesse d'une construction plus courte et plus prévisible, puis d'un déploiement par étapes plutôt que d'un seul investissement géant.
Une sûreté pensée autrement
Les modèles de SMR sont généralement plus simples que ceux des réacteurs actuels. Selon l'AIEA, leur concept de sûreté repose souvent davantage sur des systèmes passifs et des caractéristiques intrinsèques, comme une puissance et une pression d'utilisation faibles.
Concrètement, cela signifie qu'aucune intervention humaine ni aucune source d'énergie externe n'est requise pour arrêter les systèmes en cas d'incident, car ces systèmes passifs reposent sur des phénomènes physiques tels que la circulation naturelle, la convection, la gravité et la pressurisation autogène. La sûreté dépend moins d'une action rapide des opérateurs ou de pompes alimentées de l'extérieur, et davantage de la physique même du réacteur.
Nuward et la stratégie française
La France a fait des réacteurs innovants un axe de sa politique industrielle. Le 27 novembre 2023, le gouvernement a annoncé les six nouveaux lauréats de l'appel à projets "Réacteurs nucléaires innovants", annonce relayée par le site officiel entreprises.gouv.fr dans le cadre de France 2030.
Le projet le plus avancé est Nuward, porté par EDF. En juillet 2024, EDF a indiqué vouloir optimiser la conception de Nuward en se concentrant sur des technologies existantes et éprouvées, afin de garantir le respect des délais et des budgets.
EDF affiche comme cap une première série de 10 réacteurs Nuward dans cinq pays européens. L'objectif énoncé est de commercialiser ce modèle avant 2029, pour un début de construction en 2030 et une première production en 2035. Il s'agit pour l'instant d'un calendrier visé, pas d'un chantier engagé.
Le doute qui reste : la rentabilité en série
C'est ici que l'enthousiasme doit être tempéré. Selon l'AIEA, bien que les SMR affichent un coût d'investissement initial unitaire inférieur à celui des grands réacteurs, leur compétitivité économique une fois déployés doit encore être prouvée dans la pratique.
Un SMR coûte moins cher à l'unité qu'un EPR, mais il produit aussi beaucoup moins d'électricité. Sa rentabilité dépend donc entièrement de l'effet de série : fabriquer beaucoup d'exemplaires identiques pour faire baisser le coût par mégawatt. Tant qu'aucune usine n'a produit ces séries, l'équation reste théorique.
L'échec américain de NuScale l'a rappelé. Le projet de SMR destiné à l'opérateur UAMPS, prévu avec 12 modules de 60 MW, a été abandonné fin 2023, faute de souscripteurs suffisants. La technologie n'était pas seule en cause : sans clients assez nombreux pour commander fermement, le modèle économique ne tient pas.
Ce qu'il faut surveiller
Pour juger les SMR, trois preuves compteront :
- le coût réel en série, une fois l'usine lancée et plusieurs exemplaires livrés ;
- le respect du calendrier, de la commercialisation au démarrage de la production ;
- les commandes fermes, qui seules transformeront les intentions en filière industrielle.
Les SMR apportent une vraie innovation de méthode, par la préfabrication et la sûreté passive. Ils n'ont pas encore apporté la preuve décisive, celle d'un nucléaire petit, disponible à temps et compétitif hors subvention.